s. r-^r: nMoires DE LA SOCIETfi ROYALE ACADfiMIQUE DE SAVOIE. / .^^. is Extrait de I'Art. 34 dcs Regtemenis de la Sociele. « La Sociele remct un escmplairc do ses Memoires imprimes « a chacun de sesMcmbrcs cffcclifs. « Elle en reinet egalemenl un exeniplairc a ceux dc scs Agreges « ou de ses Correspondanls qui lui ont fait parvcnir quelques Me- « moires ou Articles conformcs au but de son institution ct denature « a etrc accueillis avec interet. » Extrait de I'Article 39. « La Sociele n'cnlcnd ni adopter, ni garantir toulcs Ics opinions « emiscs dans les Memoires dont cllc aura autorise I'impression ou « la lecture publique. » DE LA SOCIETE ROYALE ACADEMIOllE DE SAVOIE. TOME XI. CHAMBERY PDTUOD, IMPRIMEUR-LIBRAIRE I)E LA SOCIKIE. 1843 TABLE. Notice historique des travaux de la Societe pendant pages les annees 1840 , 1841 et 1842 , par M. le cha- noine Rendu , Secretaire perpetuel i Sciences physiques ni Chimie viii Geologic xii Inventions utiles xxxix Archeologie xlviu Sciences philosopliiques lii Histoire » . . . liv Litterature et Beaux-Arts lvii Biographic lxxxiii Encouragements lxxxvi Melanges lxxxix Des Brises periodiques dans les vallees des Alpes , par Mgr Billiet, President perpetuel honoraire de la Societe 1 Elevation de Chambery au-dessus du niveau de la mer, pour servir de base au nivcUement baro- mctriquc de la Savoie, par M. I'abbc Chaniousset. 24 TABLE. 1" Calcul de la hauteur dc Chambeiy au- dessus du niveau de la mer. .... 4S 2""= Calcul 64 5"*^ Calcul • • • 70 Conclusion 90 IlYrsoMETRiE DU DIOCESE DE Maurienne, soit du bassin de I'Arc, depuis Montmelian jusqu'au Montcenis, par MM. les chanoines Billiel et Gravier. . . . 9o Observations sur la quantite de pluie tombee a Chambery depuis le commencement de iS29 jus- qu'au luois d'aout 1842 , par M. Chamousset. . 101 Lettre de M. I'abbe Constance Gazzera , Secretaire de I'Academie royale des Sciences de Turin , a M. IN***, meinbre de I'lnstitut de France, sur la fausse interpretation d'une inscription romaine decouverte en Valachie 113 Rapport de M. le chevalier de Juge, sur le poeme adresse a la Societe , pour le concours de 1842. . 155 Materiaux historiques el Documents inedits, extraits des archives de la ville de Chambery, par M. le marquis Costa de Beauregard 4 So L'Abbaye d'Aulps , d'apres des documents inedits , Memoire pour servir a I'histoire des monasteres , par M. Leon Menabrea 213 Documents ' 26S Sur lepretendu Culte rendu par les anciens Kgyp- tiens a quclques k'gumes, par M. J.-G.-H. Grcppo, vicaire-general de Belley 52a TABLE. Tableau des Tremblements de terre observes a St- Jean-de-Maurienne en 1839, par M. le docteur MoUard o'j9 Notice sur les Voies romaines qui conduisaient de Lcmincum a Auijuslum, par M. le cointe de Vi- gnet, President de r Academic oo-") Suite des Dons fails a la Societe royale academique de Savoic , depuis la publication du IX* volume. 57.3 J NOTICE mSTOmftUE Bc$ SraDttuat DE LA SOCIETE ROYALE ACADMIQUE DE SAYOIE Pendant les Annees 1840, 1841 et 1842. Par ill. le €hauoiue Rendu SECHETAIRE PERPETUEL. *rt>Q-'S»- Pendant les trois annees qui se sont ^coulees depuis la publication des IX® et X^ volumes de ses Memoires , la So- ciety royale academique de Savoie n'a pas cesse de r^pondre k sa belle mission de travail et d'encouragement. Les seances ont ete regulierement tenues, de nou- veaux rapports se sont etablis avec des II NOTICE Societes etrang^res , cles concours out ete ouverts et des prix distribues , des deputes ont ete envoyes dans les congres scientifi- ques d'ltalie et de France , pour participer k cet echang-e d'observations et d'idees qui a pour hut de hater les progres des sciences, en appliquant a la faiblesse de I'esprit humain le principedelassociation, qui a produit de si grands efFets dans i'industrie. Le XP volume des Memoires de la Societe contient des travaux importants ^ mais il reste dans ses archives bien des pages qui meriteraient et auraient obtenu la meme publicite, si I'Academie ne setait fait une loi de restreindre le plus possible ses publications. Dans ce court expose des travaux qui ont rempli les deux der- nieres annees , nous tacherons de faire connattre ce qu'il y a de plus important dans les Memoires qui ne sont pas livres a Timpression. HISTORIQUE. Ill SIcieuces physiques. Peu apres I'apparition du daguerreotype dans Je domaine des sciences , M. Michel St-Martin adressa a I'Academie uii essai sur cette invention merveilleuse , qui donne k I'homme le pouvoir de fixer la lumiere sur le metal pour y conserver les images de la nature. Exposer avec clarte et precision les operations de la daguer- reotypie, analyser les actions chimiques qui s'y manifestent, faire I'histoire de son introduction dans notre pays, tel estle but de M. St-Martin. Depuis cette epoque , I'art de la photo- graphic a fait des progres ; les experiences de Becquerel, de Moser, de Gaudin et de plusieurs autres ont depasse, comme cela devait etre, un travail qui les a prec^dees, et par consequent elles ont rendu sa pu- blication inutile. IV NOTICE M. I'abbe Billiet, chanoinede la metro- pole, a envoye k la Societe un Memoire intitule Hypsomelrie du diocese de Mau- rienne , soil da hassin de tArc , depiiis Montmelian jusqiiau Montcenis. L'Academie, considerant que I'apprecia- tion exacte des ineg-alites de la surface du globe est d'une grande utilite pour com- pleter la topographic de chaque localite , a decide que ce Memoire ferait partie du present volume. La hauteur absolue de Ghambery avait ^te plusieurs fois etablie, et par differents moyens. Cependant le peu d'accord qui existait dans les resultats portait k croire qu'il avait pu se glisser quelques erreurs dans les calculs, dans les observations, ou dans les instruments dont on s'etait servi. Comme la hauteur de Ghambery servait de base a la determination de toutes celles mSTORIQUE. V (les montagnes voisines, il etait bien neces- saire quelle fut etablie d'une maniere a ne pluslaisserdedoute. M. I'abbe Chamousset a fait de nouvelles observations, de nou- veaux examens , de nouvelles comparai- sons des instruments entre eux, et son immense travail, qui se trouve dans le XP volume de nos Memoires, ne laisse plus aucun doute sur la hauteur de Cham- l)ery ; il a meme eu par la le moyen de reconnaltre que I'echelle du baromelre de I'observatoire de Geneve etait, en iS/jO, trop forte de i"^"™ 64. M. I'avocat Raymond a deux fois entfe- tenu la Societe d'une decouverte qu'il a faite dans la theorie du son. Le travail important dont il a commence la lecture netant point encore acheve, nous nous contentons de donner ici le simple enonce de la loi qu'il a trouvee. VI NOTICE On sait qu'un son quelconque fait en- tendre ses harmoniques k differentes oc- taves. En faisant des experiences au moyen de I'orgue, M. Raymond a observe que toutes les fois que deux sons se font entendre simultanement par deux tuyaux d'orgue, on n'entend pas seulement les sons harmoniques propres achacun deux, mais encore un son distinct et different de ces derniers , lequel se reproduit cons- tamment dans les basses. Ce son , que Ton pourrait appeler sous- resonnance, doit certainement avoir un rapport mathematique avec les deux sons generateurs , et c'est vers la recherche de ce rapport que se sont dirigees les experien- ces et les calculs du savant physicien. Le resultat de ses recherches a ete la decou- vertedelaloi a laquelle il est soumis, et qui peut etre enoncee ainsi : Deux sons qui vibrent ensemble repro- duisent toujours un troisieme son egal a HISTOIUQUE. Vlt ' celui qui serait donne par un nombre de vibrations servant de pUis grand commun diviseur aux vibrations des deux sons ge- neraleurs, pourvu que ce commun divi- seur soit au-dessus de 52. Dans le Memoire de M. Ravmond , cette proposition est appuyee par des demonstrations malhematiques qui ne laissent rien h desirer a I'esprit. M. I'abbe Ghamousset a fourni a la Societe des observations de pluviometrie qui sont consignees dans le present vol. Mgr Billiet, archeveque de Chambery et president honoraire perpetuel , a lu k la Societe un Memoire sur les vents pe- riodiques des hautes vallees des Alpes. Dans la premiere partie de ce beau travail, I'auteuretablitqiie dans les val!ees VIII NOTICE de Maurienne, de Suse, de Pignerol et de Tarentaise, il regne duraiit la belle saison des vents qui, pendant le jour, se dirigent de la plaine vers le haut des montagnes , en suivant le fond des vallees, et prennent pendant la nuit une marche opposee. Le sejour prolonge que ce savant prelata fait k St- Jean-de-Mauri enne lui a fourni I'occasion d'observer et d'etudier ce phenomene. Apres I'avoir decrit et suivi dans sa marche, il entre dans des consi- derations theoriques qui ont pour but d'en faire connaitre la cause. Com me ce Memoire est imprime en entier dans le present volume , nous y renvoyons le lee- teur. Chimle. M. Joseph Bonjean, prolopharmacien de Chambery, communique k la Societe un Memoire , dans lequel il examine une HISTOIUQUE. IX question de grande importance pour la medecine pratique. Le calomel ou protochlorure de mer- cure , mele aux chlorures alcalins avec ou sans eau, avec ou sans sucre, peut-il donner lieu k une composition de sublime- corrosif, et par Ik etre dangereux pour les malades k qui un melange semblable serait administre ? Telle est la question que le jeune chi- miste a cherche k resoudre , et qui dejk avait ete fortement debattue dans le con- gres scientifique de Turin. M. Bonjean admet, avec Peten-Koffer, Miathe et M. Abbene, que le protochlo- rure de mercure en presence du sel am- moniac et de I'eau, se change, du moins en partie , en sublime-corrosif et en mer- cure metallique , mais seulement dans le cas ou la quantite du chlorure alcalin est au moins deux fois celle du calomel , et quand ce melange est soumis k une teni- X NOTICE perature d'au moins 4^ ^ 5o degres. Comme consequence de ces deux der- nieres conditions , M. Bonjean admet que ie medecin pourra sans crainte prescrire le calomel uni au sel ammoniac, pourvu que ce dernier ne soit pas en quantite plus grande que le premier; Que , quelle que soit la proportion des deux substances, il n'y a pas a craindre de voir se former du sublime -corrosif, parce que la reaction des deux sels ne peut avoir lieu quk une temperature su- perieure k celle du corps humain; Que le medecin pourra toujours or- donner le calomel seul et sans addition de chlorures alcalins , parce que la quantite de ces sels contenus dans les organes du corps humain , n'est pas suffisante pour donner lieu a la formation du sublime- corrosif. Dans la seance du 22 juillet 1842 , M. Joseph Bonjean a fait k la Societe une HISTORIQUE. XI communication verbale con9ue en ces termes : « En 1840, MM. Orfila et Lassaigne « ont annonce k I'Academie royale de » Paris qu'ils avaient trouve du plomb « dans les urines dhommes et d'animaux » empoisonnes par des preparations plom- « biques. » Ce fait meritait d'autant plus de » fixer I'attention, qu'il avait ete jusqu'ici » conteste par la plupart des physiolo- « gistes. « L'annee derni^re, j'ai fait quelques » recherches a ce sujet pour me convain- » ere par moi-meme que certains metaux » etaient reellement absorbes h I'etat sa- w lin, et je suis parvenu k reconnaitre la « presence du plomb , du mercure et de » I'arsenic dans I'urine de malades k qui » ces substances avaient ete adminis- » trees comme rem^des. Je me borne >^ aujourd'hui a I'indication des resultals. XII NOTICE » et plus tard je ferai connattre le detail » de mes experiences. » Geologic. M. I'abbe Chamousset a, dans plusieurs seances de la Society , donne des details pleins d'interet sur la geologic des environs de Chambery. II a successivement classe toutes les montagnes qui I'entourent, et indique les especes de terrains qui s'eta- gent dans chaque masse. Les geologistes etrangers qui avaient visite nos montagnes n'avaient pu donner que des indications generales sur leur nature j M. Chamousset a visite toutes les localites, examine les masses, compte et pour ainsi dire analyse les couches de chaque montagne, rassemble et compare les caract^res organiques qui peuvent aider k les determiner i et a I'aide de tous HISTORIQUE. Xiri ces moyens , il a marque Ja place que nos contrees doivent occuper dans la carle geologique de I'Europe. Conjointement avec M. Itier, geologiste distingue de France et membre corres- pondant de I'Academie de Savoie , M. ChamQusset s'occupe k dresser la carte geologique de tout le Duche. II travaille encore a un ouvrage qui aura pour objet de faire connaitre les terrains de la Savoie, les roches qui cornposent ses montagnes, et enfin ce qu'il y a de plus remarquable dans les divers soul^vements dont notre sol si accidente a ete le theatre. En attendant que ce savant geologiste ait fini et puPjlie son ouvrage , nous don- nerons ici I'abrege de son travail sur tout ce qui a rapport aux environs de Cham- bery. Dans I enumeration des etages geolo- giques qui forment nos montagnes , nos collines et meme nos plaines , nous com- XIV NOTICE mencerons par les plus recents , et nous arriverons successivemeiit aux plus an- ciens. 1° Terrains acluels. — Les eboulis qui sont au pied de tous les escarpements , et en particulier toute la surface des Abimes de Myans; les depots que nos ruisseaux et surtout ceux que le torrent de TAisse forme sur sa route et prolonge dans le lac du Bourget j les tourbes des marais de Challes, du Viviers, etc., appartiennent a cette formation. 2° Terrain diluvien. — Blocs errati- ques ; cailloux de diverses grosseurs de- poses sur le sol , ou meles k la lerre et au sable , et formant des masses qui ne pre- senlent aucune trace de stratification. Ge terrain se presente presque partout a la surface du sol , jusqu'k la hauteur d'environ 800 metres au-dessus de la mer. Les blocs erratiques d'origine alpine , ainsi que les cailloux roules qui se ren- HISTORIQUE. XV contrent parlout avec eux, sont tres-abon- dants sur la montagne de Curienne , sur I'escarpement qui domine Puisgros , Thoirv, St-Jean-d'Arvey ; ils cessent abso- lument lorsquon atteint la nioitie de la distance verticale qui est entre St-Jean- d'Arvey et 1 eglise des Deserts. Ces depots ne se montrent sur la montagne d'Epines que dans les parties les plus basses^ Dans la plaine, ce terrain forme des de- pots considerables, surtout a Triviers, k St-Cassien pres du pout St -Charles, k Monf-Gex, k St-Sulpice, ou il est creuse par des ravins profonds; k Rages, sur la gauche de ladescente, etc. 3° Terrains ieriiaires. — i° Formation superieure, lacuslre. — Sables, cailloux, argiles avec coquilles d'eau douce (pla- norbes , spirorbes ) ^ lignites contenant des feuilles quelquefois assez bien con- servees , des cones de sapins , des clytres d'insectes. Ce qui distingue cette forma- XVI NOTICE tion de la precedente, c'est sa stratification assez reguliere ; les sables , les cailloux , etc. , sont disposes en couches distinctes. Les couches sont toujours a peu pres ho- rizontales, quelle que soit I'inclinaison du sol sur lequel elles reposent. On peut citer en particulier les collines de la Boisse et de Sonaz , celles de la Motte- Servolex et du Trembley. 2° Formation moyenne , marine. — Les mollasses et les gres contenant des dents de squales , des pecten , et autres coquilles marines. La partie superieure est generalement k grains plus fins et beaucoup moins coquillere que la partie inferieure , qui nest souvent qu'un gres a gros grains tout petri de coquilles. Elle est inclinee dans le voisinage des moii- tagnes , et a parlicipe au dernier et prin- cipal soulevement des roches plus ancien- nes. Elle occupe le fond de toutes les vallees qui se dirigent depuis les Echelles HISTORIQUE. XVII et le Pont - Beauvoisin jusqu'en Suisse : St- Jean et St-Thibaud-de-Couz , Vimines, St-Sulpice, Gog^nin, la Motte, le Bourg^et, Hautecombe et une partie de la Chauta- gne; le Pont- Beauvoisin jusqu'a Chani' pagneux, les Echelles jusqu'k Yenne, par la Bauche et St-Franc , Oncin , Novalaise, etc. Toutes les collines du Gresivaudan , de la Biolle, de Rumilly, etc. On n'en retrouve aucune trace dans la vallee qui joint Ghambery a Montmelian, ni dans la vallee de llsere, ni a plus forte raison dans la Maurienne etla Tarentaise. Dans les Bauges, elle existe dans les deux vallees d'Aillon et de St-Fran^ois k Belle- combe ; on ne la retrouve plus au-dessus du Ghatelard. 3° Formation inferieure, lacustre. — Marnes et argiles roug;es, bleues ou bigar- rees. — A St-Jean-de-Gouz , k Vimines , pres de la cascade i k Aiguebelette, ou elle forme de petites collines , et surlout k n XVIII NOTICE Gresy-sur-Aix , dont elle supporte I'an- cienne tour. Lk on lui trouve une puis- sance d'environ 400 metres ; elle y est immedialement au-dessous d'un gres ma- rin k gros grains ^ elle contient des veines de gypse comme a Vimines, et plusieurs bancs dun calcaire blanc grisatre , mar- neux ou sableux, separes par des marnes schisteuses, dans lesquelles on trouve des moules de plusieurs coquilles d'eau douce (helices, neritines, etc.). Ces marnes sont quelquefois noires et paraissent contenir des traces de lignite. La breche de Vimines semble apparte- nir k cette formation j elle est composee de fragments calcaires qui doivent provenir de la destruction du terrain neocomien superieur. Ces fragments de differentes grosseurs sont environnes de couches con- centriques diversement nuancees , qui produisent le plus bel effet lorsque la ro- che est polie j ils sont hes par un ciment ir HISTORIQUE. XIX calcareo-marneux, dont la couleur varie du gvis au jaune et au rouge. 4° Terrain cretace. •■ — La craie et les res verts manquent absolument aux en- virons de Chambery. Les gres verts de la perte du Rh6ne sont classiques; on les retrouve a Sixt, k Cluses, etc. On pent aussi etudier plusieurs roches cretacees a Bellecombe en Bauges, a Entrevernes, a Th(5nes, et sur un grand nombre de points des montagnes du Faucigny. La formation neocomienne, qui repre- sente la partie inferieure du terrain cre- tace , est extremement abondante aux environs de Chambery ; elle forme les sommites des plus hautes montagnes de la Grande-Chartreuse, du mont Granier en particulier. Le sol des Abimes de Myans n'est forme que des debris du terrain neo- comien, dont il contient les fossiles en abondance ; on y trouve entre autres la NerineaChamoussetti.LechateauSt-Clau- XX NOTICE de k St-Gassien , la cascade de Couz , St- Jean et St-Thibaud-de-Couz , dans les parties qui ne sont pas recouvertes par la moilasse , les environs des Echelles, d'Aix- les-Bains, de Voglans, portent les carac- teres de cette formation. II s'appuie sur la face orientale des montagnes qui s'eten- dent depuis les Echelles jusqu'au Mont- du-Chat eten Chautagne, depuis Chailles jusqu'k Yenne, depuis St-Innocent jusqu'k Seyssel ; il en recouvre souvent le sommet, et quelquefois il sen presente des lam- beaux du c6te occidental des memes mon- tagnes. Dans le massif des Bauges , il existe k St-Jean-d'Arvey , aux Deserts, a St-Fran^ois et k Arithj il forme tout I'es- carpementque presente Margeriac au-des- sus des Deserts et de Plain-Palais , il occupe le sommet du Collombier, etc. On peut signaler aux amateurs de fossiles les loca- lites extremement riches de la cascade de Couz, des Abimes de Myans, de Corsuet, de Moy , etc. HISTORIQUE. XXI 5° Terrain jurassique. — On peut elu- dier avec facilite aux environs de Cham- bery, tons les termes de la serie jurassi- que , excepte la partie la plus basse de I'oolithe inferieure et le lias, qui ne s'y montrent jamais k decouvert. La roche d'oii sechappe la Fontaine de St-Martin appartient k I'oolithe inferieure, et supporte , dans la vallee des Gharmet- tes, les roches marneuses et les marnes d'Oxford, qui sont les premiers termes de I'oolithe moyenne. L'ooh'the inferieure reparaitau Petit-Barberaz, pour s'enfoncer bientot sous I'oxford - clay , qui forme les roches de St-Baldoph. La colline de Les- chaux , k la Ravoire , est toute entiere de I'oxford - clay i celle de Lemenc et de St- Louis-du-Mont est toute de I'oolithe infe- rieure, excepte la partie qui est k g^auche du petit-seminaire, laquelle estplantee de vignes , et appartient encore k I'oxford- clay. En allant de Bassens a St-Alhan , on XX n NOTICE retrouve I'oolilhe inferieure , qui plonge sous I'oxford-clay dans lequel soDt plan- tees les vignes de Monterminod, Les vi- gnes de Ghalles sont aussi dans les marnes oxfordiennes, qui s'appuyeni contre I'ooli- the inferieure dont est formee la montagne de Curienne, depuis le chateau de Challes jusqu a la Boisserette. L'oolithe inferieure ou I'oxford-clay forme la partie la plus basse de I'escarpement de Granier , du Nivolet , et de toute la partie occidentale de cette montagne. Les memes roches se retrouvent sur la rive droite de I'lsere, ou elles atteignent quelquefois une grande hauteur, Granier presente au-dessus des roches precedentes toute la serie des ter- rains jurassiques , qui sont meme recon- verts par le terrain neocomien qui est k son sommet. Le haut de Nivolet est le corallien et peut-etre l'oolithe superieure. Lorsqu'apres etre monte sur le chateau St-Claude, qui est bati sur le neocomien HISTORIQDE. XXllI blanc superieur, on s'approche de la mon- tagne, on observe le neocomien inferieur; puis, apres avoir traverse une petite val- lee , on toinbe sur les etages superieurs jurassiques. L'oolithe superieure el le co- rallien se presentent sur lescarpement qui est a la face occidentale de la montagne d'Oncin; le sommet de celle montagne est tout neocomien j mais depuis le passage d'Aiguebelette jusqua Chanaz, cette rne- me partie de la montagne est ordinaire- ment occupee par l'oolithe superieure et le corallien. Ces deux roches se sont aussi fait jour sur le sommet de la montagne qui va de St -Innocent k Seyssel, oil elles se montrent dans un grand nombre de points. Lorsqu'on descend le long du Rh6ne , de Yenne k Saint-Genix, on a d'abord k sa gauche Toolithe superieure, puis Ton voit successivement les differentes roches du corallien , etc. L etude la plus belle et la plus complele XXIV NOTICE que Ton puisse faire de ces terrains se fait en traversant le Mont-du-Chat par la route nouvelle. La mollasse qui estsurles bords du lac recouvre le pied du terrain neoco- luien , qui s eleve jusqu'k la hauteur de 1 eglise du Mont-du-Chat. Derri^re le ter- rain neocomien se presente le terrain ju- rassique, que Ton pent suivre jusqu'aux premiers etages de I'oolithe inferieure. Le corallien y est tres-developpe , ainsi que I'oxford-clay ; celui-ci se termine par la mine de fer , cel^bre par I'abondance de ses fossiles : cette mine est suivie de plu- sieurs etages de Toolithe inferieure. On pent faire la meme etude en partant d'Hautecombe ou de Conjux, et allant par St-Pierre-de-Gurtil , soit a Lucey, soit k Chanaz , oii Ion retrouve la meme mine de fer, et au-dessous I'oolithe inferieure. 6° Lias et roches inferieures. — Le lias se trouve au-dela de I'lsere, lorsqu'on s'approche de la chaine principale des HISTORIQUE. XXV AJpesi mais le metaraorphisme qu'il a eprouve a detruit ou change presque tous ses caracteres. Il est inutile de parler des chistes antraxiferes et k empreintes re- marquables , dont 1 age geologique n'est pas encore fixe d'une maniere certaine , et qui alternent avec des gres aussi me- tamorphoses, qui, sous la forme de schis- tes talqueux ou micaces, reposent imme- diatement sur les roches granitiques. Nous ne devons pas oubh'er de dire que parmi les nombreux fossiles que M. I'abbe Chamousset a trouves dans nos roches , se rencontre une espece nouvelle , k laquelle M. d'Orbigny, dans sa Paleontologie fran- caise, s'est empresse de donner le nom de Nerinea Chamoussetli , pour honorer le nom de notre savant confrere. M. I'abbe Chamousset a rendu compte a la Societe des roches polies qu'il a ren- contrees dans la Grotte des Fees. — Cette roche est situee entre Chamber/ et Aix- XXVI NOTICE les-Bains , sur Tescarpement qui porte le village de Verel, presque k egale distance du defile de St-Saturnin et du chateau de Montagny. Deux surfaces polies , qui se coupent k angle aigu , y forment le plan- ^ cher et le toit dune petite grotte, que les gens du pays appellent la Grotte dcs Fees. On y arriv^e par une pente longue et ra- pide. La roche est formee d'un calcaire gris-jaunatre , tres-fendille et k cassure inegale. La direction des couches est le nord-nord-est; leur inclinaison est de 25° a 3o° k Test ; elles sont coupees diagona- lement par plusieurs fentes , qui donnent k quelques parties de la masse la forme de coins enclaves dans la montagnes : c'est a la destruction du sommet d'un de ces coins, quest due la formation de la Grotte des Fees. On remarque enfin une faille verticale pres de cette grotte. La roche est polie dans tous les plans de stratification et entre toutes les surfaces HISTORIQUE. XXVIl i\e jonction qui composent les grandes fentes diagonales , de sorte que la partie superieure de chaque couche et la partie inferieure de la couche qui repose sur elle , sont egalement polies. Ces surfaces polies sont couvertes de slries fines et serrees, qui sont paralleles entre elles et presque paralleles a la di- rection des couches, ou perpendiculaires k leur inclinaison. Lorsque les faces polies ont ete mises k decouvert depuis quelque temps , ou qu'elles sont separees par un petit inter- valle, elles se couvrent d'un dep6t calcaire qui diminue le poli. Dans quelques cas, I'eau qui coule sur la surface polie la rend douce , onctueuse au toucher et miroi- tante ^ mais en meme temps elle detruit les stries et le poli primitif. On obtient des echantillons du plus beau poli avec les stries le mieux conservees, lorsqu'on se- pare des surfaces dont le contact est par- XXVIII NOTICE fait ; on trouve encore , pres de la grotte , des echantillons d'une breche que Ton di- rait avoir ^te polie artificiellement. Nous abandonnons ces faits a I'inter- pretation des savants; dans tous les cas, il est evident qu'il faut rejeler ici toute explication qui ferait intervenir soil le mouvement des glaciers , soit le transport des cailloux et des blocs erratiques. La direction des stries ne permetpas non plus d'admettreun glissementdes couches dans le sens de I'inclinaison, lequel aurait ete un simple efFet de la pesanteur. Peut-etre faut-il attribuer le poli de notre roche a des ebranlements que la masse aurait eprou- ves , soit a lepoque du soulevement , soit plus tard , par Taction de tremblements de terre , qui auraient produit des dislo- cations et des oscillations entre les diverses parties de la masse. Mais toutes ces sup- positions ne serviraient qu a eloigner les difficultes sans les resoudre. HISTORIQUE. XXIX Nous avons cru devoir donner une lon- gue place k la description de ce fait, par- ce qu'il a servi de base k plusieurs sys- temes, et qu'un grand nombre de savants sen occupent dans toutes les parties de I'Europe. Dans la seance du lO juin 1842, M. Tabbe Chamousset a fait a la Societe une communication verbale sur I'ancien et terrible evenement de la chute du mont Granier. Les courses nombreuses que ce savant geologiste a faites autour de la montagne et sur son sommet , I'ont mis k meme d'expliquer la cause de cet eboule- ment , la maniere dont il s'est fait , et I'etendue precise qu'il a eue , et par Ik meme de refuter I'erreur des ecrivains qui ont pense et dit que la portion de la mon- tagne qui est tombee equivalait k I'eten- due de la grande echancrure qui separe le Granier de la montagne de Joigny. XXX NOTICE C'est par Je moyen des observations geologiques que M. I'abbe Chamousset a pu etablir ces trois choses avec une pre- cision qui ne laisse rien k desirer. — Et d'abord , par le moyen des blocs errati- ques , il a marque 1 etendue de la mon- tagne qui a ete renversee et I'etendue du terrain qui a ete recouvert par les debris. On sait que la surface de notre sol est partout recouverte de cailloux roules, ou de blocs erratiques provenant de Tune des dernieres revolutions subies par noire globe. Si done une partie de la montagne s'est eboulee dans la plaine , comme on le dit , en 1 248 , les debris auront recou- vert les cailloux roules, qui ne se retrou- veront par consequent ni sur le lieu d^- couvert par leboulernent, ni sur I'espace recouvert par les debris. Or, M. I'abbe Chamousset a retrouve le col du Frais , d'oii Ton supposait quetait parti I'eboule- ment, tout recouvert de blocs erratiques j HISTORIQUE. XXXI doii il a conclu que lors de leboulement ce col elait cleja ce qu'il est aujourd'hni. Ce n'est qu'en se rapprochant du grand escarperaent vertical de Granier que Ton retrouve le sol decouvert de cailloux rou- l^s, ce n'est done que de ce point quest parti I eboulement. L'espace recouvert par les debris n'est pas aussi considerable qu'on le croit com- munenient. La colline sur laquelle se trouve batie I'eglise de Notre-Dame-de- Myans etant un dep6t terliaire semblable k ceux qui recouvrent le fond de toutes nos vallees , existait dejk ; la hauteur du village et du chateau des Marches etant de m^me nature , existait aussi : ce n'est done qu'entre ces deux localites et la base de la montagne que Ton peut retrouver les debris. En effet, en suivant le chemin qui conduit de I'une k I'autre, on se trouve presque constamment sur la limite des ebouiis. Venons a la cause de celte chute. XXXII NOTICE Le Granier est une montagne calcajre qui , depuis le point de sa base mis a decouvert par I'eboulement , jusqu'k son sommet, contient toute la serie des ter- rains jurassiques qui separent I'argile d'Oxfortdu neocomien. Les couches, sur- tout dans la partie inferieure , ne sont pas parfaitement horizontales , mais legere- rnent inclinees vers Test , soit du cole de I'oratoire de Myans. II faut encore observer que les differentes assises netaient pas composees de roches dures et compactes, mais la plnpart etaient formees de subs- tances meubles ou peu coherentes. Sup- posons done une tranche du Granier ac- tuel coupee verticalement par une fissure qui descendrait du sommet de la monta- gne en traversant toutes les couches et arriverait jusqu'k la couche du terrain oxfordien ; les eaux descendraient peu a peu par cette fissure , qui ne tarderait pas k devenir une fente. Quand les eaux HISTORIQUE. XXXIH arriveront jusqu'k la couche argileuse qui se trouve inclinee vers la vallee, la tran- che pourra glisser dans le sens de I'incli- naison , et quand I'equilibre de la masse sera rompu , elle quittera sa place pour tomber dans la vallee ; voilk ce qui a du arriver. On comprend que, pendant la chute, les parties ont pu conserver un certain ensemble, et que le tout n'a du se briser qu'au moment ou la masse a frappe le sol. Dans ce cas, les parties les plus ele- vees de la tranche separee ont du etre portees plus loin de la monfegne, tandis que la base sera restee pr^s du lieu qui lui servait d'appui. C'est en effet le resul- tat qu'a fourni k M. I'abbe Chamousset I'examen des eboulis et de la place qu'ils occupent. Le terrain neocomien parti du haut de la montagne, se trouve sur les bords du chemin qui conduit des Marches k Myans , sur la derniere limite des Aby- ni XXXIV NOTICE inesi I'oxfordien se trouve vers la base de Tescarpement , tandis que le coralien remplit I'espace iiitermediaire. II ne peut done y avoir doute ni sur la cause de Te- boulement, ni sur la maniere dont il s'est opere. La question des glaciers, qui occupe aujourd'hui les geologistes , laisse encore a la science de grands mysteres h. penetrer. Le transport des blocs erratiques est maintenant assez generalement attribue a Faction des glaciers ; mais I'adoption de cette cause ne fait queloigner la difficulte; il faut encore expliquer comment les gla- ciers ont pu prendre une extension assez grande pour porter leurs efFets dans les lieux ou les blocs erratiques attestent leur ancienne presence. M. le Secretaire perpe- tuel a lu a la Societe un Memoire , dont le but est de trouver la cause de I'exten- HISTORIQUE. XXXV sion qu'ont du avoir les glaciers , pour deposer tout autour du massif des Alpes ces blocs erratiques, qui s'y trouvent k une assez grande distance. M. le Secretaire a etudie ce qui est encore pour arriver a la connaissance de ce qui n'est plus. Voici en peu de mots la suite de ses raisonnements : la surface du Mont-Blanc , au-dessus de la limite des neiges perpetuelles , fournit seule la quantite de glace qui alimente tous les glaciers decoulement qui se trouvent au- tour du geant des Alpes. Ainsi cette surface pent etre consideree comme un reservoir, d'oii partent les glaces p^ur aller se fondre dans une region plus douce , et les glaces qui en descendent ferment ce que I'auteur appeile des glaciers decoulement. On comprend que les glaciers d'ecou- lement doivent etre d'autantplusetendus, que la quantite de glace fournie par le glacier reservoir est plus considerable. XXXVI NOTICE Ainsi, supposons qu'au lieu de former sept glaciers d'ecoulement, la surface entiere du Mont-Blanc n'en format qu'un seul, et que toutes les glaces qui descendent de ce grand reservoir vinssent a s'ecouler par le glacier des Bois : il est bien probable qu'au lieu de se terminer au point ou il finit actuellement, le glacier descendrait jusqu'aux environs de la commune de Cervoz , ou au moins qu'il occuperait toute la vallee de Chamonix. Il y a done une proportion determinee entre les glaciers reservoirs et les glaciers d'ecoulement. Pour le Mont-Blanc , cette proportion est h peu pres celle-ci : le gla- cier reservoir a environ deux lieues carrees de surface, tandis que les glaciers d'ecou- lement en ont six. On aurait done cette proportion : les glaciers d'ecoulement sont aux glaciers reservoirs , comme six sont k deux. Or, il y eut un temps ou le massif du HISTORIQUE. XXXVH Mont-Blanc etait plus considerable qu'il ne Test maintenant; k force defrotter ses flancs les glaces I'ont use j les fentes, les echancrures, les vallees d'erosion qui sil- lonnent ses cotes , montrent encore tout ce que le temps lui a pris ^ les aiguilles du Dru, de Charmos, du Geant, etc., sont des temoins restes pour attester son an- cienne elevation et I etendue de sa surface. D'un autre cote, les blocs erratiques qui couvrentnotresol, les galets, les graviers, les sables qui forment quelques-unes de nos coUines , sont des materiaux qui lui out ete arraches et qui donnent une idee de son ancienne masse. Si done on suppose que la surface des neiges eternelles a pu elre seulement le double de ce quelle est actuellement, on aurait des glaciers d ecoulement de douze lieues carrees de surface. C'est peu de cho- se, mais les consequences sont immen- ses. Gette quantite de glace, descendant XXXVIII NOTICE des hauteurs du Mont- Blanc dans les vallees voisines, qui n'etaient pas alors aussi profondes qu'elles le sont mainte- nant, ne pouvait pas y fondre pendant les mois de Vele^ elle devait done s'accumu- ler et remplir ces memes vallees : des lors, la glace les comblant devait s'elever a la hauteur des montagnes voisines , les couvrir et ne former qu'une immense surface, qui diminuait de hauteur en setendant jusqu'aux plaines. Or , cette surface , etant elle-meme au- dessus de la limite des neiges eternelles, ne serait qu'un glacier reservoir qui don- nerait lieu a des glaciers decoulement d'une immense etendue. Avec la connaissance du veritable sys- teme de la formation des glaciers, si Ton fait attention que la fusion de la glace ne s'opere qu a la surface exterieure, et encore k celle seulement qui est en contact avec Fair atmospherique , on conyoit que pour HISTORIQUE. XXXIX arriver a des glaciers dune tr^s-grande etendue, il nest pas necessaire de recou- rir a des revolutions dans la position du globe , ni a des soulevements extraordi- naires , ni a des changements de tempe- rature dune tres-grande duree. C'est ce qu'a cherche a demontrer le Memoire de M. le Secretaire. luveutions utiles. M. Louis Menabrea, capitaine du genie, membre non resident de la Societe, a fait, dans la seance du 20 mai 1842, un rap- port verbal sur la machine analytique de M. Babbage , savant anglais , qui consume sa vie a la solution d'un grand probleme, ayant pour but depargner le temps des hommes qui explorent la nature. Nous nous contenterons de citer ici, autant qu'il nous sera possible , les propres expressions de M. Menabrea. XL NOTICE M. Charles Babbage , meiiibre de la Societe royale de Londres , occupe k I'u- niversite de Cambridge la chaire de I'im- mortel Newton ; il est connu par un g^rand nombre d'ouvrages ; mais celui qui a le plus contribue a vulgariser sa reputation en Angleterre, est le traite de lEconomie des manufactures et des machines. Deja il avait invente un instrument calculateur qu'on pourrait appeler Machine aux diffe- rences; mais il en a abandonne Texecu- tion des I'instant ou il a con9u le plan de la machine analytique, dont je veux es- sayer de vous donner une idee. Le temps qu'il faut employer pour ob- tenir certains resultats cherches par les calculs numeriques, le danger de tomber dans des erreurs qui peuvent si facilement echapper a une attention qui doit etre longuement soutenue , ont de tout temps fait sentir la necessite d'une machine qui put soulager et rassurer I'esprit des cal- HISTORIQUE. XLI culateurs. Pascal , Leibnitz , Nicolas Saunderson , etc. , etc. , ont tour-k-tour travaille avec plus ou moins de succes a la combinaison de ces instruments. La ma- chine arithmetique de Pascal, que Ton peut regarder comme ayant ouvert la carriere a ce genre d'invention , ne pouvait s'ap- pliquer qu'aux quatre premieres opera- tions de I'arithmetique. M. Babbage , selan9ant hors des voies suivies jusqu'a ce jour, etend sa machine au point de lui demander tons les calculs de I'analyse , sans avoir recours, dans la serie des ope- rations, a I'intervention de Tintelligence de I'homme. En supposant done qu'un savant ait combine une methode et dresse une formule pour arriver k la solution d'un probleme , Ik s arreterait sa fonction pour faire place k celle de la machine analytique , k qui Ton demanderait I'exe- cution mecanique de tons les calculs indi- ques par ces memes formules. XLII 1><0TICE Dans toute espece de calcul, on distin- gue la nature de I'operation et les nombres sur lesquels on doitopererj cette distinc- tion donne lieu k deux dispositions cor- respondantes de la machine. Toute operation numerique se reduit en definitive a Tune des quatre premieres de I'arithmetique, I'addition, la soustrac- tion , la multiplication et la division. Comme la machine analytique exclut toute methode de tatonnements , ces ope- rations doivent necessairement etre faites d'une mani^re directe. Chaque nombre est represente par une colonne verticale , composee d'un nombre indetermine de disques circulaires ayant tons un mouvement