'**^-^ :s ^^^ ^^ W^ ^^ mi M /^ BIBLIOTHEQUE DE MMÏÏ^ iKSii^^a^Q > >aÈ>ES POISSO]\S FOSSILES, COMPHEXANT Une introduction à l'étude de ces animaux ; lanalomie comparée des systèmes organiques qui peuvent contribuer à faciliter la détermination des espèces fossiles ; une nouvelle classification des poissons , exprimant leurs rapports avec la série des formations; l'exposition des lois de leur succession et de leur développement durant toutes les métamorphoses du globe terrestre, accompagnée de considéra- tions géologiques générales ; enfin , la description d'environ mille espèces qui n'existent plus et dont on a rétabli les caractères d'après les débris qui sont contenus dans les couches de la terre ; Par LOLIS AGASSIZ , Membre des Acadi'iiiies et Sociétés royales des sciences de Londres, de Paris, de Berlin, d'Edimbourg, de Stockholm, de Turin, des Lyncécs de Rome , de l'Académie impériale des curieux de la nature , de la Société philomatique de Paris, des Sociétés géologiques de Londres et de France , de l'Association britannique pour l'avancement des sciences, de la Société philosophique américaine, de la Société impé- riale des naturalistes de Moscou , des Académies de Philadelphie et du Val-d'Arno, du Lycée de New-York , des Instituts de Bristol et de Leeds, de la Société helvétique des sciences naturelles , des Sociétés d'histoire naturelle , de physique et de médecine de Berlin, de Vienne, d'Irlande, de Francfort , de Prague, de Florence, de Heidelberg, de Strasbourg, de Silésic, de Halle, du Palatinat , de Fribourg , de St-Louis (Etats-Unis), de Hambourg, de Northuniberland , de Durham, de New-Castle , de Genève, de Zurich, de Bàle. etc., etc.; docteur en droit des universités d'Edimbourg et de Dublin; docteur en philosophie , médecine et chirurgie; chevalier de l'aigle rouge de Prusse ; professeur honoraire à l'académie de Lausanne, et professeur d'histoire naturelle à celle de Neuchàtel. Oit*'taa<3' ooii-touiie pat- la- C^ooLete C/ecîoataiie' c)e kovùiteé. TOME UI, Contenant l'Histoire de l'Ordre des Placoïdes. NEUCHATEL (Suisse), IMPRIMERIE DE PETITPIERRE. 1835 — 45. PREFACE. Les Familles naturelles dont ce volume doit contenir l'histoire, sont des de'memhre- mens des genres Squalus et Raja de Linné, dont j'ai fait un ordre distinct sous le nom de Placoïdes. C'est pour les espèces fossiles la partie la moins avancée de mes recherches, celle que j'ai eu le plus de peine à coordonner, et devant l'impression de laquelle j'ai par conséquent reculé le plus long-temps; mais c'est aussi la partie la plus difficile de l'Ichthyologie, celle sur laquelle, de l'aveu même de tous les natura- listes, l'on possède le moins de renseignemens précis, celle enfin qui, avec le temps, devra recevoir les additions les plus considérables, Lorsqu'en i833 j'ai publié la première livraison de cet ouvrage, je connaissais environ 5oo espèces de poissons fossiles 5 en i835, j'en avais déjà déterminé plus de 800, grâces aux immenses matériaux que l'Angleterre m'a fournis; aujourd'hui je possède des renseignemens plus ou moins précis sur environ 1000 espèces. Sur ce nombre, il y en a près d'un quart qui appartiennent à l'ordre des Placoïdes, mais que pour la plupart je ne connais encore que d'après quelques fragmens détachés. En présence d'un développement aussi rapide d'une science qui ne fait que de naître, mal- gré les suffrages des hommes les plus dignes de m'inspirer de la confiance, et malgré les distinctions et les encouragemens des Corps savans qui ont le plus contribué aux développeniens de la Géologie et de la Paléontologie, je sens tous les jours plus vi- vement que mes forces ne suffiront point pour achever la tâche que je m'étais impo- sée en commençant, de donner un aperçu général de tous les poissons fossiles qui existent maintenant dans les collections. Si donc je me suis décidé à livrer au public, dès-à-présent et aussi rapidement que possible, la continuation de mes recherches et en particulier tout ce qui est relatif aux Placoïdes , quelque imparfait que soit encore < vr ce dernier travail, c'est dans l'espoir de trouver bientôt des auxiliaires, empressés à venir coinbler les nombreuses lacunes que j'aurai à signaler, presque à chaque pas, dans cette partie de mon ouvrage. L'état de dissolution dans lequel on trouve ordinairement les Placoïdes fossiles, rend leur détermination très-difficile. Non-seulement il est extrêmement rare d'en trouver dont toutes les parties soient encore réunies, mais encore, le plus souvent, il est impossible, avec les matéiiaux qui existent, d'acquérir seulement la certitude que telles ou telles parties détachées ont appartenu à un même animal. La mobilité de leurs dents, la facilité avec laquelle elles se détachent, l'incohérence de leurs ver- tèbres, les rapports particuliers des nageoires avec le reste du squelette, et la struc- ture de leurs tégumens , sont autant de causes qui contribuent à la prompte sépara- tion de toutes ces parties après la mort de l'individu ; ensorte que l'on trouve souvent pêle-mêle , dans la même couche , des fragmens de différentes espèces , sans qu'il soit possible de les réunir convenablement. D'un autre côté, la rareté des squelettes bien conservés de ces poissons fait que l'on ne peut pas même s'appuyer sur l'analogie que présentent les espèces vivantes pour arriver à des résultats plus certains que ceux que fournit dès-à-présent le seul gisement des fossiles. Il serait donc très à désirer que les naturalistes voyageurs ne perdissent pas de vue les recherches qui peuvent avancer cette partie intéressante de la Paléontologie. Une collection de pois- sons cartilagineux faite dans ce sens exigerait peu de peine ; il suffirait de détacher leurs mâchoires , et d'y joindre quelques vertèbres de différentes régions du corps, quelques rayons des nageoires , surtout les grands rayons osseux qui distinguent cer- taines espèces de Squales et de Raies, et enfin quelques lambeaux de leur peau, pour avoir des moyens suffisans de déterminer à quels genres et à quelles espèces appar- tiennent les dents isolées, les vertèbres détachées, les gros rayons épineux et les fragmens de chagrin de ces poissons, dont on trouve des traces dans tous les terrains, depuis les couches les plus anciennes qui contiennent des fossiles, jusqu'aux terrains les plus récens, et dont un très-grand nombre appartient à des genres complètement éteints. Ne pouvant pas, dès-à-présent, résoudre toutes ces difficultés pour un grand nombre d'espèces, je me vois obligé de décrire séparément les différens fragmens que je possède, et de tenter ensuite quelques rapprochemens qui auront pour base les es- i VII pèccs bien connues et la coïncidence habituelle, dans diffe'rens gisemens, des pièces détache'es de celles que je ne connais pas en entier. J'ai en conse'quence divisé en plusieurs parties les matériaux qni composeront ce volume , comme suit : l" Pautie. Des IchthyodoiulitheSj ou rayons osseux qui se trouvent aux nageoires de certains Placoïdes. MM. Buckland et de la Bêche sont les premiers qui aient fixé sérieusement Tattention des géologues sur ces fossiles. IP Partie. Des Dents de Placoïdes, tant des espèces fossiles que des espèces vi- vantes, et des différences génériques et spécifiques qu'elles présentent. IIP Partie. Des Vertèbres détachées^ et en général du squelette des Squales et des Raies fossiles, comparé à celui des espèces vivantes. IV"' Partie. Du Chagrin et des différentes parties solides qui se développent dans la peau des Placoïdes. y* Partie. Examen des rapports qui existent entre les parties détachées des Placoïdes fossiles, et rdpprochemens que l'on peut faire pour rétablir les formes gé- nérales des espèces éteintes. YP Partie. Récapitulation ou Tableau synoptique des genres et des espèces de l'ordre entier. Quant à la nomenclature usitée pour désigner ces fossiles, je ferai remarquer que tout en suivant les lois généralement reçues en zoologie, j'ai dû cependant établir quelquefois des genres particuliers pour classer des fragmens trouvés dans différentes formations , qui pourraient bien avoir appartenu à des espèces différentes d'un même genre, ou même à la même espèce, lorsqu'ils ont été trouvés dans des formations équivalentes. Telles sont, par exemple, les dents de certaines espèces, qui peuvent avoir eu aux nageoires des rayons osseux que l'on ne connaît pas encore , ou que l'on a trouvés ailleurs, avec d'autres débris parmi lesquels on n'a pas rencontré de dents. Le temps et des fouilles géologiques plus nombreuses mettront probablement encore en évidence bien d'autres erreurs; cependant partout où j'ai pu prévenir ces doubles emplois, je l'ai fait : aussi verra-t-on souvent les mêmes genres reparaître plusieurs fois dans ce volume, lorsqu'on connaîtra déjà différentes parties du corps des espèces qu'ils embrassent. Les personnes capables d'apprécier les difficultés sans nombre d'un travail de ce genre accueilleront sans doute ce premier essai , quelles que soient les imperfections VIII qu'il présente encore. J'ai cru plus avantageux^ pour l'avancement de la science, de le publier tel qu'il est, que d'en retarder indéfiniment l'impression ; car ^ malgré les lacunes inévitables qu'il présente encore , il renferme cependant une masse considé- rable de renseignemens nouveaux qui, je l'espère, profiteront également à l'histoire naturelle des poissons vivans, à Tanatomie comparée et à la paléontologie. Neuchâtel, le 3 Juin i836. L. AGASSIZ. I" PARTIE. DES ICHTHYODORULITHES, RAYONS OSSEUX QUI SE TROUVENT AUX NAGEOIRES DE CERTAINS PLACOÏDES. CHAPITRE I. DES ICHTHYODORULITHES EN GÉNÉRAL. MM. Buckland et de la Bèclie ont désigné sous le nom d Ichthyodorulithes des rayons de nageoires que l'on trouve fossiles dans tous les terrains, et dont la déter- mination a long-temps embarrassé les paléontologues. Dans les ouvrages géolo- giques , ils sont généralement cités sous le nom de défenses de Balistes ou de Si- lures,- on les a même quelquefois pris pour des mâchoires d'animaux inconnus. Par l'étude comparative que j'en ai faite, je suis parvenu à découvrir leur véritable nature, et à reconnaître que ce sont réellement des rayons osseux de nageoires , semblables aux piquans qu'offrent les dorsales de différens poissons cartilagineux , mais appartenant la plupart à de nombreux genres qui n'existent plus. MM. Buck- land et de la Bêche, qui sont arrivés de leur côté à des résultats semblables, en ont décrit une douzaine d'espèces dans un Mémoire inédit qu'ils ont bien voulu mettre à ma disposition, ainsi que les matériaux qui leur ont servi à ce travail. Cette com- munication bienveillante a puissamment contribué à compléter cette partie de mes recherches. Les rayons osseux que l'on remarque aux nageoires de plusieurs genres de poissons cartilagineux vivans, se distinguent tellement des rayons des nageoires des poissons osseux, qu'on a lieu d'être surpris que l'analogie qu'ils présentent avec les rayons TOM. III. 1 — 2 — fossiles en question ait pu être si long-temps méconnue, et que ceux-ci, d'un autre côté, aient pu être envisagés comme des rayons de poissons osseux j et passer pour des défenses semblables aux formidables épines de certains Balistes et de certains Silures. En effet, quelle que soit la forme des rayons de nageoires des poissons osseux, ils présentent toujours à leur base deux apophyses articulaires, par lesquelles ils sont réunis aux osselets interapopliysaires ou aux apophyses épineuses qui les por- tent. L'on distingue constamment aussi à leur base les deux branches dont ils se composent chacun; tandis que les épines des poissons cartilagineux, bien que sym- métriques, sont toujours d'une seule pièce, et n'ont rien à leur base qui ressemble à une face articulaire ; au contraire, la partie inférieure de ces rayons, qui est cachée dans les chairs, est taillée en biseau et se termine en une pointe obtuse, qui n'est jamais articulée en ginglyme avec les os de la colonne vertébrale , mais dont la face postérieure et inférieure présente une rainure plus ou moins profonde, qui se pro- longe souvent dans l'intérieur du rayon jusque vers son extrémité. Par leur contexture, ces rayons diffèrent considérablement des autres parties du squelette des poissons cartilagineux : ils sont réellement fibreux et osseux, comme les os des poissons ordinaires, et n'ont ni l'aspect granuleux du squelette des Squales et des Raies, ni la mollesse et la flexibilité des rayons de leurs nageoires. Aussi, l'analyse chimique que M. Connell a faite des grands Ichthyodorulithes du calcaire de Burdic-House (v. Trans. ofilieRoj. Soc. of Edinb. Tom. XIII.) ^ qui lui ont offert la même composition que les os du Brochet fEsox Luciusjj loin d'infirmer, comme on pourrait le croire, l'analogie que j'ai établie entre ces fossiles et les épines des poissons cartilagineux vivans, me paraît en être réellement une confirmation. Ce- pendant, pour compléter cette démonstration il serait à désirer qu'un chimiste habile publiât aussi l'analyse des rayons de quelque espèce vivante , analyse qui, je crois, n'a point encore été faite. Les genres vivans de Placoïdes qui ont des rayons osseux à leurs nageoires, ne sont pas très-nombreux. CesoniXesCestracionj Centrinaj Spinax, ChimœrUj TrygoUj Mjliobates et Cephaloptera, sur les rayons desquels je vais donner quelques détails, afin de faire ressortir les rapports plus ou moins frappans qu'ils ont avec ceux que l'on ne connaît que fossiles. Je ferai d'abord remarquer que les piquans des genres de la famille des Raies ont ce caractère commun, qu'ils sont déprimés et plus ou moins aplatis ; et que c'est à leurs bords extérieurs qu'ils sont dentelés. Telles sont les épines des Trjgouj des Mjliobates et des Cephaloptera. Dans ces genres, en outre, il n'y a d'épines que sur un point du dos, bien que dans quelques espèces on en observe plusieurs l'une sous l'autre. Comme on connaît plusieurs espèces fossiles de Trjgorij très-bien conservées, et les dents et les rayons de plusieurs Myliobates qui ressem- — 5 — blent beaucoup aux espèces vivantes, je renvoie la description détaillée de ces rayons aux chapitres qui traiteront de ces genres. Je ferai seulement remarquer en passant, qu'il existe aussi des rayons fossiles de la famille des Raies, constituant des genres particuliers entièrement éteints, et qui remontent jusqu'à l'époque de la déposition de la houille. Dans les Squales et les Chimères,, au contraire, ces épines sont plus ou moins com- primées; et lorsqu'il existe des dents à leurs bords, c'est à ceux de la face postérieure qu'elles se trouvent. Dans le genre Chimœra^ il n'y a que la dorsale antérieure qui ait un rayon épi- neux. Comme on ne possède point encore de bonne figure d'un poisson de ce genre, j'ai fait représenter le Ch. monstrosa vol. 3, tab. C. Son épine dorsale (fig. 2, 3 et 4) est plus longue que les autres rayons de la nageoire; elle est large à sa base, forte- ment conprimée , et se termine en une pointe acérée qui est légèrement arquée en arrière ; ses faces latérales sont planes et parfaitement lisses , sa face antérieure l'est également, ensorte que les bords antérieurs sont à angle droit. Du milieu de la face antérieure s'élève vnie quille tranchante et très-saillante, qui s'étend tout le long de l'épine. Sa face postérieure est concave, et les bords qui la cernent sont armés de dents acérées, droites, dont la pointe se dirige en bas. Ces dents sont plus petites à l'extrémité du rayon, mais deviennent successivement plus grandes à sa partie infé- rieure, à mesure qu'il croît. Sa partie inférieure, recouverte par la peau, est taillée d'arrière en avant en biseau arrondi, et sillonnée d'une profonde rainure qui se pro- longe dans l'intérieur du rayon et le rend creux. La fig. 2 représente ce rayon de gran- deur naturelle, en profil; la fig. 3, par sa face postérieure; la fig. 4 par sa face anté- rieure, et la fig. 5 en donne une coupe transversale. Chez les mâles, il y a sur le milieu de la tête un second rayon osseux (fig. 6 et 7), d'une forme particulière, fortement arqué en avant, et dont la pointe est hérissée sur ses côtés et à sa face inférieure de petits piquans semblables à des dents de Raies. La base de ce rayon est dilatée en forme de disque, et repose sur les os du crâne. La fig. 6 le représente en profil, et la fig. 7 , par sa face inférieure. En avant des ventrales se voit aussi un rayon osseux^ court, dont le bord antérieur est armé de crochets très-pointus, et dont la pointe est dirigée en haut (fig. 8). En arrière de ces mêmes nageoires est un autre rayon osseux très-allongé (fig. 9), qui se divise en trois branches^ dont la moyenne est lisse, tandis que les deux latérales ont la face interne et toute l'extrémité couvertes de pe- tits piquans ayant leur pointe dirigée en avant. Ces rayons osseux en aA ant et en arrière des ventrales n'existent non plus que chez les mâles. Quoique l'on connaisse maintenant plusieurs espèces de Chimères fossiles, dont la découverte est due à M. Buckland, on n'a cependant encore rien rencontré d'analogue à ces rayons bi- _ 4 — zarres de la tête et des ventrales; on n'a trouvé jusqu'ici que des dents et des épines dorsales de ce genre, appartenante des espèces gigantesques qui vivaient à l'époque de la déposition de la craie et des terrains jurassiques supérieurs. Dans les genres Cestracion, Centrina elSpinaXj il existe deux dorsales, qui ont chacune un rayon osseux. Dans le genre Cestracion j ces épines sont puissantes, placées en avant de chaque dorsale , et engagées à-peu-près dans les deux tiers de leur longueur ; elles sont triangulaires, très-robustes, droites, aiguës, arrondies en avant, planes à leur face postérieure, et plus larges à la base, qui s'amincit succes- sivement. C'est de ces rayons que se rapprochent le plus les nombreux Ichthyodoru- lithes que l'on trouve dans les terrains secondaires et de transition. Dans le genre Centrina, les épines dorsales sont également très-épaisses, arrondies sur les côtés et à leur face antérieure , et concaves à leur face postérieure ; elles sont entièrement cachées dans un pli de la peau, qui s'élève jusqu'à l'extrémité antérieure des na- geoires. Celle de la dorsale antérieure, qui est la plus grande, est parfaitement droite et inclinée en avant; celle de la dorsale postérieure est faiblement arquée et inclinée en arrière. Dans le genre SpinaXj elles sont plus ou moins comprimées, placées au bord antérieur des nageoires, libres à leur extrémité, tandis que leur base est prise dans la membrane qui entoure les autres rayons. Ce genre Spinax comprenant plusieurs espèces maintenant bien connues, grâces aux descriptions détaillées et très-exactes que le Prince de Musignano en a publiées, je pense qu'il sera également utile de présenter encore quelques considérations sur les différences que l'on remarque entre les épines des deux dorsales et sur les caractères particuliers que présentent les épines de chaque espèce. Cette étude nous servira de guide dans la détermination des espèces fossiles qui avaient aussi deux épines dorsales. Une première différence plus ou moins sensible que l'on remarque entre l'épine de la dorsale antérieure et celle de la dorsale postérieure , c'est que celle de la dorsale antérieure est généralement plus courte, que celle de la dorsale postérieure. La largeur proportionelle de l'épine vers sa base constitue une seconde différence très- sensible dans quelques espèces, l'épine antérieure étant ordinairement plus large que celle de la seconde dorsale. Enfin une troisième différence s'observe dans le degré de courbure des épines; celle de la dorsale antérieure est constamment plus roide, elle est même habituellement droite à son bord postérieur et ne présente une légère courbure qu'à son bord antérieur, tandis que celle de la dorsale postérieure est plus ou moins arquée dans toute sa longueur. Quant aux caractères spécifiques qu'offrent ces épines, abstraction faite des