de rotation indepen- dant autour d'un meme axe vertical. Sur le contour de chacun de ces disques sont ecrits les dix chifFres qui composent notre alphabet numerique. Le premier disque represente les unites ; le second , les dixai- HISTORIQUE. XLIII lies; le troisieme, les centaines, et ainsi de suite. Cela pose, en disposant sur une meme hgne verticale une serie de chiffres pris sur chacun des disques, on pourra representer un nombre quelconque. U existe un nombre indetermine de ces co- lonnes , et leur ensemble forme ce que M. Babbage appelle le magasin. C'est Ik que viennent s ecrire les nombres destines k etre sou mis aux operations ; c'est encore la que viennent s'inscrire les resultats obtenus. Une autre serie de colonnes semblables aux premieres forme le moulln. C'est la que s'^crivent les nombres sur lesquels on doit operer immediatement, et ceux qui doivent etre transportes dans le maga- sin , pour y etre conserves comme resul- tals, ou bien pour servir k d'autres trans- formations. Ainsi , les nombres passent alternativement du moulin au magasin et du magasin au moulin. XLIV NOTICE Pour donner k la machine la faculte de proceder d'elle-meme aux calculs qui lui sont indiques par la formule proposee, M, Babbage a eu recours a Tingenieuse idee de Jacquard. On sait qu'au moyen de simples cartons Ton parvient a con- fectionner des etoffes brochees, sans que i'ouvrier qui travaille au metier ait a s'oc- cuper du dessin qu'il doit reproduire. G'est aussi k I'aide de cartons que marche la machine analylujue. Elle en contient de deux genres principaux : les cartons qui appartiennent aux diverses especes d'ope- rations , et les cartons des variables, qui indiquent les colonnes du magasin sur lesquelles il faut operer. Ghaque serie de cartons represente le developpement dune formule alg^brique, dont ils nesontqu'une simple traduction, lis en ontlageneralite, puisqu'ils ne font qu'indiquer I'ordre et la nature des operations et les colonnes qui doivent etre mises en action. HISTORIQUE. XLV Avant de mettre la machine en mou- vement , il faudra done introduire les donnees numeriques du probleme. A la jfin de I'operation , les donnees se trouvent imprimees avec le resultat auquel elles donnent lieu , ce qui permet de reconnai- tre si la question a ete bien posee. C'est d'apres les lois de I'algebre que les com- binaisons des signes s'operent dans la machine meme. Nous avons dit que la machine etait capable d'executerles calculs analytiques. Pour cela, il faut concevoir qu'une ex- pression analytique puisse toujours etre deveioppee en series et ordonnee suivant les puissances ou suivant certaines fonc- tions de la variable. Les differentes series se distinguent entre elles par la nature des coefficients numeriques qui affectent les fonctions de la variable. La combinaison de plusieurs series entre elles donne lieu a des resultats composes de termes dont XLVI NOTICE la forme est connue. La question se reduit doncacalculer les coefficients numeriques de ces differents termes. Ainsi , en sup- posant que chaque colonne du magasin represente une puissance ou une fonction de la variable, et que le nombre ecrit sur la colonne en soit le coefficient , dans les differentes combinaisons qu'on se propose, il suffira de changer convenablement les nombres ecrits sur les colonnes, pour pas- ser d'une serie a une autre. Cela pent se faire par le moyen de cartons , comme pour le cas ou Ion n'a qu'une simple for- mule a calculer. Telle est I'exposition des principes generaux sur lesquels est fondee la construction de la machine analytique. L'invention de M. Babbage a pour but de procurer une exactitude et une rapidite d'execution , qu'il serait impossible d'ob- tenir differemment. Ainsi, une multipli- cation dont les facteurs seraient de 20 HISTORIQUE. XLVII chiffres chacun, exigerait tout au plus trois minutes. II est impossible de ne pas voir de quel secours cet instrument serait pour les sciences physiques. Une foule d'observations precieuses restent enseve- lies et sans litilite , parce que le temps materiel manque pour les soumettre au calcul. II n'en sera plus ainsi quand la machine analytique constituera une veri- table manufacture de nombres. M. I'abbe Depierre, vicaire de Morzine , dans le haut Chablais , a adresse a I'Aca- demie un Memoire sur certains usages auxquels on pent appliquer I'ardoise. Ge jeune ecclesiastique a profile de son sejour dans les montagnes du haut Chablais, pour examiner les proprietes des schistes ardoislers , qui sont comme la base du massif calcaire qui avoisine la chaine cenlrale des Alpes. XLVIII NOTICE Apr^s divers essais, il a trouve une encre au moyen de laquelle on peut tracer sur i'ardoise, qui est dun bleu noir, des caracteres qui deviennent dun blanc assez pur et qui sont indelebiles. M. I'abbe Depierre enumere les divers usages auxquels on peut appliquer sa decouverte , qu il appelle Schistographie. Arelieologie. M. I'abbe Gazzera , secretaire perpetuel de I'Academie royale de Turin et corres- pondant de celle de Savoie, a envoye un Memoire dont nous nous dispensons de parlerici, parceque ce travail, admis par une commission speciale, est tout entier reproduit dans le present volume. Des tombeaux avaient ete decouverts sur la colline de Lemenc, aussitot la HISTORIQUE. XLIX Societe avertie a nomme une commission composee de MM. Chamousset et Mena- brea , pour les examiner et recueillir tout ce qui pourrait fournir d'utiles indica- tions sur Tespece et lage de ces restes d'un autre temps. M. I'avocat Menabr^a , charge de faire Je rapport, a fait connaitre les faits suivants : Sur la gauche du chemin qui conduit de la route d'Aix au convent de la Visita- tion, des ouvriers cherchant de la terre vegetale dans les enfractuosites des ro- chers, ont decouvert h la profondeur de 2 k 3 pieds , douze squelettes parfaite- ment conserves et tons couches k la ren- verse. D'apres le rapport des ouvriers, ces corps , k I'exception d'un seul dont la position n'a pu etre constatee , avaient tons la meme direction , celle du nord-est au sud-est ; et c'est vers ce dernier point que leurs pieds se dirigeaient. La plupart d'entre eux avaient les pieds IV L NOTICE pos^s sur un segment de disque en terre cuite et demi-circulaire. Sur chacune de leurs jambes etait placee une espece d'armure pareillement en terre cuite, et semblable a ces tuilles recourbees que Ton appelle cornieres , avec la diffe- rence qu'au lieu d'etre arrondies, les deux parois formaient un angle droit. Vers la tete de chaque squelette il y avait un vase en terre ; et ces differents vases compares entre eux, ne se ressem- blaient ni par la grandeur, ni par la for- me, ni meme par la substance, puisque Tun d'eux semble tenir un certain milieu entre la porcelaine et la terre de pipe. Un fragment de poterie grisatre, tendre et friable laisse encore lire ce qui suit : F. E. Pivs. Sans porter un jugement definitif sur lage de ces sepultures, la commission ne serait pas eloignee de les reporter aux HISTORIQUE. LI premiers temps de la domination romaine dans ces contrees. M. I'abbe Greppo, grand-vicaire du diocese de Belley et membre correspon- dant de la Societe , a assiste k la seance du 1 1 aout 1842. Ce savant, si connu par ses travaux sur I'antiquite, a lu un Memoire sur les moeurs des Egyptiens. On sait que ce peuple d'une supersti- tion qui depasse le ridicule , est accuse d'avoir adore les legumes de ses jardins. Dans le travail interessant qu'il a com- munique a I'Academie , M. Greppo s'est borne k I'examen de cette question : Les Egyptiens ont-ils veritablement adore les oignons, comme le leur reprochent Juve- nal et quelques autres poetes latins ? Pour arriver a la solution d'un probl^- me aussi difficile , I'auteur a succesive- ment interroge Thistoire, la poesie, les LII NOTICE medailles , les hyerogliphes et Jes autres monuments. II a conclu que les oignons et les porreaux avaient ete cle tout temps la nourriture des Egyptiens , que les habi- tants de Peluse etaienl en Egypte les seuls qui s'abslinssent den manger, et enfin que le respect de ce peuple pour ces legu- mes ne prouvait pas qu'il les regardat comme des divinites , mais seulement comme des objets sacres , parce qu ils etaient sans doute consacres k quelque dieu. Ce travail etant destine k jeter de la lumiere sur une question assez impor- tante de I'histoire ancienne, la Societe a juge a propos de le publier dans ses Me- moires. S»ciences Philosophiques. En 1840, M. le docteur Gouvert a lu a la Societe le plan et quelques fragments HISTORIQUE. LIII dun grand travail sur la double vie de Vhoinmc, la vie organique et la vie intfel- lectuelle. Le but de cet ouvrage interessant est de combattre les doctrines de latheisme et du materialisme, qui se sont trop sou- vent melees k I'enseignement des sciences physiologiques. L'auteur s'eleve k de hau- tes considerations sur rhomme , sur les penchants opposes qui tendent k determi- ner ses actions, et sur les influences qu'il re9oit de sa double nature. II montre la fausse route suivie par quelques savants, qui ont cru trouver dans I'organisme hu- main, la cause unique de tous les phe- nomenes de la vie et de la pensee. Cette marche le conduit naturellement k Caba- nis, dont il analvse les travaux sur les rapports du moral et du physiffne de I horn- me, et k une refutation des sysf ernes an- tilofji(/ncs du docteur materialjsle. Pour- quoi faut-il qu'un ouvrage si utile reste LA^ NOTICE incomplet, et que la mort soit venue briser la plume qui le trayait? Hisioire. L'histoire n'a pas ete negligee par la Society academique. Plusieurs de ses membres s'en sont occupes d'une maniere sp^ciale et avec un zMe et des succes dont le public pourra juger, k mesure que seront publics les resultats des savantes recherches auxquelles ils se livrent. M. le chanoine Turinaz a termine le cours d'histoire qu'il destine k la jeunesse de nos colleges. M. I'avocat Menabrea a enrichi le XP volume de nos Memoires d'une disserta- tion sur I'abbaye de St- Jean d'Aulps , et cet ouvrage n'est qu'un episode jete au milieu de ses travaux historiques. M. le marquis de Costa poursuit ses HISTORIQUE. LV recherches sur les anciennes families de la Savoie , et a fourni a la Societe les documents inedils exlraits des archives de la ville de Chambenj , qui font parlie du present volume. Parmi les membres correspondants, M. le chanoine Chevrav , M. le chanoine Angley , de St-Jean-de-Maurienne , M. I'abbe Bonnefoy, cure de Jarsy, M. Bon- nefoy , notaire k Sallanches , soccupent aussi k reunir des materiaux propres k Jeter un plus grand jour sur I'histoire de notre patrie. Cependant, comme il est difficile de rechercher dans toutes les localites les documents historiques qui ont pu echap- per aux desastres de la revolution , et qu'il est d'ailleurs k souhaiter qu'il y ait de I'accoiNi et de I'ensemble entre les diverses personnes qui travaillent dans le meme but, I'Academie a cru devoir former dans son sein inie Commission de recherches LVI NOTICE historiques, composee de M. le comte de Vignet, president de la Soci^te j De Mgr I'Archeveque , president perpe- tuel honoraire; De M. le marquis de Costa ^ De M. Tavocat Menabrea L^on, Et de M. le baron senateur Jacquemoud, secretaire-adjoint de I'Academie. Rechercher dans toutes les archives les documents inedits , les reunir dans un meme local, distribuer le travail de ma- niere ks'entre aider sans perte de temps, etablir des correspondants pour avoir des yeux partout, publier ce qui sera digne d'interet, tel est le but que s'est propose I'Academie , en creant la Commission de recherches historiques ; esperons que ses voeux ne seront pas inutiles. HISTORIQUE. LVII I^itteratiire et BeauiL-Arts. L'Academie n'a pas oublie que, parmi ses devoirs, se trouvaitcelui d'encourager les lettres et de leur donner une bonne direction. Plusieurs de ses membres ont prononce des discours qui tendent vers ce but. Le jour de sa reception , M. Leopold Cot a prononce un discours qui retrace les differentes phases par lesquelles la poesie franfaise a du passer avant dar- river k la derniere ecole, qui n'est peut- etre elle-meme, selon I'orateur, qu'une de ces evolutions que doivent subir les creations de I'esprit humain. La poesie, dont I'objet est surtout de peindre les moeurs des peuples chez qui elle regne, se met en rapport avec les idees domi- nantes, et reflete avec fidelile le genre et LVIII NOTICE le degre de civilisation de chaque peuple et de chaque si^cle. C'est done le sifecle qui donne a la poesie ce caractere par- ticulier, qui marque les ecoles dans la poesie, comme il y en a dans la peinture. Le siecle qui fit Marot et Ronsard n'aurait pu faire Racine, et celui de Racine n'au- rait pu faire Lamartine et ses nombreux imitateurs. Dans une circonstance semblable , M. I'avocat Raymond a jete un vaste coup d'oeil sur les produits litteraires de notre epoque, et, frappe de I'abondante sterilite qui encombre les sanctuaires des lettres, sans rien produire qui merite de passer k la posterite , il a recherche les causes de cette indigence , qui contraste si ex- traordinairement avec les efforts que sem- ble aujourd'hui faire I'esprit humain pour aller k I'immortalite. Deux causes se sont comme d'elles- memes presentees a sa pensee : HISTORIQUE. LIX La premiere, c'est cette instruction hative, rapide, acceleree, qui veut qu'un enfant sache tout et apprenne tout en peu de temps i qui , au moyen de manuels , d abreges , de tableaux , etc. , se charge de communiquer la science en dispensant du travail et de la meditation ; qui en- gendre la vanite du savoir sans le pro- duire. La seconde , c'est 1 etat actuel d'une societe ou I'homme se hate de vivre , comme si I'avenir devait lui manquer. Un siecle mercantile, speculateur, avide de richesses et de plaisirs; un siecle ou les grandes idees d'immortalite, qui ont ins- pire les genies d'un autre age , semblent avoir ete transposees au present ; un siecle ou les idees eternelles d'ordre et de mora- lite sont echangees contre les principes degoisme , ne pent former des hommes capables de se plier aux regies du gout et aux exigences du vrai. Voilk pourquoi LX NOTICE les ouvrages que nous voyons parailre tiennent tantot du ridicule , tantot du monstrueux. RcQu dans une seance publique, M. le senateur de Juge a parle des chances de succes que devait rencontrer la poesie dans les montagnes de la Savoie. Dieu et la patrie, voila , selon le brillant orateur, les deux aliments les plus feconds dont se nourrit la poesie. Or, nulle part le sentiment religieux et le sentiment de la patrie ne sont plus ardents qu'au sein de nos montagnes. C'est Ik que Dieu et le Roi refoivent encore un culte dont lenergie et la purete pourraient etonner les autres peuples. Mais ecoutons un moment I'ora- teur-po^te : « II est done pour le po^te une com- munaute de pensees et de sentiments dans laquelle il pent puiser, sur d'etre compris HTSTORIQUE. LXI par tous ceux qui ecouteront ses chants j veritable foyer de lumiere place au sein de I'humanite , ou chaque intelligence veut s eclairer d un rayon ; source intaris- sable d emotions , ou chaque coeur aime k prendre la fraicheur et la vie : Dieu, patrie , ces deux mots ne sont vides de sens nulle part j its ont une valeur pour le savant comme pour I'ignorant ; ils re- tentissent sous la hutte du sauvage comme sous les portiques de nos cites. Inscrits dans la langue de tous les peuples , ils y groupent une foule d'expressions qui , sans le tronc qui les soutient , se d^ta- cheraient de la memoire des hommes et tomberaient dans I'oubli. Pour tout dire enfin, ils portent avec eux les consolations de cette vie, et le gage de notre immor- talite. « Et n'allons pas craindre , apres tant de siecles, d'arriver trop tard , de ne plus trouver d'accents sur cette Ivre sainte et LXII NOTICE patriotique que tant d'immortels geiiies ont fait vibrer. S'il n'est plus rien de nou- veau pour nous sous le soleil , c'est que nous nous laissons eblouir par ses rayons, et que nous ne cherchons pas , par-delk tous les cieux , celui qui lan9a I'astre dans I'espace. Si la terre est pourrhomme comme un champ desseche qu'il se lasse de remuer en vain , c'est qu'il a ferme son coeur aux douces joies de la famille, aux emouvantes inspirations du pays na- tal ; car , soyons-en surs , la religion et la patrie sont deux muses qui ne vieillissent jamais. Que dis-je? elles n'ont pas d'age; et ces Fontaines d eaux vives dont le re- servoir est au ciel , ne demandent ici-bas qu'un coeur pur, pour y tomber en flots elincelants. « Dailleurs, chaque pays a ses beautes naturelles , ses monuments des arts , quj , se refletant sur ses moeurs et ses habitu- des , lui impriment, sur I'immense toile HISTORIQUE. LXIII du monde , un caractere original , une physionomie particuliere. Chaque peuple a ses souvenirs , ses esperances , patri- moine sacre dont il est le gardien jaloux, et quil ne livre jamais h. des mains etrangeres. Or, c'est la un tresor inepui- sable de poesie , un sujet toujours nou- veau , offert a I'enthousiasme de qui a regu d'en haut le don de peindre ses pensees par des paroles. Sous ce point de vue , Messieurs , le poete Savoyard n'est pas un enfant desherite du ciel. N'avons- nous pas nos jours resplendissants de lumifere pour eclairer nos pompes reli- gieuses , nos fetes nationales ? N'avons- nous pas des fleurs de toute espece pour orner nos autels et parfumer nos demeu- res? Et le bruit lointain de nos torrents, et le freinissement harmonieux de nos forets ne viennent-ils pas se meler au chant grave de nos pretres , aux doux cantiques de nos vierges ? Oui , la paix LXIV NOTICE de nos fraiches valines appaise les inquie- tudes de I'existence , et nos monts nous elevent vers le trone de lEternel , dont ils sont en quelque sorte le sublime marche- pied. « Mais la nature, en Savoie, ne vient pas seule inspirer le poete. Les beaux- arts y ont aussi droit k ses hommages. Sans doute nous n'avons pas ces temples magnifiques , ces basiliques imposantes dont des peuples plus fortunes senorgueil- lissent : nos monuments sont simples comme pos moeurs , modestes comme nos heritages. Cependant nous devons k la piete de nos peres quelques edifices que les artistes ne dedaignent pas de confier k leurs pinceaux. Et de nos jours meme, deux monuments se sont eleves , qui , consacrant tout ce qu'il y a de grand dans le passe , s'emparant de tout ce qu'il y a de hardi dans I'industrie moderne , sulfi- raient seuls pour rendre le pays qui les HISTORIQUE. LXV possede le juste objet de radmiration des etrangers : vous avez tous, comme moi, Messieurs, nomme I'abbaye d'Hautecombe et le pont Charles-Albert. « Maintenant si , fouillant dans les siecles ecoules , j'y cherche nos tilres de gloire et d honneur, quel immense horizon ne s'ouvre pas devant moi ! Quelle lyre pourra repondre k tous ces noms qui rayonnent dans notre histoire ? Ah ! Mes- sieurs , elle est bien grande , bien faite pour parler au coeur et k I'imagination , cette royaule savoyarde , qui , partie du sein de nos agrestes montagnes , s'est elev^e par ses vertus et son courage , et franchissant les Alpes soumises , a pose sous le beau ciel d'ltalie son trone , dont I'amour des peuples a creuse les solides fondements. Elle est bien digne de I'en- thousiasme de I'ode , de la consecration d'une epopee , cette famille de princes et de rois, qui, toujours vierge dun tyran, V LXVI NOTICE porta aussi bien le sceptre que lepee , et plus que jamais est devenue de nos jours la personnification de toutes les gloires nationales. « Et ne croyez pas qu'en suivant la trace de iios princes et de nos guerriers, le poete n'ait qu'k parcourir la terre qui leur donna le jour. Non , leur sang ge- nereux a coule partout ou il y avait des injures k venger et des lauriers a conque- rir. La Terre-Sainte a vu briller leur epee victorieuse ^ la croix blanche a flotte tri- omphante dans les plaines parfumees de rOrient, et nous trouvons leurs pas em- preints en sillons lumineuxsurla plupart des champs de bataille que I'Europe mon- tre avec fierte aux nations qui s'inclinent devant sa gloire. » M. le comte de Boigne , President de I'Academie, repondant au recipiendaire , HISTORIQUE. LXVII a moiitre , dans un discours rempli de grace et d erudition, que I'amour de la poesie et la culture des lettres peuvent s'allier aux etudes graves et serieuses qui doivent remplir la plus grande partie de la vie d'un magistrat. II rappelle que Tho- mas Morus , d'Aguesseau et le president Favre debuterent par des vers dans la carriere des lettres , et cependant devin- rent de grands magistrats. Dans la me me seance , M. I'avocat Menabrea, rapporteur de la commission chargee d'examiner et de juger les ta- bleaux envoyes au concours de peinture, montre aussi la Savoie comme un lieu privilegie et eminemment propre a ins- pirer les poetes et les peintres. Son ciel souvent nuageux , ses montagnes tantot gracieuses , tantot apres et severes , ses vallees fraiches et touffues , cette variete LXVIII NOTICE incessanle dun sol accidente qui semble avoir ete agite par tous les cataclismes que le globe a subis , I'aspect de ceux de ses chateaux qui out echappe au marteau du vandalisme revolutionnaire , les ruines memes de ceux qui ont ete k moitie de- molis , tout ici semble inviter le genie a prendre la lyre ou le pinceau. La fraiche et brillante nature de la Savoie n'a point encore ete noircie par les fumees de I'in- dustriei ses riantes collines, ses myst^- rieux ombrages n'ont point encore ete symetrises par le compas des niveleurs j ses habitants , simples , naifs , hospita- llers, n'ont point encore ete fayonnes par ce culte de lor qui change la nature de I'homme. Ghanlres de la nature , c'est ici qu'il faut chercher vos modeles ! Dans un discours de reception, M. Bon- jean a fait leloge de M. Bise. Nous en parlerons ailleurs. HISTORIQUE. LXIX M. le comte de Vignet , President de la Societe , a repondu par uii discours qui retrace si bien I'esprit et le but de la So- ciety , que nous croyons utile d'en repro- duire ici la plus grande partie. « Si le but de Tinstitution de cette So- ciete , dit-il , est d'encourager les talents naissants et de leur donner un moyen de se faire jourj si nous avons admis des can- didats dans la seule esperance que leurs succ^s futurs justifieraient notre choix, k bien plus forte raison ii est heureux pour nous de recevoir dans notre sein des per- sonnes dont les travaux sont deja connus et dont les pas dans la carriere des sciences ont dejk ete marques par des succ^s obte- nus dans notre pays et a I'etranger. Quelle que soit done la modestie qui vous fait attribuer a votre seul zele pour la science et k votre Constance dans le travail , le titre de Membre eflfectif de la Societe , vous ne devez pas douter qu en vous lac- LXX NOTICE cordant elle n'ait voulu recompenser vos essais precedents eten reconnaitre I'utilit^. « Le souvenir du membre de la Societe dont vous venez de deplorer la perte est encore assez frais parmi nous , pour que nous ayons prete une oreille attentive a ce que vous nous avez dit de lui , et donne notre assentiment aux eloges qu'il vient de recevoir dans votre discours. Son zele pour Taccroissement de la Bibliotheque publique , la simplicite de ses mani^res et la rare complaisance qu'il montrait dans I'exercice de ses fonctions de bibliothe- caire , sont encore presents a tout le monde, Mais un merite de M. Bise , que vous n'avez pas oublie , et auquel je m'ar- reterai specialement , est son rare desin- teressement. Je n'omettrai jamais I'occa- sion de signaler cette vertu , compagne necessaire de I'integrite, parce que, ainsi que je I'ai deja dit dans un ecrit que la HISTORIQUE. LXXI Societe a bieii voulu faire imprimer (i), ce d^sinteressement est un caractere dis- tinctif et general des gens de lettres de notre patrie. Je n'ai jamais attache une grande importance aux denombrements que plusieurs de nos ecrivains ont faits des auteurs que la Savoie a produits, pour prouver notre aptitude aux lettres et aux sciences. lis ont oublie quune seule ville de 35,000 ames , placee sur notre fron- ti^re , a produit k elle seule plus d'hora- mes distingues que les 2 1 autres cantons Suisses et les 8 provinces de la Savoie reunis. Mais il n'en est pas de meme de tout ce qui pent relever, ne fut-ce qua nos propres yeux, le caractere de la classe des gens de lettres de Savoie. Si nous pou- vons prouver que toujours et partout ils ont ete reconnus comme gens integres , (1) Reponse du vice-president de la Socielc acadeiniquc, a M. le comte Charles de Boigne. — 1830. LXXII NOTICE desinteresses , religieux , nous aurons prouve plus que beaucoup d'aulres con- trees ne pourraient prouver en leur faveur; et si Ton disait que ce genre de merite est plus facile et moins rare que le merite litteraire, on risquerait fort de se tromper. II est plus dune contree ou Ton rencon- trerait plus aisement un savant ou un litterateur , qu'un homme parfaitement int^gre et desinteresse. « J'ai dejk parle ailleurs du desinleres- sement de presque tous nos grands hom- mes , qui ont sacrifie les plus brillants avantages a I'amour de leur patrie ou de leur devoir , mais je n'ai pas cite les homines de lettres qui avaient montre la meme vertu chez 1 etranger. Je n'ai pas nomme Frezier, qui , dans une place ou d'autres auraient accumule une grande fortune, n'a rien su gagner pendant une longue vie , que le renom d'une parfaite integrite. Je n'ai pas parle de Berthollet , HISTORIQUE. LXXIII qui ne retira d'autre avantage materiel de ses nombreuses decouvertes dans les arts, decouvertes qui out enrichi tant de manufactures , qu'une pi^ce de loile de coton , qu'il ne voulait pas meme accep- ter. Je n'ai pas cite vingt autres noms , rappeles dans I'ouvrage de I'abbe Grillet, comme ayant ete connus dans les pays etrangers par leurs vertus privies et leur rare desinteressement ; ni les ecrivains modernes , dont la reputation litteraire n'a enrichi que leur ^diteur , dans un temps ou la litterature n'est plus, pour tant d'auteurs , qu'une speculation mer- cantile. c< D'apr^s ce que je viens de dire, vous jugerez facilement. Monsieur, avec quel interet j'ai ecoute la partie de votre eloge qui rappelle la fin religieuse de M. Bise , et avec quelle satisfaction j'ai appris que I'eleve de I'Ecole normale , I'associe de I'Athenee, avail reconnu qu'il valait mieux LXXIV NOTICE pour lui finir dans la croyance de ses peres que dans les doctrines qu'il avait entendu enseigner dans I'une et Tautre de ces institutions, versees k pleins bords dans la premiere, instillees goutte a goutte dans la seconde. Helas ! il avait ete , comme tant d'autres , soumis k la necessite a la- quelle nous condamne notre position geo- graphique et la langue que nous parlous, celle de ne pouvoir atteindre a un certain degre d'instruction sans I'aller chercher dans la seule capitale de I'Europe ou les sciences physiques et les etudes metaphy- siques n'ont pas encore cesse de graviter vers le materialisme ou le pantheisme , Mantua vw miserie Qu'il regoive done les louanges qu'il merite pour n'avoir pas voulu se separer des gens de lettres de notre patrie, dont le caractfere religieux est, ainsi que je I'ai dit, une qualite propre et distinctive. Je ne sais pourquoi personne n'a encore relev^ cette circons- HISTORIQUE. LX«V tance. Si Ton a redoute pour leur memoire le d^dain que le philosophisnie moderne a deverse sur les ecrivains religieux, on a eu grand tort. Qu'importe I'opinion d'une fraction du monde litteraire chez un seul peuple et dans un seul siecle ! L'estime pour le caract^re religieux des poetes et des philosophes est de tous les siecJes et de tous les peuples , et cette es- time est si forte quelle triomphe meme des opinions propres a chaque religion. Assurement nous avons peu de sympathie pour les divinites de rOlympe, ou pour le puritanisme protestant , et cependant quel homme de bien ne prefere le respect pour les dieux professe par Euripide , Platon, Virgile, Ciceron, et n'aime mieux la religion de Newton , de Leibnitz , de Klopstok, que I'irreligion d'Aristophane , de Lucien, de Hume ou de Bolingbroke, quoique ces hommes aient pense comme nous sur le paganisme ou le protestan- LXXVI NOTICE tisme? C'est done une gloire reelle pour les hommes de leltres de Savoie d'avoir toujours conserve ce caractfere d'attache- ment k la foi de nos peres , meme dans les temps les plus difficiles. Qu'on se rap- pelle le 1 6® si^cle , lorsque I'esprit de la Reforme envahissait la moitie de I'Europe et partageait les ecrivains en deux camps presque egaux ; non-seulement il ny eut en Savoie aucune defection chez les ecri- vains ecclesiastiques , mais les auteurs profanes eux-memes, comme Favre, et plus tard St-Real , publierent des ouvrages de controverse en faveur de la foi catho- lique. Enfin, au dernier siecle , lorsque, si pres de nous , trois generations suc- cessives ont fait au christianisme une guerre active et incessante , guidees au combat par la portion la plus nombreuse, et, il faut bien I'avouer, la plus habile des gens de lettres et des savants , on ne peut compter aucun homme distingue de HISTORIQUE. LXXVII notre pays qui se soit enr6l^ sous ce dra- peau. Loin de Ik , deux hommes se sont rencontres parmi nous qui , de Taveu general , se sont places au premier rang des defenseurs du Christ. L'un , qui a honore la pourpre plus encore que la pourpre ne I'a eleve , a defend u la verite avec tout I'ascendant que lui donnait la reputation d'un des plus grands geometres et des premiers metaphysiciens de son siecle; I'autre, arme de toute la puissance d'une erudition qui etonne la pensee , et s'appuyant sur une renommee litteraire devenue europeenne , a pris courageuse- ment I'offensive ; il a attaque I'ecole vol- tairienne corps k corps ; il a ose arracher de son front cette aureole de suprematie litteraire quelle avait usurpee , et la changer en couronne d'ignominie, et tons les peuples ont applaudi k son audace. II ne m'appartient pas de le louer, mais je crois que nul plus que lui n'a accelere LXXVIII NOTICE le mouvement de reaction qui a renvers^ le voltairianisme , et n'a eu plus d'action sur la jeunesse actuelle. « Vous savez tous, Messieurs, combien d'autres ecrivains , dans nos provinces et dans celte enceinte meme , ont eleve leurs voix pour les saines doctrines, et je n'en parle que pour constater I'universalite des sentiments religieux parmi les gens de lettres savoisiens. Si quelques hommes d'un talent reconnu ont, dans les temps orageux d'ou nous sorlons , affiche hau- tement des sentiments opposes , leur nombre si faible , qu a peine il autorise k se servir du pluriel pour en parler , et plus encore la deconsideration morale qui s'est melee a leur reputation litteraire , comme la fange k I'eau de la source, font de ces exceptions presque inaper^ues la confirmation la plus forte de mon asser- tion. Bien plus, s'ils ont forme le deplo- rable souhait que leur memoire passat k HISTORIQUE. LXXIX la posterity avec le souvenir de leur ini- miti^ eiivers le tr6ne et I'autel , ils n'ont pu reussir dans leur voeu. Une fatalite (que je ne saurais nonimer malheureuse) a egare leur science dans des objets de detail et dans des travaux sans interet ; ils ont ete connus de leurs contempo- rains comme des hommes de haut sa- voir i mais nos neveux ignoreront leurs noms. Rien , parmi nous , ne porte mal- heur aux talents comme de debuter par une marche en sens inverse des senti- ments et des croyances du pays, et si nous cessions jamais d'exiger le respect pour nos sentiments et nos croyances , alors ce serait malheur k nous. « Maintenant il me suffit de constater avec quelle difficulte les opinions anti- religieuses ont pris jusqu'ici racine dans cette contree , soit qu'il y ait quelque chose dans ratmosph^re morale de notre patrie qui etouffe leur developpement , LXXX NOTICE soit plutot qu'il existe dans la race qui habite nos montagnes , un instinct inne de fidelity , qui repousse tout genre d m- fidelite. • « Cette explication me parait tr^s-sou- , tenable : telle peuplade est connue par sa disposition k se vanter, telle autre par la propension k mentir, une autre par lin- constance de ses sentiments ; pourquoi la n6tre ne serait-elle pas caracterisee par la Constance des siens ? Le chantre d'Armide dit, en parlant dune province de France: La terra molle e liela , e dilettosa , simili a se gli abitator produce. Pourquoi nos nei- ges eternelles et nos inebranlables rochers n'enceindraient-ils pas un peuple egale- ment immuable dans sa foi politique et religieuse ? Puisqu'on nous accorde un amour d'instinct pour notre pays, n'accor- dera-t-on pas le meme caractere instinctif k la fidelite , qui est , chez nous , plus forte que I'amour meme du pays ? Si Ton HISTORIQUE. LXXXI en doutait, je pourrais citer un fait me- morable , qui serait ignor^ s'il n'avait ete tire de Toubli par le marquis de Costa; car , jusqu'k lui , I'histoire de noire patrie a ete livree k la plume vaniteuse et par- tiale des historiens d'un pays voisin. Je veux parler de ces soldats du regiment de Maurienne, qui, licencies jusqu'au prin- temps , dans la retraite de 1 792 , aban- donn^rent tous leurs families et leurs foyers occupes par Tennemi , sans savoir s'ils pourraient jamais les revoir. Pas un ne manqua k I'appel au jour fixe , et ce- pendant ils ne setaient pas concertes ! Quelle impulsion autre qu'une fidelile sucee avec le lait maternel a pu inspirer k la fois k un millier de jeunes gens une abnegation aussi evidente de leurs interets personnels , et leur a fait quitter leur pa- trie en bravant les plus afFreux sentiers des Alpes et le danger de la rencontre des troupes franfaises. vr LXXXn NOTICE « Enfin, ce qui, plus que tout autre argument , prouve la nationalite de cet instinct de double fidelite , c'est que les gens de lettres naturalises d^s I'enfance en pays etrangers , et qui ne tenaient k la Savoie que par leur naissance ou leur origine , ont conserve toute leur vie les memes sentiments. On me demandera peut-etre de prouver ce que j'avance ! ma preuve ? c'est Ducis, le plus beau carac- tere dhomme de lettres du i8^ siecle, dit un de ses biographes , qui , fidele a son attachement pour Louis xviii, dont il avait ete secretaire , refusa , bien que sans for- tune , la place de Senateur , offerte par Napoleon , et qui accepta de la Restaura- tion la croix de la Legion , qu'il avait constamment refusee sous I'Empire ; qui , fiddle k la religion et k la sc^ne franyaise, dont il fut le quatrieme maltre , frequen- tait avec une egale assiduite I'eglise de sa paroisse et le theatre , et dont le lit de HISTORIQUE. LXXXIII serge etait decore a la fois d'un benitier, d'un Christ et du buste d'un poete tragi- quej ma preuve ? c'est Michaud , qui, eleve dans une province ou la Revolution fut saluee avec un enthousiasme general, sut resister au torrent qui I'enveloppait , et braver les proscriptions et I'exil pour rester fidele k la cause des Bourbons et de la Religion , k laquelle il consacra sa plume et sa vie enti^re. C'est tant d'autres enfin , qu'il me serait facile de citer , si je ne m'apercevais qu'il est temps d'arriver k la fin de ce discours , quel que soit le charme que j'eprouve k dire , au milieu de vous , du bien de mon cher pays. » Biographic. S. Exc. M. le comte Avet, membre de la Societe , a fait lire , dans une de ses seances , un article necrologique sur M. LXXXIV NOTICE le marquis cl'Alinges. L'^log^e dun homme qui n'a use dune grande fortune que pour faire du bien k ses semblables , et sur- tout k ses compatriotes , le souvenir d'un nom qui se trouve partout mele avec honneur aux annales de la Savoie , ont , sous la plume de I'habile ecrivain , vive- ment excite I'attention des auditeurs. Dans son discours de reception, M. J. Bonjean a fait I'eloge de M. Bise , an- cien professeur de belles-lettres, biblio- th^caire de la ville de Ghambery et mem- bre de la Societe academique. Homme simple, laborieux, desinteress^ , M. Bise ne devait qu'k lui-meme I'instruction qu'il semblait n'a voir acquise que pour la com- muniquer aux autres. Litterateur modeste, professeur devoue , il se fit autant d'amis qu'il avait eu d'eleves. Il est decede le 29 novembre i84i. HISTORIQUE. LXXXV Une des pertes les plus sensibles qu'ait faites la Societe est celle cle M. le docteur Gouvert, decede le 22 mars 1842. Me- decin distingue, philosophe observateur, agronome plein de z^le , M. Gouvert reu- nissait un ensemble de connaissances qui se trouvent rarement dans la meme per- sonne. Membra de la Chambre de Com- merce et d'Agriculture , vice-president de I'Academie, membre de la junte provin- ciale de statistique, medecin des hospices et de presque tons les etablissements pu- blics de la ville , il appartenait encore a toutes les administrations , et par son activite il suffisait a tout. Us6 par le travail bien plus que par les annees , atteint d'une maladie cruelle et qu'il savait incurable , il adoucissait encore les souffrances de ses derniers jours par letude et les consolations que procure la religion k ceux qui voient luir LXXXVI NOTICE loin d'eux un raonde qui n'a pu combler leurs desirs. Eucouragementsi. La Societe a, chaque annee, distribue les prix de la fondation Guy, et pour la po^sie comme pour la peinture, elle a pu remarquer des progres sensibles dans les ouvrages qui ont ete envoyes au concours. Pour 1 84 1 5 le sujet du prix de pein- ture etait un paysage a I'huile , represen- tant de preference Tun des monuments historiques de la Savoie. Le prix a ete remporte par M. Hugard, de Cluses , el^ve de M. Didet , de Geneve. Pour 1842, le sujet du prix de poesie etait I'abbaye d'Hautecombe. — C'est M. J.-P. Veyrat qui a ete pour la seconde fois couronne par I'Academie. Pour 1843, la Societe a statue que le HISTORIQUE. LXXXVll prix de peinture sera accorde au meilleur dessin representant iiii fait puise dans I histoire de Savoie. L'Academie laisse an choix des artistes le genre de dessin et meme les dimensions du tableau. Elle recevra egalement des ouvrages au crayon, a I'estompe, a Ja plume, a la sepia ou k I'aquarelle. L'invention du sujet, la dis- position des personnages , la perfection des details, serviront de base au jugement de I'Academie. Une societe s'etait formee dans la ville d'Annecy, pour ouvrir une souscription destinee k produire des fonds pour elever un monument k la memoire de Berthollet; I'Academie ne pouvait rester indifferente k une telle entreprise. Quand I'illustre chimiste n'eut pas ete I'un de ses membres les plus anciens comme les plus distin- gues , elle aurait encore voulu revendi- quer pour la Savoie Tune des gloires de la science ; c'est pour cela quelle a alloue LXXXVIir NOTICE k cette oeuvre une somme de 5oo livres, Quand la ville de Sallanches a ^te coii- suraee par un incendie, qui a laissedans la plus afFreuse inisere une population de trois mille ames, I'Academie , considerant que cette ville avail k reformer des ecoles, a reparer des edifices religieux, a racheter des instruments d'agriculture , a pense que c'etait user de ses revenus d'une ma- niere conforme k leur destination, que de lui en donner une partie. Elle a vote une somme de mille livres pour les incendies de Sallanches. Quand MM. Courtois et Aubert ont emis des actions pour fonder la Galerie savoisienne , la Societe , regardant cette publication comme utile aux arts, a voulu I'encourager de ses suffrages , et elle a pris deux actions. Ainsi I'Academie , fiddle a sa mission , sest montree , comme elle se montrera toujours, jalouse d'encourager tout ce qui HISTORIQUE. LXXXIX peul contribuer au progrfes de I'intelli- gence et au bien-etre de la soci^t^. nflelauges. M. Mottard , docteur-medecin k Saint- Jean-de-Maurienne , a adresse k I'Acade- mie un tableau des tremblements de terre qui se sont fait sentir dans cette ville pendant I'annee 1839. D^jk le meme phenomene a ete consi- gn^ dans les Memoires de TAcademie royale de Turin , par Mgr Billiet , alors eveque de Maurienne. Cependant, comme ce phenomene m^rite d'etre consigne dans les annales de la province meme dans laquelle il s'est montre, la Soci^le a jug^ convenable d'admettre ce tableau dans le XP volume de ses Memoires. Si jamais il vient a se renouveler, nos neveux auront un moyen de comparaison. XC NOTICE Nous devons faire observer qu'entre le tableau public par Mgr Billiet et celui de M. le docteur Mottard , il ny a pas un accord parfait relativement au nombre des tremblements de terre. M. Mottard en compte davantage, soit parce qu'il a con- signe un certain nombre de secousses qui n'ont ete ressenties que pr^s de la mon- tagne qui parait en avoir ete le centre , et qui n'ont pas ete sensibles a St-Jean- de-Maurienne, oh Monseigneur faisait ses observations , soit parce que M. Mottard aura inscrit des secousses trop faibles pour avoir pu etre parfaitement consta- t^es aux yeux de Mgr Billiet , qui est d'une grande rigid ite dans ses observa- tions. M. Mottard a accompagne son tableau d'un grand nombre de reflexions sur les circonstances qui ont accompagne ce phe- nomene , sur la nature des lieux ou il s'est fait sentir avec plus de violence , sur HISTORIQUE. XCI ses liaisons avec ceux de meme nature qui se sont reproduits dans d'autres pays , et enfin sur les moyens d'observations qui ont ete mis en usage ; mais I'Academie a cru convenable de ne consigner que les faits. M. I'avocat Duplan a adresse a la So- ci^te une lettre dans laquelle il a fait con- naitre un phenomene qui s'est manifeste dans les eaux salines de Moiitiers en Ta- rentaise. Voici le fait : II y a dans le petit village de Salins, et tout pres I'une de I'autre , deux sources thermales minerales. L'une, tr^s-abon- dante , alimente les salines royales de Motitiers ; I'autre , moins abondante , est employee pour letablissement des bains. Les eaux de la grande source n'ont eu, jusqu'au mois de decembre i84i, qu une temperature de 3 1 ° c. , landis que les eaux XCII NOTICE de la petite source qui alimente les bains jouissent d'une temperature de 67° cen- ti grades. Or , d'apres des observations exactes , faites par M. Duplan , et repetees par !M. le docteur Savoyen , directeur des bains , il parait que la temperature de la grande source s'est elevee de 3i° c. k 34° c. , et qu'elle conserve cette chaleur. On attribue ce changement au tremblement de terre qui s'est fait sentir assez fortement k Chambery et k Moutiers , le 2 decembre 1 84 1 5 k 8 heures du soir. Depuis la meme epoque, la quantite d'eau se serait accrue d'un pouce dans chaque source. Comme il serait possible que le chan- gement provenu dans la temperature de la grande source ne fut que I'effet d'un melange dans les eaux des deux sources, I'Academie n'admet ces faits que provi- soirement, et fera faire de nouvelles ob- servations. HISTORIQUE. XCIir Messieurs , Temoin assidu de vos travaux et des efforts que vous faites pour exciter une louable emulation dans notre patrie, il a ete doux pour moi den retracer Thistoirej mais c'est pour la derniere fois peut-etre qu'il m'est donne de me faire entendre au milieu de vous. Appele par notre auguste souverain k I'administration d'un vaste diocese , ce n'est pas sans regret que je quitterai une Societe a laquelle je me fais gloire d'avoir appartenu des les premiers jours de sa naissance. Dans vos assem- blees , je m'enrichissais de vos pensees , je meclairais de vos lumi^res : j'ai trop a perdre pour ne pas avoir des regrets. Une seule chose peut les adoucir , c'est que si je cesse de trouver des mattres dans les membres de I'Academie, je ne cesserai jamais d'y retrouver des amis. MI^MOIRES. DES BRISES PMODIQUES DANS LES VALLEES DES ALPES. On observe dans la province de Maurienne une brise periodique qu'il est facile de distinguer de tons les autres vents aux caracteres suivants : on ne s'en apercoit point en hiver , pen au printemps et en au- tomne ; on I'eprouve particulierement aux raois de mai , juin , juillet, aout et scptembre. En et6 meme elle cesse lorsque le ciel est tout a fait nebuleux , et surtout aux jours de pluie. C'est sp^cialement la brise des beaux jours. Sa direction est constamment d'Ai- gucbelle au Montcenis ; en remontant la valine , elle en suit toutes les courbures. Lorsque le ciel est pur et I 2 BRISES PERIODIQUES serein , elle commence vers les 7 ou 8 beures du malin , et va en augmenlant d'intensite jusque vers les 3 ou 4- heures de I'apres-midi ; des lors elle baisse peu a pen et cesse ordinairement tout a fait vers les 6 heures ou 7 heures du soir. Quelquefois ce n'est qu'un zephir rafraichissant ; plus souvent son intensite egale celle d'un vent proprement dit , et meme celle d'un vent violent. Aussi peut-on remarquer que pres- que tons les arbres de la valine ont leur cime et leur feuillage fortement penches vers le haut de la vallee , surtout a la sortie des defiles. II ne faut pas confondre ce vent periodique avee celui que nous appelons communement en Savoie la hise noiu. La bise noire est un vent ordinairement commun a toute I'Europe ; c'est un vaste courant des regions septentrionales vers celles du midi. Le vent periodique dont nous parlous est particulier aux val- lees de montagnes. La bise noire n'a lieu que quel- quefois pendant I'annee et surtout au printeraps ; elle dure chaque fois trois , six ou neuf jours ; elle souffle jour et nuit sans discontinuer , avec un ciel a demi nebuleux , et produit toujours un abaissement de temperature assez considerable. La brise periodique souffle depuis le mois d'avril jusqu'au mois d'octobre, durant le jour seulement , et plus particulierement aux jours sans nuages ; elle rafraichit peu I'atmos- phere. Enfin la bise noire est simultanement vent DES ALPES. O superieur et vent inferieur , tandis que la brise des Alpes n'occupe que le has des vallees , quel que soit le vent superieur. Vers les 7 ou 8 heures du soir, le vent diurne cesse completement ; il s'elablit dans I'air un calme parfait ; les feuilles des arbres paraissent immobiles. Cepen- dant on observe , a la direction de la fumee , qu'il s'etablit bientotun faible courant en sens inverse dans la direction du Montcenis a Aiguebelle. Ce courant dure toute la nuit ; il est plus sensible dans les parties les plus etroites de la vallee ; il augmente d'intensite et de fraicheur le matin avant le lever du soleil. Apres le lever de cet astre , la fumee s'eleve d'abord per- pendiculairement , ou bien on la voit hesiter , onduler pendant quelques moments en sens divers ; bientot elle commence a s'etaler en amont ; le courant diurne reprend le dessus et conserve le reste du jour la di- rection d'Aiguebelle au Montcenis. Nous n'avons observe ces deux courants , dans la province de Maurienne , qu'aux beaux jours , depuis le mois de mars jusqu'a la fin d'octobre. En exami- nant avec plus de soin la direction de la fumee , peut- etre pourrait-on les reconnailre un peu plus tot au printemps et un peu plus tard en automne. II parait qu'ils n'existent pas en hiver, ou que les perturbations trop frequenles de ralmosphcre ne perraettent pas alors de les observer. 4- BKISES PKRIODIQUKS Dans le Lassin de Moutiers la direction des vents a ete soigneusement etudiee aussi depuis long-temps , parce que la couuaissance en est indispensable a I'ex- ploitalion des salines. On a eleve a cote de cetteville des batiments de graduation d'une vasle etendue ; ils sont destines a faciliter I'evaporalion de I'eau salee. La distribution de I'eau se fait par deux canaux pa- rallMes etablis a leur couronnement. Avec le vent d'ouest , on se sert du canal qui est du cote d'Aigue- blanche, et avec le vent d'est , de celui qui est du cote de Salins. Deux ouvriers appeles graducurs sont chan- ges d'observer constarament I'allure du vent aux mouvements de quelques girouettes disposees a cette fin , et de placer I'eau du cote par lequel il arrive. Or , d'apres les observations de ces gradueurs et celles de M. Roche , directeur des Salines , il regne dans le bassin de Moutiers deux vents constants ; I'un y arrive de I'ouest ounord-ouest par la gorge d'Aigue- blanche , et I'autre du sud-est par la vallee de Brides. Le premier commence chaque jour vers les 9 heures ou 9 heures et demie du matin , et dure jusqu'a 7 ou 8 heures du soir ; peu de temps apres le vent de Brides lui succede et dure jusqu'au lendemain matin. En hiver la duree du courant diurne est moindre d'une heure ou deux qu'en ete. Ces deux courants constans et opposes ue sont interrompus que de loin en loin par le vent du midi , qui precede et accom- DES ALPES. 5 pagne la pluie. Ces renseignements interessants nous ont ele fournis par M. I'avocat Diiplan. lis prouvent d'une maniere evidente que le plicnoraene des brises diurnes et nocturnes existe dans la vallee de Taren- taise de la meme maniere que dans celle de Mau- rienne. • Si les gradueiirs de Mouliers assurent que le cou- rant d'Aigueblanche ne commence cliaque jour que vers les 9 heures ou 9 heures et demie du matin , c'est parce qu'ils n'en jugent que d'apres les girouettes , qui ne tournent sur leur pivot que lorsque le vent a d6ja acquis un certain degre d'intensite. S'ils obser- vaient la direction de la fiimee , qui est encore le plus sensible des anemomelres , ils reconnailraienl proba- blement que le renversement se fait chaque jour une heure ou deux plus tot. Nous avons acquis la certitude que dans la province du Faucigny il existe aussi un courant de Bonneville a Sallanches pendant le jour , et un courant inverse pendant la nuit ; mais pour cette province les obser- vations laissent encore beaucoup a desirer. Le meme pbenomene se manifeste dans les vallees situees a I'orient corame dans celles qui sont placees a I'occident de la chaine des Alpes , mais dune ma- niere inverse. Dans la vallee d'Aoste , la direction du courant est de Test a I'ouest , ou plutol du sud-est au nord-oucst pendant le jour, ensorle qu'il ])araft 6 BRISES PERIODIQUES lendre a la cime du Mont-Blanc plulot qu'au passage du Pelit-St-Bernard. Une brise en sens oppose lui succede pendant la nuit. Nous croyons devoir citer ici les paroles memes de M. le chanoine Gal , gene- ralement estime par I'exaclitude de ses observations. « Je puis assurer , dit-il , que dans cette vallee la « direction du vent periodique, dans les beaux jours, « est du sud-est au nord-ouest ; il se dirige par con- « sequent vers le Mont-Blanc , comme vous I'avez « conjecture. J'ai meme observe, dans certains jours « un peu nebuleux , deux vents qui soufflaient en « sens contraires ; celui de la region superieure por- « tait les nuees de I'ouest a Test , et celui de la region « inferieure faisait tourner une girouette que j'ob- « servais regulierement du sud-est au nord-ouest. « Ce vent periodique n'est pas toujours de la meme « force. D'apres la girouette , son commencement « varie de 10 heures jusqu'a midi ; mais j'ai remar- « que plusieurs fois , au moyen des cheminees, qu'or- « dinairement il commence legerement de 7 a 8 « heures du matin , et finit vers les 6 , 7 et meme 8 « heures du soir. Le matin, j'ai plusieurs fois observe « que la girouette etait tournee en sens contraire , « quoiqu'il n'existat alors aucun vent sensible. Je « presumais que ce changeraent auralt ete cause par « un coup de vent momentane. A I'entree orientale « de cette vallee , a Donas , on me dit que depuis le DES ALPES. i « printemps jusqu'en aulomne il y a deux vents pe- « riodiqiies , celui du matin dans la direction de « I'ouest a Test , et celui qui lui succede , qui souffle « en sens oppose. En un mot, il est constate qu'il y « a deux vents periodiques dans cette vallee , quoi- « que leur direction varie peut-etre un peu selon la « direction des vallees laterales oil ils soufflent. » (Lettre du 5 decembre 1839.) Pour la vallee de Suse , M. Clerc , docteur mede- cin , a eu la complaisance de nous fournir les rensei- gnemenls suivants , qui nous ont paru egalement tres-precis : « Pendant I'^te , surtout quand le temps « est beau , depuis les 8 heures et demie ou 9 heures « du matin , il s'eleve un vent periodique qui a sa « direction du levant au couchant. Ce vent est d'a- « bord tres-leger; il augmente graduellement jusqu'a « 2 heures de I'apres-midi ; il diminue ensuite et finit « corapletement a 6 heures du soir. Ce calme se sou- « tient ordinairement jusqu'a 10 heures , epoque oil « commence nn vent tres-leger en sens contraire , « qui augmente insensiblement jusqu'a I'aurore ; il « cesse au lever du soleil. Le calme se retablit jus- « qua ce que le vent d'est , soit du Piemonl , repa- « raisse. « Toute la vallee de Suse est exposee a ce vent « periodique ; quelques localites ccpendant I'rprou- « vent beaucoup plus ; par cxemple , la vallOc d'Oulx 8 BRISES PERIODIQUES « et celle de Cesanne dans la haute province de Suse. « Dans le has de la province , tout le trajet qui « s'elend de Suse a St-Amhroise y est egalement « tres-expose , surtout dans la direction centrale de « la vallee. » ( Lettre du 10 Janvier 1840. ) Les memes courants existent dans les vallees de la province de Pignerol. Les renseignements suivants , fournis par M. Balcet , cure de Massel , nous parais- sent suffire pour en etablir la prcuve. « Si le temps que j'ai pour vous repondre 6tait moins court, je pourrais peut-etre vous donner des notes plus pre- cises sur la demande que vous m'avez faite. En I'etat , je me hornerai a vous dire en peu de mots ce que je sais et ce que j'ai entendu repeter a cet egard. Reellement aux heaux jours, et surtout aux plus chauds , des mois de juin , juillet , aoiit et septemhre , nous avons dans nos vallees un zephir diurne periodique. Ce vent doux nous arrive des plaines du Piemont. Sa direction ordinaire est de Test a I'oucst. En quelques endroits il commence de raeilleure heure et cesse aussi plus tot. ADu- blon , par exemple, et dans celte plaine qui separe Duhlon de Pinache , il se fait senlir ordinairement depuis 11 heures du matin jusqu'a 3 lieures du soir. Je ne saurais precisement a quelle heure il commence a Pragelas et a Fenestrelles ; mais ce qui est certain , c'est que sur la place du fort St- DES ALPES. 9 « Charles on I'eprouve pendant une grande parlie « de la journee. Dans cette valine , selon ee qu'en « disent les observateurs , il y a aussi quelque diffe- « rence quant aux heures. A St-Martin et a Cliabrans, « il commence a 9 heures et cesse a midi. A Massel « il est tres-fort all heures et cesse a 2. Ici sa direc- « tion parait elre du nord-est au sud-ouest ; mais je « I'attribue aux delroits et aux tournants qu'il ren- « contre dans sa marche. Pendant la nuit , au dire « des agriculteurs , il s'efablit dans I'air un calme « tel qu'ils porleraient leur lampe allumee sur la plus « haute montagne. » (Lettre du 2 Janvier 1840. ) Quoique cette lettre ne parle pas directement du courant nocturne , on pent conclure des fails qu'elle contient qu'il existe dans les vallees de Pignerol aussi bien que dans les autres vallees des Alpes , mais d'une maniere peu sensible , comme dans la valine de Maurienne , tandis que le courant diurne parait y avoir beaucoup d'intensite. M. Fournet, professeur a la faculte de Lyon , a recueilli sur ce phenomenc de norabreuses observa- tions , dans un voyage fait sur les Alpes au mois d'octobre 1839. Voici ce qu'il nous ^crivait le 8 no- vembre suivant : « Maintenant que j'ai un peu mis en « ordre les resultats de mon voyage dans les Alpes , « permettez-moi de vous soumcKre les observations « que j'ai pu recueillir sur le vent des vallees. Jc I'ai 10 BRISES PKRIODIQUES <( (rouve constant partout , soil de jour , soit de nuit r « tant dans les grandes valines que dans les valines « laterales. Generalement le vent diurne est plus « intense que le vent nocturne , et toujours inverse , « a moins que quelque grand vent dominant supe- « rieur ne vienne troubler I'equilibre atmospherique « et occasionner des pluies. Ce qui prouve bien que « ces courants sont causes par les sommites , c'est « qu'en meme temps que le vent de la Maurienne « remonte de I'ouest vers Test , celui de la vallee « d'Aoste et d'Oulx court en sens inverse , en venant « de ritalie vers les Alpes. « Le changement de vent diurne en nocturne a « lieu apres une stagnation qui survient apres le « coucher du soleil , et qui dure jusque vers les 9 « lieures du soir dans les grandes valines. Dans les « vallees laterales le passage est plus brusque. » Voila toutes les circonstances du phenomene de- crites avec beaucoup de precision , telles que nous les avons toujours observees dans la province de Mau- rienne. ^ Posterieurement a la date de cette lettre , le savant professeur a public dans les Annales des sciences physiques et naturelles de la Sociele d'Agriculturc de Lyon , un Memoire special siir les brises de jour et de nuit aiilour des monlagnes. II renferme des ob- servations tres-interessantes , failes dans un grand DES ALPES. 11 nombre de localiles differentes. EUes concourent ge- neralement a confirmer tout ce que nous avons expose relativeraent a ce phenomene. Nous en citerons deux ou trois qui nous ont paru meriter quelques remar- ques. 1° M. Fournet parle d'un vent qui se manifesle sur le territoire de Nyons , dans le departement de la Drome , oii il est connu sous le nom de ponttas. II assure que ce courant a plus d'intensite la nuit que le jour, et qu'il est plus violent aussi en hiver qu'en ete. Mais la brise des Alpes est insensible en hiver , et en ete elle a beaucoup plus d'intensite le jour que la nuit. Le pontias pourrait done bien avoir une cause enlierement differente. 2" M. le professeur parle d'un vent periodiquc qui existe dans la vallee de la Brevenne , et que les habi- tants du pays appcUent I'aloup de vent; mais ce vent parait dilT^rer aussi de la brise des Alpes en trois choses : il regne fortement aux mois de Janvier et de fevrier ; il est plus sensible la nuit que le jour ; il afraichit I'atmosphere plus subitement que le vent du nord. Le vent p6riodique de la vallee de Mauriennc , au conlraire , est inapercu en hiver ; il a plus d'inten- site le jour que la nuit , et rafraichit moins I'atmo- sphere que le vent du nord ordinaire. 3« Le 1" septembre 1838, M. Fournet fit I'ascen- sion du Mont-Thabor avec MM. Elie de Beaumont et r 12 BRISES PERIODIQDES Sismonda. En montant pendant le jour la vallee de Valmeinier , ils ressentirent un courant d'air qui sui- vaitleur direction. Lorsqu'ils eurent alteint le sommet de la montagne , eleve de 3172 metres (1) au-dessus du niveau de la mer , ils trouverent un vent superieur allant du sud au nord , et coupant ainsi angulairement celui de la valine. Nous avons cru devoir ciler cette observation, pares qu'elle prouve parfaitement que la brise des vallees est distincte des vents superieurs. 4" Dans la vallee de la Quarazza , M. le professeur a observe des courants a qui , tout en suivant d'une « maniere generate I'axe de la vallee , en deviaient « cependant diagonalement , de maniere a tendre de « preference vers les escarpements de la base du « Mont-Rose. Cette attraction, occasionnee par I'in- « fluence predominante de cette 6norme masse , « merite d'etre signalee. » Memoire sur les hrises de jour et de nuit , page 44 . Serait-il vrai que les principales masses d'une cbaine de monfagnes exercassent une sorte d'aspira- lion ou d'attraclion , de maniere a faire flechir vers elles les courants des vallees voisines ? L'exemple cite par M. Fournet porterait a le croire. Dans la vallee (1) D'aprcs les observations failes par MM. les diaiioines liilliet et Gravler, la hauteur du Thabor sciait do 5191 luctres. DES ALPES. 13 d'Aosle, le couraiit diurne semble aussi subir une deviation pour aboulir dircctemeiit au Mont-Blanc. Dans la haute Tarentaise , au lieu de suivre I'axe de la vallee , de Centron au Petit-St-Bernard , la brise diurne parait aussi s'en ecarler diagonalement comme pour tendre au sommet du Mont-Pourri , qui rivalise avec le Monl-Blanc par sa hauteur comme par les vastes glaciers dont il est convert. Cependant ce fait remarquable a besoin d'etre appuye sur de nouvelles observations. RfiSUME. 1° Aux beaux jours du printemps , de I'efe et de I'automne , il se manifeste , dans les vallees de Mau- rienne , Tarentaise et Faucigny , un courant diurne qui dure depuis les 8 heures du matin jusque vers les 8 heures du soir, et se dirige de I'ouest a Test , soit des parties inferieures de ces vallees vers la chaine des Alpes. Ce courant a plus d'intensite dans les par- lies etroites de chaque vallee, et surtout au sortir des defiles. 2" Aux memes saisons il regne aussi dans ces val- lees un courant nocturne dirige en sens inverse , qui commence vers les 8 heures du soir et finit vers les 8 heures du matin ; il est plus faible et plus frais que le courant diurne. H BRISES PERIODIQCES 3" Durant le meme temps il regne dans les vallees d'Aoste , de Suse et de Pignerol un courant diurne qui tend de Test a I'ouest, soit des plaines du Piemont vers la chaine des Alpes , et un courant nocturne moins sensible dirige en sens inverse. Ainsi, pendant le jour , des deux cotes les brises des vallees abou- tissent a la chaine des Alpes , et pendant la nuit elles partent de cette chaine et se dirigeni de chaque cote en sens oppose. Comme le courant diurne a plus d'in- tensite que le courant nocturne , un voyageur qui va de Chambery a Turin pent remarquer sur la route que les arbres ont gendralement leur feuillage penche, en Maurienne , de I'ouest a Test , et dans la vallee de Suse , de Test a I'ouest. THfiORIE. Si Ton considere que les brises periodiques des vallees alpines ne se manifestent sensiblement qu'aux beaux jours du printemps , de I'ete et de I'automne ; qu'elles commencent chaque jour vers le lever du soleil , el cessent peu de temps apres son coucher , et que leur plus grande intensite coincide assez exacte- ment avec le maximum de la chaleur diurne , on en conclura naturellement que la production de ce phe- nomene , extremement remarquable et encore peu observe jusqu'ici , se trouve liee a Taction des rayons DES ALPES. 15 solaires. Mais si I'on vcut expliquer ulterieurement comment le soleil donne lieu a ces courants, on ren- contre sur sa route de graves etnombreuses difficultes. On a imagine deux hypotheses pour rendre compte de I'origine des vents. La premiere suppose une dila- tation dans la partie de I'atmosphere de laquelle parait venir le vent ; la seconde une condensation dans cello vers laquelle il se dirige. Cette derniere hypothese est appuyee sur une observation assez remarquable , si elle est exacte. On assure que lorsque le vent du nord s'eleve , c'est dans les contrees meridionales qu'il se fait d'abord sentir. On assimile cette propagation des courants atmospheriques au mouvement de I'eau dans un canal lorsqu'on ouvre I'ecluse. II faut ajouter qu'une dilatation moindre dans Tune de deux localites voisines, doit produire a pen pres le meme effet qu'une condensation. 11 est reconnu et prouve par les observations que le mouvement thermometrique diurne est moins etendu sur les montagnes que dans les plaines , c'est-a-dire que rinter^alle du minimum au maximum y est cha- que jour moins considerable. Par exemple , si a Chambery le minimum est de IS**, le maximum de 30" , et la difference de 12° , le meme jour au Mont- Cenis , le minimum sera de 15° , le maximum de 25°, et la difference de 10°. Ces principes poses , on pour- rait peut-etre expliquer les courants periodiques des i6 BRISES PERIODIQUES vallees de la maniere suivanle. Nous ne donnons cependant que peu d'iraportance a notre opinion , et nous serous tres-dispose a I'abandonner des qu'on nous en presentera une plus satisfaisante. Prenons dans Tatmosphere une bande qui recouvre la chaine des Alpes dans toute sa longueur , donnons pour dimensions approximatives a cette bande 100 lieues de longueur et 20 lieues de largeur. Imaginons encore deux autres bandes atmospberiques sembla- bles, Tune aulevanl et I'autre au couchant de eelle-ci. Nous les appellerons bande orientale , bande occiden- tale et bande centrale. Toutes les trois sont supposees avoir une epaisseur egale a celle de I'atmosphere. Nous supposons qu'a 7 beures du matin il existe dans I'atmosphere un calme parfait. A la premiere action des rayons solaires , Fair eprouve une dilata- tion. Si cette dilatation etait proportionnellement egale dans les trois bandes , I'equilibre serait maintenu ; il ne s'etablirait pas de courant d'une bande a I'autre ; mais si la dilatation est proportionnellement plus grande dans les deux bandes laterales que dans celle du centre , il y aura durant tout le jour deplacement d'air de celles-la dans celle-ci. Or , c'est ce qui doit avoir lieu ; car la chaleur des rayons solaires doit produire chaque jour sur I'atmosphere trois effets principaux : elle dilate I'air ; elle dilate les vapeurs suspendues dans I'air et produit de nouvelles vapeurs. DES ALPES. 17 Aiissi observe-t-on durant la matinee d'un beau jour que cette couche bumide de ros6e qui recouvre les prairies et le feuillage des arbres, que ces nombreuses touffes de brouillard vaporeux et presque cotonneux , qui se trainent lentement sur I'borizon , disparaissent presque aussitot aprds le lever du soleil. Ces trois effets reunis doivent augmenter de beaucoup le volume de la masse d'air dans laquelle ils se produisent ; car on sail qu'en passant de I'etat liquide a I'etat de vapeurs , le volume de I'eau augmenle dans la proportion de la 1696. Or , 1° le matin , la dilatation produite par les rayons solaires doit commencer dans les bandes lat6- rales beaucoup plus tot que dans la bande centrale ; parce qu'il est reconnu que le soleil se leve dans les plaines au moins une heure ou une heure et demi^ plus tot que dans les vallees des Alpes , ombragees par la cime des montagnes. 2° Pendant toute la dur^e du jour la dilatation doit etre proportionnellement plus grande dans les deux bandes laterales que dans celle du milieu , puisqu'il est demontre que le mouvement thermometrique y est plus grand que dans celle-ci. 3° II doit se former chaque jour une plus grande quantite de vapeurs dans les plaines que dans les montagnes , soit parce que la chaleur y est plus in- tense , soit parce que le sol y est geniiralcment plus bumide. 2 18 BRISES PERIODIQUES 4" Les glaciers qui existent de loin en loin dans la bande centrale sont corame autant de condensateurs qui attirent , qui absorbent , qui boivent pour ainsi dire les vapeurs de I'atmosphere. Aussi vait-on que dans les temps sees la neige est blanche et durcie ; elle porte , selon I'expression des paysans , tandis que dans les temps humides elle devient d'un blanc mat et ne porte ^\us. On peut encore prouver la faculte condensatrice de la glace par une experience aisee a rep^ter. Si , pen- dant les chaleurs de I'ete , on applique sur la partie vide du tube dun barometre un petit vase en fer- blanc rempli de glace , il se forme en pen de temps , dans I'interieur du tube , sous le point de contact , un petit nuage de goutelettes de mercure produit par la vapeur mercurielle , qui a ete ainsi subitement con- densee. Ce qui se fait ici en petit s'opere en grand sur les Alpes. II parait done bien certain que , par I'effet de ces quatre causes reunies , il doit y avoir pendant le jour une dilatation plus grande dans les deux bandes laterales que dans celle du centre , et qu'il doit s'etablir un deplacement d'air de celles-la dans celle-ci. Apres le coucber du soleil , la dilatation de I'air cesse de s'operer ; il ne se forme presque plus de nouvelles vapeurs ; une partie de celles qui se sont formees durant le jour relombe en rosee. Alors les DES ALPES. 19 courants cessent ; un calme parfait se retablit dans I'atmosphere. Si cette condensation elait durant toute la nuit egale dans les trois bandes , I'equilibre serait conserve ; mais si , pendant la nuit , la condensation doit etre proportionnellement plus grande dans les deux bandes laterales que dans celle du centre , il devra s'etablir un courant d'air de celle-ci dans cha- cune des deux autres , en sens inverse de celui qui a existe durant le jour. Or , c'est encore ce qui doit avoir lieu, 1° parce que le mouvement thermometri- que est plus etendu dans les deux bandes laterales que dans celle du centre , et qu'ainsi la temperature baisse pendant la nuit, a Chambery et a Turin , de plusieurs degres de plus qu'au Mont-Genis et au Grand-St-Bernard ; 2** parce que la fraicheur de la nuit trouve une plus grande quantite de vapeurs a condenser dans les deux bandes laterales que dans celle du milieu- II existe un autre phenomene qui a une grande analogie avec celui dont nous venons de parler ; c'est celui des brises du littoral maritime. II consiste en ce qu'il s'6tablit des courants d'air , durant le jour , de la mervers la terre , et durant la nuit, de la terre vers la mer ; ensorte qu'il y a le jour vent de mer, et la nuit , vent de terre. II parait que ces courants atmo- sphdriques peuvent encore etre allribues a pen pres aux memes causes que ceux des montagnes. 20 ERISES PERIODIQUES En effel , il se forme habituellement beaucoup plus (le vapeurs sur mer que sur terre. Cela doit etre , et I'observalion le confirme ; car , dans nos climats , les nuages qui produisent la pluie nous arrivent presque toujours des mers les plus voisines. Or, chaque jour , au lever du soleil , cette immense couche de vapeurs qui repose sur la surface de la mer , eprouve une rarefaction subite , I'equilibre se trouve rompu , ct aussitot une brise de mer commence a s'etablir. Le soir , aux premieres fraicbeurs , ces memes vapeurs subissent une grande condensation ; une partie meme retombe a I'etat liquide. La condensation est moindre sur le littoral parce qu'il y a moins de vapeurs ; ainsi I'equilibre se trouve rompu en sens inverse , et il s'etablit pendant la nuit une brise de terre. M. le professeur Fournet a cru devoir expliquer les brises de monlagnes d'une maniere diff^rente. Voici ce qu'il en dit dans le savant Memoire que nous avons deja cite , page 68 : « Des que le soleil commence a « eclairer une cime , il determine I'ecliauffement de « sa surface , et par suite une rarefaction dans la « coucbe d'air en contact. Celle-ci s'envole alors pour « faire place a la tranche suivante , qui subit la meme « loi ; ensorte que de proche en procbe dans la ma- tt tinee , I'aspiration tend a se transmetlre jusqu'u la « plaine. Cependant le soleil s'abaisse aussi graduel- « lement sur celle-ci , et des lors le resultat inverse DES ALPES. 21 « aurait lieu , puisque la plaine s'ecliaufTe plus (jue la « sommil6 , s'il n'elait predomine par une cause plus « energique , qui resulle de relancement du cone « montagDeux dans la region atmospherique. Ses « flancs solides , opaques , a teintes plus ou moins « sombres , absorbent et repercutent avec force les « rayons calorifiques , et echauffent par consequent « plus fortement la couche d'air ambiante que ne « peut I'etre une couche situee a egale hauteur dans « I'almosphere diaphane ; de la une rarefaction , une « ascension continue , et par suite un flot montant qui « leche conslamment la surface de la montagne. » Deux raisons principales nous ont determine a don- ner la preference a I'opinion que nous avons cru devoir adopter. 1" II est etabli que les variations thermometriques se font entre des limites extremes plus rapprochees sur les montagnes que dans les plaines ; on n'est done pas fonde a supposer qu'il puisse se developper dans la bande cenlrale une chaleur plus intense et une dilatation atmospherique proportionnellement plus grande que dans les deux autres. 2° Selon I'opinion adoptee par M. Fournet , dans la vallee de Mauriennc , par exemple , le courant diurne devrait commencer a Lanslcbourg et non a Aigue- belle ; or, I'cxperience parait prouver le con(raire. II est bieu reconnu que le soleil se leve chaque jour 22 BRISES PERIODIQUES dans les plalnes une heure ou une heure et demie avant de penetrer dans les vallees de moutagnes. Nous I'avons observe d'une maniere tres-sensible le 14 juin 1840. Parti de St-Jean-de-Maurienne a 4 lieures et demie du matin , nous sommes arrive a Argentine a 6 heures et demie ou 7 heures. Partout sur la route , au Pontamafrey , a La Chambre , a La Chapelle et a Epierre , nous avons vu la fumee etalee dans la direction de St-Jean a Aiguebelle , ce qui prouvait evidemment la continuation de la brise de nuit. A Argentine nous avons ete atteint par les pre- miers rayons dn soleil. Presque aussitot la fumee a commence a varier , et apres quelques moments d'he- sitalion elle s'est etalee en sens contraire. D' Argentine a Montmelian nous avons ressenti continuellement la brise diurne d'une maniere tres-sensible. Or , lorsque le revirement s'est fait a Argentine , toute la vallee de Maurienne, depuis lajusqu'au Mont-Cenis , etait encore ombragee. II parait done demontre par cet exemple que I'ebranlement de la colonne d'air dans ce cas doit etre atlribue a une impulsion qui alien a I'extremite inferieure de la vallee , et non a une sorte d'aspiration qui aurait lieu a son extremite supe- rieure. Nous avons deja remarque que les glaciers des Alpes ne paraissent point etrangers a la production du pbenomene dont il est ici question ; mais nous croyons DES ALPES. 23 devoir ajouter , en terminant cet article , qu'ils n'en sont pas la cause unique , parce qu'il est reconnu que les brises periodiques se manifestent aussi autour des montagnes moins elevees qui ne sont surmontees d'au- cun glacier (1). (1) Ce Memoire a ete lu dans la seance du 4 deceiubre 4840, par Mgr Billiet, Archeveque de Chambery, Pre- sident perpetuel honoraire de la Societe. Mmm m chambmy AU-DESSUS DU NIVEAU DE LA aiER POUR SERVIR D£ BASE A UN NIVELLEMENT BAROMETRIOUE DE LA SAVOIE Par HI. I'Abbc Chaiuonsset ritOFESSEUR DE PHYSIQUE AU GR\ND-SEMIN.VIItE DE CETTE VILLE. 1 . La forme sph^roidale de la terre et des aulres planetes parait avoir ete determinee par les memes lois. Cette forme differe peu de celle qu'un corps fluide ou flexible , et doue d'un mouvement de rota- lion sur lui-meme , prendrait par Taction composee de la pesanteur et de la force centrifuge. L'efl'et de ces deux forces a 6te modifie par des causes perturba- trices et particulieres a chaque planete , dont les pro- gres des sciences naturelles , et surlout de la geologic, sont appeles a nous reveler le secret. 2. Si la terre avait d'abord el6 a I'dtat liquide et soumise sculement a la premiere de ces forces , ses diverses parties cedant a Tallraction qui anime tous les elements de la maliere , se seraicnt rapprochees el dispos6es de raanicrc a produire une sphere parfaile , 26 ELEVATION DE CHAMBERY comme le ferail line gouleletle de mercure ou de ro- see , si , soustraite entierement a Taction de la terre , elle n'ob^issait qu'a la cohesion de ses molecules. La pesanteur , en effet , a eu la principale influence sur la forme de la Terre , et les observations nous appren- nent qu'elle est a tres-peu pres une sphere de 6366200 metres de rayon , ou 40000000 de metres de circon- ference. Quelque grandes que soient ces dimensions, la courbure de la Terre devient sensible pour des distances qui ne sont pas tres-consid6rables : soit T la Terre , dont le centre est en C, un oeil place en o a la surface d'un lac ou d'une mer , ne pent voir qu'une tres-petite partie de cette surface et n'apercoit aucun des objets situes au-dessous du plan horizontal b o h'. Pour que le rayon visuel puisse atteindre un objet a , il est n^cessaire que I'oeil s'eleve au moins jusqu'en hy, sur le prolongement de la tangente oh [i). {I) Soit h la hauteur oh, D la distance o a ou ha des deux stations, et 2iJ le diametre ter- restre , on a , d'apres un pro- blerae de georaetrie : h : D : : D : 2 R + h. (a). d'oii h = 1/r2 -j_ D^ — R- Lorsque la distance D n'est pas trcs-grande , la hauteur h est tres-petite par rapport au AU-DESSUS DE LA MER. 27 Un calcul tres-simple montre que I'oeil doit 6lre a un metre au-dessus de I'eau pour qu'il puisse aperce- voir UD point de la surface distant de 3568 metres. Cette distance n'est pas beaucoup plus grande que la plus grande largeur du lac d'Annecy. La hauteur a laquelle Toeil doit s'6lever pour qu'il puisse voir des points de la surface de I'eau , situes a differentes dis- tances , croft a peu pres proportionnellement au carre de ces distances , quand celles-ci ne sont pas tres- grandes. La longueur du lac du Bourget , mesuree sur la carte de M. Raymond , est d'environ 16600 metres : ce nombre vaut 4, 65 X 3568. En elevant 4, 65 au carre , on trouve qu'une personne qui voudrait ob- server depuis Voglans, a I'aide d'une lunette , ce qui se passe sur les bords du lac , a Chatillon , devrait se placer au moins a 21™ 62 au-dessus du niveau de I'eau , et que , si la lunette 6tait a la surface de I'eau , son prolongement ne rencontrerait que les objets qui seraient eleves au-dessus du niveau de I'eau du meme diamolre terreslrc , le dernier terme 2 R -f- h de la pro- portion , peut se reduire a 2R, etl'on a h =^' zn D'aprcs la carte de M. Raymond , la plus grande lar- geur du lac du Bourget est d'environ 2900 moires ; cclle du lac d'Annecy d'environ 3^00 metres. On a , dans Ic premier cas , h = 0™ 66 , ct dans le second h = 0"' 91 . 