différences qui viennent d'être signalées entre celle de la dorsale antérieure et celle de la dorsale postérieure, il est à remarquer que la nature de leurs faces, le degré de convexité ou de dépression qu'elles présentent, la — 5 — profondeur du sillon postérieur ou des sillons latéraux, la saillie plus ou moins proé- minente que forment les bords postérieurs ou l'arête antérieure, varient à peine dans les deux épines d'une même espèce , et présentent collectivement ou séparément de bons caractères pour distinguer les espèces. J'ai fait figurer le SpinaxBlainvilleiRisso, Tab. B, fig. i, afin de donner une juste idée de la position de ses épines vis-à-vis des autres rayons des nageoires. La fig. 2 les représente séparées^ sous plusieurs faces. Dans la fig. 3 on voit de même celles du Spinax Acantliias, et dans la fig. 4, celles du Spinax niger. Au chapitre Spinax, dont il existe une grande espèce fossile de la craie, je les décrirai plus en détail. TOM. III. — 6 CHAPITRE IL DU GENRE ONCHUS. J'ai réuni sous le nom d'Onchus plusieurs espèces d'Ichthyodorulites, qui ont été découvertes dans le calcaire carbonifère, dans le grès rouge de transition et dans les roches de Ludlow, qui font partie de la formation à laquelle M. Murcliison a donné le nom de système silurien. Ces rayons se distinguent des espèces bien connues du Lias par l'absence de dents à leurs bords postérieurs j ils sont en général de moyenne taille 5 leurs faces latérales sont sillonnées longitudinalement de rainures, entre les- quelles se trouvent des côtes arrondies plus ou moins larges. Dans la plupart des es- pèces, ces rainures et ces côtes s'étendent sur toute la surface des rayons; cependant il y a une espèce qui présente un espace lisse tout le long des bords postérieurs, mais qui pouirait bien aussi constituer un genre à part. Ne la connaissant encore qu'im- parfaitement, je l'ai laissée provisoirement dans le genre Onchus. Je n'ai pas encore pu parvenir à déterminer quel est le type des dents de ce genre. On en trouve de plusieurs espèces dans les mêmes couches que les rayons dont il s'agit ici, qui appartiennent évidemment à plus d'un genre; aussi tant qu'on ne les aura pas observées séparément dans les relations constantes, il sera impossible de les as- socier les uns aux autres avec connaissance de cause. I. OîVCHUS MURCHISONI Agass. Yol. 3, Tab. I. fig. let 2. Ce bel Ichthyodorulithe provient des rocs de Ludlow. Sa découverte étant due aux recherches persévérantes du géologue habile qui a répandu un jour si nouveau sur les caractères et les limites de la formation dans laquelle il se trouve, je me suis fait lui devoir de lui donner ce nom. D'ailleurs c'est à M. Murcliison que je suis rede- vable des i-enseignemens les plus précieux sur le gisement des poissons qui caracté- risent les terrains les plus anciens dans lesquels on ait trouvé des traces de l'existence de cette classe. Ces êtres, que nous appelons vieux de nos jours, étant du nombre des premiers habitans de notre globe, méritent une attention toute particulière, et de- vraient être décrits comme les jeunes enfans d'un monde encore à son berceau; car _ 7 — ils nous révèlent les premiers faits d'une histoire dont nous ne parviendrons à com- prendre les dernières pages qu'en en cherchant l'explication dans les temps les plus reculés. Le rayon que je désigne sous le nom d'Onchus Murchisoni, a une forme très-ca- ractéristique. Il est allongé, svelte, presque droit, et s'amincit très-insensiblement vers son extrémité supérieure^ ses côtes longitudinales sont grosses et larges, et les rainures qui les séparent très-profondes. Il est très-important pour l'histoire des pois- sons fossiles d'avoir dans les rocs de Ludlow une espèce aussi bien conservée, et sur la nature de laquelle il ne peut rester aucun doute. La présence de trois de ces rayons sur un échantillon de roche aussi petit que celui que représente la fig. ij, semble in- diquer que cette espèce n'était pas très-rare. Cependant, il est à remarquer que les poissons qui portaient ces rayons avaient probablement une épine à chacune de leurs deux dorsales, comme les espèces des genres Cestracion , Centrina et Spinax, avec lesquels ils ont quelque affinité. Les originaux de ces figures se trouvent dans la col- lection de M. Murchison. II. OiNCHUS TENUISTRIATUS AgaSS. Vol. 3. Tab. I. fig. 10. Les rayons de cette espèce diffèrent de ceux de la précédente par des rainures et des côtes plus faibles et plus serrées, et par leur forme généralement plus arquée. Ils sont aussi proportionnellement plus courts que ceux de l'Onchus Murchisoni. On les trouve ensemble dans les rocs de Ludlow. M. Murchison en a représenté sous plu- sieurs faces dans le bel ouvrage qu'il publie maintenant sur le système silurien. Ses fig. 12 et i3, Tab. C, font voir la cavité qui se trouve à la face postérieure de la base de ces rayons et qui se prolonge dans leur intérieur. Ma figure est copiée de la fig. 58 de cette planche. III. Oachus arcuatus Agass. Vol. 3. Tab. I. fig. 3, 4, 5.. Du vieux grès-rouge (Old red) de Bromyard. Les originaux de mes figures se trouvent dans la collection de M. Murchison. Rayons larges à leur base, très-arqués en arrière, se rétrécissant rapidement vers leur extrémité supérieure, sillonnés sur toute leur surface de rainures parallèles aux bords postérieurs , entre lesquelles sur- gissent des côtes arrondies assez fortes , et qui se terminent au bord antérieur de ma- nière à lui donner un aspect dentelé. C'est la plus grande espèce de l'old red, cepen- dant ce n'est pas la plus grande du genre-, celle du calcaire carbonifère de Bristol est plus grande. — 8 — IV. Onchus SEMiSTRiATUS Agass. Vol. 3. Tab. I. fig. 9. Du vieux grès-rouge de Southstone Rock. Je ne connais encore que des fragniens de rayons très-incomplets de cette espèce, mais qui sont très-caractéristiques. Ils proviennent de la collection de M. Murchison. La partie postérieure des faces laté- rales de ces rayons est lisse , mais la partie antérieure est sillonnée de rainures lon- gitudinales assez rapprocliées, entre lesquelles se trouvent de fines côtes aplaties. Comme toutes les autres espèces d'Onchus sont entièrement cannelées, il se pourrait que celle-ci dût former un genre distinct; mais l'état de conservation des exemplaires que j'ai eus à ma disposition ne me permet pas encore de le caractériser. V. Onchus sulcatus Agass. Yol. 3. Tab. i. fig. 6. Ichthyodorulithes bristoliensis Buckl. et de la Bêche (Msc.) Les rayons de cette espèce se distinguent surtout par l'irrégularité de leurs rai- nures et des côtes qu'elles séparent , et dont les unes sont environ du double plus larges que les autres. Cependant ces côtes ont toutes ceci de commun, que leur surface est aplatie. Il en existe un fragment au Musée de Bristol, provenant du Cal- caire carbonifère des environs de la ville. M. le D' Buckland m'a communiqué le des- sin d'un exemplaire mieux conservé, qu'il avait vu dans une collection d'Angleterre; mais dont je n'ai pu retrouver l'original nulle part. D'après le dessin, cet exem- plaire semble avoir eu dans la partie supérieure deux rangées de très-petites épines ; mais ces saillies pourraient aussi provenir de la terminaison des rainures longitudi- nales. M. Buckland marque dans la descx'iption manuscrite de cet Icbthyodorulithe qu'il m'a remise, que Ton aperçoit à sa face postérieure deux rangées régulières de tubercules. Il serait important d'examiner de nouveau quelques rayons entiers de cette espèce, afin de s'assurer si elle appartient bien réellement au genre Onchus; car ces rayons se rapprochent beaucoup de ceux des Hybodes, mais leur base oblique est plus large. Ma figure représente l'exemplaire du Musée de Bristol. — 9 — VI. Onciius ham\tus Agass. Vol. 3. Tab. I. fig. 7 et 8. D'après ce que j ai vu sur les étiquettes du Musée de Bristol, 3Iiller envisageait CCS rayons comme des cornes C homes J de quelque poisson cartilagineux. Ils se dis- tinguent surtout des autres Ichtliyodorulites par leur forte courbure , qui forme pres- que un demi-cercle. Ils s'amincissent rapidement vers leur pointe; leur base est sim- plement fortement échancrée, et la cavité intérieure ne paraît pas s'être étendue tout le long du rayon. Par là ils se rapprochent certainement de ces grosses épines que Ton voit sur le dos de quelques espèces du genre Rhina, et qui ressemblent tant à des rayons de nageoire. C'est un rapprochement de plus à faire entre les parties pé- rifériques du squelette et les parties solides de la peau. La surface est finement striée, et ces stries sont lisses. iO — CHAPITRE III DU GENRE CTENACANTHUS Agass. Leis Ctenacanthus sont d'immenses rayons très-comprimés, à base large, mais à cavité plus petite que celle des Oracanthus. La partie de ces rayons cachée dans les chairs paraît avoir été considérable. Au bord postérieur se voient quelques petites épines. La surface est ornée de stries longitudinales, plus rapprochées que celles des Hybodes, pectinées, c'est-à-dire crénelées transversalement et saillantes en forme de dents qui alternent d'une série à l'autre, mais qui semblent continuer à cause de leur obliquité. I. Ctenacanthus major Agass. ^ Yol. 3. Tab. 4. Outre un exemplaire presque complet, composé de trois pièces, dont l'une^ fig. i , est la contr'empreinte de la continuation des deux autres que j'ai figurées réunies, fig. 2j le Musée de Bristol possède encore un fragment de la partie moyenne d'un rayon de cette espèce, et cinq fragmens où l'on voit des sections plus ou moins obliques, qui ne donnent pas une juste idée de la coupe. Tous proviennent du cal- caire carbonifère de Bristol. ' C'est un des plus grands Ichthyodorulithes que je connaisse. Le rayon est élégam- ment arqué en forme de faux. Large à sa base, il se rétrécit insensiblement vers son extrémité supérieure. Toute sa surface est ornée de gros plis longitudinaux, entre les- quels se trouvent des sillons arrondis et des plis transverses et obliques très-rappro- chés, qui forment par leur saillie une sorte de dentelure sur les côtés de chaque sillon. Au bord postérieur du rayon, et vers sa pointe seulement, on remarque quel- ques petites épines j ou plutôt quelques rides plus saillantes en forme de peigne sur le sillon marginal. Ses côtés sont comprimés et légèrement bombés sur le milieu. Sa coupe transversale, fig. 3 , est ovale, arrondie du côté de la face postérieure du rayon et tranchante à son bord antérieur. La ligne de démarcation entre la partie sillonnée du rayon , qui était visible extérieurement et sa base lisse qui était cachée dans les chairs, est très-oblique. Le canal de la partie postérieure de la base est très-profond et se prolonge en forme de cavité ovale jusque vers l'extrémité du rayon. Si la taille du — 11 — poisson auquel ce rayon a appartenu est proportionnelle à la grandeur des espèces vi- vantes qui ont aussi des rayons osseux à leurs dorsales, on peut admettre, que celte espèce atteignait des dimensions gigantesques. II. CtENACANTHUS TENUISTRIATUS AgasS. Vol. 3. Tab. 3. fig. 7. 8. 9. 10 et 11. Cette espèce diffère considérablement de la précédente, par la ténuité des sillons de sa surface. J'en ai vu plusieurs exemplaires provenant tous du calcaire carbonifère de Bristol. Le plus grand qui se trouve dans la collection de Sir Phil. Egerton est une simple empreinte, dans la partie inférieure de laquelle se trouve un fragment du rayon. Dans ime autre pièce, on voit la partie de ce rayon qui occupait le haut de Tempreinte figurée. Un fragment de la partie inférieure d'un de ces rayons qui se trouve au Musée de Bristol, est représenté fig. 8. Celui de Sir Plul. Egerton paraît correspondre à la partie supérieure de celui de Bristol, sans être le même individu, et présenter sa terminaison naturelle. Les rayons de cette espèce se rétrécissent beaucoup plus rapidement que ceux du Ctenacanthus major; ils sont aussi moins arqués. Leurs stries longitudinales sont en général non-seulement beaucoup plus minces que celles du Ct. major j mais en- core celles du côté postérieur du rayon sont plus fines que celles de son bord anté- rieur. Dans l'exemplaire de Bristol , le bord antérieur est usé et lisse. La coupe transversale, fig. 9, 10 et 11 , fait voir une petite cavité, proportionnellement à l'é- paisseur du rayon. Vers la base fig. 9, la partie antérieure du rayon est très-épaisse ; vers le tiers inférieur la coupe transversale, fig. 10, a la forme d'un ovale très-com- primé, tandis que vers le tiers supérieur, fig. 11, elle est proportionnellement plus arrondie. Il serait possible que cette espèce de rayons provînt de la seconde dorsale du même poisson, qui portait aussi celle que j'ai désignée sous le nom de Ctenacanthus major. III. Ctenacanthus brevis Agass. Vol. 3. Tab. 2. fig. 2. Ichthyodorulithes brevis Buckl. et de la Bêche ( Msc. ) Je ne connais encore qu'un dessin de cette espèce de rayons , qui m'a été commu- niqué par M. le D' Buckland, et que j'ai fait copier dans la planche citée. On y voit — 12 — la partie inférieure d'un gros rayon , très-épais proportionnellement à sa largeur, et dont la surface est couverte de petits tubercules striés transversalement et disposés en séries longitudinales et parallèles. La base est lisse; la ligne de démarcation entre la partie cachée et la partie visible du rayon est très-oblique et arquée vers le bord antérieur. La cavité postérieure de la base est très-ample et profonde. Ce rayon pro- vient du Calcaire carbonifère de Bristol, des assises appelées Black Rocks. IV. Ctenacanthus ornatus Agass. Yol. 3. Tab. 2. fig. I. Cette espèce provient du vieux grès-rouge (Old red) du pays de Galles. Je n'en ai encore vu qu'un très-petit fragment qui m'a été communiqué par M. 3Iurcliison et qui est représenté dans la figure citée. C'est probablement du milieu d'un rayon que provient cette pièce. Tout imparfaite qu'elle est, on y reconnaît distinctement les ca- ractères des rayons du genre Ctenacanthus , savoir des rainures et des côtes longitu- dinales parallèles, avec des plis transverses. Cette espèce diffère cependant de ses congénères par la ténuité des côtes longitudinales qui sont très-rapprochées , et par la finesse des plis trans verses. La cavité intérieure du rayon paraît proportionnellement très-grande , et les parois qui l'entourent plus minces que dans les autres espèces. — 13 — CHAPITRE IV. DU GENRE ORACANTHUS Ag. Les rayons du genre Oracanthus se distinguent par leur grosseur considérable, par la largeur de leur base , et surtout par les étoiles qui ornent la partie de leur surface qui est visible. Je n'ai point remarqué d'épines à leur bord postérieur. Ce caractère et leur largeur les distinguent surtout des Asteracanthus qui appartiennent à la série oolitique ; tandis que les Oracanthus se trouvent dans des terrains plus anciens et particulièrement dans le calcaire carbonifère. C'est le type le plus massif d'ichthyodorulithes que je connaisse ; leur base ne pénétrait pas aussi profondément dans les chairs que dans les autres genres. Quoi- que je n'aie pas de donnée précise sur le type de dents qu'il faut associer à ces rayons , je suis cependant disposé à croire que celles que j'ai décrites sous le nom d'Orodus proviennent du même genre de poissons. I. Oracanthus Milleri Agass. Vol. 3, Tab. 3, fig. i, 2, 3 et 4. Ichthyodondilhes curvicostatus Buckl. et de la Bêche (Msc.) Ce qui distingue surtout cette espèce, c'est que les étoiles de sa surface, disposées en rayons obliques, se confondent plus ou moins et deviennent de plus en plus grosses de la pointe du rayon à sa base. Cependant l'état de l'exemplaire que j'ai figuré a été long-temps une énigme pour moi ; il est même assez difficile de se faire une juste idée de son aspect et des détails de ses ornemens. La fig. \ représente le rayon en entier vu par le côté gauche. Il est composé de quatre pièces rajustées ; la pièce supérieure est le sommet du rayon en relief vu du côté gauche , et montrant une partie de sa coupe transversale. La seconde pièce est une empreinte du côté droit de la fig. 2, qui est mobile, et que l'on a enlevée pour la dessiner. La troisième pièce est encore une portion du côté droit ; mais ici l'os est resté en place, et l'on n'en voit que la face interne, c'est-à-dire celle qui forme la cavité intérieure du rayon. C'est pour cette raison Carton. Tom. III. ^ — ik — que sa surface paraît lisse. Ce n'est qu'au bord inférieur, là où l'os est enlevé, que l'on remarque quelques traces des ornemens extérieurs, ou plutôt leur empreinte. La quatrième pièce ou la pièce inférieure montre de nouveau le côté droit du rayon . Il est conservé dans sa partie anté- rieure , mais son bord postérieur est enlevé, et il n'en est resté que l'empreinte. Le bord inférieur de celte pièce paraît indiquer la terminaison naturelle du rayon , et cependant immédiatement au dessus l'on voit les étoiles de la surface extérieure, qui, comme nous le savons , ne s'étendent jamais entre les muscles. Il me paraît probable que l'insertion de ce rayon était très-superficielle et s'opérait par une base très-large ; mais il serait pos- sible aussi que ce bord ne fût que l'angle inférieur et postérieur du rayon. Les deux fragmens de fig. I et 2 sont de toute manière les plus douteux. Il se pourrait fort bien qu'ils fussent comprimés sur leur tranche, et que le sommet des angles que forment les séries d'étoiles correspondissent au bord antérieur. Dans ce cas, la coupe de fig. 3 , qui est prise sur la seconde pièce de fig. 2 , n'indiquerait nullement les rapports primitifs de ses parties. En effet, les étoiles sont très- petites et leurs rangées paraissent se réunir pour former une série médiane verticale, ce qui ne s'observe jamais qu'au bord antérieur des rayons ; tandis que les côtés sont ordinairement ornés de séries obliques descendant du bord antérieur vers le bord postérieur, comme dans les Gyracanthus. Si l'on pouvait sup- poser en outre que ces rayons fussent tordus comme dans ce genre, leur compression inégale n'aurait plus rien de surprenant ; mais alors il faudrait attribuer à l'usure la surface lisse qui termine le rayon et qui paraît cependant naturelle. Dans tous les cas , ce rayon diffère essentiellement de celui des Gyracanthus, en ce que, quelle qu'ait été sa position naturelle, les étoiles qui ornent sa surface n'aboutissent nulle part à une ligne médiane longi- tudinale bien saillante ; ni au bord antérieur, ni au bord postérieur ; du moins il n'y en a aucune trace à la face postérieure où les étoiles sont les plus grandes. Quant aux étoiles mêmes (fig. U) , elles sont saillantes , obliques sur leur base , ayant leur pointe un peu inclinée vers le sommet du rayon. Elles sont en outre disposées trans- versalement et obliquement, et surgissent d'un fond strié longitudinalement dans la direc- tion du diamètre longitudinal de l'os. Par-ci par-là ces étoiles sont confluentes et paraissent même former des arêtes continues , comme c'est le cas dans la seconde pièce de la lîg. I . Depuis la publication de mes figures, M. Stuchbury m'a adressé le dessin d'un autre exemplaire de cette espèce, trouvé dans les environs de Bristol, dans le calcaire carbonifère, et qui fait partie de .la collection de M. Johnson. Sa taille est d'un tiers plus considérable que celle de l'exemplaire figuré, et comme il est très-bien conservé , j'ai pu me convaincre que la manière en laquelle j'ai expliqué la compression des fragmens rajustés dans ma planche , est conforme aux caractères naturels de ce rayon. L'exemplaire de Tab. 3 se trouve au musée de Bristol, où il a été déposé par Mil- ler ; il provient du calcaire carbonifère , des assises appelées Black Rocks. C'est l'/c/t- thjjodorulithes curvicostatus de MM. Buckland et de la Bêche; mais celte dénomination — 15 — ne convenant plus à ce fossile, des que les séries de ses étoiles reprendraient la posi- tion naturelle que j'ai cru pouvoir leur assigner plus haut, j'ai dû changer le nom