28 ELEVATION DE CHAMBERY nombre de metres. Ces examples donnent une idee de la courbure moyenne de la Terre. Les resullats que j'ai citds no peuvent cependant elre regardes comme exacts qu'en supposant que dans noire pays la forme de la Terre n'a aucune de ces irregularites que Ton redcontre souvent a sa surface. Admettons encore que la Terre soit exactement spberique dans la partie de I'Europe que nous habi- lons ; si , dans la formule (a) de la note 1 , on met a la place de R sa valeur , qui est environ 6366200 metres , et a la place de h la hauteur du Mont-Blanc au-dessus de la mer , qui est de 48 lO"* 7, on trouve que cette raontagne se cache entierement derriere la convexite de la terre , a une distance D egale a 247540 metres , ou a environ 55 | lieues de 25 au degr6. Cette distance , qui est a peu pres celle du Mont-Blanc a Nice , surpasse d'environ 5 lieues celle du Mont-Blanc a Genes ; elle est inferieurc de plus de 14 lieues a celle du Mont-Blanc a Marseille. II est done invisible depuis cette derniere ville. Son som- met est sur le prolongement de I'horizon de Nice , et tres-pres de ceux de Genes, Plaisance, Milan, Zurich, Freybourg , Dijon , St-Etienne , Avignon , etc. On pourrait done , avec de bonnes lunettes , voir une partie plus ou moins grande du geant des Alpes , en s'elevant sur les montagnes qui sont dans le voisinage de la pluparl de ces villcs ; car , pour quelques-unes , AU-DESSUS DE LA MER. 29 d'autres montagnes interposees arretenl les rayons que les glaciers du Mont -Blanc leur envoient. Du reste il y aurait beaucoiip de difficultes a le distinguer des autres objets plac(5s a I'horizon ; tous les pics qui couronnent le Mont-Blanc se presenteraient comme un seul point. Dans le cas raeme ou la Terre serait plane , et par consequent oil celte monlagne serait visible loute entiere depuis sa base , deux lignes nae- n6es a I'oeil de ses deux extremitds , ne formeraient , a la distance de 247540 metres , qu'un angle de 1° 6' 5. Le soramet du Mont-Blanc ne serait done eleve que de 1" 6' 5 au-dessus de I'horizon ; la mon- tagne ne produirait sur la retine qu'une image moin- dre que celle qui y serait produite par un objet d'un pouce de haul , que Ton regarderait a une distance de 4 pieds. 3. Le mouvement rapide de rotation qui fait d6- crire a la Terre une circonference entiere dans I'inter- valle de 23 h. 56' 068, produit la force centrifuge. Cette force tend sans cesse a eloigner les molecules terrestres de I'axe de rotation ; elle agit sur cbaque molecule proportionnellement au rayon du cercle que chacune decrit ; elle augmente depuis les poles , ou elle estnulle, jusqu'a I'equateur, oil elle atteint son maximum. Si done la Terre a jamais ete liquide , elle a du s'aplatir vers les poles et se renfler vers Tequa- teur. En appliquant les princrpes de I'hydrostalique 30 Elevation de chambery a la recherche de la forme que la Terre devrait avoir prise , dans I'hypothese qu'elle aurait et6 primitive- ment fliiide , et soumise seulement a la pesanleur et a la force centrifuge , on prouverait qu'elle devrait etre un ellipsoide de revolution autour de son petit axe ; lous ses meridiens seraient , dans ce cas , des ellipses, et seraient d'ailleurs egaux entre eux , tandis que I'equateur et ses paralleles seraient des cercles , dont la grandeur irait en diminuant de I'equateur aux poles. D'immenses travaux ont ete entrepris pour reconnaitre si la veritable forme de la Terre etait celle que prevoyait la theorie. On n'a pas recule de- vant les innombrables difBcultes qui serablaient ren- dre impossible la mesure directe d'une masse aussi enorme. Des arcs de meridien ont et6 mesures a I'equateur, a diff^rentes latitudes et jusque sous le cercle polaire. Un arc du parallele de la latitude moyenne de 45" a aussi et6 mesur6 dans une etendue de plus de 15°, depuis les bords de I'Ocean vers Bor- deaux, jusqu'au-dela de I'Adriatique , en triomphant avec autant de g^nie que de fatigues , des obstacles que les Alpes ajouterent a ceux qui accompagnent toujours ces grandes operations. Ces importants tra- vaux ont prouve que le rayon terrestre diminue a mesure que Ton s'approche des poles. On est arrive a la meme consequence par un moyen indirect , mais non raoins sur ; on compte les oscillations que fait un AU-DESSUS DE LA MER. 31 meme pendule a differentes latitudes , et Ton deduit de la rapidile dc ses oscillations , dans chaque lieu , I'intensite de la pesanteur dans ce lieu , et par suite sa distance au centre de la terre. On a reconnu par ces deux raoyens , si differents I'un de I'autre , que la forme du globe , consideree dans son ensemble , s'approchait beaucoup de celle d'un ellipsoide , mais qu'il y avail de nombreuses irregularites , soil dans le sens de la longitude , soil dans celui de la latitude ; que cette forme etait tres-compliquee ; que , tout en faisant abstraction des montagnes , la surface unie de la mer, qui represente la veritable forme de la terre , avail dans certains points une convexite plus grande ou plus petite que celle qui convient a la surface d'un ellipsoide, et qu'elle pouvait meme devenir plane ou l^gerement concave ; enfin , que probablemenl les deux moities boreale el australe de la terre n'etaient point semblables. II esl extremeraent difficile de determiner avec pre- cision tous les accidents de la forme de notre planete, par I'ignorance ou nous sommes de I'etat du globe a une petite profondeur au-dessous de la surface que nous habitons. Une distribution inegale de la densit6 dans son int^rieur et surtout dans les couches les plus rapproch^es de nous , determine des centres parlicu- liers d'attraction , qui accelerent ou ralentissent les oscillations du pendule , et devicut le fil a plomb des 32 ELIEVATION DE CHAMBERY inslruments destines a mesurer les latitudes dansles operations geodesiques. Les erreurs qui proviennent de cette cause affectent gravement les mesures prises dans chaque contree , et laissent une grande incerti- tude sur la forme du sol dans chaque poini en parti- culier. Ces memes erreurs se compensent presque en entier, lorsqu'on combine ensemble les diverses ob- servations pour en d^duire la forme generale du globe et la valeur de son aplatissement . On emploie en outre, pour resoudre ce probleme important , une methode independante des causes d'erreur que je viens de citer , et qui consiste a choisir parmi les nombreuses inegalites du mouvement de la Lune , celles qui pro- viennent de Tellipticit^ de la Terre , et a en tirer par I'analyse le rapport des rayons de I'equaleur et des poles. Ces trois methodes conduisent a des resultats qui s'eloignent pen les uns des aulres et se controlent reciproquement. Les asfronomes avaient d'abord ad- mis que la difference du grand et du petit axe etait 534 du premier. A mesure que les observations se sont multipliees, on a vu que ce rapport etait trop faible, et divers savants , en se servant d'observations et de methodes diff^rentes , sont arrives aux nombres 306 , sis, soo, STsT^ , sis , 2si , ctc. , qui oscillcnt dans des limites 6troites. Cette difference des deux rayons terrestres correspond a un peu plus de quatre lieues AU-DESSUS DE LA MER. 33 et Irois quarts de 25 au degre , ou de 4444"* 4. Le rayon de la Terre diminue en moyenne de 233 metres par degr6 , a mesure qu'on s'eloigne de I'equateur , mais cette diminution est plus rapide dans nos lati- tudes que dans les conlrees qui sont plus voisines de I'equateur ou des poles , puisque c'est a ces deux limites que les variations de ces deux rayons chan- gent de signe. Le lac du Bourget , qui dans sa lon- gueur se dirige a pen pres du midi au nord , occupe sur la carte de M. Raymond une etendue d'environ 0° 9' dans le sens de la latitude ; or, entre les latitu- des de 45° a 46" , et dans I'hypothese ou la Terre serait parfaitemeut elliptique , les deux rayons qui aboutiraient aux extremit^s d'un arc de meridien de 0" 9' , diff^reraient I'un de I'autre de 58™ 6. Le ni- veau du lac au Bourget serait done eloigne du centre de la Terre de 58™ 7 de plus que le niveau du meme lac sur les bords de la Chautagne , ou , ce qui est la meme chose , la force centrifuge ferait remonter I'eau de 58 a 59 metres dans une etendue de 4 lieues. Le rayon vecteur, mene du centre de rellipsoide terrestre a Marseille , dont la latitude est 43° 18', au- rait 2822 metres de plus que le rayon vecteur mene a Calais , dont la latitude est 50° 58' (2). (2) Je me suis servi , pour ce calciil , de la formule 3 34 l^LEVATION DE CHAMBERY Les details qui precedent monlrent que ce qu'on appelle la hauteur d'lm lieu au-dessus du niveau de la mer, n'indique pas la difference des distances au centre de la Terre, de ce lieu et des bords de la mer, puisque les differents points de la surface de celle-ci sont eux- memes a des distances tres-differentes de ce centre. La hauteur d'un lieu au-dessus du niveau de la mer est son elevation au-dessus du niveau que la mer occuperait, si elle se prolongeait jusque sous la ver- ticale qui passe par ce lieu , soit que ce prolongement soit celui d'un ellipsoide , soit que la surface de la mery prenne toute autre forme dependante de causes particulieres. 4. La Terre n'a done pas , a la rigueur , la forme elliplique que la pesanteur et la force centrifuge tendent a lui donner ; les irregularites qu'on y de- couvre prouvent , ou qu'elle n'a possede a aucune suivanle , dont on trouvera la demonstration dans le tome II des Elementl di Aslronomia di Santini. "=»['-t+s+Ct+:-:)--^^-^'--*'--] R est le rayon terrestre correspondant a une latitude quelconque L ; a est le rayon de I'equatcur ; e^ est une quanlite egale k i —-^l, b etant le rayon des poles. Dans le calcul ci-dessus, j'ai suppose I'aplatissement egal a ^, ce qui donne e^ = 0,0066555555.... j'ai sup- pose a =0577000. AU-DESSUS DE LA MER. 35 tipoquc un degriS de mollesse ou de flexibilite sufGsant pour obeir enlierement a ces deux forces , ou plulot que ces deux forces n'ont pas agi seules , et que leurs effets ont ete modifies par des forces perturbatrices. Ces dernieres forces , sur la nature desquelles nous ne pourrons jamais former que des conjectures plus ou moins vraisemblables , sont probablement les me- mes qui ont produit les phenomenes gdologiques et change enlierement I'etat primilif de la surface de la Terre. Celle-ci, en efifet, n'a plus rien qui nous rap- pelle ce qu'elle etait a I'origine des choses. Nous habitons sur des mines immeuses. Le sol est en grande partie forme par une serie de roches compos6es de sables , de cailloux , d'argiles , de gres , de depots calcaires , etc. , dans lesquelles sont ensevelis des restes innombrables de plantes et d'animaux. Les roches cristallines qui servaient de base aux roches sedimentaires d^posees horizontalement sur le fond des mers anciennes , ont ete soulevees , et dans ce mouvement les dernieres ont ete deplacees , dislo- qu6es, et les lambeaux d'une mome couche ont quel- quefois ete portes a des differences de niveau de plusieurs mille metres. Souvent aussi les roches cris- tallines ont traverse les couches de depot et se sont clevees au-dessus d'ellcs. Les continents eux-memes ont eprouve et eprouvent encore des soulevemcnts et des abaissements alternatifs. Ainsi la surface de la 36 KLEVATION DE CFIAMBERY terre s'est toute herissee de montagnes , separecs par des vallees plus ou raoins profondes et des plaines de niveaux dlfferents. Los parlies les plus basses sont recouverles par les eaux , dont la surface unie donne une apparence de regularite a noire planete ; mais le fond des mers est couvert de depressions et d'aspe- rites aussi bien que les continents ; les bas-fonds et les lies ne sonl que les sommites des montagnes sous- marines. 5. Ces in6galites de la surface de la Terre sont sans importance pour I'astronome , qui ne la consi- dere que dans ses rapports avec les corps celestes , et elles paraissent exlremement petites lorsqu'on les compare a sa masse. Si on voulait la represenler par un globe d'un metre de rayon , le Mont-Blanc , qui est la plus haute montagne de I'Europe , et I'Hima- laya, qui est la plus haute montagne du monde (3) , y seraient reduites a de peliles asperites de 0™™ 75 et l"""^ 23 de hauteur. Les plus grandes profondeurs de la mer y formeraient des depressions insensibles a Tceil et seulement de quelques dixiemes de milli- metres. L'ellipticit6 de la terre disparailrait aussi , et la difference de pres de cinq lieues qui existe entre (3) La hauteur du Mont-Blanc au-dessus du niveau de la mer est de 4810"' 7; celle du pic le plus eleve de I'Hi- malaya , de 7825'" 8. AU*DESSUS DE LA MER. 37 les rayons des poles et de I'equateur n'exigerait qu'une difference de 3™'" 3 enlre les rayons de notre sphe- roide. L'atmosphere enGn , qui enveloppe la Terrc jiisqu'a une hauteur qu'on pent supposer 6gale a en- viron li a 16 lieues , y pourrait etre representee par une couche Iransparente de 12 a 13 millimetres d'd- paisseur. Or , si nous nous elevions seulement a une distance egale au rayon terrestre , distance qui n'est que 6075 de celle de la Lune, et Ysf^de celle du So- Icil , la terre se presenterait a nous avec la grandeur apparente de cette sphere d'un metre de rayon , que nous regarderions a un metre de distance. Si Ton voulait rapporter les indgalites de la surface de la Terre sur les globes ordinaires destines a I'etude de la geographic , et qui ont environ un pied de diame- tre , il faudrait diviser par 6 les nombres qui les re- presentent sur une sphere dun metre de rayon , e'est- a-dire qu'il faudrait leur donner une forme aussi exactement spherique et une surface aussi polie qu'il serait possible de le faire, 6. L'6tude de ces irregularites du sol, qui meri- tent a peine de fixer un instant les regards de I'as- Ironome , est , sous d'autrcs rapports , du plus haul interet. La connaissance de la hauteur relative des differcnls lieux est aussi importante en geographic physique , que celle dc leur longitude et de lour lati- tude; outre quelle pique vivcmcnt la curiosite, elle est 38 ISLEVATION DE CHAMBtRY un element essentiel a la solution d'un grand nombrc de questions de geologic , de meteorologie , d'agricul- ture et de botanique comparees ; elle est absolument necessaire dans les entreprises d'irrigation, de canaux, de routes, etc. Enfin c'est ce sol plus ou moins de- chire , herisse d'asperit^s et tourmente de mille ma- niercs , qui est le domaine et I'habilation de I'homme. Le nivellement d'une contr^e , tel qu'il est reclame par les besoins de la society et le progres des sciences, doit comprendre la bauteur d'un tres-grand nombre de points. 11 serait tres-utile , par exemple , de cou- naitre la hauteur du sol de toutes les 6glises , parce qu'elles sont le centre de chaque commune ; celle des tours et des monuments antiques que nos peres ont eleves dans des sites ordinairement remarquables ; celle de la partie la plus elevee et de la partie la plus basse de chaque vallee , ainsi que des ponts et des points les plus reconnaissables du bord des rivieres ; celle des cols par lesquels les vallees voisines com- muniquent entre elles ; enfin celle du sommet des collines et des moniagnes. II n'y a encore aucune partie de la Terre pour laquelle on ait entrepris un nivellement aussi complet, et dans chaque pays on ne possede la hauteur exacte que de quelques points isoles. Les immenses travaux que necessitent les mesures geodesiques , ont limile leur application a la determiuaiion de la hauteur dc AU-DESSUS DK LA MER. 39 quclqucs villes et de quclqucs montagnes. L'emploi du baromelre , il est vrai , est plus facile ; mais il exige des precautions qui malheureusement ont trop sou vent 6te negligees. Ce precieux instrument n'a pas toujours 6te entre les mains d'observateurs instruits et consciencieux. On s'est contente quelquefois de mesures prises a la hate , dans quelques voyages ; on les a comparees a celles qui elaient prises en meme temps dans des observatoires trop eloignes , et on a suppose , sans I'avoir verifie , que les echelles des divers instruments etaient d'accord entre elles. Aussi parmi les hauteurs citees dans les cartes et les traites de geographie , y en a-t-il beaucoup qui contiennent de graves erreurs. 7. C'est surtout pour les pays montueux , et en particulier pour nos Alpes , dont le relief actuel est le resultat des bouleversements geologiques les plus violents, qu'il est utile de connaitre les in^galit^s qui aflectent la surface que nous habitons. MM. les chanoines Billiet et Gravier viennent d'offrir a la So- ciety royale academique de Savoie un tableau cora- prenant les hauteurs des principaux points de la Mau- riennc et de la Tarentaise. lis les ont determines par eux-memes , a I'aide de baromctres bien construits et bien compares. Des observations etaient faitcs en meme temps a St-Jean-dc-Maurieone et dans la loca- lite dont ils chcrchaient la hauteur ; de sorte que les 40 ELEVATION DE CHAMBERY deux stations n'etaient jamais tres-distantes Tune de I'aulre. Ces messieurs ont ainsi obtenu directement la hauteur de ces differents points au-dessus ou au-des- sous de St-Jean-de-Maurienne. La hauteur de cette derniere villc au-dessus de Chambery etait d'ailleurs connue avec beaucoup d'exactitude ; elle avait 6t6 determinee par Mgr Billiet , lorsqu'il etait 6veque de Maurienne , au moyen de trois series d'observations barometriques , comprenant chacune 10 a 15 jours. J'avais I'honneur de faire a Chambery les observations correspondantes. Les trois resultats obfenus par le calcul de ces trois series d'observations etaient a peu pres identiques :.leur moyenne excluait toute incer- titude. Je m'occupe depuis plusieurs ann6es d'un nivelle- ment barometrique des environs de Chambery ; ce travail , qui est sur le point d'etre termine , s'etend a toutes les paroisses de ce diocese et a quelques loca- lites des dioceses voisins ; toutes les hauteurs y sont calculees par rapport a la hauteur de Chambery. Quand aux parties de la Savoie qui ne sont pas comprises dans les limites de mes observations et de celles de MM. les chanoines Billiet et Gravier, elles ont ete I'objet d'un grand nombre de mesures de la part des savants qui ont visits le Mont-Blanc et les vallees qui I'entourent. Ces mesures , disseminees dans plusieurs ouvrages , ont ete rassemblees par M . AU-DESSUS DE LA MER. 4-1 AlphoDse de Candolle , dans son Hypsometrie des en- virons de Geneve. Cette publication interessanle est un recueil coraplet de toutes les hauteurs qui ont ete mesurees avant 1839 , dans un cercle de 25 lieues autour de Geneve. 8. Les travaux de MM. Billiet et Gra\ier et mes propres observations faisant connaitre la hauteur des principaux points des dioceses de Maurienne , de Ta- rentaise et de Chamb6ry, au-dessus du sol de cette derniere ville , il devenait necessaire de chercher combien Chambery , et en particulier le point auquel se rapportaient nos mesures , elait eleve au-dessus du niveau de la mer. Ce point est le sol du jardin du grand Seminaire , ou mieux le seuil de la porte par laquelle on passe de ce jardin dans I'interieur de la maison. II est a 5"° 56 au-dessous du parapet des fenetres du premier etage qui regardent dans le jardin. Voici les principales mesures de la hauteur de Chambery, qui ont ete prises jusqu'ici. L'arc du parallele moyen , qu'on a mesure depuis Bordeaux jusqu'au-dela de I'Adriatique , passe par Chambery. Une commission composee d'astronomes et d'ingenieurs piemontais et autrichiens , et dirigee par des hommes d'une science eminenle (MM. Plana et Carlini ) , executa en 1821 , 1822 et 1823 la parlie la plus difficile de ce travail , en reunissant les deux arcs deja mesures cu Italic et en France , par un arc 42 KLEVATION 1>E CIIAMBERY. raesure au travers des Alpes. Un des angles du reseau trigonomelrique avait son sommet sur la coUine dc Lemenc , au signal que la commission fit 6lever pres du Calvaire. On trouva que le pied du signal elait eleve de 339"° 7 au-dessus du niveau de la mer. D'apres les observations qu'ils firent en meme temps a la tour du Chateau royal ( parapet des dernieres fenetres ) , et au clocher de la paroisse de la Motte ( parapet des fenetres , au plan des cloches ) , la pre- miere de ces deux stations est elevee au-dessns du niveau de la mer de 306"™ 2, etla seconde de 279™ 1. Ces hauteurs obtenues a I'aide d'operations geode- siques habilement conduites , m6ritent d'etre admises avee la plus grande confiance ; elles ra'ont ete tres- uliles dans la determination de la hauteur du sol du grand Seminaire. Plusieurs savants etrangers se sont servi du baro- metre pour raesurer la hauteur de Chambery. M. de Saussure a fait lui-meme , dans cette ville , plusieurs observations barometriques , qu'il a comparees a des observations f'aites en meme temps sur les bords du lac de Geneve ; il en a deduit la hauteur de ce lac au-dessus de Chambery , puis en retranchant cette hauteur de la hauteur du lac au-dessus de la mer , il a trouve que la hauteur de Chambery au-dessus de la mer etait dc 265"" 7. On verra que ce nombre est peu eloignc dc la verite. II est a regretter que I'au- AD-DESSUS DE LA MER. 43 (eur n'ait pas indique le lieu ou il faisait ses obser- vations ; son silence fait penser qu'ellcs se rapportent au niveau raoyen de ville (4). M. Deluc donne a Chambery une hauteur de 274™ 8 , qu'il conclut de deux observations baromctriques seulement ; M. Alphonse de CandoUe remarque qu'il faut ajouter a ce nombre une correction relative a la hauteur du lac de Geneve , qui est maintenant raieux connue qu'a I'epoque oil vivait M. Deluc ; ce qui porte le resultat precedent a 284™ 8. Ce nombre est beau- coup trop eleve (5). Des observations de M. Martinel nous placent encore beaucoup plus haut , a 419™ 4 , e'est-a-dire a 12™ au-dessus de I'observatoire de Geneve. Enlin M. Albanis Beaumont nous ramene a ^58™ 25 (6). 11 me reste a parler d'un travail special qu'un sa- vant compatriote, M. G.-M. Raymond, a public dans le tome II des M(imoires de la Societe royale acade- mique de Savoie , sur la sitiialion geographico-topo- graphique des environs de cette ville , et dans lequel Cf) De Saussure, Voyacjc dans les Jlpcs, $ 1180. (o) Deluc, Mud'tficalions de I'almosplicre.^YoirV Hyp- sometric des environs de Geneve, par M. Alphonse de Can- doUe , page oo. (6) Albanis Beaumont , Description des Alpes grecqtces et cotlienms. ^^ ELEVATION DE CIIAMBERY il croit pouvoir etablir que le sol du grand Seminaire est eleve seuleraent de 243™ 2 au-dessus du niveau de la iner ; il a employ^ pour ce calcul les Irois pre- mieres annees des observations barom^triques et thermometriques que Mgr Billiet , alors superieur du grand Seminaire , avail commencees en 1822 , et qu'il a continuees pendant les quatre annees 1822, 1823, 1824, 1825. M. Raymond a ajoule l""™ 4 a la moyenne barometrique des trois annees 1822- 1824 , pour correction de la capillarite , et il I'a suc- cessivement comparee aux observations de Paris et de Geneve , pour en conclure la hauteur relative de Chambery et de chacune de ces deux villes , et par suite la hauteur de Chambery au-dessus de la mer. M. Alphonse de Candolle , en reprenant le meme calcul avec les observations de la seule annee 1822 , faites a Chambery par Mgr Billiet , et les observations correspondantes de Paris, sans appliquer aux premie- res aucune correction pour la capillarite , est arrive au nombrc 266"' 3. Les differences qui existent entre tous les resultats que je viens de citer , laissaient done une grande incertitude sur la veritable hauteur de Chambery ; c'est pourquoi j'ai entrepris de la determiner de nou- veau , et j'ai ete assez heureux pour y parvenir par trois procedes independants les uns des aulres , qui se sont scrvi mutuellement dc preuve. AU-DESSUS DE LA MER. 45 Je vais exposer successiveraent le delail de ces trois calculs , avec les precautions que j'ai prises pour eviter les erreurs. 1" Calcul de la hauteur de Chamhery an-dessus du niveau de la mer. 9. J'ai fait au grand Seminaire, pendant les deux ann«5es 1838, 1839, environ quinze niois d'observa- lions baronictriques et thcrraometriques. Le barometre dont j'ai fait usage est un barometre de Gay-Lussac , avec la modification que Bunlen a imaginee pour le rendre plus facilemenl porlatif. Le diametre exterieur du tube est de 6™™ 75 ; d'ou Ton pent admettre que le diametre interne est d'environ 4™™ 6. La monture est un lube de laiton , muni de deux verniers , qui permettent d'apprecier I'extremite des deux colonnes de mercure , avec une precision de 0™™ 1 , ou meme 0mm 05 Voulant examiner son echelle dans une assez grande etendue , j'ai porle I'instrument a differentes hauteurs avec d'autres bons barometres , et j'ai fait des observations simultanees avec chaque barometre. Les hauteurs indiquees par les divers instruments n'etaient pas les memes , mais elles conservaient tou- jours la meme difference. J'ai compare ainsi le baro- metre du grand Seminaire avec deux autres barome- Ires , qui paraissaient construits avec soin , d'oii j'ai -46 ELEVATION DE CUAMBERY conclii que les echelles des trois barometres ne ren- fermaicnt pas d'erreurs sensibles , exceple celle qui pouvait dependre de la position du zero. J'ai reconnu en effet que le barometre du grand Seminaire contient une erreur de ce genre. Voici quelle est a tres-peu pres la quotite de celte erreur. Le barometre de Bunten du College des RR. PP. Jesuites , a Chambery , a 6te envoye a Paris , ou il a ete compare par M. Eugene Bouvard , le l^"" mars 1841, avee celui de I'observatoire de eetleville. Le raeme barometre du College de Cbambery a et6 compare avec celui du grand Seminaire immediate- ment avant et apres le voyage de Paris ; il en est re- sulte qu'il fallait retranclier 0™™ 9 au barometre du grand Seminaire pour le rapporter a celui de I'ob- servatoire de Paris. D'un autre cote j'avais deja determine le rapport du barometre de I'observatoire de Geneve avec celui du grand Seminaire de Chambery. J'ai transports celui-ci a I'observatoire de Geneve le 22 aoiit 1840; je I'ai place a cote du barometre de cet observa- toire et a la meme hauteur , et apres un temps suffi- sant pour que le thermometre fixe au barometre ait pris la temperature dulieu, j'ai fait quatre observa- tions, dontla moyenne a fait voir que le barometre de Chambery marque 0™"" 741 de moins que celui de Geneve. AU-DESSUS DE LA MER. 47 Le barcmelre du grand S6minaire do Chambery a aussi etc compare avec cclui de Mgr Billiet , a Cliara- b«iry en 1837, a St-Jeau-de-Maurienne en 1838, ct de nouvcau a Chambery en 1841. Je me suis assure ainsi qu'il n'avait eprouve aucune alteration , ni pen- dant le voyage de Geneve, ni pendant la duree des observations qui me serviront a etablir la hauteur de Chambery. 10. S'il n'y a pas eu d'crreur commise dans la dou- ble coraparaison du barometre du grand Seminaire de Chambery avec ceux de Geneve et de Paris , il faut admettre qu'il y a entre les echelles des deux derniers une difference de 0™™ 741 -h 0™™ 9 = 1™"» 641, Get exces du barometre de Geneve sur celui de Paris m'ayant beaucoup elonue , j'ai cherche quel serait I'effet de cette correction , si , apres I'avoir effectuee sur la moyenne baromelriquc de Geneve , je calculais, a I'aide de la moyenne barometrique de Paris , la hauteur de Geneve au-dessus de la mer. Avant d'exposer les resultats que j'ai obtenus, voici quelques details sur les observations meteorologiques que Ton fait a Geneve ; ils sont extrails en grande partie d'une Notice pubHee par M. G. Maurice, dans le cahier de la Bibliotheque nniversclle du mois d'avril 1837. L'llypsometrie de M. de Candollc m'a fourni la hauteur des differentes stations dans Icsquelles le barometre a ct6 successivemenl plac6. 48 ELEVATION DE CHAMBERY Les observations meteorologiques de Geneve , que publie chaqiie mois la Bibliotheqne universelle , ont commence en 1796. On peut les diviser en trois se- ries : la premiere comprend les trente annees 1796- 1825 , pendant lesquelles la moyenne barometrique annuelle etait calculee en prenant la moyenne des observations faites chaque jour au lever du soleil et a deux heures apres midi. Le barometre qui servait aux observations etait place pendant les 26 annees 1796-1821 , dans I'ancien jardin botanique, a envi- ron 20 metres au-dessus du niveau moyen du Rhone , et pendant les 4 annees 1822-1825 , dans le nouveau jardin botanique , a 9™ 9 au-dessus du meme niveau. Pendant la seconde serie , c'est-a-dire pendant les 10 annees 1826-1835 , le barometre etait dans la loge du pont des tranchees , a 32™ 70 au-dessus du Rhone. Dans cette periode, les observations onl ete faites a 9 heures du matin , a midi et a 3 heures du soir , et Ton a regarde comme la moyenne de I'annee la moyenne des observations de 9 heures du matin et de 3 heures du soir, parce que ce sont a peu pres les heures du maximum et du minimum de la journee. Enfin , on rapporte a la troisieme serie toutes les observations qui datent depuis 1836 , epoque a la- quelle le lieu des observations a 6te transfere au nou=- vel observatoire , situe a 0™ 30 plus haut que le lieu des observations de la seconde serie , ou a 33 metres AU-DESSUS DE LA MER. 49 au-(lcssus du Rhone. Ou a ajoute les observations de 9 heures du soir a celles que Ion faisait deja a 9 heures du matin , midi et 3 heures. On a continue de prendre pour la moyenne de I'annee la moyenne des observations de 9 heures du matin et de 3 heures du soir. Le barometre a cte change au commence- ment de cette serie ; on a reconnu , apres plusieurs observations comparatives , que le barometre dont on s'6tait servi jusqu'ici marquait 0™™ 70 de moins que le nouveau. Pour rapporler les observations de la premiere et de la seconde serie a celles de la troisieme , il fallait done ajouter 0"°"^ 70 pour corriger la difference de i'ecbelle des barometres. II 6tait necessaire aussi de faire une autre correction dependante de la difference de niveau des stations dans lesquelles on a successive- ment observe le barometre. On a trouve, apres ces deux corrections , que la moyenne barometrique des trente annees 1796-1825 , qui composent la premiere serie , et pendant lesquelles les observations ont ete faites au lever du soleil et a 2 heures apres midi , est 726™'" 97. Que la moyenne des treize annees 1826- 1838 , conclue des observations de 9 heures du matin et 3 heures du soir, est 727'"°' 75 (7). (7) Dans la notice de M. G. Maurice, cilee plus haul , la moyenne de rannee 1826 est supposcc elre de 725""" 75; 50 ELEVATION DE CHAMBERY Pendant toule la premiere serie , le Ihermomelre a (5le observe a Geneve sur divers emplacemenls , au lever du soleil et a 2 heures apres midi ; la mo} enne qui en resulte a ete, pour les trenle annees 1796- 1825, -t-9° 81. Dans les deux series suivantes , on a adopte pour la moyenne de I'annee la raoyenne des maxinmm et des minimum de chaque jour ; on obtient ainsi pour la moyenne des Ireize annees 1826-1838, 4-9° 61. A Paris , on a toujours considere pour la moyenne barom6frique de I'annde celle que donnent les obser- vations de midi ; elle est egale a 756"™ 086 , pour les vingt-trois annees 1816-1838 ; pour les Ireize annees 1826-1838 , elle est en particulier egale a 756™™ 188. La temperature moyenne eonclue des observations du maximum et du minimum de chaque jour, s'y trouve de 10° 80. La temperature moyenne de midi I'emporte sur la temperature moyenne de I'annee , a Paris , de 2° 47 , et a Geneve de 2" 32 a pen pres. 11. Cela pose, il est evident qu'on ne peut em- ployer dans le calcul de la hauteur de Geneve au- dessus de Paris , les mesures prises a Geneve avant c'est probablement une faute d'impression : elle est de 728""° 73. En admeltant le norabre 725'"'" 73, la moyenne destreize annees 1826-1838 serait seulement 727""" 32. AU-DESSUS DE LA MER. 51 I'annee 1826, parce que la moyenne barometrique des observations faites au lever du solcil et a 2 heures apres midi , differe de la moyenne des observations de midi d'une fraction de millimetres que Ton ne peut negliger , et que Ton ne connait pas assez exaclement. J'ai fait le calcul de la hauteur de Geneve avec les observations de chacune des 13 annees 1826-1838. Pour les dix premieres annees 1826-1835 , au lieu d'employer les observations faites a midi a Geneve , je me suis servi des moyennes annuelles qui resul- tent des observations de 9 heures du matin et de 3 heures du soir. Ces dernieres meritent plus de con- fiance, parce qu'elles ont ete revues par M. G. Maurice [Bibliot. Univers. , avril 1837) , qui y a fait plusieurs corrections ; il s'etait glisse quelques erreurs dans les tableaux publics dans la Bibliotheque Universelle. II est a regretter que M. Maurice n'ait pas etendu son travail aux observations de midi. Cependant, commc la moyenne barometrique des observations de 9 h. du matin et de 3 heures du soir est inferieure a la moyenne barometrique des observations de midi d'une quantity qui , pour Geneve , est a tres-peu pres egale a 0™™ 06 , j'ai dii ajouter 0""™ 06 aux moyen- nes barom«5triques de Geneve des dix ann«^es 1826- 1835 , afin de pouvoir les comparer avec les moyen- nes annuelles de Paris, qui correspondent a midi. De meme , pour obteuir la temperature moyenne de 52 ELEVATION DE CHAMBERY Geneve a midi , pendant les memes annees 1826- 1835 , j'ai ajoute 2° 32 aux temperatures moyennes annuelles de cette ville. Les legeres erreurs qui pour- raient en resulter dans le calcul de la hauteur de Geneve au-dessus de Paris , par les seules observa- tions d'une ann^e , disparaissent entierement dans la moyenne de plusieurs annees. Pour les trois annees suivantes , j'ai employe les observations faites a midi. Enfin j'ai retranche a la moyenne baroraelrique de Geneve 1™™ 64, quanlite dont I'echelle du barometre de Geneve est plus forte que celle du barometre de Paris , si mes comparaisons ont ete exactes. Le tableau suivant renferme les elements du calcul pourchaque annee. Toutes les corrections prec6dera- ment indiquees s'y trouvent faites. La derniere co- lonne donne la hauteur de Geneve au-dessus de la mer ; elle a ete obtenue en calculant d'abord la hau- teur de Geneve au-dessus de Paris , d'apres les obser- vations de chaque annee , et en ajoutant ensuite a la hauteur de Geneve au-dessus de Paris , la hauteur de Paris au-dessus de la mer , hauteur qui est de 65 metres. Je me suis servi , pour les calculs , de la formule Z = 18393- (H-i^^)L^. C'est la formule dont on fait le plus commun6ment usage dans nos latitudes pour la determination baro- AIW)ESSUS DE LA MER. 53 int'lrique des hauteurs. Le coefficient constant quelle renferme est le resulfat des nombreuses observations que Ramond a faites dans le midi de la France. BAROMETRE A MIDI. TIIEBIUOIU . A MIDI. DAUTRUR calciilec ANNEKS. _— ^ . de Geneve Paris. Geneve. Paris. Geneve. au-dessus de la nier. t826 757 27 726 69 14° 50 12°04 411 54 1827 756 01 725 26 15° 59 12°40 415 86 1828 756 06 726 55 14" 41 12° 82 402 80 1829 755 15 724 50 ir77 10° 56 410 45 1830 755 84 725 89 12°91 ir58 403 59 1831 755 99 725 29 14° 55 12° 33 413 74 1832 757 55 727 15 15° 79 12° 07 409 15 1853 755 45 725 85 15°77 12° 56 401 02 1834 758 68 730 28 14°46 15"48 586 71 1855 756 88 726 90 15° 15 11°68 405 98 1836 755 03 725 77 12° 94 1I°86 396 41 1837 756 59 726 06 12° 04 ir2i 407 00 1858 • 754 17 724 29 1I°67 10° 74 402 42 La hauteur de Geneve obtcnue en prenant la moyenne des treize resultats conlenus dans le tableau precedent , serait egale a 40 i*" 82. Celle qui resultc des observations dc la seule anncc 1834 s'cn cloigne 54 ELEVATION DE CHAMBERY de plus de 18 metres. Un si grand 6cart indique, on qu'il s'est glisse quelque erreur dans les mesures de cetle annee , ou que Paris et Geneve se sont trouves pendant cette annee dans des circonstances atmosphe- riques tres-differentes. Le resultat des observations de I'annee 1834 doit done etre exclu de la moyenne g^nerale. La moyenne des douze autres resultats donnerait 406°* 33 pour la hauteur du barometre de Geneve au-dessus de la mer. La hauteur calculee d'apres les observations de I'annee 1836, s'ecarte encore de 10 metres de cetle moyenne , tandis que les hauteurs calcul6es avec les observations des au- tres annees s'en ecartent au plus de 7™ 5. Si, pour line plus grande approximation , on rejette encore le resultat de I'annee 1836, les onze annees restantes donneront en moyenne , pour la hauteur du baro- metre de Geneve au-dessus de la mer , le nombre 4-07™ 27. Le barometre de Geneve est a 33™ 13 au-dessus du niveau moyen du Rhone , sous la machine hydrau- lique , suivant M. Wartmann, cite par M. Alphonse de CandoUe. Si Ton retranche done 33™ 13 du nom- bre precedent, on trouvera 374™ 14 pour la hauteur du lac de Geneve au-dessus de la mer. Or , de toutes les mesures de cette hauteur qui ont et6 prises jus- qu'ici , celles qui meritent plus de confiance , d'apres M. de Candolle , sont les suivantes : AU-DESSUS DE LA MER. 55 1" Quatre determinations baromitriques ont donne les nombres 375'" 12, — 371'" 01 , — 375™ 82, — 375"" 00 , dont la moyenne est 374"' 23. 2" Trois determinations geometriques ont donne les nombres 374™ 80 , — 374™ 75 , — 374™ 04 , dont la moyenne est 374™ 53. Cette dernlere moyenne est la valeur la plus pro- bable que Ton puisse admettre acluellement pour la hauteur du lac de Geneve. Le nombre que j'ai obtenu tout a I'heure en differe moins qu'aucune des quatre determinations barometriques que j'ai rapportees ; il s'en approche meme plus que la troisieme des trois determinations geometriques. C'est sans doute toute Tapproximation qu'on peut esperer avec des observa- tions non clioisies , pour des lieux aussi distants que Geneve et Paris. Je suis en droit de conclure que la correction negative de 1™™ 64 , que j'ai effectuee sur la moyenne barometrique de Geneve , avant de commencer les calculs , represenle a tres-peu pres I'exces du barometre de Geneve sur celui de Paris. Si Ton supposait le barometre de Geneve d'accord avec celui de Paris , la hauteur de I'observatoire de Geneve au-dessus de la mer que Ton deduirait serait Irop faible de 18 a 19 metres (8). (8) J'avais doja obtenu lous ces resullals , lorsqiie, au comiucucemcal de cclte annco, j'ai recu de robligeauce de 56 ELEVATION DE CIlAMBl^KV 12. Je reviens maintenant au calcul de la hauteur du sol du jardin du graud Serainaire de Chambery au-dessus du niveau de la mer , au moyen des obser- vations barometriques que j'ai faites en 1838 et 1839. Pendant le cours des observations , le barometre etait situ6 a 5"" 55 au-dessus du sol du Seminaire. La plus grande partie des observations ont ete faites a midi ; quelques-unes ont ete faites entre 9 heures du matin et 3 heures du soir. J'ai corrige par inter- polation celles de mes mesures qui ne tombaient pas MM. A. Bravais et Ch. Martin , un Memoire tres-interes- sant , qui coraprend les comparaisons que ces savants ont faites de la plupart des barometres des observatoires du nord de I'Europe. Ces messieurs n'ont trouve que 0""" 99 pour I'exces du barometre de Geneve sur celui de Paris. Si , au lieu de retrancher 1"'™ 64 a la hauteur moyenne barom^trique de Geneve , on ne retranchait que 0"*'" 99 , la hauteur de Geneve que Ton en conclurait serait encore inferieure a la hauteur vraie de 7 a 8 njetres. Celle diffe- rence de 7 a 8 metres doit etre attribuee a ce que la cor- rection 0""" 99 est trop faible , et non a I'imperfection de la Iheorie de la mesure des hauteurs par le barometre. On verra a la (in de cette INotice que 12 annees d'observa- tions barometriques faites a Chambery, et comparees aux observations faites en meme temps a Paris , ont conduit a une valeur tres-rapprochee de la vraie hauteur de Cliam- bery au-dessus de la mer. AU-DESSUS DE LA MER. 57 precisement a ces heiires , qui sont les heures des observations de Paris et de Geneve ; il n'en pent re- sulter que des erreurs tres-faibles pour cliaque mesure, et ces erreurs changeant souvent de signe, s'effacent entierement dans la moyenne. Le tableau du numero precedent montre qu'une ou deux annees d'observations barometriques ne suffisent point pour faire connaitre la hauteur exacte de Geneve au-dessus de Paris ; il en est sans doute de meme pour Chambery et Paris. Aussi, en comparant les moyennes barometriques mensuelles que j'ai obte- nucs a Chambery avec les moyennes des memes mois a Paris, j'ai trouve, pour la hauteur de Chambery au-dessus de la mer , les nombres suivanls : 281™ 1 , — 229°' 7 , — 266™ 9 , etc. Quinze nombres aussi divergents que ceux-'la , correspondanl aux quinze mois d'observations que j'ai faites , donneraient une moyenne sur I'exactitude de laquelle on ne saurait compter. C'est pourquoi j'ai du me borner a comparer les observations de Chambery avec celles de Geneve , dont la hauteur au-dessus de la mer parait bien con- nue. D'ailleurs le barometre de Chambery a etc com- pare directement avec celui de Geneve ; il ne I'a ete avec celui de Paris qu'au moyen d'un troisieme baro- metre. Ces comparaisons indirectes permettcnt fou- jours quclque doute sur la valeur de la fraction de millimetre qui represcnte la dilTerence des baromelres compares. 