spé- cifique. Le Musée de Bristol possède aussi les contr'empreintes des pièces que je viens de décrire, réduites en plusieurs fragmens, mais qui n'apprennent rien de nouveau. Dans un autre exemplaire du même Musée, toutes les étoiles sont brisées, et une grande partie de la surface extérieure de l'os est enlevée. Je n'en ai vu nulle part ailleurs. II. Oracanthus pustulosus Agass. Yol. 3. Tab. 2. fig. 3 et 4. Cette espèce est la plus grande du genre. D'après les fragmens que j'en ai sous les yeux , elle paraît moins large que la précédente; et on ne voit certainement nulle part des épines à son bord postérieur. L'épaisseur de ce rayon est beaucoup moins consi- dérable que dans celui de l'Oracanthiis Milleri^ tant ses côtés sont comprimés; sa cavité est très-spacieuse; ses parois sont d'une épaisseur assez uniforme, un peu plus considérable cependant au bord postérieur où la cavité est arrondie; au bord antérieur il est plus tranchant. Le tissu de cet os est entièrement fibreux. Sa surface extérieure est toute couverte de tubercules disposés en séries irrégulières , et qui paraissent plus serrées au bord inférieur du rayon. La partie principale de ce fossile j qui est représentée fig. 3, est l'empreinte d'un rayon , sur laquelle reposent seule- ment quelques fragmens incohérens du rayon même; la pièce supérieure cependant est fixée dans la roche et Ion voit à son bord inférieur une grande partie de sa coupe tranversale en raccourci ; les deux pièces inférieures sont mobiles ; elles sont séparées par des lacunes, qui laissent également voir à leur bord une partie de la coupe trans- versale. Sur ces morceaux mobiles jai très-bien pu examiner la forme du rayon et les rapports de ses parois avec sa cavité intérieure. La coupe transversale que représente la fig. 4 est prise sur la pièce inférieure de la fig. 3, où l'on a tout le moule intérieur de la cavité intérieure. La pièce détachée de l'angle inférieur n^est qu'un fragment du côté gauche du rayon visible par sa surface intérieure dans sa position naturelle ; elle est mobile comme les autres pièces. Cet Ichthyodorulithe provient des Black Rocks du Calcaire carbonifère de Bristol; je n'en ai vu que cet exemplaire qui est déposé au Musée de Bristol. — 16 — III. Oracanthus minor Agass. Vol. 3. Tab. 3. fig. 5 et 6. Un fragment du Musée de Bristol semble indiquer luie troisième espèce de ce genre , encore plus comprimée que les deux précédentes et dont le bord postérieur est presque tranchant; ses étoiles sont très- irrégulières. J'avais pensé d'abord que ce fragment pouvait être simplement la terminaison de VOr. Milleri-^ mais cette supposition ne m'a plus paru pi'obable, lorsque je l'ai comparé à la pointe a de VOr. Mille/ i qui est représenté par les fig. i et 2. En effet, mon Or. minor est encore creux à sa pointe fig. 6, quoique de dimensions bien inférieures à celles de la terminaison de l'Or. Milleri qui est compacte et très-épaisse. Son apparence extérieure est celle d'une pince de crabe-, mais sa structure lui assigne certainement une place dans ce genre. Du reste, il sera peut-être encore long-temps douteux si ce fi^agment constitue réellement une espèce particulière ou non; les rayons du genre Oracantlius sont très-rares. Cet Ichthyodorulilhe provient comme les deux précédens du Calcaire carbonifère de Bristol. 17 — CHAPITRE Y. DU GENRE GYRACANTHUS Ag. Les caractères génériques des Ichtliyodorulithes du genre Gyracanthus consistent surtout dans la disposition des rides obliques qui ornent leur surface ; ce sont des arêtes et des sillons profonds s'étendant obliquement en descendant du milieu de la face antéiieure du rayon vers ses bords postérieurs , et aboutissant sur les côtés de la ligne médiane postérieure à des sillons longitudinaux. Je n'ai encore vu moi-même qu'une espèce de ce genre, qui provient du terrain liouiller d'Angleterre j mais je dois à M. Buckland des notes et des dessins qui sem- blent en indiquer deux autres , si ce ne sont pas des différences résultant de la posi- tion de ces rayons dans la nageoire dorsale antérieure ou postérieure. Différens fragmens de poissons cartilagineux trouvés dans les mêmes couches que les rayons sur lesquels j'ai établi le genre Gyracanthus, s'y rapportent probablement aussi. Je les décrirai plus tard. ^ I. Gyracanthus formosus Ag. Vol. 3. Tab. 5. fig. 2, 3, 4, 5 et 6. Cette espèce paraît très-répandue dans le terrain houiller. C'est même l'Ichthyo- dorulitlie dont j'ai vu le plus grand nombre d'exemplaires. Il y en a deux fort grands dans la collection de la société royale d'Edimbourg, qui ont au moins quinze pouces de longueur, et en outre un assez grand nombre de fragmens et plusieurs exem- plaires moins parfaits qui proviennent tous du calcaire d'eau douce de Burdie- House. M. le D' Hibbert en possède aussi plusieurs de cette même localité. M. Hutton m'en a aussi fait voir au musée de New-Castle sur Tyne, qui proviennent de la houille des environs. M. Buckland en a vu d'autres provenant de Sunderland, d'Aln- wick en Northumberland, et de Burnt Island. Dans son mémoire sur le calcaire d'eau douce de Burdie-House (Transact. of Roy. Soc. Edim. tom. XIII.) M. le D' Hibbert en a donné de bonnes figures. Elle a également été représentée dans le zoological Jour- — 18 — nal, N" 2, pi. 8, par J. Sowerby. L'exemplaire que j'ai fait figurer et qui appartient à M. W. Clayfield de Bristol, provient du terrain houiller de Dudley. Ces rayons sont arrondis , surtout à leur face antérieure et sur les côtés qui sont sillonnés d'arêtes obliques ; ils sont légèrement arqués en ariière, courbés sur le côté et même un peu tordus dans'toute leur longueur. Leur coupe est irrégulière, l'un des côtés étant un peu plus renflé que l'autre. La face postérieure est aplatie et sillonnée longitudinalement de plusieurs quilles parallèles qui s'étendent presque jusqu'au som- met du rayon et finissent en bas à l'échancrure que forme la cavité intérieure. Les rides latérales sont profondes, simples, taillées à angle droit, et forment des arêtes tran- cliantes à bords lisses dans la partie moyenne des rayons, plus ou moins ondulées sur leurs côtés et tuberculeuses vers leurs bords inférieurs. L'angle que forment ces rides au milieu de la face antérieure des l'ayons varie peu , il est d'environ 6o° ; cependant il est un peu plus aigu vers l'extrémité du rayon et plus ouvert vers sa base, sans ce- pendant y égaler un angle droit. La jonction de ces arêtes forme sur le dos des rayons une sorte de crête interrompue. Vers la base des rayons ces arêtes 'sont moins dis- tinctes et se réduisent sur la partie dorsale oîi elles deviennent en même temps plus denticulées. La racine des rayons est très-évasée et striée longitudinalement jusqu'à son extrémité ; vers la partie inférieure du sillon postérieur la cavité intérieure est assez considérable , mais vers le sommet dti rayon elle se rétrécit considérablement. Au point oii la cavité intérieure est complètement fermée, le sillon postérieur pré- sente une forte échancrure. M. Connell dans un mémoire imprimé dans le iS" volume des Transactions de la Société royale d'Edimbourg, a publié le résultat de l'analyse cliimique qu'il a faite d'un fragment de rayon de cette espèce. Il a ti'ouvé qu'il se composait de 53 o/°, de pbospbate de cbaux, de 33 "/o de carbonate de cbaux, de 107^ de matière siliceuse et d'une fraction de diverses autres substances 5 d'où il résulte, que la composition chimique de ce rayon se rapproche d'une manière frappante de celle des os des pois- sons osseux, dont le phosphate de chaux est le principal élément et diffère essentielle- ment de celle du squelette des poissons cartilagineux. Il semblerait résulter de là que la position que j'ai assignée au genre Gyracantbus parmi les poissons cartilagi- neux est une erreur manifeste; cependant je ferai observer d'un côté que la structure organique des rayons épineux des poissons cartilagineux diffère de celle de leurs ver- tèbres. En effet ces rayons sont fibreux, tandis que les vertèbres ont une structure granuleuse. D'un autre côté il n'existe point d'analyse chimique de quelque rayon épineux d'une espèce vivante de Chondroptérygien , ensorte qu'il serait prématuré de conclure que les Gyracanthes ne sont pas des poissons cartilagineux, parce que les rayons épineux de leur dorsale ont la même composition que le squelette des — 19 — poissons osseux. D'après la différence qui existe dans la structure des rayons épi- neux et des vertèbres des poissons cartilagineux, il me paraît même vraisemblable que les rayons diffèrent chimiquement du reste de leur squelette. Ce serait un sujet de recherches, qui compléterait heureusement les intéressans renseigncmens que l'on doit à M. Connell sur la composition des fossiles de Burdie-Ilouse. II. Gyuacanthus tubeuculatus Agass. Vol. 3. Tab. I a. (îg. I, 2, 3, 4> ^5 ^ ^'^ 7* M. le professeur Buckland m'a envoyé tout récemment le dessin d'un rayon de Gyracanthus qui par sa forme ne diffère pas essentiellement de ceux du G. for- mosus ; comme eux il est un peu plus renflé d'un côté que de l'autre et légèrement tordu. Ses arêtes latérales sont également obliques, elles se réunissent aussi sur le dos du rayon sous un angle d'environ 6o à 70°, elles ne pi'ésentent également pas de bifurcations ; mais elles diffèrent par la manière dont elles sont taillées : au lieu d'être coupées à angle droit et d'être tranchantes, leur partie saillante est ornée de tubercules allongés, anguleux et même bifurques et qui ne sont un peu moins marqués que vers la jonction des arêtes des deux côtés au milieu du dos du rayon. Le sillon inférieur ne présente pas non plus de quilles longitudinales \ il est simple- ment strié finement comme une partie de la racine que l'on voit dans cet exemplaire qui est d'ailleurs incomplet, puisque son sommet et sa base sont également tronqués. Il ne serait pas impossible que ce rayon ait appartenu à la même espèce que ceux que j'ai décrits sous le nom de Gyracanthus formosus, et que l'un provînt de la dorsale antérieure et l'autre de la dorsale postérieure. En attendant que cette ques- tion ait été résolue d'une manière positive, j'ai cru devoir désigner sous un nom par- ticulier ces diverses modifications du type des Gyracanthes. III. Gyracanthus alnwicensis Agass. IchthyodorulUhes alnwicensis Biick. et De la Bêche, Yol. 3. Tab. i a. fig. 8. Parmi les renseigncmens que MM. Buckland et de la Bêche m'ont remis sur les Ichthyodorulithes, j'ai trouvé le croquis et la description d'une espèce qui me paraît différer essentiellement des deux précédentes, si les caractères qui lui sont as- signés sont constans. Ce que je puis affirmer dès à présent, c'est que parmi les nombreux exemplaires de Gyracanthus fot^mosus que j'ai examinés, je n'ai point re- ~ 20 — marqué de variations qui me permettent de penser qu'il puisse passer au G. abiwi- censis. Celui-ci a la forme plus élancée ; il est proportionnellement plus long et plus grêle. Ses arêtes obliques sont beaucoup plus inclinées et se réunissent sur le dos sous un angle de 4o à 45°; elles sont unies, sans tubercules, ni dentelures; mais au lieu d'être simples jusque vers la base du rayon, elles ne le sont qu'à son som- met; depuis le milieu environ elles se bifurquent sur les côtés et vers les bords pos- térieurs, et près de la base elles sont même trifurquées. Ce fossile provient du terrain houiller des environs du château d'Alnwick. Je n'ai pas vu l'original ; mais il se trouve dans la collection de la duchesse de Northum- berland . — 21 — CHAPITRE yi. DES GENRES TRISTYCHILS , PTYCHACANTHUS ET SPHENACAINTHUS. Si les rayons épineux des différens genres de Chondroptérygiens vivans n'affec- taient pas des formes très-caractéristiques et constantes , il pourrait paraître préma- turé d'ériger des genres nouveaux pour y ranger les nombreux rayons fossiles que l'on trouve dans toute la série des terrains stratifiés. Mais l'incertitude à laquelle on est en proie quand on commence à étudier ces débris, se dissipe bientôt en voyant combien les caractères des espèces fossiles sont constans et comment ces espèces varient d'une formation à l'autre. On n'éprouve alors plus qu'un seul regret, c'est de ne posséder souvent que des Iragmens très -incomplets d'un être que l'on ne peut rapporter à aucun des genres établis, et même de ne pas pouvoir toujours s'as- surer si les diverses parties que l'on a trouvées dans un même gîte proviennent du même animal. En établissant les genres suivans, j'éprouve ce double embarras, DU GENRE TRISTYCHIUS. Le rayon qui est représenté tab. i a fig. 9, est le seul que je connaisse de cette es- pèce. Par sa forme il se rapproche extrêmement de ceux du genre Leptacanthus ; il en diffère cependant génériquement en ce qu'il a des sillons longitudinaux très- marqués à sa surface et sur toute la partie qui sortait des chairs , entre lesquels on dis- tingue de fines stries qui se confondent fréquemment j tandis qu'à sa base on ne re- marque que de fines stries. Cependant le caractère le plus marquant de ce genre de rayons consiste dans les trois quilles qui se trouvent à sa face antérieure , et dont la plus saillante est médiane \ les deux autres qui se continuent aussi jusqu'à la base du rayon sont latérales et s'éloignent insensiblement de la quille médiane. Entie ces quilles il y a de fines stries longitudinales. Aux bords postérieurs il y a des épines acérées, comme dans le genre Hybodus. TOM. III. — 22 — I. Tristychius arcuatus Ag. Tab. I a. vol. 3 fig. 9, 10, 11. Le layon auquel j'ai donné ce nom provient d'un schiste argileux de Greenside, près de Glasgow, appartenant à la formation houillère. Il avait été communiqué à M. Robison, secrétaire de la Société royale d'Edimbourg, par M. Smith de Jordan Hill. Les dimensions de cet ichtyodorulithe sont très-inférieures à celles des espèces du calcaire carbonifère de Bristol et du calcaire d'eavi douce de Burdie-House. Il a en- viron trois pouces de longueur sur autant de lignes de largeur j son extrémité est arquée et se rétrécit insensiblement pour se terminer en pointe acérée. Les sillons longitudinaux et les arêtes qu'on remarque sur ses côtés se confondent vers la pointe. Les dents des bords postérieurs sont très-acérées, grandes proportionnellement et un peu arquées vers la base du rayon j celles de la région moyenne sont les plus longues, vers sa pointe elles deviennent de plus en plus petites ; celles de la partie inférieure sont plus petites que celles de la région moyenne du rayon, cependant elles sont plus grandes que celles de son extrémité. Ces dents sont placées sur les bords postérieurs des devix côtés, comme on le voit dans les coupes fîg. 10 et 11, et interceptent im sillon dont la largeur égale l'épaisseur du rayon dans sa partie inférieure, mais qui se rétrécit insensiblement vers la pointe oii les dents des deux côtés se touchent. La cavité intérieure du rayon est proportionnellement petite. DU GENRE PTYCHACANTHUS. Le genre Ptychacanthus ne repose encore que sur la connaissance d'un seul rayon du calcaire d'eau douce de Burdie-House qui m'a été communiqué par M. le pro- fesseur Jameson. La forme générale de ce rayon est celle d'une faucille très-peu ar- quée, mais qui s'amincit insensiblement vers son extrémité j il appartient en outre à la division de ceux qui sont comprimés latéralement et dont le bord antérieur forme une quille plus ou moins obtuse : par là il se rapproche des Leptacanthus et des Ne- macanthus. Toute sa surface est ornée de plis très-lins, très-rapprochés , et ses bords postérieurs portent des dents semblables à celles des Hybodes. — 23 — I. Ptychacanthus sublevis Ag. Vol. 3, tab. 5. fig. I, 2, 3. Bien que tronqué à ses deux extrémités, ce rayon est assez bien conservé pour qu'il ne puisse rester aucun doute sur les dilTérences qui le distinguent de toutes les autres espèces de la formation houillère. En effet , la forme comprimée et la finesse de ses stries Téloignent trop des Cténacanthes et des Oracantlics , pour qu'on puisse songer aie ranger dans ces genres. L'absence de quilles au bord antérieur ou sur les côtés l'exclut des genres Tristychius et Nemacantbus : à certains égards il se rappro- cherait des Leptacanthes , mais ces derniers ont en général une forme trop effilée pour qu'il ne soit pas permis de présumer que l'animal qui portait im rayon conforme comme celui sur lequel j'ai établi le groupe des Ptychacanthes en différât généri- quement. _ J'ai donné à cette espèce le nom de sublevis, parce que les stries qui ornent sa sur- face sont tellement fines, que le rayon n'en paraît pas moins, au premier coup- d'œil, entièrement lisse. Cependant,' vues de près, ces stries sont bien distinctes, et proviennent réellement de plis très-rapprochés et très-fins qui s'étendent sur toute la sui'face du rayon. Les dents des bords postérieurs sont plus éloignées qu'elles ne le sont ordinairement dans ces sortes de rayons j elles paraissent avoir été obtuses , à en juger du moins par l'exemplaire que j'ai examiné, et où elles ne se montrent que comme de petites papilles oblongues peu saillantes. Un caractère assez remarquable de ce rayon consiste dans la grandeur considérable de sa cavité intérieure qui s'é- tend jusque vers son extrémité. Les fig. 2 et 3 représentent des coupes prises vers la base et vers le sommet, et en donnent une juste idée. Le bord antérieur est en forme de quille assez tranchante. DU GENRE SPHENACANTHUS. C'est encore sur un seul rayon , provenant du calcaire d'eau douce de Burdie-House, et qui se trouve dans la collection de la Société royale d'Edimbourg, que j'ai cru de- voir établir ce genre. Il a bien, comme les Gyracantlies, des sillons et des arêtes ti'ès-marqués ; mais au lieu d'être disposé obliquement et en travers du rayon, comme dans ce genre, les arêtes et les sillons du Sphénacanthe s'étendent longitudinalement depuis la base jusqu'au sommet du rayon , qui est d'ailleurs de forme arrondie sur ses côtés et à son bord antérieur, mais coupé carrément à sa face postérieure. Ces carac- tères le rapprochent beaucoup des Hybodes , dont il diffère en ce qu'au lieu de grosses . dents à ses bords postérieurs, on n'y remarque qu'une fine crénelure. — 24 — I. Sphenacanthus serrulatus Ag. Vol. 3, tab. I, fig. II, 13, i3. La forme de ce rayon est celle d'un gros coin qui s'amincit insensiblement vei-s son extrémité , et qui est arrondi sur trois de ses faces et coupé carrément sur là qua- trième. Le côté ti'onqué est lisse, et sur ses bords on remarque une dentelure peu saillante. Les arêtes qui font saillie sur les côtés et sur le bord antérieur se perdent insensiblement aux bords postérieurs vers la pointe ; elles sont arrondies au bord antérieur et sur les côtés de la pointe du rayon ^ tandis que , sur les côtés de la partie moyenne et inférieure, surtout du côté des bords postérieurs, elles sont lé- gèrement crénelées .^ 25 — CHAPITRE YII. DU GENRE NEMACANTHUS. Ces rayons ont en général la même structure que les autres Ichthyodorulithes; cepen- dant ils ont quelques caractères très-particuliers dans les rapports de leur cavité , du corps des rayons, et des stries et étoiles qui ornent leur surface, et surtout dans la quille ou le filet saillant qu'ils portent le long de leur bord antérieur. Ils sont en général comprimés, leurs côtés sont aplatis et leur bord antérieur a la forme d'une quille surmontée d'un filet arrondi qui se détache du reste du rayon par une légère canelure latérale. Leur partie antérieure est compacte, c'est-à-dire, que la cavité intérieure est peu développée et ne forme depuis la base qu'une rai- nure qui occupe la moitié de l'épaisseur seulement, et qui se transforme en une cavité close étroite vers la région oii, à l'extérieur, les tubercules commencent. Ce- pendant une rainure extérieure s'étend également en dessous jusque vers la pointe. Sur les bords arrondis qui forment cette rainure extérieure , il y a de petites saillies allongées et aplaties en forme de dents. La surface extérieure des rayons de ce genre diffère encore considérablement de ce que l'on observe dans les Ichtbyodorulitbes ordinaires : dans sa partie supérieure et près du filet du bord antérieur, elle est parsemée de mamelons arrondis, disposés en séries continues parallèles à ce filet. Une autre particularité digne de remarque, c'est que ces mamelons commencent sur une ligne oblique qui paraît assez distante de la partie qui était enveloppée dans la peau; du reste, toute la surface extérieure qui n'est pas mamelonnée, est fine- ment striée, et les stries sont parallèles au bord postérieur du rayon ; en sorte qu'elles forment un angle, il est vrai très-obtus avec les séries de mamelons. Je distingue deux espèces de ces rayons provenant du Lias des environs de Bris- tol, de la couche appelée BoneBed, à old passage, Aust. Laroche qui les contient est une sorte de brèche osseuse renfermant en même temps des fragments de dents de mon genre Ceratodus et des os du grand poisson de Wilby. _> 26 — I. Nemacanthus monilifer Ag. Yol. 3. Tab. 7. fig. 10, II, 12, i3, 14 et i5. C'est la plus grande des deux espèces. Le filet du bord antérieur du rayon est ar- rondi , bien détaché des surfaces latérales , et plus large que les mamelons ne sont grands. Ceux-ci sont arrondis, excepté les inférieurs qui sont un peu allongés. La partie non mamelonnée est très-considérable ; la partie lisse du bord postérieur est plus large que le filet du bord antérieur. Je ne connais pas la p.ointe, ni le contour de la base de cette espèce. Les tubercules du bord postérieur sont de petits mame- lons allongés , un peu plus grands que ceux de la surface extérieure , mais moins saillans. La fig. i3 représente une coupe du plus grand de ces rayons en dessus des mamelons de sa surface ; dans la fig. i4 elle est prise un peu en dessous de leur com- mencement -, celle de la fig. i5 coi'respond à la partie tronquée de l'exemplaire fig. 11. L'exemplaire de la fig. 10 donne une idée plus juste de la forme générale des rayons de cette espèce qui sont légèrement arqués, et fait voir les tubercules de leur bord postérieur. Les exemplaires que j'ai fait dessiner proviennent tous du Lias de Bristol et se trouvent dans le musée de cette ville. M. le professeur Buckland en possède aussi provenant également des environs de Bristol , de Westbury. II. Nemacanthus filifer Ag. Yol. 3. Tab. 7. fig. 9. Cette espèce diffère essentiellement de la précédente, par la petitesse de ses ma- melons et des tubercules de ses bords postérieurs et par la ténuité du filet de son bord antérieur ; du reste , sa surface extérieure est presque entièrement lisse, tant les stries sont fines ; celleis-ci ne sont même pas toujours continues, en sorte qu'il semble par- fois que la surface est ornée de petits sillons rectilignes ou moins réguliers. Ce fossile se trouve également au musée de Bristol et provient de la même lo- calité que le précédent. — 27 CHAPITRE VIII. DU GENRE LEPTACANTHUS. Les Leptacantluis ont à leurs nageoires dorsales de petites épines ensiformes plates, dont les bords postérieurs sont armés de dents acérées et dont le bord antérieur est tranchant. Leur surface extérieure est marquée de fines stries longitudinales, nom- breuses et serrées qui ne forment pas de sillons marquans. La structure de la base de ces rayons ne m'est pas bien connue 5 cependant ils ne me paraissent pas différer des Hybodes. Les espèces de ce genre appartiennent à la formation jurassique , y compris le Lias. I.Leptacanthus tenuispinus Agass. Yol. 3. Tab. I fig. 12 et i3. Je ne connais encore qu'un seul exemplaire de cette espèce d'Ichthyodorulithe , découvert récemment par Sir Phil. Egerton dans une géode marneuse du Lias de Lyme-Regis, et qui se trouve maintenant dans sa collection. Jusqu'alors je croyais les Leptacanthes limités au terrain jurassique proprement dit. Ce rayon provient certainement d'une espèce différente de celle de Stonesfield , à laquelle il ressemble le plus. Il se distingue surtout par des stries moins nombreuses et très-peu marquées sur ses côtés et vers ses bords postérieurs •, les dents des bords sont très-rapprochées et très-petites , ce qui lui a valu son nom spécifique 5 enfin sa forme est moins arquée que celle de l'espèce de Stonesfield, tandis que ses côtés sont un peu plus bombés, son extrémité inférieure est brisée. La fig. 12 le repré- sente en profil, et la fig. i3 en est la coupe transversale au dessus de la base. 1- 28 — • II. Leptacanthus semistriatus Agass. Vol. 3. Tab. 7. fig. 3, /|, 5, 6, 7 et 8. Ichthyodorulithes stonesjieldiensis BucU. et de la Bêche. Les rayons de cette espèce sont très-communs à Stonesfield j cependant je ne sais pas encore à quelle espèce de dents il faudra les rapporter, bien qu'on en trouve beau- coup dans la même localité ; mais comme ces dents proviennent évidemment de dif- férens genres, je n'ai pas encore obtenu de renseignemens assez précis sur leur mode d'association pour pouvoir opter entre elles. Ces rayons sont très-étroits , allongés et élégamment arqués 5 leur surface est complètement lisse le long des dents des bords postérieurs , et finement striée sur les côtés jusqu'au bord antérieur. Ces stries sont longitudinales, mais souvent interrom- pues et quelquefois confliientes. Les dents des bords postérieurs sont très-pointues , très-inclinées vers la base du rayon et disposées sur deux rangées, l'une à droite et l'autre à gauche ; elles s'étendent sur plus de la moitié de la longueur totale des rayons . La surface postérieure qu'elles interceptent est légèrement concave et très-étroite. Les faces latérales sont très-peu bombées et presque complètement planes. La fig. 3 représente l'exemplaire le plus complet que j'aie vu \ sa base un peu plus large que la partie moyenne paraît arrondie à son bord postérieur ; les fig. 4 et 6 re- présentent des exemplaires moins parfaits , mais dont la pointe aiguë et les dents acé- rées des bords postérieurs sont très-visibles \ la fig. 5 représente un fragment oîi l'on voit bien la différence qui existe dans la nature de la surface latérale vers le bord pos- térieur où elle est lisse et vers le bord antérieur oîi elle est finement striée. Enfin les fig. 7 et 8 représentent des détails de structure j la fig. 7 fait voir les dents des bords postérieurs considérablement grossies ; on y reconnaît que l'espace compris entre deux de ces dents égale au moins la largeur d'une dent à sa base. Ce caractère est très-important, parce qu'il constitue une des principales différences entre cette es- pèce et la suivante. Tous les rayons de cette espèce que j'ai vus proviennent de Stonesfield. J'en ai examiné un très-grand nombre au Musée d'Oxford, dans la collection de la Société géologique de Londres, à l'Ecole des mines à Paris, et dans les collections de Lord Cole, de Sir Phil. Egerton et de M. Yoltz à Strasbourg. Les originaux de mes figures sont à l'Ecole des mines et dans la collection de Lord Cole. — 29 — III. Leptacanthus seruatus Agass. Vol. 3. Tab. 7. fig. T et 2. Cette espèce diffère de la précédente par sa taille plus considérable, et surtout en ce que toute la surface du rayon est finement striée, et que les dents de ses bords postérieurs (fig. 2) sont plus rapprochées les unes des autres, plus grosses, plus massives, plus droites et plus arrondies. Son bord antérieur est très -tranchant. L'exemplaire que j'ai fait représenter ( fig. i ) et qui se trouve dans la collection de Lord Cole est le seul que je connaisse. Son origine n'est pas très-certaine; il est cependant probable qu'il provient de Stonesficld. , IV. Leptacanthus longissimus Agass. \ol 3. Tab. I a. fig. 14, i5, iG, 17 et 18. C'est avec doute que je rapporte au genre Leptacanthus une espèce d'Ichthyodo- rulithe, dont je dois la connaissance à l'obligeance de M. Eudes DesLongchamps , qui l'a découverte dans le calcaire de Caen et qui me l'a communiquée à une époque où je ne possédais pas encore assez de matériaux sur ces rayons épineux de Pla- coïdes, pour oser les distribuer dans des genres différens. Maintenant je le signale plutôt à l'attention des paléontologistes que je n'espère en donner une description satisfaisante. Il serait même possible que les figures que j'ai fait dessiner alors, et que je publie aujourd'hui, ne fussent pas parfaitement correctes, tant il est vrai que l'on ne voit bien que ce que l'on comprend complètement. Ce rayon a un caractère très-particulier dans sa forme très-allongée et propor- tionnellement très-grèle ; par-là il se rapproche des Leptacanthus,, mais il est consi- dérablement plus grand que les autres espèces de ce genre -, sa forme comprimée et les dents de ses bords postérieurs confirment encore la place que je lui ai as- signée provisoirement. Mais il me reste des doutes sur les fines stries de sa sur- face que je ne trouve pas mentionnées dans mes notes, bien que le dessinateur pa- raisse en avoir vu -, cependant il se pourrait aussi que les lignes longitudinales qu'il a tracées sur ce rayon n'aient été faites que comme un moyen de dessin. Les dents des bords postérieurs ne sont pas non plus rendues avec beaucoup de précision. Es- pérons que 31. DesLongchamps en publiex'a un jour une figure plus soignée et une description plus détaillée que celle que je puis en donner maintenant. Les fig, i5 et 1 7 représentent deux fragmens de ce rayon vus par leur face postérieure et sur les ToM. III. 5 ~ 30 — bords desquels se dessinent les dents qui interceptent le sillon arrondi de cette face. Les fig. i6 et i8 représentent des coupes de ces mêmes fragmens et font voir que la cavité intérieure du rayon est assez grande et se prolonge très-liaut. A en juger d'a- près mes figures, les dents disparaîtraient complètement vers la pointe du rayon . et tout son bord antérieur serait moins ti'anchant qu'il ne l'est dans les autres espèces de Leptacanthus. -— 51 CHAPITRE IX. DU GENRE ASTERACANTHUS. Les rayons des Asteracantlies sont en général assez grands, légèrement arqués, arrondis à leur bord antérieur, armés de deux rangées assez rapprochées de dents à leur bord postérieur, et entièrement couverts de tubercules étoiles à leur surface : leur base est lisse ; à la partie inférieure de la face postérieure on remarque un large sillon évasé, dont les bords sont arrondis, et qui se réunissent plus haut, de manière à former une cavité intérieure assez spacieuse. Ces rayons caractérisent les terrains jurassiques supérieurs où ils semblent rem- placer les Oracanthes du calcaire carbonifère, I. AsTERACANTHUS ORNATISSIMUS AgasS. Vol. 3. Tab. 8. Ichthfodorulithes heddingtonensis Buck. et de la Bêche. Parmi les pièces figurées dans cette planche, celles que représentent les fig. 7 et 8 sont les seules sur le gisement desquelles j'aie des renseignemens précis. Elles pro- viennent de l'argile de Rimmeridge de la colline de Shotover près d'Oxford, et se trouvent dans la collection de Sir Phil. Egerton. M. Hugi en a trouvé dans le Calcaire Portlandien des environs de Soleure un assez grand nombre d'exemplaires, dont phi- sieurs sont dans un état parfait de conservation. J'ai tout lieu de croire que l'exem- plaire représenté par les figures i, 2 et 3, et qui se trouve au Muséum d'Histoire na- turelle à Paris, provient également de Soleure. Cuvier en ignorait l'origine, mais je tiens de M. Hugi qu'il en avait envoyé un à Paris; d'ailleurs l'aspect et l'état et le mode de conservation de l'exemplaire de Paris rappellent tellement les exemplaires de Soleure, que je ne doute pas qu'ils ne proviennent de la même localité. L'Ichthyo- dorulithes heddingtonensis de MM. Buckland et de la Bêche est aussi le même ; mais l'exemplaire figuré et décrit par ces messieurs, provenait de largile de Rimmeridge — 52 — d'Heddington. L'origine des û'agmens représentés fig. 9 et lo m'est entièrement inconnue ; ces pièces se trouvent au Muséum d'Histoire naturelle de Paris. Ces rayons sont très-gros, légèrement arqués (fig. 3), et tant soit peu courbés sur le côté (fig. 3. ) Les faces latérales (fig. 2 ) et le bord antérieur ( fig. i ) qui est très-aiTondi , sont couverts d'étoiles saillantes, semblables à des tubercules rayon- nés, disposées en séries telles, qu'elles paraissent longitudinales dans la partie infé- rieure du rayon (fig. i et 2 ) et plutôt transversales dans la partie supérieure (fig. 7 ), où elles forment des lignes ondulées comme un S très-ouvert, quoique la disposition en séries longitudinales s'y remarque encore. Ces tubercules (fig. 11) recouverts d'é- mail, ont leur centre élevé et terminéen une pointe d'où divergent 9 à 10 arêtes tran- chantes qui se terminent à une aréole lisse qui entoure la base de chaque tuber- cule. La face postérieure du rayon présente différens aspects à différentes hauteurs ^ vers la moitié inférieure, la cavité intérieure qui est considérable et s'étend jusque près de la pointe du rayon , s'ouvre en forme de large sillon dont les bords sont arrondis et qui va en se dilatant vers la base (fig- 3 et 4) 5 vers le milieu du rayon la face postérieure est presque plane et armée dans sa partie moyenne de deux rangées de dents un peu arquées, légèrement comprimées ^ fortement striées comme les tu- bercules latéraux à bords tranchans , alternant les unes avec les autres dans les deux séries ( fig. 3 ) 5 vers la pointe du l'ayon ces deux rangées dé dents se rapprochent de plus en plus l'une de l'autre, et la partie de la face postérieure où elles sont implan- tées devient de plus en plus saillante (fig. 7 et 5), ensorte que, vers la pointe, le rayon semble porter une quille à son bord postérieur. D'ailleurs toute cette face pos- térieure, ainsi que la racine du rayon qui est taillée obliquement et dont le contour s'arrondit sur le bord antérieur, est finement striée longitudinalcment. Les figures 7 et 8 représentent deux fragmens d'un même rayon , dont la partie intermédiaire manque ; le fragment de la fig. 8 est dessiné du côté gauche ( par in- advertence du lithographe il est renversé la pointe en bas) et celui de la fig. 7 du côté droit. Les fig. 9 et 10 représentent les deux le même fragment, de profil fig. 9, et par son bord antérieur fig. 10. La fig. 5 donne la coupe du fragment fig. 7, la fig. 4 celle du rayon fig. i, 2 et 3 prise en haut du sillon postérieur, et la fig. 6 celle du bout du même rayon. La fig. i représente ce rayon par son bord antérieur, la fig. 2 en profil , et la fig. 3 par sa face postérieure. — oo II. ASTERACANÏHUS ACUTUS AgasS. Vol. 3. Tab. 8a. fig. i, li et3. * Cette espèce de rayon diffère considérablement de la précédente par sa forme plus arquée et en ce qu'il s'amincit plus rapidement vers la pointe. Les tubercules étoiles de ses côtés sont disposés en séries longitudinales très-marquées et qui prévalent jusqu'à l'extrémité du rayon 5 leur forme est un peu allongée dans le sens de la longueur du rayon ; ceux du bord antérieur sont les plus gros ; leur base forme des arêtes longi- tudinales assez sensibles j il y a même au bord antérieur une de ces arêtes, qui fait saillie sur la ligne médiane du rayon, voir la covq^e fig. 3. C'est cette disposition des tubercules qui a valu le nom d'A. acutus à cette espèce. La face postérieure est moins plane que chez l'A. ornatissimus, son milieu fait déjà saillie au dessus du sillon pos- térieur, et cette saillie s'élève de plus en plus vers la pointe du rayon ; on remarque sur cette face deux rangées de dents étoilées, assez distantes l'une de l'autre à leur base, mais qui se rapprochent de plus en plus en s' élevant. La cavité intérieure est considérable et elle s'étend presque jusqu'à la pointe du rayon. Je ne connais qu'un rayon de cette espèce, qui m'a été -communiqué par M. Good- hall et qui se trouve au musée de Bedford. Il provient d'une argile supérieure au Cornbrash des bords de TOuse, à Castle Miles, près de Bedford. III. ASTERACANTHUS MINOR AgaSS. Vol. 3. Tab. 8 «. fig. 4, 5 et 6. Ce rayon diffère également des deux précédens en ce que ses tubercules sont très- petits et très-serrés et disposés en même temps en séries longitudinales et en lignes obliques ondulées. Par sa forme il se rapproche davantage de l'A. acutus, en ce qu'il est très-peu comprimé, trapu, assez courbé et surtout en ce qu'il s'amincit rapidement vers la pointe j mais son bord antérieur est arrondi et couvert également de tubercules étoiles. Sa face postérieure est également arrondie et armée de deux rangées de dents assez éloignées, mais qui sont enlevées dans l'exemplaire figuré. Sa coupe présente cela de particulier, que le contour de la cavité intérieure a la même forme que celui de la surface extérieure ; ses parois sont d'épaisseur moyenne. Cette espèce m'a été communiquée par M. Cumberland, mais sans indication de gisement. Je ne mets pas en doute qu'elle ne provînt de l'oolithe. — 54 — IV. ASTERACANTHUS SEMISULCATUS AgaSS. Yol. 3. Tab. 8«. fîg. 7, 8, 9 et 10. Ichtliyodorulitlies purhecensis Buck. et de la Bêche. L'original de la fig. 7 se trouve dans la collection de Lord Cole, celui de la fig. 8 dans celle de Sir Phil. Egerton ; tous deux proviennent de l'oolithe de Stonesfield, tandis que l'exemplaire de MM. Buckland et de la Bêche provenait du calcaire de Purbeck , des environs de Swanwick. Cette espèce est très-remarquable en ce que vers la base et dans la partie moyenne du rayon, sa surface extérieure est ornée de tubercules étoiles très-rapprochés et dis- posés en séries longitudinales , tandis que vers la pointe du rayon et le long de son bord antérieur les tubercules s'unissent, se confondent de plus en plus et finissent par for- mer des quilles longitudinales tranchantes, comme dans les Hybodus. Celle du milieu du bord antérieur surtout est très-marquée. Les tubercules mêmes fig. 10 ont une forme oblongue et présentent une étoile d'arêtes divergentes dont le sommet est ex- centrique, reposant sur une quille longitudinale qui finit par prévaloir sur les tuber- cules. Au bord postérieur on remarque des dents pointues et acérées. La racine du rayon est finement striée. La fig. 9 fait voir la coupe et montre que cette espèce est plus comprimée que les autres. 