58 ELEVATION DE CHAMBERY Avant d'effectuer aucun calciil , j'ai relranche (I'abord 0™™ 741 de la hauteur barometrique de Geneve ; c'est la quantile dont j'avais reconuu que I'echelle du barometre de cette ville est plus forte que I'echelle du barometre du grand Seminaire de Cham- bery. Pour plus d'exactitude , j'ai encore retranche Omra 9 jgg jgyj^ barometres de Geneve et de Cham- bery, pour ramener autantque possible les indications de ces deux barometres aux hauteurs barom^triques absolues. 412 observations faites pendant quinze mois m'ont donne , toute correction faite , les moyennes suivantes ; Barom. a 0° 736""° 917. — Temperature de I'air 14" 587. — Les observations correspondantes de Geneve , aussi corrig^es , sont en raoyenne : Barom. a 0° 724«»'° 878. — Temperature de lair 12** 728. — En calculant ces donnees avec la formule precedemment citee , on trouverait que la distance verticale des deux barometres de Geneve et de Cham- bery est de 138'° 76. Ce resultat d'une moyenne d'observalions non choi- sies pouvait n'avoir pas toute I'exactitude desirable , soit a cause des erreurs qui peuvent s'elre glissees dans les observations elles-memes , soit a cause des perturbations accidentelles de Tatmosphere , qui peu- vent , a certains jours , avoir ete tres-differentes dans le ciel de Geneve et dans celui de Chambery. C'est 59 AU-DESSUS DE LA MER. pourquoi je me suis determine a faire le calcul de la hauteur de Geneve au-dessus de Chambery avoc chacune des 412 observations. J'avais en meme temps I'esperanee de deduire de la comparaison des resul- tats de chaque observation quelques consequences relatives a la theorie de la mesure des hauteurs par le barometre. Les observations du 17 et du 18 mars 1839 ont conduit aux nombres 261 metres et 251 metres pour la hauteur du barometre de Geneve au-dessus du barometre du grand Seminaire de Chambery : c'est presquele double de la hauteur obtenue toutal'heure. Ce fait serait tres-remarquable s'il ne devait etre attribue a quelque erreur dans les observations. Si Ton rejette les observations de ces deux jours, qui sout evidemment mauvais , on obtient pour les moyennes des 410 autres observations : LIEU DES OBSERVATIONS. BAROMEXnE A 0". TEMPERATURE DE l'aIK. HAUTEUR CAI.CULEE du baromttre de Geneve au-dessus de celui de Chambery. Chambery... Geneve 736 912 72?» 922 ill° 59 \r 73 138"' 19 Ainsi les seuls resultats du 17 et du 18 mars avaient introduit dans la moyenue tolale une erreur dcO'" 57. 60 ELEVATION DE COAMBERY Sur les 410 mesures restanles , il y en a 75 , c'esl- ii-dire un peu moins de i du nombre total, qui s'ecar- tent de la moyenne de plus de 9 metres. Si pour une plus grande approximation on veut encore rejeter ces 75 mesures , on aura pour les 335 autres observa- tions les nombres suivants: LIECX DES OBSERVATIONS. BAROMETRE A 0". TEMPERATURE DE l'aIR. irVUTEUR CAI.CULEE du baromclrc de Geneve au-dessus de celui dc Chambery. Chauibery... Geneve 757 265 725 279 13° 05 15° 17 158"' 29 Tel est le resultat auquel j'ai cru devoir m'arreter. Du reste il ne differe que de 0"* 1 de celui que j'ai obtenu en conservant les 75 mesures , qui s'ecartent de plus de 9 metres de la moyenne. II est digne de remarque que ces 75 mesures , qui s'ecartent le plus de la moyenne , oscillent au-dessus et au-dessous de la bauteur vraie dans une telle pro- portion , qu'il y a presque une compensation parfaite. Ces 75 mesures donneraient seules , pour la distance des baromctres de Geneve et deChamb^ry, le nombre 137™ 81 , qui ne s'ecarte du nombre precedent que dc 0"» 48. De ces 75 mesures , il y en a 30 qui s'eloignent de AU-DESSUS DE LA MER. 61 la moyennc do plus de 15 raelres , 17 resullals sonl plus forts que la moyenne, et 13 sont plus faibles. n y a 1 1 de ces mesures dout I'ecart est plus grand que 20 metres , 4 sont trop elevees et 7 sont trop basses. Entin il y a eu 4 mesures dont I'ecart a depasse 25 metres ; ce sont les nombres 170'" 19 , — 102™ 96 , — 103°>50,— 111^28. On voit en meme temps que sur ces 75 resultats ceux qui sont trop eleves sont un peu plus nombreux que ceux qui sont trop faibles , mais que ceux-ci do- minent parmi les resultats les plus divergents. Les details qui precedent donnent une idee des erreurs auxquelles on est expose lorsqu'on calcule la hauteur de deux stations plac6es a la distance de Geneve a Chambery , au raoyen d'un petit nombre d' observations barometriques non choisies. Je reviendrai sur ce sujet dans un autre Memoire ; j'ajouterai seu- lement qu'avec un mois d'observations on peutcom- mettre encore une erreur de quelques metres , et que les causes accidentelles qui occasionnent ces erreurs exercent souvent leur influence pendant dix a quinze jours consecutifs , et quelqucfois meme pendant un mois entier. 13. Le barometrc de Geneve est done elev(5 au- dessus du baromeire du grand Seminaire de Cham- l)ery de 138'" 29 62 ELEVATION DE CHAMBERY Report. . . IBS'" 29 Celui-ci est eleve au-dessus du sol du jardin du grand Serainaire , de 5™ 55 Le barometre de I'observatoire de Ge- neve est done eleve au-dessus du sol du grand Seminaire de HS™ 84 Si Ton retranche la hauteur du barometre de I'observatoire de Geneve au-dessus du niveau du lac, hauteur qui est 6gale a. . . 33™ 13 On trouve que le sol du jardin du grand Seminaire de Chamb^ry est plus has que le niveau du lac de Geneve de HO"* 71 Soustrayant done ce dernier nombre de la hauteur du lac de Geneve au-dessus de la mer, qui est egale a 374*" 53 On conclut enfin que le sol du jardin du grand Seminaire de Chambery est eleve ^ au-dessus du niveau de la mer , de. . . . 263™ 82 14. La moyenne de 15 mois d'observations baro- metriques ne peut elre consid^ree comme la moyenne barometrique du lieu dans lequel elles ont et6 faites ; elle peut cependant y conduire d'une raaniere assez approch^e par une methode indirecte , dont je vais faire I'application a Chamb6ry. La moyenne des 335 observations de Geneve correspondantes aux 335 meilleures observations que j'ai faites a Chambery , AU-DESSUS DE LA MER. 63 est TSS""^ 279. Elle est inferieure de O"" 830 a la nioyenne barometrique de Geneve , que Ton deduit des observations des 13 annees 1826-1838, et qui est egale a 726""™ 109 , apres qu'on a retranche iram g4j pQyj. I'exces de son dcbelle sur I'echelle du barometre de Paris. On pent supposer , a raison de la proximite de Geneve et de Chambery , que la moyenne des 335 observations de cette derniere ville doit etre aussi inferieure a la moyenne barometrique de la pre- miere de la meme quanlile 0™™ 830. La moyenne barometrique de Chambery est done , au moins pour les 13 ann6es 1826-1838, a Ires-peu pres egale a 737ram 263 -^- Oram 830 = 738'"'" 093. En effet , la moyenne barometrique de Paris pour les memes ann6es est 756'"'^> 188 ; la temperature de midi a et6 a Paris , dans le meme temps , de 13" 27 ; celle de Chambery pent etre supposee (9) , sans grave erreur , egale a 13° 67. On trouve avec ces donnees quele barometre du Seminaire de Chambery est elev(i de 203°' 86 au-dessus de celui de I'observatoire de Paris. Si Ton retranche de cette valeur 5°' 55 pour la hauteur du barometre du S6minaire au-dessus du sol , et qu'on ajoute cnsuite 65 metres pour la hauteur (9) On verra plus loin ( N° 26 ) que la nioyenne llier- mouietrique de Chambery surpasse celle de Paris d'en- viron 0° 4. 04 ELEVATION DE CQAMBERY (111 barometre de Paris au-dessus de la mer , on ob- lient 263™ 27 pour I'elevation du sol du Semiiiaire de Chambery au-dessus du niveau de la mer. Cette hauleur est iuferieure seulement d'un demi- metre a celle a laquelle nous sommes parvenus dans le numero precedent, ce qui prouve que la moyenne barometrique de Chambery s'eloigne tres-peu de 738""" 093. 2™^ Calcul de la hauteur de Chambery au-dessus du niveau de la mer. 15. La seconde methode que j'ai suivie pour Irouver la hauteur de Chambery au-dessus de la mer, n'exige la comparaison du barometre du grand Semi- naire avec aucun barometre etranger ; elle consiste a chercher quelle est la hauteur au-dessus de Chambery de deux points tres-rapproches de cette ville , dont la hauteur au-dessus de la mer a ete determinee dans la celebre mesure d'un arc du parallele raoyen. Ces deux points sont le signal que les ingenieurs austro- sardes ont eleve a Lemenc , pres du Calvaire , et le clocher de la Motte. 16. J'ai fait des observations barometriques a trois differents jours, aupied du signal de Lemenc; comme ce point n'est qu'a dix minutes de Chambery, il n'etait pas necessaire de faire dans les deux stations des I AU-BKSSUS 1>E LA MEU. 65 observations sirnullanees. J'observais d'abord le ba- rometre au Seminaire plusieurs fois avant dc partir ; je portais ensuite I'inslrument au pied dii signal , on je faisais des observations pendant environ une demi- heure ; enfin je revenais aussitot au Sdminaire , oil je prenais de nouvelles raesures. J'ai eboisi pour ces observations des jours dans lesquels I'atmosphere etait tranquille. Je les ai faites aux environs de deux heu- res , vers cette parlle de la journee oii les variations diurnes , qui vont bientot cbanger de signe , sont tres- lenles- II y avail en effet peu de difference entre les bauteurs du baromelre observees avant le depart el au retour , el une interpolation facile donnait imme- diatemenl la hauteur du baromelre a Chambery, pour le momenl ou je faisais les observations au pied du signal de Lemenc. Le tableau suivant renferme les moyennes des f" observations de ces trois jours , et la hauteur du pied du signal au-dessus du sol du Seminaire , qui resulte tdes observations de chaque jour. Comme le barome- lre , pendant que je I'observais au Seminaire , etait elev6 au-dessus du sol , le premier jour de 6™ 50 , et les deux autres jours de 5*" 55 , j'ai ajoute ces nombres aux hauteurs dcduitcs immedialcmcnt du calcul des observations. 66 ELEVATION UE CHAMBERY DATE I.IEU BAROMETRE TEMPERAT. HAUTEUR calculee des OBSERVATIOIVS ties OBSEnVATIONS A 0". DE l'aIR. du Signal de Lemenc au-dessus dii Seminaire. 1839 1 G** Seminaire. mni 755 27 15" 70 24 septemb. i Signal deLem. 729 06 Ik" 50 78'" 36 1841 1 G"" Seminaire. 758 20 "0 / itO lii"" 48 10 fevrier. ^ Signal deLem. 732 04 7° 53 1841 G*" Seminaire. 737 S8 10° SO 20 fevrier. Signal deLem. 731 25 10° 00 77'" 22 L'6levation du pied du signal de Lemenc au-dessus de la raer est , d'apres les ingenieurs austro-sardes , egale a 339"* 70. II suffira done de retrancher de ce nombre la hauteur du meme signal au-dessus du grand Seminaire , pour avoir la hauteur du grand Seminaire au-dessus de la mer. Les trois resultats contenus dans le tableau prece- dent donneront pour cetle hauteur les trois valeurs 261"' 36 , .... SeS"" 22 , .... 262°^ 48.... Ces trois valeurs different aussi peu les unes des autres qu'on pent I'esperer d'observations isolees : leur moyenne est 263'" 02. 17. Je n'ai fait qu'un seul jour d'observations AU-DESSCS 1)E LA MKR. 67 barometriques au clocher de la Motle : c'etait le 25 fevrier 1841. L'air elait calme et froid ; des nuages immobiles couvraient toule I'i^lendue du ciel et inter- ceptaient les rayons du soleil , de sorts que dans toute la masse d'air comprise depuis la surface de la lerre jusqu'aux nuages, il regnait un equilibre parfait de pression et de temperature. Depuis midi jusqu'au soir , le barometre n'a eprouve que des variations extreraement faibles , dont la plus grande amplitude a a peine alteint 0"°™ 2. Get etat de I'atmosphere etait tres-favorable a la mesure des hauteurs par le barometre ; j'ai fait des observations pendant une bonne partie de I'apres- raidi. Jen ai fait plusieurs au Serainaire avant et apres la promenade de la Motte. Leur comparaison avec celles que le R. P. Fatten , professeur de physique au College de cette ville , y avait faites aux memes heures , m'a fait connaitre la difference qui existe entre la hauteur barometrique niesuree au College par le R. P. Fatton , et la hauteur barometrique me- sur^e par moi au grand Seminaire. En retranchant cette difference des observations que le R. P. Fatton faisait au College pendant que j'etais a la Motte , j'obtenais exactement les hauteurs barometriques que j'aurais obtenues moi-meme , si j'avais fait des ob- servations au Seminaire aux memes heures. Cette maniere de comparer des baromcfres qui doivent 68 KLEVATIOX DE CHAMBKRY servir a. la mesure des hauteurs , a I'avanlage de r^unir dans une meme correction les erreurs dues soil a la difference des echelles , soit a la difference du potnte. J'ai d'abord place le barometre sur le parapet des fenelres du clocher de la Molle , au plan des cloches , c'est-a-dire a la hauteur meme a laquelle se rappor- lent les mesures des ing^nieurs austro'-sardes. L'heure moyenne des observations que j'ai faites sur ce point est 3 h. \. Voici les moyennes des observations et le r^sultat du calcul. LIECX DES OBSERVATIONS. BAROMETRK AO". TEMPERAT. DE l'aIR. IIAUTECR " Grand Seminaire , a 5"" 55 au-dessus du jardin. . . . Parapet des fenetres du clo- cher de la Motle mm 357 10 75G 2.J 0° 7 0° 6 1/r 78 * C'cst !a hauteur du parapet des fenitres du clocher de la Molte au-dessus du jardin du Seminaire. Le parapet des fenetres du clocher de la Motte , au plan des cloches , etant eleve de 279'° 10 au-des- sus de la mer , la hauteur du jardin du Seminaire au-dessus de la mer sera , d'apres la mesure precc- dente , 6gale a 279'" 10 — 14™ 78 = 264'" 32. AU-DESSUS DE LA MER. 69 Je trouvai plus commode ensuite de conlinuer les observations devant la porte meme de I'eglise. J'ai mesure , soil direclement avec un fil , soil au moyea du baroraetre , la distance verticale du parapet , sur lequel j'avais place le baromelre dans les premieres observations , au-dessus de la nouvelle position dans laquelle j'allais I'observer. Cette distance s'est trou- vee etre de 15™ 96. L'heure moyenne de ces observations , faites au niveau du sol de I'eglise , est 4 heures 25'. Ce sol est plus bas que le jardin du Seminaire de Chambery, comme le prouve le tableau suivant. LIECX DKS OUSERVATIOXS. BAROMKTUE A 0". TEMPERAT. DE I.'aiR. HAUTEIR * Sol de I'eglise de la Molte. Grand Seminaire , a 5"' 55 au-dessus du jardin . . . mm 737 93 737 \S 0" 2 0° 2 2"' 8i * C'csl la hauteur du jardin du I'eglise Je la Motte. seminaire de Chambery au-dessus du sol de D'apres cette mesure , le jardin du Seminaire serait plus eleve que le sol de I'tjglise de la Motte de 2™ 81, et par consequent il serait plus bas que le parapet des fenetres du clocher au plan des clocbes, de 15"' 96 — 2™ 81 , ou de 13'° 15 , ce qui porte la liauleur du 70 ELEVATION DE CHAMBERY jardin du Seminaire de Chambery au-dessus de la mer a 279'° 10 — 13'° 15 = 265'° 95. Cette valeur et la pr6cedente 264"" 32, doonent la moyenne 265"° 13. 18. Les mesures barometriques prises au signal de Lemenc et a la Motte nous ont fourni les cinq va- leurs suivantes de la hauteur de Chambery au-dessus de la mer : 261'° 36 , ... 265°" 22, ... 262°' 48 , ... 264"° 32, . . . 265™ 95. ~ Leur moyenne est 263'° 87. Celle-ci ne differe presque pas du nombre 263'° 82 auquel nous sommes arrive en comparant les 15 raois d'observations barometriques que j'ai faites a Cham- bery, avec les observations correspondantes de Ge- neve. 3™* Calcul de la hauteur de Chambery au-dessus du niveau de la mer. 19. Nous possedons pour Chambery une serie pre- cieuse d'observations barometriques et thermometri- ques comprenant les 12 anndes 1822-1833. Les observations des 4 premieres annees ont ete faites par Mgr Billiet au grand Seminaire , dont il etait alors superieur. 11 les continuait encore dans les premiers mois de Tannic 1826 , lorsqu'il fut eleve sur le siege episcopal de Maurienne. Au commencement de la merac annee, M. G.-M. Raymond entreprit, dans son AU-DESSUS DE LA MER. 71 habitation, a Nezin , une suite d'observations qu'il poursuivitsans interruption jusqu'au milieu de 1834. Les observations de Mgr Billiet ont ete publiees dans les tomes I et II des Memoires de la Societe royale academique de Savoie. Les tomes III , IV , V et VI, des memes Memoires renferment les observations de M. Raymond pendant les 6 annees 1826-1831 ; elles sont inserees dans les Notices sur la Constilution agricole des memes annees de M. le docteur Gouvert ; mais il s'y est glisse quel- ques erreurs. Les observations des 2 dernieres annees etaient demeurees inedites : M. I'avocat Raymond a eu I'obligeanee de me communiquer les manuscrils de son pere, qui m'ont fourni en outre I'occasion de reconnaitre les fautes d'impression que je viens d'in- diquer. Ces observations, faites par des hommes d'une science eminente , sont d'une grande impor- tance pour la meleorologie du pays en general ; elles m'ont fourni un nouveau moyen de determiner avec exactitude la hauteur de Chambery. J'ai du avant tout chercher les rapports que les echelles des baroraetres qui ont servi aux observa- tions de Mgr Billiet et de M. Raymond , ont soil enlre elles , soit avec celles des barometres de Paris et de Geneve. Une comparaison etait devenue impossible; les deux barometres avaicnt ete deranges et repar^s. Jc dois exprinier ici ma vivc reconnaissance pour la 72 ELEVATION DE CHAMBERY bonte de Mgr Billiet , qui m'a permis de consuUer ses manuscrils , et m'a fait connaitre plusieurs com- paraisons qui avaieul ete faites des deux barometres enlre eux et avec des barometres etrangers. Celui de M. Raymood avail aussi ete compare plusieurs fois avec le barometre actuel du grand Se- minaire , avant les accidents qui ont exige les repara- tions donl j'ai parle. 20. Le barometre dont Mgr Billiet faisait usage avait ete construit par Lerebours; e'est un barometre a sipbon , dont la courte branche est terniinee par une cuvette cylindrique. Le tube est fixe dans une monture en bois , qui porle une echellc en cuivre avec vernier; cet instrument , qui parait construit avec soin sous tons les autres rapports , a une cuvette d'un trop petit diaraetre ; elle n'a, en effet, que 27 millimetres de diametre exterieur , ce qui r6duit son diametre inlericur a 24 millim. a Ires-peu pres. Le diametre exterieur du lube egale 8""" 5 , d'oii I'on pent conclure aussi que le diametre int^rieur est a tres-peu pres 6 millimetres. Le diametre du lube est done I de celui de la cu*< vetle , et sa section , -rr de la section de celle-ci ; lorsque le mercure monte ou descend dans le tube , le niveau de la cuvette s'abaisse ou s'eleve dune quan- tite qui est tt de la variation du mercure dans cc meme lube. AU-DESSUS Dli LA MKU. 73 Soil h la hauteur que marque le barometre lorsquc le zero de rechelle coincide avec le niveau du nier- cure dans la cuvetle ; lorsque la hauteur indiquee par I'instrument sera h', celle-ci sera trop forte ou trop faible , suivant que h' sera plus petit ou plus grand que h , et il sera necessaire de lui appliquer une cor- rection effale a ^' — ^ . 16 Le barometre que M. Raymond observait k Nezin est un excellent barometre de Fortin. Le tube de verre est renferme dans un tube de cuivre , sur lequel est gravee I'echelle ; il est muni de son vernier. D'apres les notes que Mgr Billiet m'a communi- quees , ces deux barometres ont ele compares a deux cpoques diff«5renles : la premiere comparaison a eu lieu en fevrier 1822. Par une moyenne de 16 obser- vations simultanees , on Irouve : Bar. Lerebours = lUS"""' 262 a H- 9° 5'. Bar. Fortin = 748""" 2S6 a + 9° 9. Pour r(iduire a 0° , je me suis servi du coefficient 5^50 pour le premier , qui a une monture en bois ; et du coefficient 0,000163 pour le barometre Fortiu, dont la monture est en cuivre ; il vient ainsi : Bar. Lerebours = 746""" 981 a 0". Bar. Forliu = 747""" 049 a 0°. La seconde comparaison a ete faite en mars 1826; 10 observations simuKanccs ont donne eu moyenne : 74 , ELEVATION DE CHAMBERY Bar. Lerebours = 7?i6'-" 56 a H" 95 = IW""' 95 a 0°. Bar. Forlin = 746 52 a 42° 56 = 744 82 a 0". Suivant la premiere de ces deux comparaisous , I'echelle du barometre Lerebours serait plus faible que celle du barometre Fortin de O'"'" 068 ; suivant la seconde, elle serait plus forte de 0°"" 130. Par I'effet de la variation du niveau du mercure dans la cuvette du premier barometre , la difference de ce barometre avec le barometre Fortin doit changer sans cesse , a mesure que la comparaison a lieu a des hau- teurs barom6triques plus elevees ou plus basses. Ce qu'il nous importe le plus de connaitre , c'est la difference mo} enne de I'echelle des deux barometres, ou plutot celle qui correspond a la hauteur barometri- que moyenne qui resulte des quatre annees d'obser- vations de Mgr Billiet , et qui s'est trouvee etre de 738'°"' 384. Les deux comparaisons precedentesnous en fournissent le raoyen. II faut observer, pour la comparaison faite en 1822, qu'en montant de 738""° 384 a 746'"'° 981 , dans le lube du barometre Lerebours, le mercure a dii baisser dans la cuvette de ^^ — " '*'^'- II suffira done d'ajouter O"""" 537 a la hauteur 746'°'° 981 et d'en retrancher la hauteur 747'°'° 045, obtenue simultanement avec le barometre Forlm , pour trouver Vcxces moyen du barometre Lerebours I AU-DESSUS DE LA MER, 75 sur celui-ci. On verra qu'il est ^gal a 0""™ 469. Pour la comparaison faile en 1826 , on ajoutera de „»^„ 1 ^, r U "744">'n 950 — 738""" 384 meme au baromelre Lerebours — > 16 ou0'"™410, et ilviendra, pour difference moyenne des deux barometres , 0™™ 540. Les deux differences 0°>™ 469 et 0™™ 540 sont presque les memes ; le barometre Lerebours a done eu sur le barometre Fortin, pendant les quatre annees 1822-1825 , un exces moyen egal a 0™" 504. 21. II reste a etablir le rapport de chacun de ces deux barometres avec les barometres de Paris et de Geneve. Je commencerai par le barometre Forlin , qui servait aux operations de M. Raymond , parce que j'ai pu recueillir plusieurs comparaisons de ce barometre avec des barometres etrangers. 1" II a ele compare les 4 et 5 avril 1821 avec le barometre de M. Nicollet; une moyenne de quatre observations simullan6es a donne ( notes manuscriles de MgrBilliet) : Bar. Raymond = 737"""' 8 \ Bar. Nicollet = 737™'" 5 ) Difference - O"""' 5. 2° Le 31 octobre 1824 , Mgr Billiet a compare son barometre Lerebours avec deux barometres de M. Biot, dont I'un etail un barometre de Fortin et I'aulre un barometre dc Gay-Lussac ; il a (rouvc : 76 ELEVATION DE CHAMBERY Bar. Forlin de M. Biot = 747"'"' 70 a 15" 'i. Bar. Gay-Lussac de M. Biot = 747 35 a 15" S. Bar. Lerebours = 747 40 a 13" 6. En employ ant le coefficient 0,000163 pour rarae- ner a 0° les baronietres de M. Biot, qui etaient monies en cuivre , et le coefficient 5^53 pour le barometre de Mgr Billiet , il vient : Bar. Forlin de M. Biot = 746™"' 067. Bar. Gay-Lussac de M. Biol = 743 703. Bar. Lerebours = 743 593. Avant de prendre les differences , il faut ajouter a celui-ci , pour variation du niveau dans la cuvelte : j^ , ou 0'"™ 451. II suit de la que : Bar. Lerebours = Bar. Forlin de M. Biol... — 0'""' 021. Bar. Lerebours = Bar. Gay-Lus. de M. Biot + 541. Et parce que le barometre de Mgr Billiet est plus fort que celui de M. llaymond de 0*"™ 504, il faut con- clure que : Bar. Fort, de Raym. = Bar. G.-L. de M. Biol - 0""" 163. Bar. Fort, de Raym. = Bar. Fort, de M. Biot - 523. 3" Dans les premiers jours d'aoiit 1837, cinq obser- vations faites a midi par M. Raymond a Nezin , dans le lieu ordinaire de ses observations , lui ont donne la moyenue737"""901. AU-DESSUS DE LA MER. 77 Des observalioDs simultanees faites par moi au S^minaire avec le baronietre du Seminairc ont doiin«i 739™™ 281. Ce dernier barometre etait a 5™ 55 au-dessus du sol du Seminaire. Le lieu des observations de M. Ray- mond etait 6leve de 6™ 34 au-dessus du meme sol , conime je le montrerai plus tard. II est done neces- saire , avant de comparer les observations preceden- tes , d'ajouter a la hauteur barometrique mesuree a Nezin, une correction egale a 0'"'"070 pour la dif- ference des niveaux. On trouve ainsi : Bar. Forlin, Raymond = Bar. Seminairc - 1"""310. Le barometre du Seminaire ayantsur celui de Paris un exces de 0™™ 9 , on a : Bar. Fortin, Jlaymond = Bar. Paris - 0""" 410. 4° Le 26 aout 1837, M. Raymond a eu la complai- sance de comparer lui-meme le barometre du Semi- naire avec le sien , il a trouve celui-ci plus faible de |rain 3 . p^j. consequent , Bar, Fortin, llaymond = Bar. Paris - 0""" 400. Les deux dernieres comparaisons font voir que le barometre de M. Raymond etait inferieur a celui de Paris de 0™™ 405. Les deux premieres monlrent que son ecarl moyen 78 ELlh'ATION DE CHAMBERY des baronielres de M. Nicollet et de M. Biot etait 0""" 3 -1- 0'""' 525 -t- 0""" 163 __ Qinm 329. 3 ' Le barometre Lerebours de Mgr Billiet , qui mar- quait en raoyenne O""*^ 504 de plus que celui de M. Raymond , etait done plus fort que celui de Paris de 0""" 504 — 0'"'" 405 = 0""' 099. Enfin , si Ton adraet ( N°* 10 et 1 1 ) que le barome- tre de Geneve soit plus fort que celui de Paris de r'641, on voit qu'il marque 1"""542 de plus que le barometre Lerebours de Mgr Billiet, et 2™"" 046 de plus que le barometre Fortin de M. Raymond; du moins pour I'^poque oh ce savant faisait les observa- tions dont nous nous serviron^ plus tard ; car je me suis assure, par une moyenne de 25 observations com- paratives faites en meme temps sur ce barometre et sur le barometre du Seminaire en mars 1841 , c'est-a- dire depuis qu'il a ete repare , qu'il n'est actuelle- ment inferieur que de O"^™ 679 au barometre du Seminaire , et qu'il est par consequent plus fort que celui de Paris de0'°'»221. Les comparaisons precedentes ont ete faites sans ajouter prealablcment aux barometres de Mgr Billiet et deM. Raymond aucune correction pour la capilla- rile ; ce qui prouve que cette correction etait deja faite en entier dans I'echelle meme du barometre de AU-DESSDS I)E LA 3IKR. 79 Mgr BilUel, ct en grande partie dans cello du baromo- tre de M. Raymond. Dans les calculs qui vonl suivre , il suffira done de tenir compte des differences Irouvdes ci-dessus , sans rien ajouter pour la capillarite. M. Raymond , dans son calcul de la hauteur de Charab6ry par les observations de Mgr Billiet , avail cru devoir y ajouter l*""" 4 pour celte correction , qu'il ignorait avoir ete d6ja faite dans I'echelle. II a ete ainsi conduit a une valeur Irop faible pour la hau- teur de Chambery au-dessus du niveau de la mer. 22. On pent maintenant calculer la hauteur de Chambery, soit par les observations de Mgr Billiet , soil par celles de M. Raymond. Commencons par les premieres. Le barometre do Mgr Billiet etait place pendant les observations dans la chambre qu'occupe M. le Supe- rieur du Seminaire , a 0"" 45 au-dessus de la fenetre , a 5™ 9 au-dessus du niveau du jardin sous la fenetre, et a 6™ 11 au-dessus du point que j'ai determine au N° 8 , et auquel se rapportent toutes les mesures pre- cedentes. Voici les observations barometriques et Ihermometriques que nous devons a Mgr Billiet. La moycnne barometrique de chaque ann6e est la moyenne des observations de 9 hcures du matin et de 3 heures du soir. La moyenne thermometrique est la moyenne des temperatures maximum et minimum de chaque jour. 80 ELEVATION DE CHAMBERY A>f>'Ki;S. MOYENNE BAROMKTRIQUe DES OBSERVATIONS de 9 houres du matin ct 3 h. du soir. TEMPERATCRO MOYEINNE, 1822 1825 1824 182.1 759"'"' 30.J 757 070 738 070 759 090 12° 75 ir IS 11° 10 \r 68 Moyennes. 738""" 384 H" 67 On ne peut oblenir la hauteur exacte de Cham- bdry par la comparaison de ces observations avec les observations faites a Geneve pendant les memes an- nees 1822-1825, parce qu'a cette epoque, les observations de Geneve avaient lieu au lever du soleil et a 2 heures apres midi, et que la hauteur barome- trique qui en r^sulte , difTere de la moyenne barome- trique des observations de 9 heures du matin et de 3 heures du soir d'une quautite que Ton ne connait pas. On ne pourrait non plus esperer une approxima- tion suftisante en employ ant la moyenne barometrique des observations faites k Geneve apres 1825, parce que la moyenne des 4 annees d'observations de Mgr Billiet ne comprend pas un temps assez long pour AU-DESSUS DE LA MER. 81 pouvoir etre regardee comme la moyenne baromelri- que de Chambery. Je me Lornerai done a comparer les observations de Mgr Billiet avec les observations correspondantes de Paris; pour cela, il faut 1" retrancher des hau- teurs barometriques de Chambery O^^OOO, pour I'exces du barometre Lerebours sur celui de Paris ; 2" leur ajouter 0""" 06 , pour ramener la moyenne des observations de 9 heures et 3 heures a la moyenne des observations de midi. Je suppose que la difference de ces 2 moyennes est a Chambery la meme qu'a Geneve , oil elle est de 0™°' 06. On pourra ainsi faire le calcul avec les observations de midi , et Ton arrivera a un r^sultat plus juste que si I'onle faisait avec les obser- vations de 9 heures et 3 heures , parce que c'est pour les observations de midi que le coefficient constant de la formiile qui sert au calcul des hauteurs , a et6 de- termine. Je supposerai de plus que la temperature de Cham- bery a midi I'emporte sur la temperature moyenne d'environ 2° 5 , et j'ajouterai en consequence 2° 5 aux temperatures donnees par Mgr Billiet. Toutes ces corrections sont faites dans le tableau qui suit. Apres avoir calcul(i la hauteur du barometre de Mgr Billiet au-dessus du barometre de I'observa- toire de Paris , j'ai ajoute a cette hauteur 65 metres pour la hauteur de I'observatoire de Paris au-dessus 6 82 ELKVAXrON DE CnAiUBERY (le la mer, et j'en ai relranchu 6'"01 , parce que la cuvede du barometre dc Mgr etait elevee de 6"" 01 au-dessus du sol du Seminaire. J'ai oblenu ainsi les hauteurs du sol du Semiuaire au-dessus de la mer qui sont coutenues dans la derniere colonne. ANNEES. BAROMETI Paris. tE A MIDI. chambery a 6 m. 01. TUERMOM Paris. . A MIDI. chambery IIACTECR calculce du sol du Seminaire au-des.su> de la mer. 1822 mm 737 /i72 mm 759 266 14'^ 90 13° 25 VI 26a 07 1823 75'* 969 737 051 15° 20 15° 65 261 40 1824 75o 730 758 031 15° 79 15° 60 258 89 182S 757 679 759 051 14° 69 14° 18 269 27 Moyen. 736 467 758 543 ilfl'S 14°17 263 66 La hauteur de Chambery au-dessus de la mer qui vient d'etre oblenue par le calcul des observations de Mgr Billiet , ne differe pas de deux decimetres de celle que nous avons trouvee par les deux methodes precedentes ; cette coiQcidence remarquable prouve evidemment qu'il ne s'est pas glisse d'erreur sensible dans les r^sullats auxquels nous sommes arrives dans les deux premiers calculs. : I AU-DESSUS DE LA MER. 83 23. La hauteur barometrique obtenue parMgrBil- liet par quatre annees d'observalions, peut nous fournir une valeur tres-approchee de la naoyenne baromelrique de Chambery : en effet , la moyenne barometrique de Paris pendant ces quatre annees a ete 756""" 467. EUe surpasse de O"""* 381 la moyenne barometrique de Paris qui r^sulte des observations des 23 annees 1816-1838, moyenne qui est 756'"'"086. On peut supposer, sans trop d'erreur, que la moyenne baro- metrique obtenue a Chambery pendant les 4 annees 1822-1825 ale raeme exces sur la moyenne barome- trique de cette ville; on peut done admettre que celle-ci 6gale a tres-peu pres 738""'" 345 — O""™ 381 ^ 737"°™ 964, nombre peu different du nombre 738™™ 093 , que nous avons trouv6 par un precede analogue dans le N" 14. Leur moyenne est 738™™ 03. 24. M. Raymond avait plac§ son barometre, pour faire ses observations , a cote dune des fenetres de sa maison , qui s'ouvrent sur la rue de Nezin ; la cuvette 6tait a 3™ 65 au-dessus dusol de la rue. D'apres un nivellement fait par M. Tournier, architecte , elle etait a 6™ 33 au-dessus du point du sol du grand S^minaire dont nous cherchons la hauteur. Trois mesures barom^triques m'ont donn6 pour cette meme hauteur les nombres 7™ 2 1 , ... 5™ 45 , ... 6™ 40 , dont la moyenne est 6™ 35. On peut done ad- mettre que la cuvette du barometre do M. Raymond 84 ELEVATION DE CHAMBERY etait a tres-peu pres elevee de 6™ 34 au-dessus du sol du grand Seminaire. M. Raymond observait ie baroraetre a midi ; il d^duisait la temperature moyenne de I'annee en faisant la moyenne des maximum et des minimum de chaque jour. Les observations qui sont contenues dans le tableau suivant , sont extraites des manuscrits de M. Raymond. BAROIUETRE TEMPERATURE ANNEES. A MIDI. MOYENNE. 1826 758""" 55 11° 74 1827 756 96 10° 96 1828 758 00 9" 65 1829 756 56 9° 89 1850 757 65 10° 59 1851 756 93 10° 95 1852 758 77 10° 66 1855 757 55 10° 60 Nous ajouterons d'abord O™"" 40 aux moyennes baromelriques ; c'est , comme on I'a vu au N" 21 , la quantite dont le barometre de M. Raymond etait inferieur a celui de Paris. Pour avoir la temperature de midi , nous supposerons , comme dans le N° 22, AU-DESSUS DE LA MER. 85 que la temperature de midi est , a Chamb^ry , plus elevde de 2'^ 5 que la temperature moyenue , et nous ajouterons ces 2° 5 aux temperatures moyennes ob- servees par M. Raymond. Nous pourrons comparer successivement les obser- vations ainsi reduites avec les observations simulta- nees de Geneve et de Paris. Le tableau du N° 11 contieni celles de Geneve toutes corrigees. Voici les 6l6ments du calcul par les observations de Cbambery et de Geneve, et les resultats que Ton en deduit. BAROMETRE A MIDI. THERMOM . A MIDI. HACTEUR calculee ANNIES. chambery Geneve. de I'observat. de Geneve au-dessus du Seminaire, chambery.* Geneve.** 1826 mm 758 73 mm 726 69 14° 24 12° 04 144" SO 1827 737 36 72S 26 13°46 12°40 145 59 1828 738 40 726 33 12MS 12° 82 144 57 1829 736 76 724 SO 12° 39 10° 56 147 26 1830 738 OS 72S 89 12" 89 ir58 145 49 1831 737 3S 725 29 13° 43 12° 33 144 86 1832 739 17 727 IS 13°16 12° 07 143 91 1853 737 93 723 85 15° 10 12° 56 144 93 Moyen. 737 97 725 87 15°10 12° 02 143 12 • A Bm itres 34 au-dess us du sol du S Bminairc. .— *• A lObsc vatoirc. 86 ELEVATION UE CUAMBERY La hauteur moyenne de I'observatoire de Geneve au- dessus du sol du Seminaire serait egale a 145™ 12. En retranchant ce nombre de 407°* 66 , hauteur de I'observatoire au-dessus de la mer, il resterait 262°* 54 pour la hauteur de Chambery au-dessus de la mer. Le resultat des observations de I'annee 1829 s'6- carte de la moyenne d'une quantite trop grande. Si on le rejette , on trouvera , par la moyenne des 7 autres annees, 144°* 81 pour la hauteur de Geneve au- dessus de Chambery, et 262™ 85 pour la hauteur de Chambery au-dessus de la mer. 25. Le tableau qui suit presente la comparaison des observations de M. Raymond avec les observa- tions correspondantes de Paris. La hauteur relative des deux barometres de Chambery et de Paris est donnee immediatement par le ealcul; si Ton en retranche 6™ 34 pour la hauteur du barometre de M. Raymond au-dessus du sol du grand Seminaire de Chambery , et qu'on y ajoute 65 metres pour la hauteur de Paris au-dessus de la mer, on obtient les nomhres contenus dans la derniere colonne pour la hauteur du sol du Seminaire au-dessus de la mer. AU-DESSITS DE LA MER. 87 BAROMETRE A MIDI. THERMO)] .A MIDI. HAUTEUR calcnlee AMNEKS. du Semlnaire de Chamber^ au-dessus de la mer. Paris. chamb ery.- Paris. chauibery mnt mm m 1826 757 27 758 75 14050 14° 24 267 86 1827 736 01 757 56 15° 59 15''46 268 88 1828 7S6 06 738 40 14"41 12°13 237 49 1829 7SS 15 756 76 H°77 12°59 264 88 1850 753 84 758 03 12°9l 12°89 258 74 1831 753 99 757 53 14''53 15°45 269 16 1832 757 53 759 17 15°79 1.5M6 265 43 1833 753 43 757 93 15"77 15°10 256 17 Moyen . 736 16 757 97 15°61 lo^lO 263 59 * A 6 metres 34 au-d essus du sol d a Semlnaire. La rao} enne de ces huit valeurs de la hauteur de ChamLery au-dessus de la mer est egale a 263™ 59. 20. On peut , commc oa I'a fait dans les N"* 14 ct 23 , chercher , au nioyen des observations de M. Raymond, quelle est la pression moyenne de ratniospherc a Chambery. La moyenne barometrique a Geneve , pendant les 8 annees 1826-1833 , est egale a 725""° 870. Celle- ci est infcrieure de 0"""239 a la moyenne des 13 an- nees 1826-1838, qui est 726'°'" 109 ; il faudrail 88 ELEVATION DE CHAMBERY done ajouler 0°'"239 a la moyenne obtenue par M. Raymond pendant les 8 annees 1826-1833 , pour avoir la hauteur barometrique raoyenne de Cham- bery; elle egalerait done 737«"°969 H- 0°» 239 ou 738mm 208. Si Ton voulait r6soudre ce probleme par comparai- son avee les observations de Paris , on Irouverait un resultat different ; car la moyenne des 8 annees 1826- 1833 a ete a Paris de 756'°'° 162 ; la moyenne de Paris pour les 23 annees 1 8 1 6-1 838 a ete 756°'°' 086 . La diff^renee est 0°'°'076, qu'il faudrait retran- cher des observations de M. Raymond. On trouverait ainsi , pour la hauteur barometrique de Chambery : 737mm 9(59 _ Qmm 076 = 737°'°' 893. La moyenne des deux resultats precedents est 738°"° 05. La pression moyenne de I'atmosphere a Chambery serait done : Par les 4 annees d'observations de Mgr BiUiet ( NO 23 ) 737°'°' 964 Par les 8 annees d'observations de M. Raymond 738°'°'050 Par les 15 mois d'observations que j'ai faites (N" 14.) 