55 — CHAPITRE X. DU GENRE PRISTACANTHUS. Les rayons d'après lesquels j'ai établi le genre Pristacantlius ont un aspect si ex- traordinaire, que l'on serait plutôt tenté de les prencïre pour des corps artificiels que pour des débris d'êtres organisés, si leur stnicture intérieure ne démontrait pas évi- demment que ce sont véritablement des rayons de Placoïdes, même assez semblables à ceux des Chimères, ayant une cavité intérieure et qui ne se distinguent de la plupart des Ichthyodorulitlies que par leur forme extrêmement aplatie et par les grosses dents de leur bord postérieur. En effet ces rayons sont très-allongés et extrêmement comprimés, à tel point que leur cavité intérieure a plutôt l'aspect d'une fissure que d'une cavité organique. Leur bord antérieur est tranchant comme le tranchant d'un couteau et leur bord posté- rieur également mince a des dents qui ressemblent tout-à-fait à celles ^'une scie. Ces dents sont plates, triangulaires à bords tranchants, verticales sur le bord posté- rieur du rayon et disposées sur une seule rangée. I. Pristacanthus secdris Agass. Yol. 3. Tab. 8«. fig. ii, 12 et i3. Je ne connais encore qu'une espèce de ce genre qui se trouve également dans le Cal- caire de Caen et dans l'oolithe de Stonesfîeld ; je n'en ai même vu qu'un seul exem- plaire de chacune de ces locaUtés. Celui de Caen qui a été figuré dans le 2"= volume des mémoires de la Société linnéenne de Calvados, m'a été communiqué par M, Eudes DesLongchamps, et celui de Stonefield, qui se trouve au Collège des Chirurgiens, à Londres, par M. Owen. Je n'ai remarqué aucune différence spécifique entre ces deux rayons : celui de Caen seulement est brisé en deux, et la pièce intermédiaire entre les deux fragmens figurés a été perdue 5 celui dé Stonesfield provient d'un individu un peu plus grand, mais il n'y a que sa partie inférieure qui soit conservée. Ces rayons — 56 — sont extrêmement allongés et se rétrécissent très -insensiblement vers leur extrémité, ensorte que leurs fragmens paraissent avoir la même largeur aux deux bouts et res- semblent d'une manière fi'appante à des fragmens d'une lame de scie, d'autant plus que les dents du bord postérieur sont très-égales et deviennent très-insensiblement plus petites vers l'extrémité du rayon, dont la surface est d'ailleurs parfaitement lisse. Quelque étroite que soit la cavité intérieure, elle n'en est pas moins proportionelle- ment très -grande puisqu'elle atteint presque les deux bords tranclians du rayon et que ses parois sont fort minces. — 37 — CHAPITRE XL DU GENRE MYRIACANTHUS. Les traits caractéristiques des Myriacanthes sont d'avoir des rayons quadrilatéraux et cependant arrondis. Cet aspect particulier résulte de l'alignement des grands pi- quans qui sont disposés en séries sur les côtés de leur face postérieure et qui forment deux rangées de grandes épines comprimées tranchantes et arquées de telle manière que leur pointe est tournée vers l'extrémité du rayon. La surface comprise entre ces épines est à-peu-près plane et lisse, c'est-à-dire dépourvue de tubercules, mais finement striée longitudinalement; cependant on remarque aussi sur le milieu de cette surface, dans la partie moyenne du rayon , quelques épines semblables à celles des flancs , mais dont la pointe est tournée vers la base du rayon. Les épines latérales alternent irrégulièrement les unes avec les autres sur les deux bords postérieurs et extérieurs. Les surfaces latérales du rayon sont un peu comprimées et se confondent avec la sur- face antérieure en s'arrondissant en avant. Toute cette partie du rayon est finement striée longitudinalement et couverte de petits tubercules arrondis , lisses et disposés en séries irrégulières, généralement longitudinales. Vers les épines latérales des bords postérieurs, il y a à leur côté supérieur une dépression généralement dé- pourvue de tubercules qui détache un peu toute la surface postéiùeure des surfaces latérales. Le milieu du côté antérieur du rayon est surmonté d'une série d'épines plus grandes encore que celles des bords postérieurs, également comprimées latéralement, tranchantes et dont la pointe est courbée vers l'extrémité du rayon. Cette série de grandes épines est séparée des tubercules qui recouvrent les côtés par un espace lisse, strié longitudinalement comme toute la surface inférieure et comme les espaces inter- médiaires entre les épines. La forme générale et l'apparence carrée de ces rayons , ainsi que la disposition des épines et la direction de leur pointe , me- fait penser qu'ils n'étaient peut-être pas placés dans la nageoire comme les rayons des Squales épineux. Les poissons dont ils proviennent présenteraient-ils à cet égard quelque affinité avec les Raies? c'est-à-dire auraient-ils eu leurs rayons épineux couchés et séparés des rayons moux? ToM. m. 6 — 38 — I. Myriacanthus paradoxus Agass Vol. 3. Tab. 6. Les differens exemplaires de cette espèce que j'ai fait figurer offrent sous différentes faces tous les caractères de ces /ayons j je suis en état d'en donner une description plus complète que de la plupart des autres Iclithyodorulitlies. Le plus grand de ces trois exemplaires, qui a été donné au Musée de Bristol par M. Math. Wriglit, est sur- tout intéressant en ce que sa base est assez bien conservée; il fait voir mieux que tout autre quelle est la véritable structure des rayons de ce genre. Dans l'exemplaire de la collection de Lord Gole, fig. 5, également en profil, on remarque principalement les épines du bord postérieur, vers la base du rayon. Avec celui du Musée britannique, fig. I, 2, 3 et 4, qui est entièrement détaclié de la roche dans laquelle il se trouvait, j'ai pu étudier différens détails de sa structure qui ne sont pas visibles dans les autres exemplaires et entr autres l'aspect des coupes transversales. La figure i le représente par sa surface postérieure, et la fig. i par sa surface antérieure; enfin j'en ai vu d'au- tres fragmens dans la collection de Miss Philpot à Lyme Régis. Tous ces rayons proviennent du Lias de Lyme Régis. Celui du Musée britannique a déjà été figuré par M. de la Bêche dans le 3" volume de la Nouvelle Série des Trans. de la société géologique de Londres. La forme générale de ce rayon est celle d'une pyramide très-allongée, qui se rétrécit très-insensiblement vers son extrémité. Dans l'exemplaire de M. Wright, fig. 6, ou la base paraît entière, on voit que la ligne d'insertion de ce rayon est oblique, que la partie cachée dans la chair est très -courte et striée longitudinalement, et que le rayon d'ailleurs droit est légèrement courbé en arrière à sa partie inférieure. Ce qu'il y a de très-particulier , c'est qu'à la face postérieure il ne se forme pas de rainure ou de sillon évasé vers la base comme dans les autres Iclithyodorulitlies, mais que le rayon reste entièrement fermé et n'a d'ouverture qu'au dessous de la partie oblique de sa base. La cavité intérieure est considérable et arrondie; vers la pointe c'est le côté postérieur des parois du rayon qui est le plus épais, fig. 3, tandis que vers la base c'est le côté antérieur, fig. 4- On reconnaît bien distinctement dans ses coupes que la surface de tous' ces rayons est émaillée et d'une substance différente de celle de l'os qui est fibreux. Parmi les épines des bords postérieurs il y en a quelques-unes qui sont plus arron- dies et plus arquées que les autres; on en voit surtout dans l'exemplaire de Lord Cole fig. 5, et vers l'extrémité de celui de Bristol fig. 6. Les tubercules des surfaces laté- rales, quoique disposées généralement en séries longitudinales, présentent cependant — 39 — souvent des déviations obliques au diamètre transversal du rayon. Sur dilTérens points CCS tubercules sont aussi plus serrés et plus grands que sur d'autres; ainsi à la face antérieure de la partie inférieure du rayon ils sont plus gros en général que sur les côtés. En revanclie, il n'y a pas dans cette partie de grandes épines au milieu du bord antérieur ; mais aussi ces tubercules sont moins arrondis que les autres et souvent même comprimés comme les grosses épines. Dans l'exemplaire de Lord Cole, fig. 5, on remarque encore une différence résultant probablement de l'état de conservation du rayon; c'est que la base sur laquelle les grosses épines reposent est striée dans tous les sens en forme d'éventail. D'ailleurs tous les tubercules sont lisses. La pointe du rayon n'est visible dans aucvni des exemplaires que j'ai vus; cepen- dant celui de Lord Cole paraît s'étendre plus loin que les autres; du moins la partie extrême de ce rayon est-elle plus lisse, les tubercules sont beaucoup plus fins et moins serrés et les bords inférieurs et postérieurs devenus plus tranchans, ne portent plus de piquans. Quant aux épines moyennes du bord antérieur, c'est dans l'exem- plaire du Musée britannique qu'elles sont le plus saillantes; dans celui de M. Wright elles sont beaucoup moins développées, surtout vers la base du rayon; enfin pour si- gnaler toutes les différences qui existent entre ces différens exemplaires je ferai remar- quer encore que le petit sillon qu'on obsei've au-dessus des grosses épines latérales postérieures et qui est généralement lisse, est orné de petits tubercules dans l'exemplaire de Lord Cole. Ces différences s'expliquent facilement en considérant que l'exemplaire de M. Wiigbt représente surtout la partie inférieure du rayon, celui du Musée bri- tannique sa partie moyenne, et que celui de Lord Cole s'étend encore plus loin vers la la pointe. Je ne veux point dire par là que pour avoir une juste idée du rayon entier il fallût mettre bout à bout ces trois exemplaires; tant s'en faut, car ils proviennent d'individus de taille très-différente, et pour les réunir il faudrait les ramener aux mêmes dimensions et enlever à chacun ce qui se retrouve dans les autres, puisqu'ils ne sont pas cassés au même point de leur longueur, II. Myrucanthus retrorsus Agass. Vol. 3. Tab. 8 a. fig. i4 et i5. Je ne connais qu'un fragment de rayon de celte espèce, provenant du Lias de Lyme Régis et qui se trouve dans la collection de Miss Philpot. Il paraît avoir atteint des dimensions aussi considérables que le M. paradoxus, mais il en diffère sensiblement par sa forme qui n'est nullement courbée en arrière, mais qui se relève plutôt en avant, et par ses épines et ses tubercules qui ont une autre forme et une autre distribution. Les épines des bords postérieurs sont plus saillantes, elles sont arrondies et ar- — 40 — quées vers la pointe du rayon ; les tubercules des côtés et du bord antérieur sont plus arrondis ( fig. i5 ) ; ceux du bord antérieur sont les plus grands et les plus saillans. III. Myriacanthus granulatus Agass. Vol. 3. Tab. 8«^rig. i6. Lord Cole m'a communiqué un fragment de rayon de cette espèce appartenant à M. Marder de Lyme Régis, provenant du Lias de cette localité. Il se distingue par sa forme arrondie, et surtout par les grandes épines de ses bords postérieurs qui sont arrondies et fortement arquées vers la base du rayon , c'est-à-dire , en sens inverse de celles du M. retrorsus; les tubercules de ses côtés sont très-petits et donnent au rayon une apparence granulée, ceux du bord antérieur sont un peu plus grands et plus saillans. • D'après les dimensions de ce rayon, cette espèce paraît être la plus petite du genre. Quoique je n'aie observé aucune trace de rayon sur la queue du Spinacorhinus po- lyspondylus de Lyme Régis, je ne serais point surpris que l'on reconni*it un jour que les Myriacanthus sont les épines dorsales de ce singulier genre. Bfl OOOS'" " 41 — CHAPITRE XII. DU GENRE HYBODUS. Quoique je ne me propose de décrire dans ce chapitre que les rayons osseux des nageoires des différentes espèces du genre Hybodus, je puis cependant déjà annoncer par anticipation que ce genre est l'un de ceux sur lesquels j'ai recueilli le plus de renseignemens et dont la connaissance m'a le plus avancé dans la détermination des autres. Car non-seulement je connais les rayons et les dents des Hybodes et j'ai la certitude qu'ils appartiennent au même genre, mais encore j'ai pu m'assurer que par- tout où l'on trouve des rayons de ce type, il existe aussi des dents analogues et vice versa. Il y a même plus; l'examen de la collection de miss Philpot à Lyme Régis m'a fourni les preuves que les Hybodus avaient deux nageoires dorsales et que les rayons osseux de ces deux nageoires ne différaient pas plus entr'eux que les piquans des deux dorsales des espèces vivantes qui en portent. L'importance de ce fait est incontestable pour tous ceux qui savent jusqu'où l'on peut pousser les analogies après avoir bien étudié le terrain sur lequel on se meut. Cependant, malgré l'existence de matériaux aussi précieux, l'histoire du genre Hybodus ne saurait encore être complètement ache- vée, à cause du nombre considérable des espèces qu'il renferme et qui ayant pour la plupart été trouvées réunies deux à deux ou trois à trois dans le même terrain, n'ont pas pu êtie reconstruites de toutes pièces, dans la crainte où j'étais d'assembler des parties provenant de différentes espèces. H y en a cependant deux au moins dont j'ai pu réunir les rayons osseux, les dents et différentes autres partie du squelette sans qu'il me reste de doute sur les rapprochemens que j'ai cru pouvoir faire. Ces espèces sont du Lias de Lyme Régis et de Bristol 5 quant aux autres espèces et surtout à celles des terrains jurassiques proprement dits , je n'ai pas encore pu parvenir à les compléter aussi bien. A leur égard, mes descriptions présenteront donc encore le grave incon- vénient de laisser figurer les rayons et les dents comme des espèces distinctes avec des noms spécifiques différens ; mais j'espère que ces doubles emplois disparaîtront bientôt, dès que les géologues auront été prévenus sur l'impoitance qu'il y aurait à collecter ces débris avec plus d'attention qu'on ne l'a fait jusqu'ici. Comme ces fossi- — 42 — les ne sont pas très-rares , en Angleterre du moins, ces différentes lacunes seront sans doute bientôt remplies. Les Hybodus s'étendent depuis le Grès-bigarré inclusivement jusqu'à la craie, c'est-à-dire jusqu'aux derniers dépôts jurassiques et weldiens-, ils existent même dans la craie. Les rayons de ce genre, surtout ceux des espèces du Lias , se font remarquer par leur grandeur considérable. Ils ont une forme et des caractères exté- rieurs très-cai-actéristiques. Ils sont généralement un peu arqués, plus gros et plus larges vers leur base qu'à leur extrémité et se terminent en une pointe plus ou moins amincie. La partie de leur extrémité inférieure qui était cachée dans les chairs, est assez considérable, elle égale le plus souvent le tiers de la longueur totale; elle est finement striée longitudinalement et ouverte au côté postérieur en forme de sillon très-évasé qui se resserre pour former une cavité intérieure assez spacieuse et qui s'étend jusque vers l'extrémité du rayon. La partie des rayons qui soutenait le bord antérieur des nageoires est plus ou moins arrondie, légèrement comprimée laté- ralement , coupée plus ou moins carrément au bord postérieur et arrondie au bord antérieur; toute sa surface, du moins les côtés et le bord antérieur sont ornés de fortes ai'êtes longitudinales aiTondies, plus ou moins parallèles au bord antérieur du rayon et qui alternent avec des sillons assez profonds et à-peu-près de mêmes dimensions que les arêtes qui les séparent. Vers le bord antérieur ces arêtes et ces sillons sont généralement plus gros, plus profonds, plus larges et plus distans que vers le bord antérieur, le long duquel ils se confondent fréquemment, ainsi que vers la pointe. Le long du bord postérieur qui est plus ou moins plat et finement strié en long, il y a deux rangées plus ou moins distantes de grosses dents acérées, et arquées vers la base du rayon ; vers son extrémité ces deux rangées de dents se rapprochent de plus en plus et finissent souvent par se confondre entièrement sur, la ligne médiane, surtout dans les espèces où elles sont déjà très-rapprochées à la base. I. HVBODUS DORSALIS Agass. \ol. 3. Tab. 10. fig. T. Les arêtes et les sillons longitudinaux du milieu des côtés et du bord antérieur de ce rayon sont beaucoup plus grands et plus distans que ceux des bords postérieurs des côtés qui sont de moitié plus étroits et se confondent vers la pointe, entr'eux et avec les plus grands. C'est à cause de ce caractère que je l'ai appelé H. dorsalis. Les dents du bord postérieur sont passablement distantes les unes des autres; l'intervalle qui les sépare est près du double plus considérable que les dents ne sont larges. La ligne de démarcation entre la partie cachée et la partie visible du rayon , est sensi- — No- blement arquée. La forme générale du rayon est élégante, il s'amincit insensiblement vers la })ointe par une courbe gracieuse du bord antérieur qui est un peu plus arqué que le bord postérieur. L'exemplaire que j'ai fait figui'er se trouve dans la collection de Lord Cole; il provient de l'oolitlie de Stoneslîeld^ j'en ai vu d'autres fragmens au 31usée de Bristol , provenant de Ilastings et des coucbes de Tilgate *, dans la collec- tion de Sir Pbil. Egerton j'en ai vu d'autres encore provenant de Stoneslield. II. Hybodus apicalis Agass. Vol. 3. Tab. 10. fîg. 11. Ce petit rayon ressemble beaucoup au précédent par plusieurs de ses caractères; comme lui il a des arêtes et des sillons plus larges au bord antérieur qu'au côté du bord postérieur où ils sont de plus en plus étroits \ le bord antérieur est aussi plus arqué que le bord postérieur qui est presque droit, sauf la pointe qui se courbe assez subitement. Ce qui le distingue cependant, c'est que ses arêtes sont moins arrondies; que les dents de son bord postérieur, proportionnellement plus grosses, sont plus rap- procbées les unes des autres, et surtout que sa pointe plus acérée s'amincit beau- coup plus rapidement. Sa raciiie ne paraît pas être proportionnellement aussi longue. Il ne serait pas impossible que cette espèce de rayon appartînt à la seconde dorsale du poisson dont la première aurait été soutenue par un rayon de l'espèce désignée sous le nom d'H. dorsalis. On le trouve dans les mêmes localités. L'exemplaire figuré provient de Stonesfield; il se trouve au Musée de Bristol. III. Hybodus marginalis Agass. Vol. 3. Tab. 10. fig. i8, 19, et :îi. Les fragmens de cette espèce que j'ai fait figurer sont, il est vrai, très-incomplets; cependant ils indiquent une espèce particulière, caractérisée par l'espace lisse qui se trouve entre les dents du bord postérieur et les arêtes et les sillons latéraux qui sont d'ailleurs à-peu-près de même grandeur au bord antérieur et sur les côtés du rayon. Les dents du bord postérieur sont obtuses, mais plus rapprocbées que celles de l'Hy- bodus dorsalis. Cette espèce provient également de Stonesfield et de Tilgate. L'original de la fig. 18 est de Stonesfield et se trouve dans la collection de Lord Cole. J'en ai vu des fragmens au Musée d'Oxford provenant d un exemplaire à-peu-près du double plus grand que ceux que j'ai représentés. — 44 — IV. Hybodus striatulus Agass. Vol. 3. Tab. 8Z.. fîg. I. M. Mantell a représenté un grand rayon de cette espèce dans son ouvrage sur les fossiles de Tilgate tab. lo fig. 4 et 6, dont je n'ai malheureusement retrouvé dans sa collection qu'un fragment que j'ai fait figurer dans la planche citée. Il provient de la formation weldienne , des couches de Hastings , et se distingue surtout par sa forme allongée et arrondie et par la disposition de ses arêtes et de ses sillons qui sont générale- ment moins larges que dans les autres espèces et qui ont surtout cela de très-particu- lier qu'ils diminuent insensiblement de largeur sur les côtés du rayon jusqu'à ne pa- raître plus que comme de fines stries à son bord postérieur. Je n'ai pas vu de dents dans le fragment que j'ai examiné, mais les figures de M. Mantell les représentent droites, tronquées et très-distantes les unes des autres. Ces caractères seraient-ils les indices de différences génériques ? C'est possible. V. Hybodus SULCA.TUS Agass. Vol. 3. Tab. lo b. fig. i5 et i6. BI. Mantell possède deux fragmens de rayons d'un Hybodus trouvé dans la craie de LcAves, mais qui sont dans un assez mauvais état de conservation. On reconnaît cependant à leur surface les sillons et les arêtes longitudinales caractéristiques des Hybodus qui présentent cette particularité, qu'elles sont très-droites et ti'ès-uniformes j au bord postérieur on distingue un sillon longitudinal assez marqué (fig. i6 a ) qui constitue un caractère spécifique assez tranché pour permettre d'établir une espèce sur des pièces aussi imparfaites. Je n'ai pas vu de dents aux bords postérieurs : je ne doute cependant pas qu'elles aient existé , mais elles auront probablement été brisées ; ce qui ne serait pas étonnant dans des fragmens aussi frustes. VI. Hybodus leptodus Agass. Vol. 3. Tab. 10. fig. 2 et 3. J'ai établi cette espèce sur un fragment de rayon qui se trouve au Musée de Bris- tol, mais dont l'origine est inconnue. H est très-peu arqué , mais très-renflé. Les arêtes longitudinales sont très-saillantes, presque tranchantes et surtout plus étroites que les sillons intermédiaires. Les dents des boids postérieurs sont grêles et assez distantes, c'est-à-dire plus distantes les unes des autres que les sillons longitudinaux. — 45 — VII. Hybodus acutus Agass. Vol. 3. Tab. 10. fig. 4, 5 et 6. C'est également sur un simple fragment de rayon que celte espièce a été établie. L'original qui se trouve dans la collection de Sir Pliil. Egerton, provient de l'argile de Kimmeridge de la colline de Shotover près d'Oxford. Ce rayon est caractérisé par sa forme un peu comprimée , par ses arêtes saillantes et tranchantes et par les grosses dents de son bord postérieur qui sont comprimées , légèrement