738°'°'093 Ces Irois nombres ne different pas sensiblement. On s'expose done a une erreur moindre de O"™ 1 en ad- mettant que la hauteur moyenne que marquerait un AD-DESSUS DE LA MER. 89 barometre 61eve d'environ 6 metres au-dessus du sol du grand S^minaire de Chambery, est 6gale a 738°"°. 27. On pent aussi , par le meme precede, se faire une idee assez exacte de la temperature moyenne de Chambery. En effet , la temperature moyenne de cette ville a ete , pendant les 12 annees 1822-1833, d'a- pres les bbservations de Mgr Billiet et de M. Ray- mond, egale a 10" 96. La temperature des memes annees a ete , a Geneve, de 9" 49. Celle-ci est inf^rieure seulement de 0°26 a la temperature moyenne observ6e a Geneve pendant les 44 annees 1796-1839 , pendant lesquelles elle s'est trouvee egale a 9° 75. On obtiendra done la temperature moyenne de Chambery en ajoutant 0° 26 a la temperature obser- vee dans cette ville pendant les ann6es 1822-1833 ; Ion Irouvera ainsi que la temperature moyenne de Chambery egale , a tr^s-peu pres , 1 1° 22. La temperature moyenne de Chambery est done superieure a celle de Geneve d'environ l°5. Elle L I'emporte aussi de 0''4 sur celle de Paris, qui est egale a 10° 8. 90 ELEVATION I)E CUAMBERV CONCLUSION. 28. L'elevation de Chambery au-dessus de la mer vient d'etre d^terminee par plusieurs precedes tout- a-fait Independants les uns des autres. On a obtenu successivement pour cette hauteur : !•* Par 15 mois d'observations choisies faites a Chambery , et les observations correspondantes de Geneve 263™ 82 2° En mesurant avec le barometre la hauteur relative de Chambery et de plu- sieurs points voisins de cette ville, dont l'e- levation au-dessus de la mer etait connue , 263™ 87 3° Par les 4 annees d'observations baro- metriques de Mgr BiUiet, comparees aux observations de Paris 263™ 66 4-'* Par les 8 annees d'observations ba- rom6triques de M. Raymond, comparees a celles de Paris 263™ 59 5" Enfin par les memos observations, comparees aux observations de Geneve. . 262™ 85 Les differences que Ton remarque entre ces resul- tats sont legeres, et Ton doit s'6tonner qu'elles ne soient pas plus grandes , lorsqu'ou fait attention en parliculier aux grandes difficullcs que Ton rencontre AU-DESSUS DE LA MER. 91 loujours dans la comparaison des instruments. La complication des moyens par lesquels j'ai pu decou- vrir les rapports des barometres qui ont servi aux observations de Mgr Billiet et de M. Raymond , avee les barometres de Paris et de Geneve, perraettrait quelque doute sur leur exactitude. Mais les divers resultats , par la coincidence presque pafaite qui existe entre eux, se pretent un mutuel appui. En prenant la moyenne des cinq resultats , la hauteur du sol du Seminaire de Chambery au-dessus de la mer, serail 263'° 56. Le cinquieme lui est inferieur de O™?!. Si on ne I'admet pas dans la moyenne , on trouvera par les qualre premiers , qui sont presque identiques , que la hauteur de Chambery au-dessus de la mer est , d une petite fraction de metre pres , egale a 263™ 74. HYPSOMETRIl BU DIOC£SE DE MAURIENNE SOIT DC BASSIN DE l'aHC DEPUIS MONTMELIAN JUSQUAU MONTCEMS Par MM. les Clian. J. BILLIET et GRAVIER. D'apres un m^moire que vient de publier M. I'abbe Chamousset , professeur de physique au grand Semi- naire de Chambery , la hauteur de Chambery ( sol du jardin du Seminaire) au-dessus de I'Ocean, est de 264™ 00 La hauteur de Saint-Jean-de-Maurienne au-dessus de Chambery est de 314"" 00 Ce qui porte la hauteur de Saint-Jean- de-Maurienne (sol de la cour de I'^veche ) au-dessus du niveau de la raer a . . . . 578"" 00 94 HVPSOMETRIE Ce point une fois determine a ensuite servi de terme de comparaison pour les autres localites du diocese de Maurienne comprises dans le tableau ci-apres. On y a ajout6 , a la fin , les hauteurs de quelques localites du bassin de I'lsere. Pour toutes les observations dont il est ici question , on s'est servi de deux barometres de Gay-Lussac con- struits parle sieur Barbanti, de Turin. On a eu soin de comparer non-seulement les deux barometres, mais encore leurs thermometres , ainsi que les thermo- metres libres, et de tenir compte de toutes les diffe- rences observees dans ces instruments. Les barometres de Gay-Lussac sont d'un transport assez facile ; ils n'ont pas besoin de correction pour la depression que produit la capillarite , parce qu'e- tant egale dans les deux branches , il y a compensa- tion ; mais ils sont aussi sujets a quelques inconv6- nients. Le mouvement du mercure ne s'y fait pas toujours avec assez de facihte , peut-etre parce que I'adhesion est plus grande dans le tube capillaire que dans les deux autres ; il est possible aussi que I'imperfection des soudures ne laisse pas toujours le passage d'un tube a I'autre parfaitement libre. Get inconvenient ne s'apergoitpas dans le barometre por- tatif; le mouvement qu'eprouve le mercure tandis qu'on met I'instrument en observation , suffit pourle detacher du verre , et lui faire prendre sa veritable 1)E LA MAURIENNE. 95 position. II n'en est pas de meme du baromeire fixe : le mcrciire y demeure souvent arrete en dessus ou en dessous de la ligne qu'il devrait occuper. II faut avoir soin, avant chaquc observation, de frapper un petit coup sur la raonture , pour agiter le mercure et de- truire I'effet de la capillarity. II est meme bon de I'incliner plus ou moins pour faire courir le mercure dans le tube , et de le laisser ensuite un moment' en repos , avant de noter sa hauteur ; on est sur alors qu'il se trouve dans une situation analogue a celle du barometre portatif. Le barometre de Gay-Lussac est encore sujet a un autre inconvenient plus grave : dans la branche la plus courte , le mercure se trouve en contact avec I'air atmospherique ; sa surface s'oxide insensiblement ; cet oxide forme dans I'interieur du tube une couche , qui en diminue peu a pen la transparence , et qui finit , en deux ou Irois ans , par rendre les observations impos- sibles , ou du moins tres-difficiles. Toutes les bauteurs ci-apres ont ete calculees d'a- pres les tables de Oltmanns , que Ton trouve dans I'Annuaire du Bureau des Longitudes. Les observa- tions du barometre fixe ont 6te faites a I'Eveche de Saint-Jean-de-Maurienne ; celles du barometre por- tatif ont ete faites par M. le chanoine Billiet, cbance- lier de I'Eveche de Saint-Jean-de-Maurienne , et par M. le chanoine Gravier, professeur de plulosophie et prefet du college de la meme vide. 96 HYPSOMETRIE TABLEAU HYPSOMfiTRIQUE DU DIOCESE DE MAURIENNE. C Au-deS5us de I'Ocean. ) Chambery (sol de la cour du Seminal re. ). metres 264 Montmelian (pont de I'lsere) 264 Montmelian (eglise) 282 Bourneuf (eglise) 282 Coise (hotel des Balances) 290 Betton (chapelle deThospice) 515 Villarleger (eglise) 316 Chamoux ( eglise ) 522 Aiguebelle ( eglise ) 32S Planese (eglise) 327 Malta verne (hotel de la Poste). . . . . ^ . 3S0 Betton-Bettonnet ( eglise ) 3S6 Epierre ( auberge du sieur Couchon ) 570 Chateau-Neuf ( eglise ) 386 Epierre ( eglise ) 420 Saint-Leger ( eglise )./ 422 Saint-Remi (eglise) 4S6 La Chapelle (eglise) 465 La Chamb re (eglise) 481 Sainte-Marie-de-Cuines ( eglise ) 481 Saint-Etienne-de-Cuines ( eglise ) 486 Pontamafrey ( eglise ) 509 Saint-Alban-d'Hurtieres (eglise) 528 Hermillon ( eglise ) 578 Saint-Jean-de-Maurienne (cour de I'eveche). . 578 Saint-Marlin-sur-la-Chambre (eglise) 592 I)E LA MAURIENNE. 97 Sainl-Gfiorges-d'Hurlieres ( eglise ) . . . metres 596 Villardgondran (eglise) 671 Chapelle de Bonnenouvelle (aii-dessus de Saint- Jean-de-Maurienne) 693 Saint-Miclicl (hotel de Londres) 722 Saint-3Iichel (eglise) 7S9 Saint-Martin-outre-Arc (eglise) 771 Chatel (eglise) 786 Saint-Martin-la-Porle (eglise) 801 Montvernier (eglise) 803 Le Bourget-de-r^/gi»i7/e (eglise) 838 Chatel (la Tour de^eVoW) 859 Le Pontet (eglise) 880 La Praz ( fonderie de M. Daymonaz ).../. 947 Orelle( eglise; 1003 Modane ( eglise ) 1078 Montgelafrey (eglise) 1081 Saint-Andre (eglise) H0'+ Saint -Colomban-des-Villards (eglise). . . . 1109 Avrieux (eglise) HIS Saint-Alban-des-Villards (eglise) 1121 Montaimont (eglise) llb'l Beaune (eglise) 1161 Bourget eji iJ/aunenne (eglise) 1165 Fontcouverte (eglise) . . 1196 Villarodin (eglise) 1204 Chapelle-de-Grenit ( pres de Mont-Denis ). . . 1209 Bonvillard-sur-Orelle (eglise) 1215 Montricher (eglise) 121S Petit-Cucheron (col) 1236 Bramans (eglise) 1236 7 98 HYPSOMKTRIE \ SoUieres (eglise) metres 1295 Termignon ( eglise ) ^296 Notre-Dame-du-Villard (eglise) 1524 Esseillon ( chapelle du fort Victor-Emmanuel ). . 1534 Montdenis (eglise) 1582 Albiez-le-Jeune (eglise) 138'+ Valloire (eglise) 1,587 Thyl (eglise) 1591 Montrond (eglise) 1392 Albiez-le-Jeune (croix du Pessanuet , au-dessus de Saint-Jean) 1455 Valmeinier ( eglise ) 1474 Modane (chapelle du Charmet) 1488 Lanslebourg (eglise) 1491 Aussois (eglise) 1498 Sardieres (eglise). . . • 1S16 Lanslevillard ( eglise ). . . . . . . . . lSi8 Saint-Sorlin-d'Arves (eglise) 1S19 Saint-Jean-d'Arves( eglise) 1S48 Montpascal (eglise) 15S5 Albiez-le-Aleux( eglise) 1S6S Albanne ( eglise ) . 1615 Albiez-le-Vieux ( village du Mollard) 1616 Albiez-le-Vieux ( col du Plan-de-la-Croix ). . . 1654 Valloire (col des Trois-Croix) 1656 Bonnenuit ( chapelle du village) 1701 Bessans(presbytere) 1727 Bessans (eglise) 1741 Passage de la Magdeleine (entre Lanslevillard et Bessans) 1768 Cold'Arves . . ^ 176^ DE LA MAURIF.NNK. 99 Bonncval (eglise) metres 1805 Monlcenis(laGrand'Croix) 1887 MontCenis ( I'hospioe ) 1940 Montcenis ( les Tavernettes ) 1964 Col de la Magdeleine, sur Montgelafrey (passage). 2023 Montcenis ( la Ilamasse ) point culminant. . . 2098 Chapelle de Notre-Dame-des-Neiges ( sur la route de Valmeinier au Thabor) 2190 Col du Galibier ( passage de Valloire a Briancon ). 2676 Chapelle du mont Thabor (au-dessus de Modaue et de Valmeinier) 5203 Sommet du mont Thabor (a la pyraraide). . . 3212 Hypsometrie de quelqiies points da bassin de I'Isere depuis Montmellan jusqu'aii Mont-Iseran. Montmelian ( pont sur ITsere) 264 Saint-Jeau-la-Porte ( maison Courtois ). . . . 520 Albert-Ville (pont sur I'Arly) 559 Moiitiers( place duMarche) 487 Moutiers (sol de la cour de I'Eveche ) 488 Aime (eglise) 711 Bourg-Saiut-Maurice ( eglise ) 831 Seez (eglise) au pied du Pelit-Saiiit-Bernard. . . 923 Doucy (eglise) 927 Les Chapelles ( eglise ). .' 1504 Petit-Saint-Bernard (hospice) 2172 Mont-Iseran (point culminant) 2^81 iV. B. — M. A. de Candolle , dans son Hypsometrie des environs de Geneve ( 1839 ) , a donne plusieurs dcs mesures dc ce tableau , qui lui avaicnt etc communiquees par M. Ic chanoine et chevalier Rendu. Toutes ces mesures, pour etre exactes aujourd'hui, doivent etrc augmenlees dc 2t metres. OBSERVATIONS FAITES SUR LA QUANTITE DE PLUIE TOMBfiE A CHAMBfiRY Depuis le commencement de 1839 jusqu'au mois d'aout 1812. Par IM. I'Abbc Chamonsset TKOFESSELR BE PHYSIQUE AU CRAMD 6E.«l>(Alr.E DE CEITE VILLE, J'ai expose , sur la fin do I*ann(5c 1838 , un pluvi- nielre dans le jardin du grand Seminaire. Depuis cede cpoque , j'ai note , tons les jours , avec soin , combien il etait tombe dc pluic ou de ncige pendant les 24 lieu- res. Ce sont les rt^sultats de ces observations qui sonl contcnus dans les tableaux suivants ; seulement, pour abreger , au lieu des quantites de pluie recueillies chaque jour , je nc donne ici que les sommes des quantites recueillies de 10 en 10 jours. J'ai fait les 102 OBSERVATIONS SUR LA PLUIE observations a midi ; c'est pourquoi , par la quanlite de pluie tombee du l*"^ au 11 , du 11 au 21,elc., il faut entendre la quantite de pluie tomb6e depuis le midi du 1*"^ jusqu'au midi du 11 , et ainsi de suite. J'ai toujours mesure la neige apres qu'elle a ete ramenee a I'etat liquide. I. — Pluie tonibce en 1S39. MOIS. DU 1«' AU 11 D0 11 AU 21 DU21 AU 1" DANS TOUT LE MOIS. mm mm mm mra Janvier )) )) )) 56 Fevricr )> »■ » 09 Mars 2o 41 00 3 126 3 Avril 50 5 26 5 57 Mai 33 5 28 54 93 3 Juin 80 1 21 3 5 102 4 Juillet Aout d2 28 3 53 73 3 Seplembre.. 02 98 3 45 3 204 Oclobre 24 8 13 47 INovembre. . 40 5 3 3 10 3 34 3 Decembre... io 70 21 HO II est tombe 981™™ de pluie pendant toute I'an- nee 1839. Je dois faire observer la lonffue secheresse I ^6' TOMBEE A CHAMBERY. 103 qui a suivi les grandes pluies de la fin de mai et du commencement de juin , ct qui s'est fait senlir jus- qu'au milieu d'aout ; depuis le 10 juin , il nest tombe que ST™"' 5 de pluie jusqu'au 16 aout , c'est-ii-dire pendant plus de deux mois d'ete. Seplembre ensuite a et6 remarquable par des pluies abondantes. II. — Plnic toiubce eu 1S40. MOIS. DUl"AC 11 DU 11 AU 21 DU 21 AU 1" DANS TOUT LE MOIS. Janvier mm 12 mm 28 mm 95 mm 155 S Fevrier 42 4 46 5 Mars 4 4 Avril 3 4 5 7 5 Mai..., 52 5 75 5 4 5 132 5 Juin 28 5 10 2 5 13 43 5 78 5 74 5 101 5 Juillet Aout 5 48 5 53 96 id 5 41 72 5 185 5 Seplembre. . Octobre M 122 155 Novembre .. 71 5 165 5 29 5 266 5 Dccembre... 1 1 La quanlile de pluic ; tombee en 1840 s'eleve a 1160""" 5. 104 OBSERVATIONS SUR LA PLUIE Le mois de decembre de I'annee precedenle avait donn6 des pluies conllnuelles ; il ne cessa de pleuvoir pendant tout le mois de Janvier et le commencement de fevrier. A ces longues pluies succeda une s6che- resse plus longue encore ; car , depuis le 8 fevrier jusqu'au 5 mai , pendant pres de trois mois , il ne tomba que 15°"° 5 de pluie. Cette secberesse fut ter- minee et reparee par les pluies abondantes du mois de mai : c'est un nouvel exemple qui prouve que les epoques de grandes pluies sont assez ordinairement suivies par des epoques de secberesse, et vice versa. Aussi le mois de decembre, qui , dans la meme an- nee , a ete extremement sec , a-t-il ete precede de trois mois de pluies extraordinaires , qui ont produit de grands d^sastres a Lyon et sur les bords de la Saone et du Rbone. Le 29 octobre , M. Poulin, Recteur du Trembley, observa le phenomene singulier d'une pluie trouble et fortement color^e en rouge-brun. II recevait de I'eau d'un toil ; il fut d'autant plus surpris de ne pas la trouver lirapide et pure , qu'il pleuvait depuis plu- sieurs jours , et que les toils devaient etre parfaite- ment laves. II disposa done loin des toits un vase tres-propre , qui ne pouvait recueillir que I'eau qui descendait directement du ciel : cette eau fut trouvee encore aussi trouble et aussi coloree que la premiere fois. M. Ic cbevalier G. De Morand me fit parvenir TOMBEE A CUAMBERY.' 105 une fiolc pleioe do cette eau , en m'invilanl a I'exami- ner. M. Poulin m'en adressa , de son c6t6 , une nou- velle quanlite. Je la filtrai d'abord. N'ayant pas le loisir de faire immediatenient I'analyse du depot , je pliai le filtre et je posai un livre dessus. Lorsque en- suite j'ouvris le filtre, je remarquai que ce depot avait produit , sous la pression du livre , une espece de tissu ou de papier grossier , et qu'il etait compose de filaments tres-fins et entrelaces ; quelques-uns de ces filaments avaient plusieurs ligues de longueur; ils etaient rouge-brun a leur surface exterieure , mais ils etaient d'un blanc sale a I'interieur. Je fis eusuite distiller une tres-faible partie de ce depot dans une petite cornue de verre , fabriquee a la lampe avec un tube d'un petit diametre; il se degagea, sous Taction de la chaleur, une vapeur blanche et nuageuse , qui etait probablement de I'acide acetique , une huile empyreumatique , reconnaissable a son odeur pene- trante, et du goudron, qui se deposa dans la partie froide du tube ; il resta au fond de la cornue un peu de charbon. Cos produits sont les raemes que Ton obtient lorsqu'on distille de la sciure de bois , ou une poussiere provenant de debris vegetaux. J'ai cru pouvoir conclure de ces experiences que la matiere rougeatre qui troublait la transparence de I'eau de pluie , etait une substance de nature vegelalc , salie par de la poussiere ; les vents qui entrclcnaient 106 OBSERVATIONS SUR LA PLUIE depuis long-temps les pluies dont nous elions alors inondes, I'avaient probablement jetee dans les airs et apporlee de contrees peut-etre lres-eloign6es. III. — PInie tombee eu 1841. MOIS. DU 1"AU It DC 11 AU 21 DU21 AUl*-' DA^S TOUT LE MOIS. Janvier Fevrier.... Mars Avril Mai Juin Juillet Aoiit Septembre. Octobre.... JNovembre . Decembre.. mm 25 '»3 5 18 70 i6 5 18 41 S 25 )) » so 50 5 7 5 5 25 15 5 36 5 24 » 70 78 mm 1 5 M 52 5 25 14 5 91 5 22 20 )) )) 108 5 mm 75 105 58 96 54 125 100 69 120 199 178 5 174 5 II est tombe pendant I'annee 1841, 1354«"» de pluie. Cette quantite est extraordinaireraent grandc pour notre pays : les pluies ont 6te presque conlinuel- les pendant I'annee. TOMBEE A CHAMBERY. 107 IV. — Pliiic tombdc cn 1842. MOIS. DU 1"AU 11 DU 11 AU22 DU 22AU1<^' TOTAUX. Janvier mm 11 mm 10 5 mm 'JO mm 67 5 Fevrier 10 10 Mars 25 5 51 25 5 102 Avril 12 16 Ik 42 Mai 18 15 17 50 Jtiin )) » 41 5 Juillet 11 51 5 74 156 5 Aoul 18 La premiere moitie de celle annee est beaucoup molns pluvieuse que les ann^es precedentes; peut- etre faut-il I'attribuer aux pluies excessives de la der- niere moifi6 de 1841. REMARQUES. Quoique mes observations ne comprennent qu'un Ires-petit nombre d'annees , on pent , en les compa- rantavec les observations de Geneve , en tirer quelques conclusions inleressantes. J'ai mis en regard , dans le tableau suivanl, les quantit^s de pluie tombees a Cbambcry et a Geneve pendant les 3 annecs 1839- 1841. 108 OBSERVATIONS SUR LA PLUIE Les 6 prcm. moU Les 6 dern. mois Dans toule I'ann Juiu ... Juillet. Aout... Septcinl Octobrc Novemb Decemb Janvier Fevrier Mars... Avril .. Mai . . o (A a o 7. O -5 -: X ■ • • ' • • ■ raco.a,---'---- O +!• ■(=■ CO «5 00 — 05 C5 3 © © o — kS .-- ►»- >*-Oi:4=-© s a 53 • CO OI CO O! OI 00 C3 to *:• — 0_l ^ODOsoi -^ OI -^ OS CO © OS © o-s O b© -^ 3 ©O100O6'*-O1^S©tS^ >^ "^ >»- >^ O OI CO — i|S- — OI 5 © © © ^^o^so5©^^^o-B^os©<^ ■P- CO O © O © OS *:■ O CO OS OS 3 3 o-s o-s ©©©©©©©©©© a > s 00 4i- l<0 CO <=■ OS KS OI ^ -ts- OI 3 ^ kO ^ H^ OS©IO©CO^©— ^lOtO^-p-COCi-JOC 3 3 '*-OOt>04S-00>»-X4=-00©OOOS ii B ►^ C5 *:• C5 O O OS CO O -^ O O^ r^^ »^» »£i» lii.- OCltOCi ^1C5©0 OS C5^CO OS C5 C5 O tS GO © +!• OI tS OI InS 5 3 fcc OS OI 00 OI O! OS © o-s 00 o-s bS n a >■ « J3 B H O W -'4 o w © O OI OI O OI -vj CO CO 3 kO Cl C5 p^ »^ k^- ^^ Ml — 4i- 00 OS ^ O CO OI ^s- OS 42" OI OI o OS cj H- ta o ^ to o CO 5 05©©©'p'^'^c;©>^H-^ K TOMBKE A CIIAMBERV. 109 La seule inspection de ce (ableaii mou(re, 1" Qu'en general iltonibe , dans loule I'annee, uno phisgrande quanlitede pluie aChamb^ry qu'a Geneve. Cet exces a el6 de 96"»'° 1 en 1839 , de 191">"'5 en 1810, et de 96""" 3 en 1841 : c'est, en moyennc, 128"" de plus par annee. 2" Que , soil a Chambery , soil a Geneve , la quau- tile de pluie tombee dans les six derniers mois de I'annee est beaucoup plus considerable que celle qui est tombee dans les six premiers ; les qualre derniers mois surtout sont generaleraent tres-pluvieux. Ce pbenomene est plus sensible encore a Geneve qu'a Chambery; car, dans notre ville , !a pluie tombee dans la premiere moili6 de I'annee est environ les | de la pluie tombee dans la deuxieme , landis qu'a Geneve elle en est a peine la |. Aussi , la quantite de pluie recueillie a Geneve dans les 6 derniers mois , est a peu pres egale a celle qui est recueillie en meme temps a Cbambery, tandis qu'il y a une tres-grande diffe- rence dans les quantites de pluie recues dans les premiers mois. II est tres-rare, pendant les 8 premiers mois, que la quantite de pluie qui tombe pendant un mois a Geneve, soit plus grande que celle qui tombe en meme temps a Chambery ; elle est meme ordinaire- ment beaucoup plus petite , et c'est la, sans doute, ce qui donne a la vegetation de nos campagncs une supe- riority marquee sur la vegetation des environs dc 110 OBSERVATIONS SUR LA PLUIE Geneve. Pendant les quatre mois de Janvier, fevrier, mars et avril , il pleut beaucoup plus a Chambery qu'a Geneve ; cet exces diminue pendant les quatre mois suivants ; enfin , dans les quatre derniers mois de I'annee , au contraire , il arrive le plus souvent que les pluies mensuelles sont plus considerables a Geneve qu'a Chambery. On le voit clairement dans le tableau suivant , qui montre en outre que les quan- lites de pluie tombee vont en augmentant depuis le commencement de I'annee jusqu'a la fin. 1839-1841. CHAMBERY. GENJIVE. DIFFERENCES. Janvier , fevrier , mars, avril 272mm 186"™ 9 H- 8S""" 1 Mai , juin , juillet , aout 53S 5 279 8 + 55 5 Septembre, octobre, novemb. , decern. S57 8 570 5 - 12 7 Trois annees ne suffisent pas pour faire connaitre la quantite moyenne de pluie qui tombe par annee dans un pays. La moyenne des trois dernieres annees, qui est 1165"™!, est beaucoup plus forte que la moyenne que Ton obtiendrait si Ton avait fait de plus longues observations. En effet , la moyenne des trois dernieres annees a ete pour Geneve de 1037'"°' 2 ; elle est sup6rieure de 234'""' 3 a la moyenne des 16 annees TOMBKE A OH AMBER Y. 1 1 I t826-18il, qui a ete pour cetlc merae ville egale a 802""" 9. On peut, a raison de la proximit«i des deux villes, supposer que la moyenne de ces trois annees , a Chambery, I'emporte aussi a peu pres de 234 mill, sur la moyenne qui resulterait des 16 annees d'obser- vations ; celle-ci serait done pour Chambery egale a peu pres a 930 millim. , ou 34 pouc. 4, 7 lign, De plus , si Ton compare les quantites de pluie torn- bee a Geneve pendant chacune des annees 1839 , 1840, 1841, avec les quantites de pluie tomb^e aussi a Geneve pendant les 13 annees precedentes , on observe que I'annee 1839 figure parmiles annees les plus pluvieuses de ces 13 annees, et que , dans aucune de celles-ci , il n'a plu autant qu'en 1840 et en 1841; il en sera de meme pour Chambery. Ces deux annees sont done , sous ce rapport , des annees exceptionnelles , et Ton est en droit d admettre que la plus grande quantity de pluie qui puisse tomber a Chambery dans une ann6e , ne depassera pres- que jamais 1300 a 1400 millimetres, ou environ 50 pouces. L'annee 1832 est pour Geneve la moins pluvieuse des 16 annees 1826-1841. Elle n'a donne que 525™'" 4 de pluie : c'est 278 millimetres de moins que la moyenne. Si Ton retranche ce meme nombre de 931 millimetres , moyenne des pluies annuellcs de Chambt^ry, on en condura que, dans cede ville, la 112 PLUIE TOMBEE A CHAMBERY. limile inferieure des pliiies annuelles ne pourra guere s'abaisser au-dessous de 650 millimetres , ou environ 24 polices. Enfin, en examinant le tableau des quautites de pliiie recueillie chaque jour a Chambery depuis le commencement de 1839 , il m'a ete aise de reconnai- tre que ce qu'on appelle ordinairement une pluie tres- abondante , n'est qu'une pluie de 20 a 30 millimetres, et que les pluies de 40 a 50 millimetres se rencontrent a peine une ou deux fois dans I'annee. lETTRE M. L ABBE CONSTANCE GAZZERA SECRET.VinE DE 1,'aCADEJIIE ROYALE DES SCIENCES DE TUKIS ET MEMBRE CORRESPDND.VM DE LA SOCIETE A M. i"* MEMBRE DE L'liSTITOT DE FMICE StTi I.A FAt'SSE IMERPKETATION D'UNE INSCRIPTION ROMAINE Decouverle en Valachie. Monsieur , Le souvenir de voire passage a Turin ne s'effacera pas plus de ma memoire que les choses interessantes qui ont fait le sujet de nos entretiens. II me souvient , Monsieur, que , parmi les connaissances qui ont I'an- tiquite pour objet et qui vous sont si familieres , vous placez au premier rang I'epigraphie , parce qu'elle 8 1 14 INSCRIPTION ROMAINE rend les plus grands services a I'archeologie , et qu'elle en est , pour ainsi dire , lame. Vos opinions , Monsieur, que je me trouve heureux de partager, me sont reve- nues dans I'esprit en lisant un article publie dans VEcho du Monde savant ( N° 4978 du 7 et du 1 1 de- cembre 1839 ). Get article avail pour titre : Antiqui- ies decouvertes en Valachie. Est-il possible , disais-je en moi-meme apres I'avoir lu , que , dans une des villes les plus savanles , qui se vante d'etre le centre du savoir europeen, et qui ren- ferme dans son sein MM. Letrone , Raoul-Rocbette , Dureau de la Malle , Hase , Lebas, etc., et dans une feuille qui porte le titre fastueux d'Echo du Monde savant , on ait pu interpreter d'une maniere si incor- recte et si defectueuse un des monuments les plus pre- cieux de I'antiquite , et en donner une traduction francaise si pitoyable , et , pardonnez-moi I'expression, si ridicule ! Venons au fait. II s'agit. Monsieur, de ces tableKes d'airain sur lesquelles , comme vous le savez , on gra- vait au burin I'extrait des diplomes militaires par les- quels les Erapereurs romains , dans des occasions donnees, accordaient aux individus qui avaient fait parlie des corps , soit a pied , soit a cheval , et apres un certain norabre d'annees de service militaire, un honorable conge (honcstamissio), accompagn6 de cer- tains privileges , qui y sont toujours 6nuraeres. Le DECOUVERTE EN VALACHIE. 115 cong6 dont ilest parl6 dans VEcho du Monde savant , a ele decouvert en Valacbie ; il est de I'Empereur Adrien , de qui on en connaissait deja cinq autres. Celui dont il s'agit a 6te d6livr6 a un soldat de la cava- lerie auxiliaire , appelee Vexillalio , parce quelle ne faisait point partie des legions. Les formules propres a ce genre de monuments, d'apreslesouvragesde Marini, Vernazzaet Cardinali, sont si simples et tellement fixes et determinees, qu'il n'est plus possible de se meprendre , pour peu qu'on soit vers6 dans I'etude de I'epigraphie ancienne. Com- ment done excuser les fautes etranges qui se sont glissees dans la publication du texte du diplome que fait connaitre YEcJio ? On aimerait pouvoir les altri- buer a I'impression , si elle n'avaient pas toutes pass6 dans la traduction francaise, sans qu'on se soit apercu le moins du raonde des incroyables b6vues dont elle ^tait parsemee. II ne faut que jeter un coup d'oeil sur Tune et sur I'autre pour reconnaitre a rinstantl'incon- cevable galimatias qui en est results. D'abord la phrase equilibus el peditibus qui mililave- runt in ala , etc., qui se trouve dans tons ies monu- ments de cette espece , et par laquelle sont indiques les corps a pied ou a cheval sur qui s'etend la grace imp^riale , cette phrase est changee par le non sens de cquilis el pediiis qui milita Verinalw et vexillione ; et ce qui n'aurait sembl^ qu'une simple faulc d'ecrilure, 8* 1 16 INSCRIPTION ROMAINE vient recevoir la sanction du Iraducteur francais : — d plusteurs Vertilenois soldats reformes III — et ces Vertilenois sont deschavaliers illyriens, espagnols, nuraides , etc. Les mots quints et vicenis pluribusve stipendis emertlis , qui renferment la condition indis- pensable pour jouir du privilege de I'honorable demis- sion du service militaire , celle d'avoir servi pendant I'espace de 25 ans au moins , ces mots sont rapportes ainsi: quint, et vincent. pluribus vestilendis, et, passant dans la langue francaise, sont metamorphoses en deux nouveaux noms de PlaiUius Ccvsianus , c'est-a-dire Quintilius et Vincentius. II faut dire cependant que le pluribus vestilendis ont sans doute paru de mots trop etranges pour etre traduits , et on les a sautes a pieds joints. Outre cela, lenombre III des cohorles indique dans le texte, et celui de IIII donnc par la traduction, ne sauraient etre exacts ni dans I'un ni dans I'autre ; car evidemment les cohorles nommees sont au nom- bre de cinq, savoir: I prima Jlispanorum , II prima Hispanorum veleranorum. III secunda Flavia Numi- darum , IV secunda Flavia Bessorum , V terlia Gallo- rum , si cependant il ne s'est pas glisse quelque faute dans la transcription. Les mots: pourvu cependant que cene soit que pour une seulc fois, ne rendent pas exactement le sens de la phrase : dumtaxat singuli singulas , laquelle signifie quo la grace n'etait faite qu'aux soldats eta leurs fern- DliCODVEUTE KNVALACinH. 117 mes , ou a celles qii'ils prendraient par la suite, s'ils n'elaient pas encore maries , ainsi qu'aux eufants qui ^taient deja n6s ou naitraient de celles-ci, mais jamais aux feinmes ni aux enfants d'un second mariage ; et ceci est si vrai , qu'on le trouve clairement exprim6 dans d'aulres diplomes: cum singulis et primis uxori- biis ut etiain si peregrini juris fwminas in matrimonio suo junxerint proinde liberos lollant ac si ex duobus civibus romanis natos. Privilege immense , ainsi que je I'ai fait voir dans ma Notizia di alcuni nuovidiplomi imperiali di congedo mililare, page 17. Lesoldat veteran Eupator, fils d'Eumene de Sebas- topol , et ses quatre fds , sont changes par le Iraduc- teur en chefs de la cavalerie auxiliaire d'lllyrie tine de la Grece ; et Eupator, Eumene, Thrason et Philopator, fils d'Eupator, deviennent fils d'Eumene et freres de leur pere. L'indication de I'emplacement ou le monument ori- ginal etait place a Rome in muro post templum Divi Augusli ad Minervam , est traduite de la maniere sui- vante : dans la muraiUe derriere le temple consacri par le divin Augusle a Mincrve; traduction ridicule, s'il en fut jamais , en ce que le temple , qui , dans le lexte , serait consacrii a Augusta, templum Divi Augusti , aurait 616, selon le traducteur, eleve par Augusle lui-meme, et cela aprcs sa mort et lorsqu'il avail deja etd honore do rapotlieosc , Divus. Enfin, Ics 7 indivi- 118 INSCRIPTION ROMAINE dus temoignant la conformity de la copie avec I'origi- nal, sont doubles pa? ie traducteur et trausform^s en ces soldats memes auxquels le conge honorable avail 6le accorde, etc. Convenez, Monsieur, qu'on ne sau- rait accumuler plus de bevues en si peu d'espace. Mais voici, du reste, le texle de VEcho, celui que j'ai restitue , et la traduction francaise qui en a el6 publi6e. TEXTE DE L'ECHO. Imp. Caesar. Divi Traiani Parlhici F. Divi Nervae nepos. Traianus Hadrianus Aug. Pontif. Max. Trib, potest XIII cos. III PP. Equitis et Peditis qui milita verinalae et vexil- lione equit. illyricor. et coh. Ill quae appellant I hispanor. et I hispanor. veteran, et 11 flav. numidar. et II Flav. Bessor et 111 gallor. et sunt in Dacia inferiore sub Plautio caesiano quint, et vicent. pluribus vestilendis emeritis demissis honesta missione quorum nomina subscripta sunt ipsis liberis posteris quae eorum civitatem dedit et connubium cum uxoribus quas tunc habuissent cum est ci vitas iis data aut siqui caelibes essent cum iis quas postea duxissent dumtaxat at singuli singulas. A. D. XI K april. Diuventio celso II q. iuiio balbo cos. Vexillatio equitum illyricor. Ex Greciaie Evpatori Eumeni e sebastopol et evpatori f. eius et evpa- tori f, eius et evraeno f. eius et thrasoni fil. eius et phi- lopatrae fil. eius. DECOUVERTE EN VALACHIE. 119 Deriptum et recognitum ex tabula aenea quae fixa est Rotnae in muro post templuni divi Aug. ad Miner vaui. TRADUCTION DE L'ECHO. L'empereur Cesar, fils du divin Trajan le Parthe, petit- fils du divin INerva, Trajan Adrien Auguste, grand pon- tife, tribun pour la XIII* fois, consul pour la Iir, pere de la patrie. A donne a plusieurs Vertilenois , soldats reformes en- voyes en conge honorable (honesta missione), dont les noms sont inscrits ci-dessous, et appartenantaux corps de cavalerie et d'infanterie composes de la cavalerieauxiliaire d'lllyrie et de quatre cohortes , qui se nomment : I" des Espagnols ou les veterans espagnols , 2'' Flaviana des Numides, 3* Flaviana des Besseres , et 'i* des Gaulois , les- quelles se trouvent maintenant dans la Dacie inferieure, sous le commandeinent de Plautius, Caesiantis, Quintilius et Ficentius, le droit de cite, ainsi qu'a leurs enfants, et meme a leurs descendants, ainsi que le droit de contrac- ter le manage legitime ( connubium ) avec les femmes qu'ils ont jusqu'a present. Outre que le droit de cite leur est donne, si quelques-uns d'entre eux etaient celibataires, ils pourraient jouir du droit d'union legitime (connubium) avec les femmes qu'ils pourraient epouser par la suite , pourvu cependant que ce ne soit que pour une fois seu- lement. Donne le Xr jour apres les calendes d'avril , sous le consulat de Piuventius Celsus, consul pour la 2' fois, et de Julius Balbus. 120 INSCRIPTION ROMAINE Les chefs de la cavalerie auxiliaire d'lllyrie tiree de la Grece, Eupalor, Eumene de Sebastopol et ses fils Eupator, Euraene, Thrason et Philopator. Extrait et revu d'apres la table d'airain qui est fixee a Rome dans la muraille derriere le temple consacre parle divin Auguste a Minerve. A la suite de celte inscriptioa , se trouvent ecrits les noms suivants, qui designent les individusadmisau conge honorable (missio honesta) : L. Vibi. — Q. Lolli. — L. Pulli. — L. Equiti. — L. Pulli. — Ti. Claudi. — C. Veltieni. — Vibiani. — Fesli. — Daphni. — Gemeni. — Anthi. — Meandr. — Hermetis. TEXTE RESTITUfi. Imp. Caesar DiviTraiani F. Divi Nervae nepos Traianus Adrianus Aug. Pontif. Max. Trib. potest XII Cos III PP, equitibus et peditibus qui militarunt in ala et vexillatione equit. lUyricor. et coH. V quae appellantur 1 Ilispanor. et 1 Hispanor. veteran, et 2 Flav. Numidar. et 2 Flav. Bes- sor. et 5 Gallor. et sunt in Dacia inferiore sub Plautio Cae- siano quinis et vicenis pluribusve stipendiis emeritis dimissis honesta missione quorum nomina subscripta sunt ipsis liberis posterisque eorura ciuitatem dedit et connu- bium cum uxoribus quas tunc habuissent cum est civitas eis data aut si qui caelibes essent cum iis quas postea du- xissent dumtaxat singuli singulas. A. D. XI. K. april D. Ivventio Celso II. Q. lulio Balbo cos. Vexillatio Equit. lUyricor. Ex Graecia DECOUVERTE EN VALACHIE. 121 Eupatori Eumeni e Sebastopol, et Eupatori f. eius, et Eumeni f. eius, et Thrasoni fil. eius, et Philopatori til. eius. Descriptum et recognitum ex tabula aenea quae fixa est Romae in muro post templum Divi Aug. ad Miuervam. L. Vibi Vibiani. Q. Lolli Festi. L. Pvlli Daphi. L. Equili Gemini. L. Pvlli Anlhi. Tib. Claudi Menandii. C. Veltieni Hermelis. 11 est aise de voir en premier lieu , Monsieur, que Tribunici'a poleslate XIII du texte de VEcho doil etre change en XII. En effet, ce fut le jour meme de la mort de Trajan , arriv^e le 10 aoiit 117 de I'ere vul- gaire, que, par les soins de rimperatrice Plauline, ^ Adrien fut proclam6 successeur a I'enipire ; et c'est de ce jour meme qu'on doit commencer a compter le pouvoir tribunicien de I'empereur Adrien, pouvoir qui , tons les ans , se renouvelait le meme jour. Ainsi , le 22 mars (XI Kal. april.) de I'annee 129 , sous le consulat de P. Juventius Celsus et uon Piuventius de la traduction , et de Quintus Julius Balbus , a laquelle doit se rapporter notre diplome , courait le XII et non le XIII tribunal d'Adrien, ce dernier ne devant com- mencer qu'au 10 aout suivanl. Et ici , il n'est nulle- 122 INSCRIPTION ROMAINE ment question de dire que le renouvellement du pou- voir tribunicien se fit, non pas le jour anniversaire de I'assomption d'Adrien a I'empire, raais en Janvier de I'anuee suivante , et en comptant pour le premier tribunal la fraction du temps ecoule entre sa procla- mation et le commencement de I'annee suivante , d'oii se comptaient ensuite les autres tribunals. Dans cette derniere supposition , le chitfre XIII irait a merveille. Mais cette methode de compter le tribunal ne se voit adoptee que du temps del'empereur Septime-Severe , et le premier exemple qui nous soit connu dans ce genre de monuments , se voit dans le diplome militaire de I'empereur Alexandre-Severe public par le che- valier Avellino ( Opuscoli ^ vol. 3, pag. 183, seg. Napoli, 1836 , 8° ). A ce diplome , date du 7 Janvier (A. D. VJIID.janv.) et du consulat L. Virii Agri- coloe et Sexti Call Clementini, 230 de notre ere , est jointe la IX acclamation tribunicienne. Or, si celle-ci se flit renouvelee a I'anniversaire de I'epoque de Tel^- vation a I'empire d'Alexandre-Severe , elle n'aurait du commencer que le 21 mars de la meme annee , 6poque de la mort d'Eliogabale , arrivee ce meme jour, Ian 222. Mais au temps dont nous parlons , ce systeme n'a- vait point encore pr6valu. Nous avons, en effet, 6 autres diplomes militaires de I'empereur Adrien , et , dans tous , sans distinction , on suit la maniere an- DECOUVERTE EN VALACfllE. 123 cienne de renouveler le tribunal le jour anniversaire de I'elevalion a I'empire. Que si le pouvoir tribunicien eut 6te conf6r6 avant , ainsi que cela s'est praliqu6 quelquefois , et surtout lorsque le successeur presume de I'empereur 6tait declare Cesar avec pouvoir tribu- nicien , alors e'etait ce jour-la meme que celui-ci se renouvelait. Nous connaissons deux concessions d'honorable conge du service militaire de I'empereur Adrien, tou- tes les deux appartenant a cetle ann^e 129 et dans le seul inlervalle d'un mois a peu pres I'une de I'autre , du 18 f^vrier au 22 mars , sans que nous sachions quel est I'ev^nement qui pent y avoir donne lieu. En effet, riiistoire ne nous revele pour cette annee aucun motif de rejouissance publique , de victoire eclatante , dre traite de paix ou de triomphe qui ait pu por- ter I'empereur a distribuer le Congiarmm a I'armee et au peuple , et a donner aux corps militaires qui en avaientle droit I'bonorable demission. Les medailles sur lesquelles ces liberalites successives etaient mar- quees Liberalitas Augusti I. II . Ill, etc. , ne nous en indiquent aucune pour I'annee 129 , et I'histoire se tait sur les autres 6v6nements. Si Ton ne veut done y voir un motif d'^conomie a I'effet de soulager le tre- sor, il faudra I'attribuer alors au simple usage , ou , du moins , et c'est mon opinion , les attribuer aux bonueurs divins accord6s cette annee meme a I'impe- 124 INSCRIPTION ROMAINE ratrice Plaatine , de qui Adrien tenait I'empire, et qu'il loua lui-raeme pro roslris. Peul-etre pourrait-on dire encore que ce fut a roccasion de ce que le Senat decerna I'honneur de I'apoth^ose au bien-aime de I'empereur , Antinous , mort I'an precedent , en Egypte. Les consuls P. Juventins Celsus et Quintus Julius Balbus, sous lesquels le diplome a ete signe , etaient coiinus , soit par I'autre diplome du 18 fevrier de la meme ann6e , soit par les Pastes et le Digeste. Celsus 6tait d6ja un jurisconsulte celebre au temps de Tem- pereur Trajan , et un des trois consulaires qui, avec Salvius JuUanus et Neratius Marcellus, etaient admis aux conseils et a la familiarite de I'empereur Adrien. Dans ces deux diplomes, Celsus est dit consul pour la seconde fois , quoique les Pastes ne fassent point men- lion de son premier consulat. Ces trois conseillers prives et famlliers de I'empe- reur Trajan Salvius JuUanus, Neratius Marcellus et Juventius Celsus etant nommes consulaires , il est evi- dent que notre Celsus avait d6ja 6te promu au consu- lat sous Trajan lui-meme, quoique I'annee de son premier consulat soit incertaine: dans tons les cas, il n'aura pas ete consul ordinaire, mais seulement sm/"- fectus, puisque les fastesne le nomment pas. D'ailleurs on doit bien se garder de confondre notre P. Juven- tius Celsus avec L. Publilius Celsus, dont le nom est DECODVERTE EN VALACHIE. 