arquées et disposées sur deux rangs si rapprochés qu'ils se confondent et font paraître les dents beaucoup plus serrées qu'elles ne le sont réellement, car en réalité l'intervalle qui existe entre deux dents d'un même côté égale environ trois fois la largeur d'une dent à sa base. VIII. Hybodus pleiodus Agass, Vol. 3. Tab. 10. fig. i3, if\, iS, x6 et 17. Cette espèce repose aussi sur l'existence d'un simple fragment de rayon qui se trouve au Muséum d'histoire naturelle de Paris et dont l'origine est inconnue. La base et la pointe y manquent également ; cependant on voit évidemment qu'il diminue rapidement d'épaisseur vers son extrémité, et les deux coupes fig. 16 et 17, prises sur ses deux bouts montrent que la cavité intérieure est assez considérable , mais qu'elle se rétrécit promptement vers la pointe , et que le bord antérieur et les côtés sont plus ou moins arrondis. Les arêtes et les sillons du bord antérieur et des côtés sont très- réguliers, ceux du bord antérieur sont un peu plus larges que ceux des côtés, celui du milieu en particulier, qui est le plus grand de tous , fig. 16 et i5. La face postérieure est voûtée dans son milieu et parsemée de nombreuses dents obtuses et de moyenne grandeur disposées irrégulièrement sur deux rangs inégaux, fig. 14, toute cette face est finement striée longitudinalement, et comme elle est assez proéminente, on voit en profil un espace lisse entre les sillons latéraux et les dents du bord postérieur. IX. Hybodus strictus Agass. Vol. 3. Tab. 10. fig. 7, 8 et 9. Il existe un rayon de cette espèce dans la collection de M. Cumberland, provenant du Calcaire portlandien de l'île de Portland, et qui est représenté dans ma planche 10, fig. 7, 8 et g. Lord Cole en possède un exemplaire assez bien conservé et M. Buck- Jand quelques fragmens moins parfaits. ToM. III. 7 — 46 — Ce rayon est très-bien caractérisé par $a forme élancée et roide, et surtout par l'é- paisseur de sa partie inférieure qui présente à sa base, au bord postérieur, un sillon très-évasé, fig. 8 , tandis que vers la pointe il est plus comprimé et son bord antérieur plus saillant, fig. 9. Toute la surface est ornée d'arêtes droites, plus étroites que les sillons intermédiaires et convergeant insensiblement vers la pointe j du côté des bords postérieurs les arêtes et les sillons sont beaucoup moins saillans et de moitié plus serrés. Les dents du bord postérieur sont courtes, mais proportionnellement larges, comprimées et arquées en anuère ; elles sont assez rapprochées pour que l'es- pace qui les sépare n'excède pas la largeur de leur base. X. IIyCODUS SUBCARINATUS Agass. Vol. 3. Tab. 10. fig. 10, 11, 12. Cette espèce provient du terrain weldien de Tilgate ; j'en ai vu dans la collection de M. Cumberland à Bristol, dont l'un a été figuré dans le 2"" vol. de la Nouv, Sér. des Trans. de la Soc. Géol. de Londres, pi. VI, et dont l'autre est représenté dans ma planche citée ci-dessus. Ce rayon ressemble beaucoup à l'espèce précédente ; mais il en diffère en ce qu'il est moins droit, en ce que sa pointe se rétrécit plus rapidement, que ses dents sont plus éloignées , moins acérées , et disposées sur deux rangées dans la partie inférieure et se confondant en une vers la pointe en se rapprochant de plus en plus. Une autre différence notable consiste .dans la nature des arêtes longitudinales qui sont propor- tionnellement moins saillantes dans cette espèce, et moins régulières, quelques-unes étant plus grosses que les autres et les intermédiaires se confondant entre elles. Le long des bords postérieurs il y a un espace étroit qui est complètement lisse. Ce rayon est d'ailleurs plus uniformément comprimé, son bord antérieur est tranchant, fig. 11 et 12 ; sa cavité intérieure est plus étroite et se perd bientôt vers la pointe, et le sillon du bord postérieur ( fig. 12 ) n'est point évasé. XI. IIybodus l.eviuscdlus Agass. Vol. 3. Tab. 10. fig. 24, 25 et 26. Il n'y a qu'un très-petit fragment de rayon de cette espèce au Musée de Bristol, provenant du Lias d'Aust Cliff'. Sa forme bombée et les dents de son bord postérieur le rapprochent des IIybodus 5 cependant sa surface est presque entièrement lisse , et l'on n'y voit que quelques petits sillons. Les dents de son bord postérieur sont des sail- — 47 — lies allongées et émoussées. Sa coupe est peu comprimée, son bord antérieur légère- ment arrondi et sa cavité intérieure pins circulaire encore que le rayon même. Je l'a- vais d'abord séparé des llybodus sous le nom de Leiacanthus , mais les diiïerences qu'il présente ne sont pas assez tranchées pour justifier cette distinction générique. XII. HVBODUS CRASSUS Agass. Yol. 3. Tab. lo. fig. 28. Je me suis borné à représenter un fragment de cette espèce de rayons, parce que les autres exemplaires que j'ai vus, quoique plus complets, n'étaient pas dans un état de conservation aussi parfait. L'original de ma figure qui m'a été communiqué par M. Buckland, provient de l'oolithe inférieure du canal de Bugbrook, près de Towces- ter j il appartient à M. G. Flesher, qui en possède un second exemplaire conservé jus- qu'à la base, mais dont les dents sont brisées: cet exemplaire provient également de l'oolithe inférieure de Rodmore Pits, près de Towcester. Enfin j'en ai vu un autre fragment au musée de Stuttgardt , provenant de l'oolithe ferrugineuse de Wasseralfin- gen, et sur lequel M. Jaeger a communiqué ime notice à la léunion des naturalistes al- lemands à Heidelberg, en 1829. Cette espèce se distingue facilement de toutes les autres par plusieurs caractères. Les trois rayons que j'en ai vus sont larges à leur base, fort épais 5 ils se rétrécissent rapidement vers leur extrémité. Les arêtes longitudinales de leurs côtés et du bord antérieur sont beaucoup plus étroites, surtout vers la base du rayon ^ que les sillons intermédiaires qui sont très-évasés; elles convergent uniformément vers la pointe sans se confondre; cependant vers le milieu de la longueur totale du rayon, plusieurs de ces arêtes se terminent en s'évanouissant entre les autres ; les arêtes et les sillons des bords sont presque aussi marqués que ceux des côtés. Entre ces arêtes et les dents du bord postérieur il y a un large espace lisse, ou plutôt finement strié longitudinalement. Les dents du bord postérieur sont disposées sur deux rangs très-rapprochés , elles sont très-grandes proportionnellement, arrondies, acérées et fortement arquées en arrière; la distance qui les sépare les unes des autres sur le même côté égale environ deux fois la largeur de leur base. J'avais donné antérieurement le nom d'H. crassus à une espèce du Lias à laquelle cette épithète convient moins bien qu'à celle-ci. Ne l'ayant encore décrite nulle part, j'ai cru pouvoir changer son nom en celui à H. ensatus et appeler H. crassus l'espèce de l'oolithe inférieure. Je n'en fais même la remarque ici que pour ne pas induire en erreur les propriétaires des collections que j'ai étiquetées et oii ces deux espèces se trouvent. — 48 — XIII. HïBODus CRASSispiNus Agass. Vol. 3. Tab. 8 h. fig. 7. Par l'entremise de Loi'd Cole j'ai reçu un petit Iclithyodorulithe du Lias de Lyme Régis appartenant à M. Marder et qui diffère considérablement de tous ceux de cette localité que j'avais vus jusqu'alors. Sa forme le rapproche assez de l'H. apicalis du Jura supérieur, il est également court et proportionnellement large à sa base, mais il se rétrécit moins rapidement vers sa pointe qui est par conséquent plus grosse. Les dents des bords postérieurs sont larges, comprimées , très-rapprochées et fortement ar- quées, mais elles deviennent très-petites vers la pointe du rayon. Les arêtes longitudi- nales des côtés sont très-marquées et convergent uniformément vers la pointe oîi elles deviennent très-fines; entre elles et les dents des bords postérieurs il y a un espace lisse assez large. XIV. Hybodus MiNOR Agass. Vol. 3. Tab. 8 Z». fig. 2 et 3. Le nom de minor que j'ai donné à cette espèce semble peu lui convenir, puisque parmi les espèces qui précèdent j'en ai décrit plusieurs dont les rayons sont beaucoup plus petits que ceux dont il s'agit ici. Cependant ce nom paraît très-propre quand on étudie ses rapports avec les autres espèces du Lias, et notamment sa grande ressem- blance avec celles de Lyme Régis. Les rayons désignés sous le nom à' H. minor ne se trouvent eu effet que dans le Lias des environs de Bristol à Aust Cliff , où l'on ne trouve pas de grands rayons comme à Lyme Régis, et ils sont accompagnés dans cette loca- lité d'une espèce de dents très-différentes de celles du Dorset ; d'où je crois pou- voir inférer que malgré leur ressemblance avec les Ichthyodorulitbes de Lyme , ils proviennent d'une espèce particulière qui n'a encore été trouvée que dans les environs de Bristol. D'ailleurs leur petitesse n'est pas le seul caractère qui les distingue de ceux de Lyme Régis. Après un examen comparatif soigneux, on reconnaîtra aisément que les rayons de l'H. minor ont une forme plus arrondie, c'est-à-dire, que leurs côtés sont à peine comprimés, que les arêtes et les sillons longitudinaux sont plus mar- qués, fig. 3, et plus égaux entre eux; que ceux des bords postérieurs seulement sont sensiblement plus petits et qu'ils vont se perdre au bord postérieur même, et non en se confondant les uns avec les autres , ou en se dirigeant contre les sillons latéraux , comme c'est le cas de quelques espèces ; enfin que leur base est proportionnellement plus large, et que leur extrémité se rétrécit plus rapidement, sans cependant qu'ils - /i9 - soient aussi ai'qués que ceux de TH. curtus. Dans aucun exemplaire je n'ai vu les dents du bord postérieur assez bien conservées pour avoir pu les décrire ; celui que j'ai li- gure se trouve au Musée de Bristol. J'en ai vu d'autres dans les collections de Lord Gole et de Sir Pliil. Egerton et au 3Iusée d Oxford. MM. Buckland et de la Bêche, qui connaissaient aussi cette espèce de rayons, l'envisageaient comme une variété de leur Iclithyodorulitlies dorsetiensis qui est mon Hybodus reticulatus, et que l'on n'a encore trouvé qu'à Lyme Régis. XV. Hybodus curtus Agass. Vol. 3. Tab. 8Z». fig. 4, 5et6. Cette espèce qui provient du Lias paraît être très-répandue; j'en ai du moins vu des exemplaires d'Angleterre et du continent, c'est-à-dire de Lyme Régis, de Reynsham et du Wurtemberg. Les originaux de mes figures se trouvent dans les collections dç Lord Cole et de Sir Philippe Egerton; j'en ai vu d'autres aux Musées de Bristol, de Stuttgardt et de Paris. Ce rayon a la forme trapue ; large à sa base, il se rétrécit assez rapidement vers son extrémité qui est légèrement arquée en arrière. Sa i;acine égale environ le tiers de la longueur totale et est finement striée , ou la voit surtout bien dans l'exemplaire du Musée de Bristol, sa ligne de démarcation est fortement arquée. Les arêtes longitu- dinales du bord antérieur et des côtés sont grosses , et les sillons intermédiaires pro- portionnellement larges; ils s'étendent parallèlement au bord antérieur jusque vers la partie de l'extrémité du rayon qui est arquée, oiiils convergent insensiblement jusqu'à sa pointe. Vers les bords postérieurs il y a en outre, sur les côtés, des arêtes et des sillons obliques un peu plus petits qui vont se perdre contre ceux des côtés en formant avec eux des angles très-aigus, au lieu de se perdre le long des bords postérieurs, comme on l'observe dans la plupart des espèces du genre où ces bords ne sont pas complète- ment lisses. Les dents du bord postérieur sont très-acérées, effilées, presque droites, et cependant fort inclinées en arrière, à cause de l'obliquité de leur base. Le sillon postérieur de la racine est très-évasé, et la cavité intérieure assez considérable, vers la base ; mais elle se rétrécit rapidement vers l'extrémité du rayon. - 50 _ XVI. HyBODUS RETICULATUS Agass. Vol. 3. Tab. 9. fig. I à 9. Hfbodus incurms Agass. — Ichthjodorulithes dorsetiensis de la Bêche et Buckl. C'est l'espèce la plus commune que l'on trouve à Lyme Régis. J'en ai vu de fort beaux et de nombreux exemplaires dans les collections de Lord Cole, de Sir Phil. Egerton, et de Miss. Philpot^ et aux Musées de Bristol et d'Oxford. J'ai tout lieu de croire que les rayons que j'ai désignés sous le nom d'H. incurvus appartiennent à la même espèce et proviennent de sa seconde dorsale. Dans tous les cas je connais les dents qui appartenaient à ce poisson ; j'en ai vu réunies aux rayons dans la collection de Miss Philpot et dans celle du D' Buckland : elles sont représentées avec un de ces rayons dans le Bridgew. Treat. de Buckland Geol. et Miner. Tab. 27 d. fig. C, i, 2, 3 et 4' 11 y en a aussi des figures dans la PI. 9, du 3^ vol, de la Nouvelle Série des Transact. de la Soc. Géol. de Londres. Ces rayons se distinguent facilement à leurs grandes dimensions et à leur forme al- longée. Les arêtes et les rayons longitudinaux sont assez uniformément espacés, mais ils ne sont pas très-réguliers j ils sont au contraire souvent sinueux , et s'anastomosent de temps en temps , du moins ceux des côtés et des bords postérieurs ; au bord anté- rieur il n'y a pas d'arête proéminente plus distante de ses voisines que celles des cô- tés ne le sont entre elles. La racine de cette espèce de rayon est très-grande et fine- ment striée; le sillon de son bord postérieur est très-profond, fig. 4 5 et la cavité intérieure assez spacieuse même vers l'extrémité du rayon, fig. 6. Le côté postérieur du rayon présente dans son milieu une quille arrondie plus saillante au dessus du sil- lon de la base que vers le milieu et surtout vers l'extrémité du rayon. Les dents de ce côté sont arquées, comprimées, assez rapprochées, mais disposées moins régu- lièrement que dans la plupart des espèces du genre ; elles n'existent pas non plus sur toute la partie fermée du côté postérieur du rayon , elles ne descendent même pas au-dessous du milieu de sa longueur, fig. i, 2 et 3. Les différences que présentent les exemplaires des fig. 7, 8 et 9 qui sont plus for- tement arqués , plus larges à leur base et dont les arêtes longitudinales paraissent en général plus i^égulières , me les avaient fait envisager comme une espèce particulière que j'ai étiquetée dans plusieurs collections du nom d'H. incurvus ; mais je crois main- tenant, d'après ce que j'ai vu dans les collections de Miss Philpot et du D' Buckland, que ce sont les rayons de la seconde dorsale du même poisson qui portait à la pre- mière des rayons conformés comme ceux des fig. i, 2 et 5. — 51 — XVII. IIybodus formosus Agass. Vol. 3. Tab. 9. fig. 10 et II. Cette espèce provient aussi de Lyme Pvegis j j'en ai vu des exemplaires dans les col- lections de Lord Gole, de Sir Phil. Egerton et de Miss Philpot. L'exemplaire figuré se trouve dans la collection de Miss Philpot. Je l'ai tantôt étiqueté du nom àe formosus j tantôt de ceux de speciosus ou (ïornatus. Je ne connais encore que quelques os de la tête de cette espèce et ses rayons épineux qui ressemblent beaucoup à ceux de IH. reticulatus, par leur apparence générale, mais qui en diffèrent par quelques détails. Ils sont presque droits*, leurs arêtes et leurs sillons longitudinaux sont très-réguliers, un peu plus larges vers le bord antérieur, et plus rapprochés vers les bords postérieurs, convergeant uniformément vers la pointe où ils deviennent moins nombreux, quelques-uns d'entre eux s'évanouissant entre les autres. Ce qu'il y a de plus particulier dans cette espèce, c'est que ses arêtes longitu- dinales sont arrondies et ornées de chaque côté d'une petite rainure lisse et polie comme l'arête saillante, tandis que le sillon qui les sépare est finement granulé. La racine de ces Ichthyodorulithes est proportionnellement très-longue j il n'y a de dents au bord postérieur que dans la partie supérieure du rayon. XVIII. Hybodus ensatus Agass. Vol. 3. Tab. 9. fig. 12. J'avais donné primitivement le nom d'^. crassus à cette espèce, mais j'ai du le changer contre celui qu'elle porte maintenant, et j'ai appelé H. crassus celle que l'on trouve dans l'oolithe inférieure et qui est décrite à page 47- Tous les exemplaires que j'ai vus se trouvent dans la collection de Miss Philpot et proviennent du Lias de Lyme Régis. Ces rayons sont très-longs, légèrement arqués, et se rétrécissent très-insensiblement j ils ont des arêtes et des sillons longitudinaux peu nombreux et même assez espacés , ceux des côtés et du bord antérieur sont à-peu- près de même largeur, mais ceux des bords postérieurs sont tout-à-coup plus serrés et obliques le long des grands sillons latéraux. Il n'y a de dents au bord postérieur que vers l'extrémité du rayon 5 d'ailleurs le côté postérieur est coupé carrément. — 52 — XIX. Hybodus carinatus Agass. Vol. 3. Tab. 9. fig. i3 et 14. 11 existe dans la collection de Lord Cole un petit Ichthyodorulithe que je ne puis rapporter à aucune des espèces précédentes et que je désigne maintenant sous le nom d'H. carinatus, pensant que les caractères qui le distinguent constituent des diffé- rences spécifiques. J'en ai vu aussi dans la collection de Miss Philpot. Tous proviennent du Lias de Lyme Régis. L'original de ma figure est dans la collection de Lord Cole. Ce rayon se fait remarquer par sa forme gracieuse ; plus large à la base que vers l'ex- trémité , il est légèrement arqué et comprimé latéralement ^ sur le milieu du bord an- térieur il y a une arête saillante plus éloignée de celles des côtés que celles-ci ne le sont entre elles, en sorte que le bord antérieur est comme surmonté d'une quille. Les arêtes longitudinales des côtés sont très-saillantes et plus étroites que les sillons qui les séparent ; elles sont en outre noueuses , c'est-à-dire, qu'elles présentent sur leur bord proéminent trois ou quatre séries de renflemens allongés , arquées comme la limite de la racine du rayon. Toutes ces arêtes convergent vers la pointe, où quelques-unes s'é- vanouissent entre les autres. Les dents du bord postérieur sont proportionnellement grosses et nombreuses; il y en a jusque vers la racine du rayon. XX. Hybodus major Agass. Vol. 3. Tab. 8 b. fig. 7, 8, 9, 10, 11 et 12. Ce n'est que relativement qu'il faut prendre le nom spécifique de cet Hybodus ; il n'est même vrai que comparativement aux autres espèces du Musclielkalk. Les plus beaux exemplaires de ce fossile dont l'existence me soit connue, se trouvent dans les collections de M. Perrin et de M. Hogard à Epinal. Bien que je ne les aie pas vus, j'ai pu m'en faire une juste idée par les jolis dessins que M. Hogard a bien voulu en faire pour moi, et que j'ai reproduits dans ma planche. M. Mougeot, à l'obligeance de qui je les dois et qui m'a toujours tenu au courant des découvertes faites dans le Muschel- kalk des Vosges, m'annonce que les uns proviennent de Reliainviller et les autres d'Harol. Antérieurement j'en avais vu des fragmens très-incomplets dans les collec- tions de M. le Comte de Munster et de M. le Prof. Otto, provenant du Muschelkalk de Bayreuth et de Breslau. Comme on trouve trois espèces de rayons d'Hybodus dans le Muschelkalk et un nombre égal d'espèces de dents, il est évident qu'il suffira d'une heureuse rencontre pour apprendre comment il faut les associer. Peut-être le grand — 53 — rayon //. major Ag. appartient-il à la grande espèce de dents H. grossicomis Ag., le rayon à dents échancrées au bord postérieur H. dimidiatusAg., à Tespèce de dents de- signée sous le nom d'H. plicatilis Ag. et le petit rayon H. tenais Ag., à la petite es- pèce de dents que je n'ai encore indiquée dans aucun de mes catalogues, mais qu'on pourrait appeler H. ohliquus_, à cause de l'inclinaison des cônes dentaires sur leur base. Les rayons de l'Hybodus major se rapprochent par leur forme de ceux de l'H. cur- tus ; ils sont également larges à leur base et se rétrécissent considérablement vers la pointe ; mais ils diffèrent surtout par les arêtes et les sillons longitudinaux, qui sont beaucoup plus nombreux, plus égaux et plus rapprochés dans l'H. major ; au bord pos- térieur il y a un petit espace lisse. Le côté postérieur est légèrement convexe et armé de deux rangées irrégulières de dents en forme de tubercules obtus. La limite entre les sillons et les arêtes extérieures et la racine du rayon, est marquée par une ligné très-oblique. La cavité intérieure est très-spacieuse, et le sillon postérieur de la base très-profond. XXI. Hybodus dimidiatus Agass. Yol. 3. Tab. 8 b. fîg. i3 et i4. C'est encore à MM. Mougeot et Hogard, que je dois la connaissance des rayons de cette espèce, qui sont beaucoup plus petits que ceux de l'H. major. Hs proviennent également du Musclielkalk des environs de Lunévjlle. Ce qui les distingue surtout, c'est que les arêtes et les sillons longitudinaux ne s'étendent que sur le bord antérieur et sur une partie des côtés du rayon j il y a un large espace lisse entre eux et les dents du bord postérieur. Les arêtes longitudinales sont arrondies et plus larges que les sil- lons qui les séparent. Les dents du bord postérieur sont très-rapprochées , compri- mées et arquées ; elles présentent cela de très-particulier, que leur bord supérieur est échancré de manière à former deux pointes , tandis que dans toutes les autres espèces du genre ces dents se terminent toujours par une seule pointe. ToM. m. — 34 — XXII. Hybodus tenuis Agass. • Vol. 3. Tab. 8^. fig. i5. Cette espèce, que je dois aussi à MM. Mougeot et Hogard et qui provient également du Muschelkalk des environs de Lunéville , diffère de la précédente par la disposition des arêtes et des sillons longitudinaux qui s'étendent jusque près des dents du bord postérieur; celles-ci sont proportionnellement plus petites, simples et plus obtuses. Le rayon est aussi généralement plus effilé. 