125 registre dans les fastes , et qui a et6 consul pour la deuxieme fois en 166, puisque ce sont deuxperson- nages diff^renls. On ne doit pas s'etonner, au reste, de ce que ce premier consulat de noire Celsus ne nous a pas ete conserve , car les fastes, dans les dernieres aunees de Trajan, pour ce qui regarde les consuls subslilues [suffecli] , sont si confus et inexacts, qu'on ne pent assigner avec quelque certitude I'ann^e pre- cise a laquelle ce premier consulat de Celsus doit etre rapporte. Heinecius [Exercit. XIII , vol. 1, pag. 470) croit que Celsus peut avoir 6te consul stiffectus dans un des nundini de I'annee 98 , dans lequel il de- vait avoir accompli I'age present de 40 ans , et oil , par la mort de Nerva , Trajan resta seul au con- sulat , dont il ne tarda pas a se demelfre. Quoi qu'il en soil , les marbres et les bronzes sont una- nimes a les noramer P. Juvenlim Celsus et Quintus Julius Balbus. Les fastographes et les anliquaires , s'etant laisse embarrasser par un Marcellus ct par un Marcellinus qui s'y trouverent joints dans quelques manuscrits, s'empresserent a donner pour coUegue a Juvenlius Celsus soil un Marcellinus, soit Neratius Marcellus , a I'exclusion de son veritable coUegue Quintus Julius Balbus. Un Marcellin, en effet , doit avoir occupe le siege curule dans un des nundini de rann6el29, et Caius Neratius Marcellus, dans un 126 INSCRIPTION ROMAINE autre de cetle meme ann6e 129, et avoir ainsi suec6de a Celsus. II n'y avail done point lieu de recourir au compromis du Cardinal Noris , qui , pour concilier toutes les opinions , imagina d'affubler d'un nouveau nom le consul Balbus , qu'il appela Quintus Julius Balbus Marcellus. Get arrangement fut recu au grand contentement de tons les savants , qui s'en montrerent satisfaits, quoiqu'il fut contraire au temoignage de rhistoire , du Digeste et des marbres. II ne faudra done plus s'etonner, apres cela , si le traducteur de notre diplome, ne sachant que faire des mots Quint. et Vincent. , qui , dans le texte du diplome public par VEcho, suivaient le nom de tribun Plautius Cwsianus, si ce traducteur , dis-je , dressa aussi son compromis , et s'en d6barrassa en gralifiant Plautius Cwsianus des deux autres noms Quinlilius et Vincentius. Je ne m'arreterai pas sur la meprise , quoiqu'un peu forte , de notre traducteur , concernant la date du mois et du jour de la concession imperiale ; car il n'y a pas d'ecolier qui ne sacbeque ante diem- XI Kalendas aprilis doit etre rendu par le onzieme jour avant les Calendes d'avril ( 22 mars ) , et non par le XP jour apres les Calendes ( 11 avril). Dans tous les diplomes militaires connus, le nom du soldat veteran en faveur duquel les tablettes ont et6 exp^diees, est loujours inscrit apres celui des consuls, avec ses titres , sa patrie , le corps militaire auquel il DECOUVERTE EN VALACHIE. 127 appartenait , et le nombre de ses fils , s'il en avail a cetle epoque. Dans notre diplorae, le soldat congedie s'appelait Eupalor, fls d'Eiimene, de Si'baslopol en Grece ; il appartenait a la Vextllatto des cavaliers illy- riens , et il avait quatre fils , Eiipator, Eumene , Thra- son et Philopator. C'est done sans raison qu'on s'est avise de placer ici les chefs de la cavalerie auxiliaire d'lllyrie, qui n'etant nomm6s nuUe part dans le di- plome , n'ont rien a faire ici , el que Eumene de St^bas- topol , Eiimeni pere d'Eupator, a ete rang6 au nombre des pretendus cbefs , tandis que le nom d'Eumene n'est plac(i au genitif que pour indiquer qu'il 6tait pere d'Eupator, comme si Ton avait ecrit : Eiipatori Eumeni fUo. De cette erreur en d6coule une autre aussi etrange , en ce que le traducteur, comme un magicien avec son coup de baguette , change les fils d'Eupator en fils d'Eumene , leur grand-pere. Le traducteur francais , une fois mis sur la voie des decouvertes , apres avoir change le soldat veteran , son pere et ses fils en chefs de la cavalerie d'lllyrie , devait bien irouver encore les noms de ceux au profit desquclsles tablettes avaient ete ecrites ; et voila que , sans hesiter, il les decouvre dans les 7 lemoins qui ont signe pour constater la conformity de la copie avec I'original. Pour que rien ne manque au comple- ment de ses belles decouvertes, il ne s'arrete pas la : le nombre de 7 ne lui paraissant pas suffisant , de sa 128 INSCRIPTION ROMAINE propre autorit^, il le double et le porte a 14. Ne croyez pas , Monsieur, que je vous fasse un conte a plaisir ; la chose est reelle , et voici comment elle a eu lieu : les noms des temoins sur les tablettes sont ecrits en double colonne et de maniere a laisser un espace vide entre eux , or, notre antiquaire-traducteur com- menca par ecrire les noms contenus dans la premiere colonne , e'est-a-dire les prenoms et les noms , en les faisant suivre par leurs surnoms (cognomina), qui formaient la seconde colonne , de sorte que , a la place des 7 noms , il en resulta les 14 suivants : L. Vibi, Q. Lolli , L. Pvlli , L. Equiti, L. Pvlli, Tib. Claudi , C. Vellieni, Vibiani , Fesli , Daphni , Gemini, Anthi, Menandri, Hermetis, dont les 7 premiers sont compo- ses du prenom et du nom , et les 7 derniers du seul surnom. Voici, du reste, comment ils devaient etre Merits sur la tablette exterieure : L. Vibi Vibiani. Q. Lolli Festi. L. Pvlli Daphni. L. Equiti Gemini. L. Pvlli Anthi. Tib. Claudi Menandri C. Vettieni Hermetis. II est bien vrai que les archeologues qui , les pre- miers, avaient eu a s'occuper de ces monuments. DECOUVERTE EN VALACHIE. 129 furent d'avis que ces noms etaient ceux des soldals graci6s. Mais apres les Iravaux des Academicieus de Naples , de Morcelli , d'Amaduzzi et de Marini , il n'y eut plus qu'une seule opinion la-dessus , et il fut reconnu que c'elaient les noms des 7 temoins dont les lois romaines exigeaient la presence pour la legali- sation de lout acte public. Aussi , ces noras ne se trouvent point Merits au dedans des tablettes, ainsi que cela devrait etre si e'etaient ceux des congedies, mais sur la parlie exterieure , en dehors de I'acte meme , et Merits de maniere a laisser un espace vide entre le nom et le surnom de cliacun d'eux. C'est dans cet espace vide que chaque temoin placait son sceau, et , sous les sceaux , venaient aboutir les cordons de lin ou les fils de metal que Ton faisait passer par les trous ronds qu'on voit pratiques aux exlremites des tablet- tes. C'est avee ces cordons qu'on fermait les tablettes de maniere a garanlir I'^criture inl6rieure, et sans qu'on flit oblig6 de les ouvrir pour prendre connais- sance du contenu , repete en entier sur la parlie exte- rieure du livret. II faut , en outre , remarquer que ces noms sont tous Merits au genilif , ce qui ne saurait s'expliquer s'ils appartenaient aux soldats congedies ; mais ici on doit sous-entendre le mot Signum , Signum Lucii Vibii Vibiani , etc. D'apres les lois romaines, pour etre admis a temoigner juridiquement dans les acles publics, il fallait etre homme libre et jouir du 9 130 INSCRIPTION' ROMAINE droit de cite. C'cst pour ccla que , d.ins tous ces diplo- mes, on voit les 7 temoins faire parade de leurs trois noms , propres aux Ingeous, et qui , dans les plus anciens , sont presque toujours accompagnes du nom de la tribu a laquelle chacun etait inscrit, par Gxerap. , Tib. Claudi Quirina Fidini , dans le premier de Galba, etc. Nous avons raeme un de ces actes de la 2™^ annee de Vespasien , oii , parmi les temoins , on voit Ggurer deux chevaliers romains et deux decurions. Des six diplomes de conge militaire qui nous restent de I'em- pereur Adrien , qualre seulement ont conserve les noms des tiimoins , et, chose remarquable , quclques- uns de ceux qui se Irouvent signes au has de notre diplome , se voient d6ja inscrits dans les trois autres : ainsi, dans celui du 11 octobre 127, nous avons les noms de Q. Lolli Fcsii , L. Pulli Daphni . Tib. Claudi Menandri, dans I'autre du 19 fevrier 129, on voit ceux de Tib. Claudi Menandri ei C . Vetlieni Ilermelis , etceuxde L. Pulli Daphi , C. Veltieni Itermc'is et Tib. Claudi Menandri dans celui du 16 septembre 134, et, qui plus est, le nom de ce dernier se trouve deja sign6 au diplome du 19 Janvier 104 de I'empereur Trajan, ce qui donne un espace de 30 ans enlre Tunj et I'autre. Cette repetition des memes noms dans des! diplomes dilT^rents et de dates assez eloignecs , nous prouve, 1° que ces noms ne sauraient etre ceux des i DECOUVERTE EN VALACIJIE. 13t soldats cong^dies , qui ne peuvent I'elre plusieurs fois ; 2" que les leraoins etaient le plus souvent clioisis entre ]es personnes employees dans le bureau d'expedition de ces exlraits : ces personnes , ainsi que cela se fait encore aujourd'hui , efaient ordinairement des vete- rans attaches au service de I'etablissement, et, a defaut de ceux-ci , on les choisissait parmi les citoyens 6tablis aux alentours du lieu oil le bureau etait place. De cette maniere s'expliquent naliirellement toutes ces repetitions des memes noms elleur origine etrangere, cboses qui avaient tant embarrasse les archeologues. Ainsi, parmi les temoins du diplome de Claude, le plus ancien qui nous soil reste , 6 sont de Durazzo (Dyrrachim) , et le 7™", de Thessalonique. Dans le premier de Galba, 5 sont Sardiens, et dans le 2™® du meme empereur, 4 sont Antiochiens, un autre, d'Apamee , etc. Quoi qu'il en soit , et malgrd les fautes aussi evi- dentes que nombreuses dont fourmillent le texte et la traduction de cet important monument de I'antiquit^, on ne doit pas raoins etre reconnaissant a VEcho de sa publication. La science y gagne toujours quelque chose ; les fastes imp^riaux d'abord , et les consulaires ensuite, en sont accrus ou corrig^s; on apprend a mieux connaitre I'arm^e romaine aux differentes epo- ques de Terapirc, son organisation , les corps dont elle etait compos^e , les nations qui, en qualite d'auxiliai- 132 INSCRIPTION ROMAINE. res, lui envoyaient leurs nombreux conlingents , et qui , coDcourant a en accroitre le nombre , finirent par former eux seuls toute la force mililaire et s'eraparer de I'empire. Enfin , il n'y a pas jusqu'a la paleogra- phie ancienne qui ne puisse y gagner quelque chose. Voila la raison, Monsieur, pour laquelle , sans craindre de vous derober un temps precieux que vous savez si bien employer au profit des bonnes etudes, et de Tantiquite en particulier, je me suis permis de vous adresser cettelongue 6pitre, que votre amour de la science et votre bonne amitie pour moi vous feront accueillir avec la bienveillance qui vous est ordinaire. Agreez , Monsieur, I'assurance de la sincere estime et de la parfaite consideration avec laquelle j'ai I'hon- neur d'etre , Monsieur , / Constance GAZZERA, Secretaire de TAcademie. I i RAPPORT SK M. LE CHEVALIER DE JUGE SUR LE POEME ADISSE A LA SOCIETE POUR LE CONCOURS DE 1842 (1). Messieurs , Lors du dernier concours pour le prix de po^sie , Vmdustrie, qui en etait le sujet, avail fait vibrer toutes les lyres de notre patrie, et de nombreux concurrents s'etaient presenles pour oblenir I'bonneur de vos suf- frages. Malgre la beaule do son site , malgr6 la richesse de ses souvenirs , Haulecombe n'a pas eu le (I) La commission se composait de M. le President, du Secretaire perpetuel ct de M. Ic chevalier de Jiige. 134 RAPPORT meme bonheur , et ud seul auleur est venu vous ap- porler le tribut des vers que lui a inspires cet antique monument. D'oii a pu venircelte notable difference, et pourquoi cette lacune soudaine dans les rangs de uos poetes? Enfants d'un siecle industriel, n'auraient- ils des cbants que pour celebrer les merveilles des arts? Et serait-il vrai que , meme au milieu de nos poeliques vallees , la bruyante usine ait desormais remplace le melodieux Parnasse , et que le wagon rapide ait ecrase a jamais le cheval aiie d'Apollon ? A Dieu ne plaise que je veuille me plaindre des hommages rendus a I'industrie , a cette muse des temps modernes , Qui , n'arborant jamais de sanglantes bannieres , Se plait au sein du bruit des fourneaux, des chaudieres, Et reine au bras nerveux , domptant le fer et I'eau , A pour sceptre une roue, et pour trone un ballot. Mais , si je ne me trompe , c'est surtout dans nos montagnes , si voisines du ciel , que I'homme ne vit pas seulement de pain. II ne pent s'y absorber tout entier et toujours dans les douceurs du present ; il a besoin parfois de remonter le passe ou de s'elaucer vers I'avenir , et alors il aime a rencontrer sur sa route deux muses bien connues de la Savoie , la Pa- trie et la Religion. Si done , Messieurs , nos poetes n'ont pas repondu SUR LE PRIX. DE POliSIE. 135 cette ann6e a I'appel de rAcademie , gardons-nous de les accuser. Non , ils n'ont pu rester froids devant cette magniGque abbaye que nous envie I'etranger. Plusieurs , j'en suis sur , out murmure des vers sur ce beau lac qui baigne le rocher oil s'eieve I'imposant edifice. Mais , avouons-le de bonne foi , le sujet etait difficile , le chemin etait varie , I'horizon etait im- mense. II fallait unir la barpe de Solyme au clairon des combats ; il fallait gemir sur d'illustres tombeaux ou chanter au pied de majeslueux autels. Ne nous etonnons done pas qu'en face de lant d'exigences , des poemes soient restes incomplets , et croyons que la modestie a garde captifs des vers qui auraient rap- pele des noms dont notre pays s'honore. Maintenant que nous savons pourquoi la lice poe- tique est restee vide cette fois de concurrents, nous allons vous parler du raanuscrit que vous avez soumis a notre examen. Notre jugement sera tel que vous I'exigez en pareil cas , consciencieux et severe. Gar- dienne des saines doctrines en tout genre, I'Academie ne doit ni flatter I'amour-proprc , ni se courber de- vant I'opinion du moment. Pour que son action soil forte et durable, il faut qu'cUe s'appuie sur les regies du goiit et de la verity. L'autcur a intitule son ouvrage Station poi'ttqiie a Hautccombe . Ce tilre n'a pas (5t6, comme tant d'autres, choisi au hasard et pour produire de reffet. Le poetc 13G RAPPORT I'a trouve dans son coeur, que la douleur a visile ; il est venu a Hautecombe , comme un oiseau las des orages , se reposer des fatigues d'une vie agitde. Le poeme , divise en deux parlies , est compose en stances varices, d'un nombre indetermin6, et dont un chiffre romain indique la suspension et le repos. Graces a ces haltes menag6es avec art , le lecteur pent , sans lassitude et sans ennui , parcourir une composition de longue haleine , oil I'imagination se livrant a tous ses caprices , s'est plu , sans transition prononcee , a passer d'une idee a I'autre. A son debut , le poete est sur les bords du lac du Bourget. II adresse a un batelier des stances pleines d'une suave harmonie , et qu'on pent meme lire apres une Meditation deLamartine. Les voici : Connais-tu , gondolier , cette cote adoree Oil I'amandier fleurit sous la neige au printemps ; Oil le saule, pareil a la vierge eplor^e, Baigne aux flots bleus du lac ses long rameaux flottants ? Compagnon, la soiree est belle, L'oiseau chante dans les halliers ; Laisse deriver ta nacelle Le long de ces verts peupliers. Connais-tu cette rive ou le lis des vallees Exhale au fond des bois ses parfiims dans les airs ; Oil la vierge des monts, dans les nuits etoilees , Au bras de son amant suit les sentiers deserts ? SUR LE PRIX DE POESIE. 137 La fauvette et la tourlerelle Peuplent ces bords hospitallers ; Laisse deriver ta nacelle Le long de ces verts peupliers. Connais-tu la montagne ou le grand aigle liabite , Ou la cascade en pleurs tombe du rocher nu , Oii Ton entend , la nuit , la voix du cenobite Monter dans les ecLos vers un monde inconnu ? L'airain tinte dans la tourelle Sur les tombeaux des chevaliers ; Laisse deriver ta nacelle Le long de ces verts peupliers. Connais-tu la chapelle ou la foi de nos peres A sculpte dans le marbre un peuple de heros ; Ou les rois humblement a genoux sur les pierres, Interrogeaient la mort aux murmures des Hots ? Regarde : une lampe fidele Veille toujours sous les piliers ; Laisse deriver ta nacelle Le long de ces verts peupliers. Connais-tu.... ? Mais la nuit monte avec les etoiles, Le lac semble pleurer le beau jour qui n'est plus , Le pecheur a plie ses fllets et ses voiles , La cloche du couvent a sonne I'angelus. Laisse en paix la rarae fidele , L'oiseau se tait dans les halliers, Et viens amarrer la nacelle Au pied de ces verts peupliers. 138 KAPPORT 11 faut le (lire , eomme poesie ce morceau peut braver la critique la plus minutieuse ; comme topo- graphic , il manque peut-etre de quelques traits carac- leristiques d'Hautecombe. Sa baie gracieuse , son phare elegant , et surtout sa fontaine des merveilles , auraient merite une de ces strophes qui torabent de la plume du poete comme des gouttes de rosee sur les fleurs. Descendu sur le rivage , I'auteur est aupres des murs de ce toit solitaire Pose comme un nid d'aigle au penchant du rocher, et il se demande , au bruit des flots qui battent I'an- tique tourelle , ce que sont venus chercher les botes mysterieux qui peuplent cette profonde solitude : lis sont venus au pied de la croix solitaire Deposer devant Dieu leur fardeau de misere. lis se sont retires des fetes des humains ; lis ont vu I'avenir dans un lointain sublime : Entr'eux et I'univers ils ont mis un abime, Et derriere leurs murs coupe tons les cbemins. Ces vers sont de bonne facture et admirablement penses. C'est bieu la le cloitre avec ses saintes tris- j tesses et ses celestes esperances , avec son silence, inspirateur et son infranchissable seuil. Les six vers qui suivent nous ont paru ne pas rendre avec aulant de bonbeur la pensee de I'auteur : SUR LE PKIX DH POESIE. 139 Par des sen tiers perdus, par la route suivie , lis sont venus des bords extremes de la vie ; Ceux-ci du desespoir, et ceux-la de I'ainour, De la joie et des pleurs , du calme et du delire, Du trune et de I'autel , du glaive et de la lyre, Koire au raerae calice et vivre au meme jour. Oii ne sail f rop comment on peut venir de la joie , des pleurs et surtout da glaive et de la lyre. Le dernier vers est un pen recherche et ne presente pas une image netle et prononcee ; car , si Ton s'altache au sens des mots , il n'est rien d'etonnant que tous les moines se servent du meme calice et profilent du meme jour. 11 ne fallait pas arriver de si loin pour faire une chose si simple et si facile a prevoir. Continuous. Que veulent-ils. Seigneur, ces hommes de mystere, Fiers pelerins qui n'ont pas assez de la terre ? Cherehent-ils le senlier qui mene jusqu'a toi ? Titans audacieux, pour ravir le ciel meme , lis entassent les monts dans la lutte supreme , Le rocher de I'amour sur celui de la foi. Nous ne querellerons pas le poete sur I'h^mistiche du second vers , Fiers pelerins qui n'ont pas assez de la terra; la pensee qu'il renferme est trop belle pour no pas pardonner a la faute de versification. Mais nous crai- 140 RAPPORT gnons que le lecleur ne puisse , comme le Titan , remuer ces rochers que I'auteur jetle un peu brusque- ment sur ses pas. Jusqu'a present on avail donn6 des ailes a lamour et a la foi. II faudra quelque temps pour s'habituer a les entasser comme des montagnes pour atteindre le ciel. Apres quelques strophes peut-etre inutiles sur les motifs qui ont pousse dans le cloitre les liommes qui I'habitent , I'auteur s'adresse a ceux que le plaisir seul occupe ici-bas , et faisant un relour sur lui-meme , il expose ses souffrances, et se jette dans le sein de Dieu, comme un naufrage dans le port : Oh! vous pouvez passer pres de cette demeure, Sans que votre ceil se mouille et que votre ame pleura , Vous qui posez en bas la tente du bonheur , Qui n'etes pas monies sur la clrae premiere D'oii Ton voit I'infini poindre dans la lumiere , Passez, passez plus loin, 6 vous!— Mais moi Seigneur...? Passez sans trouble au sein , sans larme a la paupiere , Vous qui n'avez jamais pleure sur une pierre, Heritage funebre ou saigne voire cceur , Vous lous que I'avenir a ses feles convie , Vous qui ne savez pas ce que c'est que la vie , Passez , passez encore, 6 vous ! — Mais moi, Seigneur, Mais moi qui t'ai cherche jusqu'au sein de Torage , Moi qui t'ai vu passer derriere le nuage , SUR LE PRIX DE POESIE. 141 Moi qui t'ai conjure par la crainte et I'amour , Par le cri de mon coeur, par toute la nature, Trompe par la science et sa haute imposture ; Car elle n'est qu'une ombre , et ton Verbe est le jour ! Moi dont le ccEur rompu dans sa forte esperance Ne sait rien d'ici-bas, excepte la souffrance , Moi qui fus convie par la seule douleur , Dont les pieds ont saigne sur les chemins du globe , Dont la ronce sauvage a dechire la robe , Pelerin sans foyer.... — Mais moi , mais moi , Seigneur ! Ah ! comment passerai-je aupres de ta demeure Sans que mon coeur se trouble et que raon ame pleure ? N'es-tu pas mon dcsir, mon tourment et ma foi ? Tous ceux que j'ai perdus dans ma tristesse amere , Mes freres et mes socurs et mon pere et ma mere, O mon dernier espoir, ne sont-ils pas en toi ? Ah ! chantez ! ah ! pleurez I'hymne des funerailles , ' Le plus sombre qui soit sorti de nos entrailles ; Je m'unis a vos chants , freres de ma douleur ! Dans la raeme prison nous secouons nos chalnes, Et Ton ne trouve pas dans les langues humaines Un mot qui sonde a fond noire puits de malheur. II est difficile de ne pas etre emu en lisant cettc peinture que fait le poele des tortures qui ont decliir^ sa vie. Je sais bien que de nos jours des (icrivains se sont plu , pour outrager Dieu et insuller la soci^te , a se poser de gailti de cceur comme des victimes d(i- 142 RAPPORT vouees a la fa(alite et a I'infortune ; mais si leiirs plaintes ne sont que le vain bruit dun echo men- Jeur , ici , au contraire , la douleur a un ton de verite qui saisit ; on sent que le malheur a passe par la , et le pilerin sans foyer a qui .... le monde a tout pris dans son rude voyage , est siir d'obtenir une larrae pour ses maux. Cependant nous engageons I'auteur a ne pas tou- jours compter sur nos pleurs. Une plainte eternelle nous lasse , et souvent nous avons trop de nos pro- pres miseres pour prendre une part bien active a celles d'autrui. Qui le croirait? le malheur a son orgueil ; nous ne pouvons permettre que quelqu'un soit plus infortune que nous. L'entree du poete dans le cloitre est dramatique. Un moine I'interroge et lui demande ce qu'il veut ; il repond : la patx ; car il vient de bien loin , de la morl ; et qu'apporte-t-il pour payer son hospitality ? Le seal debris qui reste echappe du naufrage. Quel est-il ? V amour. A ce mot, des voix se font entendre dans le monas- tere ; le voyageur mele ses chants au chceur des ce- nobites , et pour voler vers ce Dieu dont tout celebre SOR LE PRIX DE POKSIE. 1 l^ la bonle et la puissance , une voix liii conseille de prendre L'hirondelle do I'esperance Et le vautour du repenlir. Tout ce passage du manuscrit renferme des beaules qui seront appreciees par les gens du metier ; mais les lecteurs ordinaires qui veulent passer dune idee a une autre sans fatigue et comrae conduits par la main, laisseront peut-etre le poetc se perdre seul dans les hauteurs de la pensee, oil il ne marche que par bonds, a la maniere du daim de nos montagnes. Quant aux deux vers que nous avons cites, nous adop- tons rimage que le premier presente. L'hirondelle de I'esperance a quelque chose de hardi et de gracieux qui eveille I'imaginalion et I'eraporte bien loin de la terre ; mais le vautour ne convient qu'au remords , et le remords ne ressemble en rien au repentir. Celui qui se repent est rentre en grace aupres de sou Dieu , et s'il se souvient de ses fautes , ce n'est que pour y puiser un nouvel elan vers le bien ; car , vous le savez aussi bien que nous, ^ Dieu fit du repentir la vertu des mortals. Apres un dialogue anime , oil un c6nobi(e et le voyageur plancnt dans le sein de la metaphysique la 144 RAPPORT plus transcendante , oil Ton trouve ces vers beaux de pensee et de slyle : Mais il est un fruit d'or, une onde salulaire Pour exalter la vie a rimmortalite : Ce fruit d'or, c'est I'ainour; cette eau , la charite. le poele penetre dans la chapelle oil repose la cen- dre des morts, et la, saisi dune soudaine terreur, et frappe de I'ecueil oil viennent se briser toutes les gloires bumalnes , il fait vibrer sa lyre de maniere a la rompre , et en tire des accords dignes d'etre repet^s par I'ecbo des tombeaux. Ecoutez : Et franchissant le saint portique, D'un pas lent et silencieux, J'entrai dans la chapelle antique Oii dort la cendre des aieux. Aux murs deserts du sanctuaire, Des bords de I'urne funeraire Tombait une pale lueur ! La mort veillait avec la lampe , Et seul , je sentis sur ma tempe Passer une froide sueur.... El voila done oii vient la gloire ! Et voila done oii nous venons ! All neant seul est la victoire , Et la mort a conquis nos noras ! SUU LE PRIX DE POESIE. 145 Ainsi , passez , 6 tributaires ! Humbles vassaux, grands feudataires, Allez, passez , voici le port ; Moissonneurs aux vastes domaines , Glaneurs des miseres humaines , Porlez vos gerbes a la mort. Passez , 6 races condamnees ! C'est la le suzerain jaloux Qui prend les fruits de vos journees , Et pour qui voiis moissonnez tons ! Travaillez done , ardents poetes ! Conquerants allez aux conquetes, O rois : plantez vos pavilions , Voyagez au loin , hirondelles , Sautez, sautez , 6 sauterelles! Agitez-vous dans vos sillons ! ' lei , le faucheur redoutable Prend I'epi vert et I'epi miir ; C'est le creancier intraitable , C'est le chasseur dont I'arc est sur. C'est le prince de la victoire ; II regne sur le promontoire Ou va sombrer I'humanite , Et son epee inassouvie Garde les porles de la vie Et le seuil de reternite. Nous n'hcsitons pas a Ic proclaracr : les meilleurs poetes pourraicnt envier ces pages , qui sembient 10 146 RAPPORT delach^es du livre d'Ez6chiel. Deux vers seuls ont eveill6 des doules dans noire esprit ; I'auteur nous pardonnera de les lui communiquer. Le vrai talent est de bonne composition el ne se fache jamais contre la critique; il a tant de quoi la faire taire. Voici ces vers : Sautez , saulez , 6 saulerelles ! Agitez-vous dans vos sillons. En faisant cet appel a I'insecte des champs , I'au- teur, on le voit , a voulu faire comprendre que devant la mort les grands de la lerre ne sont que faiblesse et neant. La pensee est vraie , la comparaison est juste ; mais cette image des saulerelles ne va pas au milieu des cercueils ; clle vous jetle brusquement hors de la sphere des sombres idees dans laquelle vous roulez : c'est, lorsque le tonnerre gronde, faire entendre le son d'un chalumeau. Nous voici arrives a la seconde parlie du poeme , intitulee Les Tombeaux. Jusqu'ici I'abbaye d'Haule- combe a peut-elre ele trop effacee par la personne de I'auteur ; mais les cercueils , ce sont les veritables richesses du cloitre , et il est difficile de penser a soi devant les grands noras inscrits sur les pierres qui couvrent ces glorieux s6pulcres. Avant de quitter les funebres caveaux ou il a eu de si etranges visions , le poete rappelle le cenobite et lui demande : . it SUR LE PRIX DE POESIE. 147 Dans ces marbres glaces Rois, guerriers, demi-dieux, quels liommes sont passes? Comment ils sont venus dorniir au monaslere , Quels grands noras les nommait chez les fils de la lerre; A quel fleuve ils ont bu le celeste pardon , Sur quel aulel pose le glaive ou le bourdon ? Dis-moi ce qu'ils etaient, et, comme leur epee, Dans quel pur element leur ame fut Irempee, Et pourquoi les enfanls de la patrie , en pleurs , Viennent prier ici les mains pleines de fleurs ? Toutes ces questions sont Lien naturelles en face des lorabeaux de nos princes , et vous pensez que le cicerone des raorls va se hater de satisfaire a voire pressanle curiosite. Mais les poetes ont de bizarres caprices : leur catechisme n'est pas compose de de- mandes et de reponses. Aussi , bien loin de faire de suite I'histoire des preux qui reposent dans Tenceinte sacree , Le moine s'appuyant au marbre tumulaire , Releva lentement sa tele seculaire ; Je ne sais quel frisson crispa ses cbeveux blancs, Et vers les cieux , emu , levant ses bras tremblants . — Mon Dieu , tu confondras la race de I'impie , Car son forfait n'a pas de larme qui I'expie ; Pour tromper la justice ct pour balir sa tour , Dans tes jours etcrnels le tyran n'a qu'un jour. 148 RAPPORT €e debut est grand ; il ouvre devant vous iinc pers- pective immense. C'est une vaste arene oil le conque- rant va s'elever sur des monceaux de cadavres , et tomber ensuite cbarge dopprobres et de maledictions entre les mains d'un Dieu vengeur. II faut lire en entier dans le poeme ce morceau inspire par une chaleureuse indignation , et qui sans doute , dans la pensee du poete , a ete place la comrae I'ombre au tableau touchant qu'il allail faire du regne de nos rois. Ici cependant nous nous permettrons encore de donner un avertissement a I'auteur. Parmi les images qu'il a jetees a profusion pour flelrir les oppresseurs du raonde , il en est quelques-unes qui , prises trop bas , sont repoussantes dans leur hideuse nudite. Nous n'aimons pas ce glaive aiix flancs des nations , Les saignant au baqiiet des revolutions. Ne croit-on pas lire les affreux details d'un assas- sinat trop fameux ? Nous repudions aussi ces vers : Lasse de vaincre el de proslitucr , II s'arrete (le tijran) , il n'a plus un soul homme a tuer. Le mot tuer est trop cru ; cela sent presque I'abat- toir. SUR LE PRIX DE POESIE. 149 Que le poete y prenne done garde qu'il nous laisse a la fenelre et ne nous place pas dans la rue , les pieds dans la boue et quelquefois dans le sang. Ce genre n'est malheureusemcnt que trop employ^ de nos jours , et notre auleur est assez riche de son propre fonds pour ne pas y joindre un alliage impur. Ecoutons-le en elTet dans la peinture qu'il trace des vertus et des hauts-faits de nos princes : le style est toujours a la hauteur de la pensee , et chaque vers trempe au feu des Muses , cliarme le coBur en plaisant a I'esprit. Gloire k ces rois-pasteurs , aimes de la justice ! Que leur long souvenir dans les temps retentisse, Qu'un cantique d'amourle porte jusqu'aux cieux , Qu'on n'en parle jamais que des pleurs dans les yeux! Que le bien qu'ils ont fait benisse leur memoirel lis ont seme I'amour, qu'ils recueillent la gloire ; Non pas ce cri du sang, triomplie sans honneur , Mais cette gloire on luit retoiie du bonlieur ! Voici les conquerants du pacifique empire, Les pilotes aimes d'lin fortune navire, Ceux dont I'liabile main , sur le Act irrite , A conduit le vaisseau vers le port soubait^. Voici les ouvriers de la vignc prospere , Ceux que le peuple a pu nommer du nom de pere , Qui marcherent au but, sous un ciel souvcnt noir, Par le roide sentier du droit et du devoir : 150 RAPPORT Sur les champs fecondes par leur race benie , Au coeur des nations oii souffla leur genie , Leur histoire est ecrite en signes eclatants, Bien mieux que sur ce marbre oii passera le temps. Et la main du vieillard , lentement soulevee , Me raontrait cette histoire au piedestal gravee, Et les heros debout sur le froid monument , Et je les conteraplais avec recueillement. — Ne crois pas cependant, en ton ame trompee, Que leur flanc genereux repugnat a I'epee, Que le glaive d'acier a leurs mains fut trop lourd , Et pour les grands travaux trop fragile ou trop court. Le vent de la victoire et sa noble poussiere Aimaient a se jouer aux plis de leur banniere , L'aigle a detruit la race et le nid des vautours; La Croix blanche a flotte sur d'orgueilleuses tours; Leur bras a triomphe dans de males epreuves; Leurs coursiers hennissants onlbu dans tous les fleuves; Le Rhone, I'Eridan , le Nil , I'Ebre et le Rliin , Ont passe tour a tour dans leur casque d'airain. Si je voulais, jeunc homme , a la vue elonnee Derouler, dans ses fils, toute leur destinee ; Attachcr leur histoire a tous ces monuments , De la cause a la fin , du noeud aux denouments ; Dire ou l'aigle a pose son aile lumineuse. Comment il a conquis sa rochc glorieuse \ SUR LE PRIX DE POESIE. 15 1 A quel port est venu le vaisseau radieux , Mis a flot dans I'orage , a la merci des cieux , II me faudrait la voix d'line cloche sonore, Un liitli d'or , et chanter de Tune a I'aulre aurore ! In poete viendra siir ces tonibes, un jour. Dire les chants de guerre et les doux lais d'aiuour. A ce peuple de morts il soufflera la vie; Les siecles renaitront dans son ame ravie; Les honmies, aux concerts du barde harmonieux , Croiront ressusciter au siecle des ai'eux , Et le pecheur du lac , en repliant ses voiles , Redira chaque soir son poeme aux etoiles , Et, comme un doux parfuin de nos riants deserts, L'antique souvenir montera dans les airs. Aux torabeaux des aieux inclinons nos genoux, Frere, et prions pour eux ! — lis ont agi pour nous ! Ici , Messieurs, finit le poeme. Si, en le parcou- rant, nous avions h6sit6 a juger son auteur, si la balance elait reslee indecise entre nos mains , le poids de ce remarquablo fragment que je viens de lire , I'aurait fait monter jusqu'a la couronne a laquelle le poete a acquis d'inconlestables droits. Sans doute , il existe des lacunes dans I'ouvrage; I'auleur nous le dit lui-meme dans une note oil il annonce qu'il compl6tcra son oeuvre. Qu'il se hate done , el en cele- 152 RAPPORT SUR LE PRIX DE POESIE. brant un des monuments qui honorent noire pays , il verra son nom , grave sur le frontispice , passer a la posterite. Nota. L'auteurduPoemccouronnc est M. J. -P. Vevrat. \ MATERIACX flISTORIQCES ET DOCUMENTS INl^DITS EXTRAITS DES ARCHIVES DE LA VILLE DE CHAMBERY. Par M. le Marquis Cosla de Beauregard. r' MEMOIRE. Avant r^poquc ou les princes fondatcurs de la monarchie de Savoie prirent un ascendant decide sur les petites puissances environnantes , le pays qui depuis a forme leur domaine , (5tait parlage entre un grand nombrc de seigneurs , do comtes , de barons , tous , dans I'origine , simples ofGciers des empcrcurs ou des rois deBourgogne , puis devenus hereditaires, quclques-uns meme vassaux perpeluels el imm^diats 154 MATERIAUX de I'empire germanique. Fiers de leur force , jaloux a I'exces de leur independance , ces puissants feuda- taires visaient sans cesse a la consolider aux depens de I'autorite souveraine , el sentirent I'importance de s'assurer des retraites qui pussent les prot6ger contre la vengeance du suzerain , ou les meltre a I'abri des enlreprises belliqueuses de leurs ambilieux rivaux. Ce fut alors que , sur les rochers escarpes qui bordent DOS vallees , on vit s'elever ces sombres forteresses dont les mines parlent aujourd'lmi si eloquemment a notre imagination. Souvent les anciennes chroniques nous representejit ces chatelains guerriers s'elancant de leurs donjons comme I'aigle de son aire , pour depouil- ler le voyageur et seraer autour d'euxl'epouvanle el la mine. Mais ces raurs furent aussi les muels lemoins de nobles actions ; I'honneur, Thospilalite, la gloire , ont habit6 leur enceinte , et des fails d'un grand inleret pour I'histoire s'y sont accomplis. S'il nous elail donne de faire parler ces nobles debris que le temps et le van- dalisme des speculations font cbaque jour disparai- tre , quel charme nous offriraient leurs int^ressantes revelations ! Pen de laches seraient plus belles , plus verilablement patrioliques que de rechercher dans les documents conteraporains les souvenirs historiques de ces antiques manoirs , et ceux des families illustres qui les habiterent ; mais malheureusement fort peu de ces litres precicux nous ont ete conserves ; beau- HISTORIQUES. 155 coup p6rirent dans les invasions qui suivireut la Reforme. Les Valaisans et les Bernois devastSrent alors nos plus belles vallees , porterent le fer et la flamme dans les nionasteres et les chateaux du Cha- blais , du Faucigny, des bailliages de Gaillard , de Gex et de Ternier, et an6antirent des documents dont la perte est irreparable pour I'histoire de ces provinces. Toutefois , un grand nombre avait echappe a la barba- ric de ces sauvages novateurs ; car, en 1650 , epoque oiiCharles-Auguste de Sales ecrivait son Pourpris his- lorique , il fut a meme de compulser les archives des principales families de Savoie , et plus de cinquante mille titres lui furent alors communiques (1). II elait re- serve aux philosopbes , a ces protecteurs eclaires des sciences et des lettres , d'an6antir les sources les plus precieuses de I'histoire dans les stupides fureurs de la revolution qui fut leur ouvrage. Quel'onnem'accuse point ici d'exageration : qui ne sail que, le 19 juin 1792 , Condorcet , a la tribune de la Convention na- tionale , fit decreter d'urgence la destruction de tons les titres qui existaicnt dans les depots des deparle- ments : « C'est aujourd'hui ( dit-il ) que dans la capi- « tale la raison briile , aux pieds de la statue de « Louis XIV, ces immenses volumes qui atlestent la « vanitc de la noblesse ; d'autres vestiges en subsistent (!) Pourpris hisloriquc, page 26. 156 MATERIAUX (( encore dans les bibliolheques publiques , dans les « chambres des comptes , dans les chapilres a preu- « ves et dans les maisons des genealogistes ; il faut « euvelopper ces depots dans une destruction com- « mune (2) ; » et cette destruction s'6tendit jusques aux tresors de la vaste collection commencee par Colbert et d'Aguesseau , et continuee par les ministres successeurs de ces grands homraes , Berlin, de Mau- repas, d'Ormesson, de Calonne. « Deja la patience « et le savoir immense des Benedictins , assistes du « concours des hommes instruits de tpus les pays , « avaient accumule et class6 un nonibre prodigieux de « chartes , de diplomes et d'actes de toute espece , « qui servirent de centre a ces grands travaux histo- « riques , 6ternel honneur des lettres francaises. On « y venait puiser a la fois pour le recueil des ordon- « nances , celui des liistoriens de France , I'Art de « verifier les dates , la Gallia Christiana et la nouvelle « collection des conciles. Deja Ton avait (ait pres- « senlir que I'ensemble de ces documents pourrait « etre un jour public , et le roi en avait donne I'assu- « ranee au monde savant en 1782 (3). » Mais cette esperance ne devait pas se realiser : la revolution (2) Chateaubriand , Introduction aux etudes historiqnes. (3) Champollion-Figeac, cite par M. de Chateaubriand, Eludes histor. UlSTORIQUES. 157 vint disperser et detruire ces precieux raateriaux, et tit briiler sur la place des Piques , Ic 22 fevrier 1793 , 347 volumes el 39 caisses qui faisaieut parlie de celte ineslioaable colleclion (4). Les departements suivirent a I'envi I'exeraple do la capitale , et , dans la plupart des villes du royaume , se multiplierent ces stupides auto-da-fe. La Savoie avail ete envahie dans rautorane de 1792 , et , quinze jours apres sa reunion a la France , elle avait ses clubs de jacobins , sa convention nalio- nale allobrogique et ses chants patrioliques. Bienlot aussi elle eut ses Condorcets , et les archives des cha- teaux et des monasleres , amoncelees sur les places publiques, furent devorees paries flammes , aux ap- plaudissemenls frenetiques dune populace insensee. C'est ainsi que les litres de I'ancienne maison d'AUin- ges , ses vieux diploraes , ses chartes , concedees par les rois de Bourgogne ou les premiers descendants d'Humbert-aux-Blanches-Mains , furent arraches des archives de Coudree et brtiles sur la place du Marche de Thonon. Le nombre en etait si grand , que quatre boeufs tiraienl avec peine le char qui les porfait. Ces scenes de vandalisme se repeterenl dans loules les villes de nos provinces, et Ton pent jugcr de I'ini- mense quantity de documents qui perirenl a eetle (•'») Chateaubriand , Eludes hisloriqucs. 158 MATERIAUX ^poque fatale. Si Ton ajoute a ces d^sastres et a ceux ties anciennes guerres une cause de destruction non moins puissante , la coupable incurie des hommes, on pourra s'etonner de rencontrer encore dans notre pays quelques materiaux historiques. Combien de personnes , en effet , dispersent ou aneantissenl cha- que jour ces parcliemins dont les caracteres inconnus les rebutent , et font disparaitre avec eux peut-etre une illustration pour leur famille , ou les derniers sou- venirs dune gloire nationale ! II serait temps que des hommes v^ritablement amis de leur pays se reunissent pour sauver de la destruction les debris qui nous res- tent, et songeassent a les rassembler en un d^pot commun. On pourrait faire encore une heureuse moisson en visitant avec soin les vieux manoirs de nos provinces, etles lieux oil s'eleverentjadisles abbayes celebres de Talloires, de Tamie , de Filly, d'Aillon, de Contaniine et d'Abondance, en s'entourant d'in- formations , et faisant un appel a la generosite des possesseurs ; tel souvent y r6pondrait avec plaisir, qui livre aujourd'hui sans scrupule a la poussiere et aux rats de son grenier des documents dont il ne connait pas I'importance. Je voudrals que I'Acad^raie de Savoie se chargeat de ce soin , qu'elle nommat dans son sein une Commission historique , et lui adjoignit dans les provinces quelques correspondants zeles ; qu'elle fit disposer un local pour recevoir les pieces UISTORIQUES. 159 qui lui seraieot adressees , et qu'apres avoir fait un choix de celles qui presenteraient le plus d'inlerel , elle les publiat sous le litre national de Codex Sabaudiw diplomaticus ; et si Ton nous accuse d'avoir I'esprit municipal et de chercher a nous isoler, nous rt^pon- drons , que nos montagnes furent le berceau de nos princes et le theatre de leur premiere gloire ; que c'est au milieu d'elles et s'appuyant sur I'epee de nos peres, qu'a grandi leur illustre race , et que nous croyons reraplir un devoir de patriolisme et d'honneur en recueillant , corame un bien qui nous est propre , lout ce qui pent se rattacher a ces nobles souvenirs. Nous devons, a bon droit, nous vanter d'etre un des peuples les plus heureux el les mieux gouvernes de I'Europe ; mais la grande plaie sociale de noire epoque s'esl etendue jusqu'a nous ; ce fatal systeme d'unile qui sans cesse affaiblit la circonference sans ennoblir le centre , comma le dit un brillant ecri- vaio (5) , la centralisation , dis-je , eteint en nous la force et la vie ; elle decourage les hommes de coeur qui veulent le bien de leur pays et en connaissenl les besoins ; elle affaiblit I'amour de la patrie , en alte- rant sa physionomie et ses institutions locales; elle 6teinl le gout des arts , des sciences et des lettres , en (5) Lorrain , Ilistoire de Vahha\je de Clumj. Inlroiliic, page 'I . 160 MATERIAUX concenlrant les ressources qui peuvent le developper, loiu de la portcie de presque tous ceux qui voudraient en profiler. A I'epoque si glorieuse pour la monarchie , mais si triste pour la Savoie , oil Turin, embelli et forti- fie par le vainqueur de Saint-Quentin , devint la capitale de ses etats etsa residence habituelle, comme il fut depuis celle de ses successeurs, nos anciennes villes, et Chambery surtout, perdirent leur lustre et leur importance ; aussi , lorsque le fatal traite du 16 Janvier 1601 nous enleva la Bresse, le Bugey, le Valromey et le pays de Gex , la noblesse et les riches proprietaires de ces provinces , que le souverain ne visitait plus qu'a de longs intervalles , abandonnerent sans regret la capitale d6chue. Sa population des lors dirainua dune raaniere effrayante ; elle ne comptait plus que 460 uoms inscrits sur les roles de sa bour- geoisie en I'annee 1610 , tandis que ces memes roles comprenaient 1634 chefs de famille cinquante ans auparavant, lorsque Rene de Challant vint prendre possession de la Savoie pour le due Eramanuel-Phili- bert, apres le traite de Caleau-Cambresi's (6). Charles- Emmanuel P% pour y ramener des habitants, affran- fthit les bourgeois de Chambery de toutes impositions pour les biens qu'ils poss^daient en Savoie ; mais les (6) V. Grillet, Dictionn. historiqtie, t. II, p. 49. IIISTORIQUES. IGl guerres de 1G30 vinrent annuler ce privil(5ge , avec les resultats que ce prince en attendait. En meme temps , une peste cruelle ravagea nos provinces, et fit aChambery de nombreuses victimes. Cette ville n'avait point encore perdu le souvenir de tous ses malheurs, lorsque I'edit du 17 Janvier 1720 supprima la Chambre des Comptes de Savoie , et lui enleva cette Cour celebre qui, depuis tant de siecles, elait pour elle une source d'illustrations et d'avantages. Avec la Charabre fut transporte a Turin ce qui restait encore de ses pre- cieuses archives (7). La se trouvaient les imraenses (7) Une grande partie des litres de la Chambre des Comptes avail deja ete Iransportee au-dela des Alpes avant I'Edit de 1720. En d556, lorsque Francois I*"^, ce prince que Ton s'est plu a representer comme le type de I'hon- neur et des vertus chevalcresques , declara la guerre au due Charles III avec aulant d'injustice que de deloyaute, on chercha a soustraire au nouveau parlement etabli a Chambery, les litres les plus precieux de la Chambre des Comptes. Quelques-uns furcnt enleves parlesauditeurs et cxpedies a Turin ; d'autres caches sous le mausolee de la duchessc de Nemours, dans la chapelle du chateau , d'ou le sieur Maistre Carraz lesVetira soleunellcmcnt le 16 aout dSu9. (Capre, Truite hist, de la Ch. desCouiptcs, p. 84.) Le 21 aoul 1600, Henri IV s'empara de Chambery, ct Louis XIII a son tour regut la souraission de cette ville le 16 mai 1650. Dans ces deux circonslances , les syndics 11 1G2 MATERIAUX regisfres des tresoriers generaux, et ces milliers de rouleaux qui comprenaient les comptes des peagiers et des chatelains de Savoie. Les doctes recherches de MM. Datta et Cibrario nous ont indique les richesses que renferment ces documents de notre histoirc na- tionale. Honneur a ces savants , qui ont ouverl avec uu si brillant succes celle mine ignoree et feconde (8) ! II etait naturel de supposer par analogic que les comptes des anciens adminislrateurs et tresoriers de obtinrent une honorable capitulation , oa se trouve repro- diiit rarlicle suivant. « Les tflttres pappiers et documentz concernanl Ic do- « meyne et patrimoyne des estats deca les monts seront « mis par bon inventayre pour estre retenuz gardez et « conservez ez archiv. de la dicte chambre ou aultres « lieux de la dicte villc en loutte surrete et le surplus « pourra estre librement transporte della les monts dis- (( traction faicte d'iceulv tiltrcs et seront expediez les « passeports requis et nccessayres pour cest effect. 5) (Archives de la ville de Chambenj.) Ce qui fut execute pour un grand nombre de documents importants. Les archives de la Chambre des Comptes perdirent ega- lement , en 1601 , tous les litres qui concernaient les pro- vinces echangees contre le marquisat de Saluces. On en fit reraise a la France apres la signature du traite de Lyon. (8) V. Cibrario , Dclle fmanze della monarchia di Sa- voia ; Economia politica del medio ero. — Datta, Sloria del principi d'Acaia ; Spedizione in Oriente di Amedeo seslo. UlSTORIQUES. 163 la commune de Chambcry pouvaient renfcrmer aussL quelques indications precieuses. MM. les Syndics on^ bien voulu mc donner toules les facilites possibles pour les consulter, et mon allentc n'a point ete trom- pee : il s'y Irouve des details curieux dont la publica- tion pourrait offrir une collection int«iressante de materiaux historiques. J'ai cherche a en reunir quel- ques-uns dans ce Memoire , qu'a precede deja un trop long preambule. Pendant les premiers regnes de la monarchie de Savoie , nos souverains avaient la noble et toucbanle coutume de presider eux-meraes a I'adrainistration de la justice. On sait le chene de Vincennes a I'ombre duquel saint Louis venait s'asseoir pour ecouter les reclamations et les plaintes de ses sujets ; souvent , comme le bon roi , nos princes , entoures de leurs conseillers, avaient tenu leurs assises en plein air, et rendu raaints jugements paternels sur les rochers pittoresques de Charbonnicres ou de Chillon. Mais bientot I'agrandissement de leurs domaines et les guerres continuelles qu'ils eurent a soutenir, les obli- gerent a des changements de residence si frequents , qu'il devint difficile et fort on^reux pour leurs sujets de recourir au conseil ambulatoire qui r(^sidait aupres de leurs personnes (9). (9) Le seul conipte d'Aymon de Challant , seigneur de 164 MATERIACX Les comtes de Savoie concurent alors la pensee d'etablir dans la capitale de leurs etats un tribunal inamovible , et Ton a long-temps allribue au comte Aymon la creation du conseil residant a Chambery. Capre dit meme que ce prince en regla les ordon- nances le 29 novembre 1329 (10) ; mais les sav antes recherches de M. le cbevalier Cibrario ont prouve que cette institution exislait deja en 1327, et date au moins du regne d'Edouard-le-Liberal (11). C'estpeu Fenix et d'Amaville , chalelain de Chambery en 1556 , fournit les indications suivantes. Le Comte-Vert el son conseil se trouvaient a Evian le 21 fevrier 1336, — a Pont-d'Ain le 18 mars, — a Mont- luel le 21 mars, — a Pont-d'Ain le 8 mai , — a Geneve le 22 aoiit, — a Rivoli le 17 novembre. Ce prince etait a la fin d'avril au chateau de St-Martin en Bresse, oii les syndics de Chambery lui envoyerent une deputation , et Ie20 juin dela meme annee, il accompagna Bonne de Bourbon , sa jeune epouse , a la premiere entree que cette princesse fit dans sa capitale. ( Compte de Jean Bonivard et Gmllmime Ronda , syndics en 1556. J Les predecessews du Comte-Vert, Amedee V, Edouard, Aymon , sans cesse en guerre avec les Dauphins , furent obliges a des changements de residence plus frequents encore. (10) Capre, Traite histor. de la Ch. des Comptes , p. 8. (11) Cibrario , Delle finanze della monarchia di Savoia ( opuscoli ). HISTORIQUES. 165 de (emps auparavant que les rois de France avaient rendu sedenlaires a Paris les cours souveraines du Parlement et de la Chambre des Comptes. Louis X , en 1315, etablit dans le palais royal le siege de ces tribunaux , et Pilippe-Ie-Long , son successeur, regla leurs attributions , celles des Cours d'enquetes et de requetes , et celles des Poursuivans-le-roi. Dans Tan- nee 1319 , ces Poursuivans-le-roi n'etaient autre chose que le conseil residant pres de la personne du souverain (12). Les legistes , qui , sous le regne de Philippe V, eurent une immense influence , ecarterent de ce conseil les 6veques et les abbes , qui , depuis I'institution des placites generaux , y occupaient le premier rang, et leur substituerent des clercs et des hommes de loi. Nos princes , en etablissant dans leur capitale un tribunal residant, voulurent suivre peut- etre le sage exemple que leur donnaient les rois de France ; mais ils ne les imiterent point dans leur der- niere innovation : les eveques de Tarentaise , de Mau- rienne, d'Aoste etd'Ivree, les abbes de Saint-Mau- rice, etparfois les prieurs de quelques autres grandes abbayes , continuercnt a faire partie de leur conseil et a y tenir la premiere place. Apres eux , venaient les seigneurs , qui siegcaient danslassemblcJe en costume mililaire; puis enfin les jurisconsulles. Quelques-uns (12) Marliii , Histoire de France, t. V! , p. 126. 166 MATERIAUX parmi ccs derniers furent dc lout temps charges de faire respecter les inlerets du domaine , de veiller a la perception reguliere des tributs qui composaient les revenus de la couronne , el de recevoir les comples des tr^soriers generaux, des chatelaius et des me- traux. Telle fut I'origine de la Charabre des Comples; aussi ancienne que le conseil residant pres de la per- sonne de nos princes , elle eut , avant cette cour su- preme , un siege permanent dans la capitale de la' Savoie. Les comples des syndics Antoine Ambrois et Guigue Dupont confirment cette assertion par one indication curieuse , et je crois pouvoir avancer, sur leur autorit6, que c'est a I'annee 1295 et aux sages dispositions d'Ame-le-Grand , que Ton pent rappor- ter Tetablissement de la Cour des Comples et de ses archives dans le chateau de Chambery. C'etait le 15 mai de I'annee 1405. Antoine Am- brois et Guigue Dupont , son collegue , tous deux bourgeois et syndics de Chambery, apres avoir so- lennellement jure sur les saints Evangiles de bien et fidelement rendre compte de leur administration, exposaienl au conseil assemble, le tableau des recetles et depenses qu'ils avaient failes pour la commune pen- dant les deux annees qu'avait dure leur gestion syn- dicale (du 2 octobre 1396 au 2 octobre 1398 ). Les prud'bommes , qui s'elaient reunis dans le convent des Freres-Miueurs , au son de la grosse cloche de UISTORIQUES. 1G7 Saint-Leger, elaient Francois Marchand , licencie en droit , Autoine Belletruche, Antoine Longuelin , Jac- ques des Charmetles , Georges des Clets, Guigonnct Marechal, Anloine Pegni , Elienne Rosset, Pierre Rapier, Pierre Arnaud el Etienne Boirel , tous bour- geois elconseillersde la ville de Chambery. Au nombre des depcnsesdontles syndics demandcrentrallocation, figurent les frais de voyage de Guillemet dc Cballes et de Guillemet Chabod , damoiseaux (domicelli), depu- tes par la commune aupres du comte Amedee VIII , dans una occasion importante. II s'agissait de dejouer les manffiuvres malveillantes d'Anloine Barbier el de Pierre Magnin, maitres et auditeurs des comples , qui insistaient aupres du prince pour faire transporter a Bourg le siege et les archives de la Chambre. Les de- putes partirenl le 7 Janvier 1397 pour la capilale dc la Bresse, oil r^sidait alors le comle de Savoie ; ils porlaicnt au prince I'humble supplique de la ville de Chambery, qui lui representail tout I'inconvenient et I'enormite du deplacement projete (13). Mais, avant de (13) Reqiiele de la ville au comte de Savoie. Vobis illuslri principi domino nostro singular! et pre- cipuo domino Amedeo comili sabaudie exponitur humi- liler pro parte (idelium subdilorum veslrorum burgensium el iiicolarum ville veslre Cliamberiaci. nupper ad eorum noliciaiu pcrvenissc. quod de mandate aliquorum cv 168 MATERIAUX lenler cette demarche , les syndics avaient adresse les plus vives reclamations au conseil residant a Cham- bery, et en avaieut obtenu des lettres d'attestation , vestris consiliariis magistris computoriim vestroruin ore facto ut dicitur. dicti magistri scelicet Anlhonius bar- berij et petriis raagnini. computes reddituuin patrimonij rerum et jurium vestrorum vestri dicti tocius comitatus de castro villa et pertinentiis chainbr extrahere et ad loca remota ab eis scelicet ad partes breyssie transferre et ex- portare proponunt. Cunique dicti computi in castro et villa predictis tenuti fuerint iramutabiliter permanserint et ex disposicionibus tam sollciiipniutn sapiencium prin- cipum dominorum Comitum sabaiidie predecessorum ves- trorum sedes ordiaaria ipsos computes audiendi tenendi et recipiendi hue usque ordinata tenuta fuerit et servata ibidem tanti temporis spacio. quod de contrario memoria hominis non existit sic quod et fuit absque eo. quod in mutacione exportacione et t^anslacione faciendis predic- tis. sit aliqua ulilitas evidens. quinymo pericula maxima et enormia apparerent. Cum per dictos coraputos et racio- nes de quibus in eis plurime fuerint menciones. de juribus vestris et magnatum plurium subditorum eciam aliorum plurium principum vicinorum vestrorum mencio fiat et tractetur. item et ex statute dudum per illustrem domi- num genitorem vestrum. et illustrem dominam bonani de borbonio ejus genitricem facto, ordinatura fuit dictos computes de castro prediclo extrahi non debere. quod si inlcrveniat debet vestri evidens utilitas sine fraude HISTORIQUES. 169 licleras (esttmoniales , qui devaientcoDstater leur oppo- sition et meltre a I'abri leur respoDsabilite person- nelle(14). quibusvis veraciter apparere. sint que alie jusle ardue et legitime raciones loco et tempore congruis et debitis declarande quare ad remocionem et exportacionem dic- torum computorum predictas procedi non debeatur quo- vismodo qualenus excelse dominacioni vestre predicte placeat. dictum vestrum et consiliariorum vestrorum as- serlum mandatis si factum fuerit quod non creditur con- Irario imperio revocare. magistris vestrorum computorum predictis et ceteris vestris omnibus subdilis inhibendo ne ad remocionem et exportacionem predictas quomodolibet procedant ipsas que minime faciant vel actemptent. quidem vestra dominacio sic faciens animos fidelium vestrorum supplicancium predictorum conquiescet qui aliter pre- missis actentis et de jurium vestrorum ennunciacione dubitantes turbati non modicum remanebunt. (14) Requele ties syndics au venerable conseil residant a Cliambery. Vobis venerabiii consilio illustris principis dni nostri Sabaudie Comilis residenti exponunt. Anth. ambrosij et guigo de ponte sindici et syndicario nomine ville el uni- versitatis cbambr. de mandato consiliariorum dicte cora- munilalis quod nupper ad eorum noticiam pervenerit. quod Anth. barberij et pelrus magninj voluerunt et pro- posuerunt computos seu libros et raciones computorum dicli dni noslri comilis in suis archivis publicis solilis et 170 MATERIAUX Les membres du conseil qui se trouvaient alors a Chamberj etaient : Guillaume Marchand , Jean de Saiivage, Guillaume Beczon, Lambert Oddinet, avo- cat fiscal , et Francois Calod , qui , dans cette circon- stance , remplacait Antoine Barbier, I'adversaire des syndics. L'augusfe tribunal ne voulut donner sa de- claration qu'apres avoir entendu toutes les raisons que les maitres des comptes et les chefs de la commune avaienl a faire valoir, et cita les parlies a comparai- Ire devant lui le 3 Janvier 1397. Les debats furent orageux , et Guigue Dupont et son coUegue y brille- ad hoc specialiter et sollempniter per predecessores dicti diii nostri comitis ordinalis et in castro chambr. repositis. extra dictum locum et archives quinymo extra provinciam Sabaudie transportare. Quam obrem novam et insolilam. dicti syndici ac quamplurimi nobiles burgenses dicte ville chambr. non immerito admirati ad dictos anlh. et petrum de mandato dictorum consiliariorum personaliter accesse- runt et ab eis siscitarunt. an super hoc haberentlicteras de mandato a dicto dno nostro comite vel ejus consilio cos que rogaverunt ut eas exhiberent. ut cessaret materia de re tam miranda et insolita contra eos murmurandi. qui se nulias super h?cc licteras habere dicere voluerunt. nee aliquas ostendere voluerunt. Ea propter cum talis transportacio sit contra morem solitum et contra consuetudinem et stil- lum per majores et predecessores dicti dni comitis ab anliquo sic quod de conlrario memoria non existit invio- UISTOUIQUES. 171 rent par la boute de Icur droit plutol que par l'»5clat de leur eloquence , si ron en juge par I'expression plaisante qu'emploie le venerable conseil dans son aKestalion. Constilults hodie coram nobis dicto consilio anthonio ambrosii alias bernardet el guigone de ponle , sijndicis chambr., etc., ex una parte, etc., et anthonio bar- berii et petro magnini de chamberiaco, magistris et auditoribus computorum , etc., ex altera. Dicti quidem anthonius et guigo syndici et syndicario nomine plura coram nobis berbotlienles proposuerunt , ad que ipsi labiliter observata. Et ex multis causis capitibus et modis possit esse prejudicialis et daiupnosa dicto dno nostro coraili. et ejus bonoribus ac eciam sue ville cbambr. quam plurimuin detractura. super boc ad vos tanquam supe- riores presides recurrunt. et predicla vobis nunciant et cum inslancia magna supplicant et requirunt quatenus providere velitis ne dicta transportacio fiat sic orrupte et sine speciali mandate dicti Dni nostri et sollempni mature que et digcslo consilio emanato. nee enim bee est res supra quam cuique credi debeat oraculo vive vocis. Sed exigit sollempnem fideui juxta rei magnitudinem et quan- titafem. de quibus omnibus petunt vobis licleras testimo- niales aut publica documenta ad omncm effectum et cau- telam quod sorliri polerunt et debebuiit. — Comptes rendiis pur Ant. Amhroisc el Guigue Ditpont , syndics. ( Arch, de la villc dc Chamber ij. ) 172 MATERIAUX magistri el auditores computorum plura responderunt petentes et requirenles hinc el inde. — Berbolhentes avait deja la signiGcation que lui conserve encore lelangage familier , quand il veut expriraer une maniere de parler diffuse et inintelligible. Les deputes employe- rent dix jours a faire le voyage de Bresse , et leur mission eut le plus heureux resullat : ils rap- porterent I'ordre du prince aux maitres et auditeurs de la Chambre de n'envoyer a Bourg que le dernier compte arrete dans chacun de ses dicasteres , quod de qiiolibet computo apportaretur nltimns computus. Les syndics de Chambery n'eurent point , en 1720, r^nergique fermetii d'Antoine Ambrois et de Guigue Dupont, de sage et honorable memoire. Sans doule, ils n'oserent pas contrarier par leurs observalions la volont^ absolue du roi Victor-Amedee II , qui venait de supprimer la Chambre des Comptes de Savoie par un editlaconique , promulgue ences termesle 27 Jan- vier : Volendo noi die una sola sia la noslra Camera dei Conti , la quale eserciti le incumbenze di sua gmris- dizione in tuttt i nostri stati : abbiamo suppressa la Camera dei Conti di Savoia (15). Les syndics devaient represenfer au roi combien une pareille mesure etait conlraire aux interets de leur ville ; ils pouvaient remeltre sous ses yeux les (Id) Galli , Carlche del Piemonle, I. I, p. 322. IIISTORIQUES. 173 sages ordonnances d'Emmanuel-Philiberl, qui eulen- dit retablir a perpetuile dans la capltale de la Savoie une Chambre des Comptes , donl il conGrma et 6ten- dil les allribulions. Mais les registres des deliberations et arretes de la commune ne renferment I'indicalion d'aucune demarche tenlee pour s'opposer a celte sup- pression funesle. Du reste , il faut convenir que MM. Viberl, Munery, Thiollier et Pacoret, qui rem- plissaient alors les fonclions syndicales , avaient peu de chances d'oblenir une modification aux volontes royales si posilivement exprimees. Le prince est qualifiti d'excelsa dominaiio , et son conseil, de venerable, dans les requeles de la com- mune , ou Ton doit remarquer les passages suivants : Exponunt , Quod antJionius barberii et pelrus magnini propo~ suerunt et volunt computos seu libros et raciones compu- torum dicli dni nostri comitis in suis archivis solilis ad hoc specialiter el sollempniter per predecessores dicli dni comitis ordinatis , et in caslro chamb. reposilis extra dictum locum et archivos quinymo extra Sabaudie prO" vinciam trasporlare. Cumque dicli compuli in castro et villa predictis tenuti sint , immufabiliter permanserint , et ex disposi- cionibus tarn sollempnium sapiencium principum prede- cessorum vestrorum sedes ordinaria ipsos computos audiendi tenendi et recipiendi hue usque ordinata 174 MATERIAUX ienuta stnt el servata ibidem tanti temporis spacio quod de contrario memoria hominis non existil. Ces observations des syndics prouvent que Chara- b^ry etait le lieu ordinaire ou les maitres el auditeurs de la Chambre proc6daient a la reception des comp- tes , qu'ils deposaient ensuite dans les archives da chateau , et que ces archives avaient ete solennellement disposees pour cet usage par les predecesseurs d'Amc- dee VIII. Or , le depot de ces titres importants ne put etre fait dans ce local avant qu'il fiit devenu la propriete du prince , et cbacun sait que le chateau de Cham- bery, apres avoir appartenu long-temps aux vicomtes de ce nom , fut cede par Berlion , I'un d'entre eux , a Ottomar AUamand , et parvint ensuite a Francois de la Rochette et a Beatrix , sa femme , qui le vendi- rent au comte Amedee V le 6 fevrier 1295. Obser- vons qu'il s'ecoula cent deux ans depuis cette epoque jusqu'a I'annee 1397, ou les syndics presentaient leur requete au jeune comte Am6d6e VIII; et, pour qu'ils aient pu dire que les archives existaient dans le chateau ah anliquo sic quod de contrario memoria homi- nis non existit, il faut admettre qu'elles ue subirent aucun deplacement pendant cet intervalle. Ce n'est pas accorder trop de latitude aux souvenirs et a la tradition orale , que d'en limiter la duree a I'etendue d'un siecle. Cette p6riode de cent deux ans comprend les regnes niSTORTQUES. 175 d'Amedec VII, d'Araedee VI, d'Ayraon, du comle Edouard , et nous conduit jusqu'a la dixiemc annee de celui d'Aniedee V. Nous ne pouvons remonter au- delii, puisquc la date de I'acquisition du chateau doit etre notrc limite. C'est done avec vraisemblance que Ion peut avancer qu'Amedee V le premier etablit les archives ct le siege ordinaire de la Chambre des Comptes dans le chateau de Chambery vers I'an- nee 1295. Je dois a I'obligeance de mon savant collegue , M. M6nabrea , une note interessante qui vient con- firraer cette assertion ; elle contient I'intitulation et la date d'une serie de comptes rendus par les peagiers et chatelains de Seyssel et de Cbanaz depuis I'an- nee 1286 jusqu'en 1397. J'y remarque , que le compte de Juvin , chatelain de Seyssel en 128G, que ceux d'Mugue de la Rochette , qui remplissail les memes fonctions en 1287, 1288 et 1289, ne contien- uent point I'indication du lieu oil ils furent recus , mais qu'a partir de celui de Guillaume de Sallenove , receveur du chemin neuf de Seyssel en 1295 , on trouve en tete des rouleaux , a une seule exception pres, rcccplus apud Camber iacum ; or, c'est precise- ment a I'annee 1295 que j'ai rapporte I'etablissement de la Chambre des Comptes dans le chateau de Cham- bery, ct ce rapprochement me parait assez remar- quable. Je ne pretends pas cependant lui donner une 176 MATERIAUX valeur decisive ; car les conseillers du prince qui rem- plissaient les fonclions de maitres et audileurs, pou- vaient avoir recu des comptes a Chambery long-temps avant que le chaleau de celte ville eut et6 design^ par Am6dee V pour le siege fixe de leurs seances. II serait necessaire de consulter une suite norabreuse de comptes rendus par les tresoriers et chatelains de Savoie anterieurement a I'annee 1295, pour 6tablir a cet egard une opinion motivee. Je n'ai point eu la pensee de traiter dans ce Memoire un sujet determine , mais celle de reunir quelques-uns des documents les plus interessants que presentent les comptes de nos anciens syndics. Malheureusement, il y existedenombreuseslacunes, etl'on doit deplorer le laconisme habiluel de leur redaction. Souvent ils four- nissent de precieuses indications; mais au moment ou le lecteur interesse croit arriver a des details impaliem- ment attendus , il rencontre la formule banale : et allocaverunt de mandalo quo supra, etc. , qui termine chacun des articles , et le replonge dans sa premiere incertitude. Ce fut pendant qu'Antoine Ambrois et Guigue Dupont exercaient a Chambery les fonclions syndica- les , qu'eut lieu , dans la capitale de la Bresse , le fameux duel eu champ clos d'Olhon, seigneur de Grandson, et de Gerard d'Estavayer. La cause etles circonstances de ce combat ont ete souvent retracees IIISTORIQUES. 177 par des plumes hablles (16) ; je n'essaierai de les rap- peler ici que pour y rattacher quelqiies details ignores que nous ont conserves les comptes des syndics. Le i^^ novembre 1391 , mourait a Ripailles , dans la Irente-unieme annee de son age, Amedee VII, dit le Comte-Rouge (17). Ce prince , dont la sagesse , la force et la valeur, annoncaienl a son peuple un long regne de bonlieur et de gloire , succombait a des doii- leurs sans nom , victirae de la funeste ignorance de son medecin, Jean de Grandville (18). Des soupcons (16) V. Guichenon , Hist, genealogiq. de la maison de Savoie, 1. 1 , p, 447. — Olivier de la Marche, Collect, des Mem. relalifs a I'Hist. de France , vol. X , i*^* serie. — Machanee, Monumenta historice patvice, 1. 1 script., p. 743. — Muller, Hist, de la Confederat. Suisse, t. IV, p. 9 et 10. V. aussi le Sanglier de la foret de Lompnes, charmant opuscule publie par M. Jacques Replat, et les Recherches de M. le chev. Cibrario , qui ont servi de base au recit d& M. Georges Arandas. {Chroniques du depart, de VAin, p. SI et suivantes. ) (17) Cibrario, Econom. pol. del medio evo, p. 267. (18) M. le cbev. Cibrario a trouve dans les comptes du tresorier Duels, la description du cortege funebre qui accorapagna le corps d'Amedee Vll de Ripailles a Haute- combe. II decrit a la page 267 dc son Econom. polil. , la marche du convoi , que conduisait le patriarche de Jeru- salem , puis la ceremonie des funeraillcs celcbrees dans 12 1T8 MATERIAUX (I'empoisonnement s'eleverent de loutes parts centre le mauvais phjsicien. On avail vu des taches livides se former sur le corps du malheureux prince au moment oil il expirait , et lui-meme , en mourant , avail signale Grandville comrae son assassin , el commande son arrestalion. Aussi fut-ce avec etonnemenl que Ion vit le seigneur de Grandson arracher I'accuse des mains des fideles serviteurs du comle de Savoie , le couvrir ouvertemenl de sa protection el lui donner un asyle. * I'eglise d'Hautecorabe le 2 avril 1392. Le couipte de Guil- lemet Chabod et Jean Ilicherand , syndics de Chanibery a celte epoque , pent ajouter a ces details ceux du service solennel qu'ordonna la ville dans les premiers jours de mars de la meme annee, .pour le repos de I'ame de I'illuslre defunt. Les syndics depecherent leurs messagers Robert- zon et Francois Taillefer aux abbes d'llautecombe et de Tamie , pour les inviler a venir assister a la sepulture de monsseigncur. lis convoquerent en meme temps les prieurs d'Aiguebelle , de Bissy, de Clarafons et de 194 clia- pelains y assisterent , y corapris , dit le texte , 53 sires menoirets et 17 menoirettes. Sire Dieu le Fits Bonivard fit I'office dans I'eglise des Freres mineurs ( aujourd'hui St- Frangois), et le discours funebre fut prononce par frere Trolliet, qui recut 12 deniers gros pour avoir pregie a la dicte sepulture. Le loyet dii cendal et la faczon des dix escuciaulx couterent 9 s. VI d. Enfin le poids des cierges qui brulerent dans cette ceremonie fut de 3 quinlaux et 97 liv. , et la depense totale s'eleva a 8 1. 11 s. V d. gros. HISTORIQUES. 179 Bienlot une enquete fut ordonnee par Bonne de Bourbon, pour decouvrir les instigateurs du crime auquel on attribuait la mort de son flls. Amedee , prince d'Acbaie , et le seigneur de Cossonay, qui diri- geaient les recberches , lirent arreler d'abord el appli- quer a la {orture Pierre de Lorapnes , apotbicaire , de- puis long-temps attacbS a la maison des comtes de Sa- voie. Ce malheureux, accuse d'avoir fait prendre a son mailre des medicaments empoisonnes , confessa dans des iourmenls atroces , le crime dont il etait innocent, et ses juges le condamnerent au supplice des parrici- des. L'execution eut lieu au mois de juillet 1392, sur la butte de Leschaux apud calces , oil s'elevaient alors les fourcbespatibulaires de la ville de Cbanibery (19). (19) Dans le courant de Janvier 1387, Rodolphe de Chisse , archeveque de Tarenlaise , fut assassine dans le chateau de Saint-Jacques avcc tous ses domestiques. Les meurtriers parvinrent a se soustraire a raction de la jus- tice , a rexception d'un seul , sur qui s'appesantit toute sa rigueur. Ce miserable se nomraait Pierre dit Ration , de la paroisse de Corablou , et I'on fremit aux details de I'horrible supplice auquel le condamna Pierre Godard , grand-juge de Savoie. lis se trouveront dans une Notice genealogique sur la maison de Chisse , dont je m'occupe en ce moment. Le document qui les rapporle est le conipte de Boniface de Challant, chatelain de Charabcry en 1387 et i388; il dit en parlant des depenses relatives a cette 180 MATERIAUX Son corps bris(5 par la torture , fut cnsuite coupe en trois quartiers , que le bourreau sala soigneusement , et qui furent aussitot expedies aux villes de Moudon, d'Aveillane et d'lvree ; la tete du trayleur fut reservee pour la ville de Bourg, et le messager Tarcnlaise recut , pour I'y porter, onze florins de petit poids (20). Cependant cette hideuse execution n'avait point atteint le coupable. Grandville, arrete en Bourgogne et mis a la question en presence des dues de Berry , d'Orleans et de Philippe-le-Hardi , avait fait des revelations etranges. II avait dit que Bonne de Bour- bon , mere de I'infortune prince , n'etait pas etrangere au crime , et le public avait accueilli avec erapresse- ment cette accusation monstrueuse. On pouvait re- marquer a la verite que I'enquete ordonnee par la regente marchait avec lenteur et n'amenait aucun resultat. Bientot il fut dit ouvertenient que I'ambilion de cette princesse, et son desir inimodere de conduire les affaires de I'^tat pendant la longue minorite de son execution , pro uno chaffallo fiendo apiid calces prope far- chas. La butte de Leschaux fca/ces J est distante d'un mille environ de Chambery, sur I'ancienne route de Slont- melian. (20) Compte de la tresorerie generate de Savoie , de 1592 a 1394, cite par M. Cibrario , et d'apres lui par M. GeoFges Arandas. » UISTORIQUES. 181 pelit-fils, lui avaient fait concevoir et executer le plus horrible des forfaits (21) ; et les soupcons devinrent si graves , que le roi de France ecrivit lui-meme a Bonne de Bourbon pour I'engager a faire tomber ces bruits injurieux , par la prompte recherche des coupa- bles et I'eclatante justice qu'elle devait en tirer. Les leltres de Charles VI sont empreintes d'une siogulierc (21) II n'est pas besoin de faire ressortir ce qu'avait d'odieux et d'absurde une serablable calomnie : tons les actes de Bonne de Bourbon respirent la grandeur d'anie et la generosite (Sismondi, Biogr. iinivers.); les docu- ments contemporains nous ont conserve des preuves lou- chantes de la bonte de son creur (Comptes des chatelains de Chambenj , rkjnes d'Amcdie VI et d'Jmedee VII ) , et les dernieres dispositions du Comte-Rouge prouvent I'af- fection et la conGance que ce prince avait en sa mere ; d'ailleurs il est certain que la mort tragique d'Amedee VII ne fut point le resultat d'un crime. Les remedes violenls et barbares employes par Grandville precipiterent une catastrophe que M. Replat suppose avec raison avoir ete le resultat du tetanos. * La medecine ignorait sans doule alors les symptomes de ce mal terrible , et la decbirure profonde que le prince recut a la cuisse en tombant de cheval sur les asperites d'un tronc d'arbre desscchc , etait emincmmcnt de nature a dcveloppcr celle redoutable maladie. * Voy, le Sangtier dc la forel do Lompncs. 182 MATERIA DX mefiance , et prouvent que ce prince avail recu I'in- fluence del'opinion generale. Ces documents curieux furent connus de Guiclienon , qui n'osa point les pu- blier; ils faisaient partie des immenses archives de la raaison de Montrevel, que I'hisloriographe de Savoie eut long-temps a sa disposition, C'est la que M. de la Teyssoniere en a retrouve I'indication il y a quelques mois , avec le catalogue des pieces qui flgurerent au proces de Grandville. II doit inserer ces fragments dans le 4^ volume de ses savantes recherches sur le departement de I'Ain. Uu certain Bernard de la Roche , Gascon d'origine , avail 6le aussi impliqu6 dans ce lugubre proces (22). Au milieu des horreurs de la question , il declara que le comte des Vertus ( Galeas Visconti , due de Milan) , I'avait charg6 de porter en France un poison subtil destine a faire perir le roi et les cardinaux de Turenne el d'Amiens, et qu'Amedee, prince d'Achaie, el le seigneur de Beaujeu s'en etaient egalemenl pro- cure par son moyen , pour le faire administrer au comte de Savoie. Bernard peril sur I'echafaud ; mais avanl de faire tomber sa tete, le bourreau , s'adressant aux nombreux spectateurs qu'avail attir6 le hideux spectacle de la torture , les pria de ne point etre sur- pris de I'adoucissement de la peine que devait subir (22) Dalla, Sloria del jmncipi d'Jcam, I. I, p. 280. UISTORIOUES. 183 le coudaiune. Bernard avail retracte ses aveux, et oe mourait que pour avoir calomnieusement accuse le due de Milan, le prince d'Achaie et le seigneur de Beaujeu (23). De son c6t6 , Grandville avail conlredit ses premieres depositions , el declare que la violence seule des douleurs avail pu le contraindre a accuser la regeute. Peu de temps apres , se trouvant an lit de mort , il demonlra la complete innocence de I'infortune Pierre de Lompnes. Am6d6e VIII , alors, fit casser la sentence qui avail condamne ce malheu- reux, et rehabilita sa memoire (24). Cependant les soupcons qui planerent un instant sur la r^gente et le prince de la Moree, s'etaient appesantis sur le seigneur de Grandson ; on se rappe- lail la protection qu'Othon avail accordee a Grandville au moment de son arreslalion ; on savail qu'il pouvait avoir des raisons de hair le comte ou son conseil (25) ; (23) Datla, loco citato, p. 282. (24) Georges Arandas, Clir. da depart, de I' Jin, p. 53. (2o) MuUer, Hist, de Suisse, liv. 2, ch. 7. J'ai Irouve dans Vllistoire de Bresse , de M. Gacon , ouvrage qui n'a point ele public , et dont le manuscrit original m'a etc obligeamment communique par M. le chanoine Depery, le passage suivant , qui explique celui de 3Iuller : (c Les dues de Bourgogne n'avaient jamais forme de « prt'lcnlions sur nos contrccs ; il arriva cependant , en 184 MATERIAUX ' el Gerard d'Estavayer, son iaiplacable ennemi, en- veuimait et repanuait , avec I'adresse de la haine la « I'annee 1389 , que Ungues , seigneur de Grandson , * « soil pour flatter le due de Bourgogne, soil pour se sous- « traire aux hommages qu'il devait, repandit de faux « titres, dont I'un , date a Monlbars de TanneelaSS, « donnait a Philippe , due de Bourgogne , un droit de « protection sur la seigneurie de Grandson , centre le « corate de Montbeliard et le cerate de Savoie. Par un « autre date du regne d'Aynion , le conite de Savoie s'etait « reconnu homme-lige d'Eude de Bourgogne , a cause de « ses villes et chateaux de Chambery , Bourg et Montrae- « lian, Seyssel, Montfalcon , Montluel , Pont-de-Veaux , « Pont-de-Veise, St-TrivieretBauge, ensorteque, suivant