55 — CHAÏ^ITRE XIII. DU GENRE LEIACANTHUS. Je ne connais encore les rayons dont il s'agit ici que d'après les dessins de M. Ho- gard 5 je n'établis donc ce genre que provisoirement, espérant examiner un jour moi- même ces fossiles et constater la validité de ce nouveau groupe. Par leur forme générale les rayons de Leiacantlie se rapprochent beaucoup de ceux d'Hybodus ; ils ont également des arêtes et des sillons longitudinaux à leur surface extérieure , tant au bord antérieur que sur les côtés, mais le bord postérieur paraît entièrement dépourvu de dents j et si ce caractère se confirme, il me paraît assez im- portant pour nécessiter une distinction générique. Je n'en connais encore qu'une espèce provenant du Muschelkalk des environs de Lunéville , et dont on a également trouvé des fragmens dans le Muschelkalk des en- virons de Bayreuth. I. Leiacanthus falcatus Agass. Vol. 3. Tab. 8ô. fig. i6. Je dois la connaissance de cette espèce à M. le Comte de Munster et à M3I. 3Iou- geot et Hogard. L'exemplaire figuré provient des environs de Lunéville. Ce rayon est arrondi, et beaucoup plus large à sa base que vers la pointe, qui se rétrécit insensiblement. Il est sensiblement plus arqué que les autres Iclithyodo- rulithes. Toute la surface extérieure est ornée de petites arêtes longitudinales arron- dies et assez égales, plus nombreuses vers la base et se perdant en partie en s'éva- nouissant vers le milieu ou le tiers supérieur du rayon. La ligne de démarcation de la racine est oblique et moins arrondie que dans la plupart des espèces d'Ichthyodoru- lithes. La racine elle-même est courte; la cavité intérieure est peu développée, ainsi que le sillon postérieur de la base du rayon. — 56 — CHAPITRE XIV. DU GENR^ PTYCHQDUS. Je ne crois pas me tromper en rapportant les rayons dont il s'agira dans ce cha- pitre au même genre que les dents que j'ai désignées sous le nom de Ptychodus. Leur occurrence constante dans les mêmes localités et leur fréquence égale m'en donnent la presque certitude. Cependant je n'ai pas encore pu rapporter avec assurance les différentes espèces de rayons aux diverses espèces de dents, dont on a jusqu'ici toujours trouvé plus d'une espèce dans la même localité. Les rayons de ce genre feront donc tous double emploi comme espèces , avec les dents, jusqu'à ce qu'on soit parvenu à les identifier. Les rayons de Ptychodus sont très-gros et ont une structure toute particulière , même assez différente de celle des Ichthyodorulithes que j'ai déjà décrits. Au lieu d'être tout d'une pièce, comme ceux des autres genres, ils présentent des baguettes plates ou plutôt de larges lames, épaisses, intimement soudées entr' elles, mais que l'on distingue encore aux sillons longitudinaux de la surface du rayon; leur bord antérieur est bosselé , et ces bosses forment sur les côtés de larges côtes arrondies et des dépres- sions transversales plus ou moins marquées. Vers la base du bord postérieur il y a de grosses fibres osseuses insérées verticalement ou obliquement, qui paraissent avoir été ses points d'attache. Je n'ai d'ailleurs pas remarqué de dents le long de ce bord. Il est à remarquer encore que les lames dont on distingue les bords à la surface du rayon, sont parallèles à son bord postérieur, tandis que l'on voit leur extrémité abou- tir successivement le long du bord antérieur depuis sa base jusqu'à sa pointe ; d'où il résulte que la base est sensiblement plus large que la partie supérieure du rayon, et que son bord postérieur est droit , tandis que le bord antérieur, qui est bosselé, est en même temps oblique. A en juger d'après les fibres que l'on remarque à la base du plus complet de ces rayons, ils étaient couchés sur le dos du poisson, ou du moins plus inclinés que les épines des Squales. Tous les rayons de Ptychodus connus proviennent de la Craie. 11 est très-re- — 57 — marquablc que ce soit en Angleterre seulement, dans la craie de Lewes, que Ton ait trouvé des rayons de Ptychodus, bien que les dents de ce genre aient été trouvées dans la craie de contrées très-éloignées. Ainsi j'en connais de la craie d'Angleterre, trouvées avec les rayons , de la craie de Belgique, de France, d'Alle- magne, d'Italie et d'Amérique. Le nombre des espèces de dents que j'ai distinguées se rapprocbe de celui des rayons. Ainsi je connais en tout 6 espèces de dents de Pty- chodus, dont 5 se sont trouvées à Lewes, et le nombre des espèces de rayons de la même localité que j'ai distinguées jusqu'ici est de quatre. Cette coïncidence numérique est d'une grande valeur pour l'appréciation des rapports de ces rayons et des dents que l'on trouve avec eux. 11 n'y a que le genre Lamna de l'ordre des Placoïdes, qui ait fourni jusqu'ici plusieurs espèces de dents ; or, les Lamna n'ont pas de rayons épi- neux à leurs dorsales. Il n'y a donc que les dents que j'ai désignées sous le nom de Ptychodus, qui puissent être associées à ces rayons , à moins de supposer que l'on ne connaît pas encore les dents des espèces qui portaient ces rayons , et d'admettre que les Ptychodus n'en avaient pas du tout, ou qu'ils étaient autrement conformés que ceux que je leur attribue ; ce qui ne paraît guère probable. I. Ptychodus spectabilis Agass. Vol. 3. Tab. 10 a. fig. i et 3. M. Mantell, qui a découvert ce fossile dans la Craie de Lewes, en a déjà publié une figure dans sa Géologie deSussex. J'ai cru cependant devoir le reproduire et chercher à exprimer plus nettement les traits particuliers de son organisation; d'autant plus que c'est surtout d'après cet exemplaire que j'ai tracé les caractères génériques de ces rayons. Comme espèce, le Pt. spectabilis se distingue par sa grande taille et par le parallélisme frappant de ses lames , qui ne se terminent pas aussi vite au bord anté- rieur que celles du Pt. gibberulus, fig. 4; ce qui fait que les bosses de son bord an- térieur sont moins rapprochées que celles de cette seconde espèce, ces bosses corres- pondant oï'dinairement à l'extrémité d'une lame. Ces gibbosités correspondent aussi d'une manière frappante à de larges côtes arrondies transversales, qui s'étendent jus- que sur le milieu des côtés du rayon 5 tandis que les échancrures qui les séparent cor- respondent à des dépressions intermédiaires aux côtes transversales. Partout oîi la surface est bien conservée, elle a l'apparence d'une granulation semblable à de petits traits en relief et transverses, mais interrompus par les sillons longitudinaux qui sé- parent les grosses lames dont tout le rayon se compose. Les fibres osseuses de la base du bord postérieur sont ondulées et insérées pi'esque verticalement sur le bord. L'exemplaire fig. 3 est un fragment où les gibbosités de la base du bord antérieur sont mieux conservées que dans le plus grp'^.d. — 58 — II. Ptychodus gibberulus Agass. Vol. 3. Tab. 10 a. fig. 4- Ce rayon est très-imparfait, car on ne voit que le bord antérieur en entier; la base et presque tout Iç bord postérieur sont détruits. Cependant, ce qu'il en reste suffit pour y reconnaître une espèce particulière de rayon de Ptychodus, caractérisé par des lames qui s'amincissent un peu vers leur extrémité, et qui se terminent plus vite au bord antérieur que celles des autres espèces. Les gibbosités de ce bord sont moins saillantes que celles du Pt. spectabilis, mais elles sont plus rapprochées et ne s'éten- dent pas sur les côtés du rayon. Cette espèce provient aussi de la Craie de Lewes, et se trouve dans la collection de M. Mantell. III. Ptychodus arcuatus Agass. Yol. 3. Tab. 10 a. fig. 2. Ce n'est également qu'un fragment de rayon, dont le bord antérieur seul est con- servé, provenant de la Craie de Levv^es et qui se trouve dans la collection de M. Man- tell. Les lames, comme tout le rayon, sont légèrement arquées; leur surface est trop détériorée pour qu'on puisse y reconnaîtie quelque trait de granulation; mais les bosses du bord antérieur sont très-bien conservées : elles sont très-distantes , très- grandes, très-saillanteSj et semblent s'être étendues un peu sur les côtés du rayon; toute leur surface présente une fine granulation en forme de points allongés. On voit ce rayon par son côté gauche, en sorte que sa base est du côté gauche de la planche, tandis que l'on voit les autres exemplaires par leur côté droit. IV. Ptychodus articulatus Agass. Vol. 3. Tab. 10 a. fig. 5 et 6. Cette espèce paraît se rapprocher du Pt. spectabilis par la disposition de ses lames et probablement aussi par sa forme ; mais elle en diffère considérablement par l'appa- rence de sa surface , qui présente des lignes ondulées et obliquées sur les bords de ses lames, interrompues par les sillons longitudinaux qui séparent ces dernières. Consi- dérablement grossies , fig. 6, ces lignes ondulées paraissent résulter d'articulations obliques et tiansversales des lames, qui présentent en outre à leur surface de très- fines stries longitudinales. — 59 — Je ne connais encore qu'un fragment trcs-imparfait de cette espèce, provenant de la Craie de Lewes et qui se trouve dans la collection de M. Mantell. Enfin je rapporte avec doute au genre Ptycliodus un fragment de nageoire : Vol. 3. Tab. lo^. fig. i8, Provenant également de la Craie de Lewes, et qui se trouve aussi dans la collection de M. Mantell. C'est la partie extérieure d'une nageoire paire d'un très-grand poisson , dont les premiers rayons sont plus courts et en même temps plus simples que les sui- vans qui se bifurquent inégalement, c'est-à-dire dont les divisions longitudinales se multiplient davantage au bord antérieur qu'au bord postérieur, mais qui ne pré- sentent tous aucune trace d'articulations transversales. Je ne saurais rapporter maintenant une nageoire aussi grande provenant de la craie avec des rayons de cette nature à aucun autre genre que celui des Ptycliodus; et cependant il m'est impossible de préciser l'espèce à laquelle elle a appartenu. ^ 60 — CHAPITRE XY. DU GENRE SPINAX. Comme il existe plusieurs espèces vivantes de ce genre, il pourrait paraître conve- nable que j'entre ici dans des détails circonstanciés sur les caractères généraux des Squales à rayons épineux, et sur les rapports de corrélation qui existent entre les dif- férentes parties de leur système osseux et dentaire. Mais comme il existe encore d'autres genres de Placoïdes à rayons épineux qui ont des représentans dans la créa- tion actuelle, ou qui lui sont exclusivement propres, je préfère renvoyer l'examen de cette question à la S'' partie de ce volume, dans laquelle je me propose particulièrement d'établir d'une manière définitive certains rapprochemens que j'ai cru pouvoir faire des parties détachées de Placoïdes fossiles , dans le but de rétablir les formes générales des espèces éteintes. Je me bornerai donc à décrire ici comparativement les rayons épineux des différentes espèces de Spinax , tant des espèces vivantes que de celle que M. Mantell a découverte dans la craie de Lewes. En revenant plus tard sur ce genre, je ferai connaître les autres parties du squelette, pour les comparer aux vertèbres fos- siles que l'on a trouvées avec les rayons mentionnés ci-dessus. Les grandes différences qui existent entre les rayons des diverses espèces vivantes , ne me laissent aucun doute sur la nécessité d'envisager comme espèce distincte , celle dont proviennent les rayons que l'on a trouvés dans la ci'aie de Lewes. D'ailleurs l'examen que j'ai pu faire d'un assez grand nombre d'exemplaires de trois espèces vi- vantes de ce genre et la connaissance que j'ai acquise par là des limites que présentent les variations de leurs rayons, m'ont été de la plus grande utilité pour l'étude des Ichtliyodorulithes en général. Malheureusement, lorsque j'ai déterminé l'espèce fossile de ce genre, j'ignorais que le Prince de Musignano eût distingué, comme je le fais aussi, les espèces de Spinax qui ont des épines lisses de celles qui les ont sillonnées-, sans quoi je me serais con- formé à sa nomenclature et j'aurais rangé mon Spinax major dans son sous-genre AcanthiaSj au lieu de lui conserver le nom de Spinax j pour former un nouveau sous- genre de son Spinax nigerj que j'avais indiqué dans notre Musée comme une es- _ 61 — pèce nouvelle. Pour ne pas multiplier la synonymie, puisqu'il en est encore temps, je me bornerai à faire la remarque que c'est au sous-genre Acanthias que mon Spinax major appartient et j'adopterai le nom de Spinax pour le sous-genre dont le Spinax niger est le type. Je ferai cependant encore la remarque qu'il me reste quelques doutes sur l'identité du sous-genre Spinax du Prince de Musignano avec celui que j'avais établi pour le Spinax niger. En effet, ne connaissant pas le Spinax UjatuSj j'avais assigné à mon nouveau groupe des dents coniques avec deux petites pointes latérales de chaque côté, à la mâchoire supérieure, vol. 3. Tab. 3, fig. 5, qui n'existent pas dans le Spinax Uyatus; j'avais aussi envisagé comme caractère géné- rique les singulières soies dont le corps du Spinax niger fig. 9 est recouvert^ et que le Spinax Uyatus ne possède pas non plus. Enfin les épines du Spinax Uyatus dif- férent assez de celles du Spinax niger pour que je puisse douter que le Spinax Uya- tus puisse rentrer dans le sous-genre que j'avais établi pour le Spinax niger. Mais puisque cette distinction existe, je l'adopte, sauf à vérifier ultérieurement ses limites, d'autant plus que J. Muller et Henle dans leur mémoire sur les genres de Squales et de Raies semblent l'avoir prise dans le même sens que moi , quoiqu'ils ne nomment pas les espèces qu'ils rapportent à chacune de leurs divisions. Les épines du Spinax niger, Yol. 3. Tab. 3. fig. 4-? sont comprimées, et leur bord antérieur se relève en forme de quille qui s'étend jusqu'à la pointe; en arrière de cette quille les faces latérales sont sensiblement déprimées. L'épine de la dorsale anté- rieure est plus courte, plus droite et proportionnellement plus large à sa base que celle de la seconde dorsale ; la quille de son bord antérieur c est moins large, le sillon longitudinal du côté postérieur b est moins profond , et la partie de l'épine cachée dans la membrane qui entoure les rayons de la nageoire, plus longue, comme on le voit en profil dans le rayon a. L'épine de la seconde dorsale est presque aussi longue que les autres rayons de la nageoire; elle est très-effilée à la pointe qui est un peu arquée, la quille du bord antérieur est plus large que celle de la dorsale antérieure. On voit ce rayon en profil en d, par son côté postérieur en e, et par son bord anté- rieur en/". Les épines du Spinax Acanthias j, Cuv. Vol. 3. Tab. i3, fig. 3., ont cela de par- ticulier qu'elles sont plus grosses proportionnellement à leur longueur que celles du Sp.Blainvillei, mais en même temps elles sont plus petites proportionnellement à la grandeur des nageoires et à la taille du poisson. Celle de la dorsale antérieure a^ bj Cj est près de moitié plus courte que celle de la seconde dorsale dj, e^f; son bord antérieur est légèrement convexe, mais son bord postérieur est presque droit, elle est aussi plus obtuse que la seconde. Celle-ci est sensiblement arquée, dans toute sa longueur, et le sillon de son côté postérieur est très-évasé ; les bords postérieurs des ToM. III. ' 9 — 62 — deux épines sont tranchans, tandis que le bord antérieur est arrondi. Il ne paraît pas y avoir de différences sexuelles dans la forme de ces épines ^ mais chez les jeunes elles sont moins pleines, c'est-à-dire, que les côtés sont moins arrondis, les bords plus saillans, et la pointe plus effilée. Quant aux épines du Spinax Blaimnlleij fig. i et 2, on remarque les mêmes diffé- rences de forme entre celle de la dorsale antérieure et celle de la seconde dorsale, que chez le Sp. AcanthiaSj c'est-à-dire, que celle de la première est plus droite et plus tra- pue que celle de la seconde qui est plus effilée et sensiblement arquée. Mais les dif- férences spécifiques sont faciles à reconnaître, les épines du Sp. Blainvillei sont géné- ralement moins grosses proportionnellement ci leur longueur, et cependant elles ont des dimensions absolues plus considérables ^ il est en outre très-remarquable que l'é- pine de la dorsale antérieure a^ bj c, est presque aussi longue que celle de la seconde dorsale tlje,f. Toutes les ligures qui portent les mêmes lettres représentent ces divers rayons du même côté : la fig. a est toujours le rayon de la dorsale antérieure vu en profil, la fig.^ le représente par sa face postérieure , et la fig. e par son bord antérieur \ la fig. d donne toujours le profil de l'épine de la seconde dorsale, la fig.e son côté postérieur , et la fig.y son bord antérieur. Ce qui vient d'être dit des épines du Spinax Acanthias et du Blaimnllei, prouve évidemment que ces rayons ne sont pas toujours en rapport avec la taille du poisson 5 cependant il est à remarquer que l'épine de la seconde dorsale présente à cet égard des différences moins frappantes qne celle de la première. Dès lors il ne me paraît pas douteux que l'espèce fossile n'ait atteint des dimensions plus considérables que les espèces vivantes, puisque les rayons osseux que j'en ai vus sont tous plus grands que ceux des espèces de notre époque. Je lui ai en conséquence donné le nom de I. Spinax major Agass. Yol. 3. Tab. 10 b. fig. 8—14. Tous les exemplaires de ce fossile que j'ai vus proviennent de la craie de Lewes et se trouvent dans la collection de M. Mantell. Il ne me pai'aît pas douteux que les rayons représentés par les fig. 8, 10, 11, 12 et i3, proviennent de la dorsale anté- rieure, et celui de la. fig. 14 dé la seconde dorsale. L'exemplaire fig. 12 et i3 apparte- nait à un individu de taille beaucoup plus considérable que les autres. Les rayons de cette espèce présentent des différences analogues à celles- que l'on a remarquées dans les espèces vivantes, c. à. d. qu'il y a des rayons plus trapus et plus — 63 — droits, et d'autres plus eflîlés et plus arques; diflférences qui se sont constamment rencontrées entre les rayons antérieurs et les rayons postérieurs des espèces vivantes. Ensorte que loin d'envisager ces deux formes comme types de deux espèces, je me crois en droit de les considérer comme les rayons antérieurs et postérieurs de la même espèce. Ce qui caractérise ces rayons comme espèce, c'est d'abord leur grande taille et puis leur largeur considérable, surtout remarquable cbez les rayons antérieurs. Leur forme est généralement plus arrondie que celle des autres Acantbias, c.à.d. que le bord antérieur forme une quille moins saillante, fig. 9, ii«et iia-^ le sillon de leur face postérieure est aussi moins profond, fig. 11 a. Les côtés et le bord antérieur présentent des lignes parallèles obliques , résultant de l'accroissement de la couclie d'émail au bord de la base , que l'on distingue surtout bien dans les figures 12 et i3. On remarque en outre de fines stries longitudinales qui sont le résultat de l'augmenta- tion de l'émail le long des bords postérieurs et que l'on observe aussi quelquefois , mais difîicilement , dans les espèces vivantes. 64 — CHAPITRE XVI. DU GENRE CHIM^RA Agass. Les rayons de la Chimœra monstrosa de la Méditerranée, tels que je les ai décrits au chap. I. de ce volume ^ pag. 3, ressemblent tellement à ceux des Squales en général, que leur structure est un nouveau point de rapprochement pour ces deux familles. Le rayon de la dorsale antérieure surtout a la même conformation que ceux du genre Spinax; il n'en diffère même que par la forme plus aplatie de ses faces^ par sa quille saillante au bord antérieur et par la dentelure de ses bords postérieurs. J'en ai fait représenter un par toutes ses faces Tab. C. fîg. 2, 3, 4 j ïa fig. 5 en donne en outre la coupe. La comparaison de ces figures avec les fragmens de rayons d'une espèce fossile, trouvés à Lewes dans la craie et représentés Vol. 3. Tab. 10b, fig. 17, fera immédiatement découvrir des différences spécifiques très -sensibles. Cependant M. Buckland ayant reconnu dans cette formation des mâchoires de deux espèces du genre Chimœra, ce n'est encore qu'avec doute , quoique avec beaucoup de probabilité, que je rapporte le rayon en question à celle de ces deux espèces qu'il a appelée Ch. Mantellii et dont les mâchoires proviennent de la même localité. I. Chblera Mantellii Buckl. Vol. 3. Tab. 10^. fig. 17. Depuis la découverte que M. Buckland a faite des mâchoires de quatre espèces fos- siles de Chimères provenant de la craie et des terrains jurassiques supérieurs, j'ai reconnu dans la collection de M. 3Iantell des fragmens d'un rayon de la dorsale antérieure d'une espèce de ce genre, qui confirment pleinement cette intéressante découverte. Bien que très-imparfaits, ces fragmens portent évidemment les caractères distinctifs des rayons de Chimères ; ils sont comprimés latéralement, surmontés d'une quille lisse et armés de dents à leurs bords postérieurs. S'il m'avait été possible de déterminer si les fragmens i et 2 provenaient du même rayon, j'aurais peut-être pu ^ _ 65 - . reconnaître la forme générale du rayon^ mais leurs extrémités sont trop émoussées pour que j'aie pu m'assurer s'ils formaient une courbe ou non 5 cependant la forme des fragmens détachés semble déjà indiquer suffisamment que le rayon était droit ou du moins très-peu arqué. Ce qui le distingue en outre de l'espèce vivante, c'est que ses flancs sont plus inclinés l'un vers l'autre que dans l'espèce vivante, comme on peut s'en assurer en comparant les coupes aetb avec celle du Chimaîra monstrosa Tab. C, fig. 5; les flancs sont en outre sillonnés longitudinalement, ce qui n'est pas dans l'es- pèce vivante. Le bord, ou côté antérieur, se détache aussi moins des flancs, tandis que dans l'espèce vivante il forme avec eux un angle droit ; la quille qui s'élève de sou milieu est moins élevée ; enfin les dents des bords postérieurs sont plus petites et plus serrées. Ces dents ne sont visibles que dans le fragment i . 11 faudra s'assurer par de nouvelles recherches sij comme je le présume , ce rayon appartient bien au Chimœra Mantellii de 31. Buckland. -^ 66 — m CHAPITRE XYII. DU GENRE PLEURACANTHUS. Le rayon d'après lequel j'ai établi ce genre est l'indice le plus ancien que je con- naisse de l'existence de la famille des Raies. Il provient du terrain liouiller de Dudley. Ses caractères distinctifs ne le rapprochent cependant pas assez des genres existans de cette famille pour qu'on puisse le ranger dans aucune des coupes déjà établies. Ce rayon a cela de très-remarquable, que toute la surface est arrondie^ il est d'ailleurs sensiblement déprimé et armé de chaque côté d'une rangée de dentà arquées vers sa base. Tout le long de sa face inférieure il y a un large sillon arrondi et assez profond. I. PlEURACANTHUS L-EVISS1MU3 Agass. Vol. 3. Tab. 45. fig. 4 et 5. Je ne connais qu'un seul fragment d'un rayon de cette espèce appartenant à 31. AUis de York et provenant du terrain houiller de Dudley. Outre les caractères génériques qui le distinguent des épines de T/ygon et de 3Ij- liobates, ce rayon se fait remarquer par sa forme conique, c. à. d. par la manière dont il s'amincit régulièrement vers sa pointe , tandis que les Pastenagues et les Mourines ont généralement leurs côtés parallèles et se terminent plus ou moins carrément. Ne connaissant cependant que l'original de la fig. 4? j'ignore si cet amincissement est pro- gressif jusqu'à l'extrémité du rayon. La coupe fig. 5 montre que cet os a la forme d'un ovale très-régulier, sauf le sillon de sa face inférieure dont le pourtour est à-peu-près parallèle à la face supérieure. Les dents latérales sont très-acérées, très-rapprochées les unes des autres et fortement arquées en avant, c. à. d. du côté de la base du rayon. — 67 — CHAPITRE XYIII. DU GENRE PTYGHACANTHUS. L'aiguillon de Raie fossile représenté dans le tome XIV des Ann. du Mus. est con- formé d'une manière si particulière, qu'il ne peut être exactement rapporté ni aux Pastenagues , ni aux Mourines. La difféi^ence de substance du corps de l'aiguillon et de ses dents, leur séparation bien marquée par un fort sillon, la fine dentelure de ses grosses dents latérales, sont autant de caractères qui ne s'accordent ni avec l'un ni avec l'autre des genres de Piaies connus qui portent un ou plusieurs aiguillons à la queue; c'est pourquoi je présume 'que l'animal auquel il a appartenu constituait un. genre particulier, auquel on découvrira peut-être aussi une dentition particulière. Et s'il était permis de hasarder une conjecture sur un poisson d'après un seul rayon, je penserais qu'intermédiaire entre les Trygon et les Mjliohates, il avait probable- ment des dents analogues à celles des Myliobates , mais en petit pavé uniforme, peut- être entièrement semblables aux dents latérales du M. Aqidla. J'infère cela de la grande égalité entre toutes les dents de l'aiguillon caudal et de la plus grande affinité de l'aiguillon même avec celui des Mourines qu'avec celui des Pastenagues. Je pro- pose de nommer ce genre Ptjchacanthus et l'espèce Ptychacanthus Faujasii Agass. Yol. 3. Tab. 45. fig. I, 2 et 3. Son aiguillon est large, déprimé, sillonné irrégulièrement le long de sa face supé- rieure ou extérieure qui est plane. La face inférieure est aplatie , mais les côtés sont coupés à angle droit de manière à former un carré long qui est débordé de beau- coup par les dents latérales. Vers son insertion le rayon est bombé et strié. Sur le milieu il offre quelques carènes plus ou moins apparentes. Ce fossile se trouve au Musée de Paris. 68 — w r CO]\CLUSIO]\S GENERALES RELATIVES AUX ICHTHYODORULITHES. Ne connaissant pas encore de caractère générique distinctif entre les rayons épi- neux des Myliobates et des Trygon, et en possédant d'ailleurs des espèces très-bien conservées, qui doivent figurer dans la troisième partie de ce volume, j'y renvoie pour la description de leurs rayons épineux et de ceux des espèces que je connais moins complètement. En terminant cette première partie, je ferai cependant encore une observation gé- nérale sur les différences constantes que j'ai remarquées entre les rayons épineux des Raies, des Chimères et des Squales, dans l'acception la plus générale de ce nom. C'est que les rayons des Raies n'ont pas de cavité intérieure et qu'ils sont déprimés, plus ou moins aplatis et armés de dents le long de leurs bords extérieurs ; tandis que ceux des Chimères et des Squales sont plus ou moins arrondis ou comprimés, portent leurs dents, lorsqu'ils en sont pourvus, aux bords postérieurs, et ont une cavité in- térieure. Il est donc évident que la plupart des genres d'Ichthyodorulithes que j'ai décrits se rapprochent beaucoup plus du type des Squales que du type des Raies. Il n'y a même que les genres Pleuracanthus et Ptychacanthus qui aient une ressemblance marquante avec cette dernière famille, tandis que les Nemacanthus paraissent se rap- procher des Chimères. Ces affinités ne sont pas seulement exprimées dans la forme de ces difféi'ens i-ayons \ la comparaison des dents de toutes les époques géologiques conduit au même résultat et prouve en même temps que c'est avec le genre Cestra- cion que ces genres éteints de Squales des formations anciennes ont les rapports les plus frappans. Une énumération sommaire de tous les Ichthyodorulithes connus, rangées d'après , les formations dans lesquelles on les trouve , contribuera peut-être à faire découvrir les autres parties du corps de ces poissons ; la voici : (50 — Tableau synoptique des IchthyodoruUthes. Grauwacke. Silurien. Onchus Murchisoni — Ludlow. » tenuistriatus — Ludlow. Old-Red. Onchus arcuatus — ■ Bromyard. » seinistriatus — Southstone-Rock. Ctenacanthus ornatus. Pays de Galles. Houille. Onchus sulcatus — Cale, carbonif. Bristol. hamatus — Cale. carb. Bristol. Ctenacanthus major — Cale. carb. Bristol. « tenuistriatus — Cale. carb. Bristol. >) brei^is — Cale. carb. Bristol. Oracanthus Milleri — Cale. carb. Bristol. » pustulosus — Cale. carb. Bristol. » minor — Cale. carb. Bristol. Gyracanthus formosus — Burdie-House , Neweastle , Sunderlaiid , Alnwick, Burnt-lsland. » tuberculatus — Sunderland . j) alnwicensis — Alnwick Castle. Tristychîus arcuatus — Greenside près de Glascow. Ptychacanthus sublevis — Burdie-House. Sphenacanthus serrulatus —'^arâie-U.ouse. Pleuracanthus lœvissîmus — Dudiey. MuSCHELKALR. Hybodus major — Lunéville, Bayreuth, Breslau. » tennis — Lunéville, Bayreuth. n dimidiatus — Lunéville. Leiacanthus falcatus — Lunéville, Bayreuth. ToM. m. 10 — 70 — Jura. ajhïsLS. Nemacanthus monilifer — Westbuiy, ( Bristol. ) iyjîlifer — Wcstbury, (Bristol.) Leptacanthus tenuispinus — Lyme Régis. Myriacanthiis paradoxus — Lyme Régis. » retrorsus — Lyme Régis. » granulatus — Lyme Régis. Hybodus minor — Bristol . » cuitus — Lyme Régis, Reynsham, Wurtemberg. » crassispinus — Lyme Régis. n reticulatus — Lyme Régis. >i formosus — Lyme Régis. » ensatus — Lyme Régis. » lœvhisculus — ■ Bristol. bj Jura , proprement dit. Leptacanthus longissimus — Cale, de Caew. » semistriatus — ■ Stonesfîeld. » serratus — Stonesfîeld. Asteracanthus omatissimus — Soleure, Shotover. » acutus — Bedford. » minor — Oolithe d'Angleterre ? » semisulcatus — Stonesfîeld, Purbeck. Pristacanthus Securîs — Caen , Stonesfîeld. Hybodus crassus — Ool. inf. Towcester. — Wasseralfîngen. >» apicalis — Stonesfîeld, Hastings. )) dorsalis — Stonesfield , Hastings. » marginalis — Stonesfîeld, Tilgate. )> strialulus. — Hastings. y, acutus — Shotover. . « leptodus — Argile d'Oxford ? « pleiodus — Oolithe de France ? w strictus — Portland . « subcarinatus — Tilgate. — 71 — Craie. Hybodm sulcatus — Lewes. Pfjchodus spectabilis — Lewes. » sibberuliis — Lewes. » arciiatus — Lewes. » articulatits — Lewes. Spinax major — Lewes . Chimœra Mantellii — Lewes. Tertiaire. Ptjchacanthus Faxijadi — Environs de Paris. Trygon Gazzolce — Monte-Bolca . » oblongus — Monte-Bolca. Myliobates Studeri — Molasse suisse. )) Broiigniarti — Gand. » toliapicus — Sheppy . » FToodwardi — Crag. II- PARTIE. DES DENTS DE PLACOIDES, TANT DES ESPÈCES FOSSILES QUE DES ESPECES VIVANTES, ET DES DIFFÉRENCES GÉNÉRIQUES ET SPÉCIFIQUES QU'ELLES PRÉSENTENT. CHAPITRE I. DES DENTS DE PLACOIDES EN GENERAL. Quand on réfléchit à l'imperfection de nos connaissances actuelles sur les poissons cartilagineux , l'on ne saurait être surpris du peu de progrès qu'a fait l'étude des dé- bris fossiles appartenant à ce groupe d'animaux , surtout si l'on considère les dif- ficultés qui se sont constamment opposées à une détermination rigoureuse des dents éparses de Squales et de Raies que l'on trouve en si grand nombre dans diverses couches de l'écorce de notre globe. Ces diflicultés sont telles, que l'on ne possède pas maintenant une douzaine de dénominations basées sur la comparaison directe des espèces fossiles avec les vivantes. Et cependant combien ces déterminations ne doi- vent-elles pas devenir importantes pour la géologie , puisqu'il existe des débris de ces fossiles dans toutes les formations qui contiennent des traces d'êtres organisés depuis les plus anciennes jusqu'aux plus récentes. Il est vrai que les espèces des ter- rains tertiaires seules présentent des ressemblances assez sensibles avec les Squales et les Raies, pour qu'on ait pu les ranger sans hésitation dans ces familles 5 mais les tentatives de déterminations en sont demeurées là, et l'on n'est pas allé jusqu'à fixer les genres auxquels elles appartiennent. Les espèces des terrains secondaires les plus récens diffèrent déjà en général si complètement des types ordinaires de Ton. III. 11 — 74 — notre époque, que les rapprochemens qu'on a faits à cet égard sont bien peu naturels. Je ne rappellerai pas que les premières désignées sous le nom de Glossopètres ont été envisagées comme des langues de serpens pétrifiées, jusqu'à ce qu'Agostino Scilla eut prouvé qu'elles provenaient des mâchoires de différens Squales : je me bornerai à dé- montrer que le rapprochement qu'on a fait entre certaines dents des terrains de l'époque secondaire nommées Bufonites à dos sillonné et les Bufonites ordinaires est tout-à-fait erroné. En effet, sous le nom de Bufonites on a désigné des dents à racine creuse , à couronne distincte , qui se forment dans les alvéoles de la mâchoire avec le bord desquelles elles se soudent plus tard et qui constituent plusieurs genres de la fa- mille des Pycnodontes dans Tordre des Ganoïdes 5 tandis que les Bufonites à dos sil- lonné ont une couronne rugueuse ou sillonnée de plis et une racine compacte , aplatie à sa base, sans cavité intérieure, ne présentant jamais d'adhérence avec les mâchoires, et rappelant par là la dentition des Cestracions, des Mustelus et de certaines Raies : aussi n'hésité-je pas à les ranger dans Tordre des Placoïdes j je ferai même voir bien- tôt que c'est à côté du genre Cestracion qu'il faut les placer. Lorsque j'entrepris d'étudier, de classer et de déterminer comparativement toutes ces dents fossiles , nos connaissances sur les Squales et les Raies en étaient au point où Guvier les avait laissées dans la seconde édition du règne animal. Pour les rendre applicables à la paléontologie , j'avais dû faiie dessiner les principales modifica- tions que la dentition de ces familles présente suivant les genres ; j'avais appelé l'attention des géologues sur la nécessité de recueillir avec soin tous les débris provenant des mêmes localités, afin de pouvoir les réunir plus facilement un jour : j'avais même publié les figures des mâchoires et des dents détachées de plusieurs es- pèces vivantes des principaux genres de Squales et de Rajes (vol. 3, tab. J5 jusqu'à H^ , afin de faciliter aux géologues ces sortes de recherches. Mais ces efforts se- raient probablement restés encore long-temps sans résultats satisfaisans , si d'un côté le Prince de Musignano et de l'autre MM. Millier et Henle n'étaient venus étendre considérablement le cercle de nos connaissances sur cet ordre de la classe des poissons ; le premier par des monographies de différens genres dans la Fauna Italien, et plus tard par un conspectus de tous les genres de Tordre 5 les seconds par leur prodrome d'un travail complet sur tout ce groupe d'animaux, et surtout parleur grand ouvrage sur les Plagiostomes, dont la première livraison vient de paraître. Connaissant maintenant les modifications que présente la dentition de tous les genres établis jusqu'à présent, il sera plus facile de rapprocher les fossiles de leurs vrais congénères. Je le pourrai même d'autant mieux que 31. Henle pendant son sé- jour à Neuchâtel , a bien voulu parcourir avec moi mon portefeuille et m'éclairer sur les genres que je n'avais pas encore eu occasion d'examiner moi-même. La certi- — / i> — lude que jai acquise par là que les nombreux genres nouveaux que j'avais établis pour des espèces fossiles ne font pas double emploi avec les nouveaux genres pro- posés par MM. 31iiUer et Ilenle, et par le prince de Musignano, m'a mis en état de poursuivre mon travail de couiparaison et de rapprochement et de publier enfin cette partie de mes recherches qui, je crois, doit être surtout désirée à cause du grand nombre de fossiles sans déterminations, qui existent dans les collections. De la comparaison des espèces fossiles avec les espèces vivantes, il résulte un fait bien curieux , conforme à ce que l'étude du développement génétique du règne ani- mal nous apprend de tous les groupes bien étudiés , c'est que les types génériques qui prévalent dans la création actuelle, ou n'ont pas de représentans parmi les fos- siles , ou bien sont limités aux terrains tertiaires et crétacés ; tandis que les genres qui paraissent isolés dans notre époque , comme les genres Mustelus et Cestracion , sont représentés par de nombreux genres analogues dans toute la série des terrains secondaires. L'organisation, le mode d'insertion et la succession dans le développement des dents des Placoïdes sont autant de points qui méritent d'autant plus de fixer l'at- tention, que Ton y a eu moins d'égard jusqu'à présent. Les divers genres de cet ordre offrent des différences si frappantes, qu'il sera facile de déterminer les espèces fossiles lorsqu'on aura fait une étude spéciale de tous les caractères que présentent les espèces vivantes , et qu'on aura appris à tenir compte des différences que l'on ren- contre souvent dans une même espèce, selon la position qu'occupent les dents vers l'ex- trémité antérienre ou postérieure des mâchoires, dans une rangée plus ou moins ex- terne, et selon qu'elles sont fixées à la mâchoire supérieure ou inférieure. Mais comme on reconnaît généralement à travers toutes ces différences un caractère spécifique ap- préciable, les difîicultés pour la détermination des fossiles disparaîtront d'autant plus, qu'on aura mieux étudié toutes les modifications possibles dans les espèces vivantes. Il est du reste important de faire remarquer que les dents des espèces fossiles pré- sentent des cycles de variations analogues. Malgré les différences énormes que l'on remarque dans la forme des dents de tous les poissons de cet ordre, elles ont cependant un caractère d'organisation commun que l'on retrouve sous les formes les plus extrêmes ; c'est d'avoir une base ou racine osseuse, de forme très-vaxiable, cachée dans l'épaisseur du derme, et recouverte à sa partie supérieure, qui fait saillie dans la bouche, d'une couche émaillée plus ou moins épaisse, formant la conronne de la dent, et affectant des modifications très-di- verses qui caractérisent les différens genres de cet ordre. Un autre cai-actère qui leur est commun , c'est de n'être point enchâssées dans des alvéoles, ni soudées aux bords dentaires des mâchoires. Dans aucun autre ordre de la classe des poissons les dents ne — 76 — sont aussi indépendantes du squelette que chez les Placoïdes , puisqu'elles se forment dans l'épaisseur du derme , et s'y développent sans s'enfoncer dans les bords des mâ- choires. Simplement adhérentes aux tégumens qui tapissent la gueule, elles jouis- sent, dans la plupart des Squales du moins, d'une mobilité très-remarquable, que l'on ne retrouve nulle part dans le règne animal, et qui consiste à pouvoir se dresser sur leur base, et opposer leurs pointes et leurs tranchans à celles de la mâchoire opposée. Les dents qui sont moins mobiles ou complètement fixes, comme celles des Mylio- bates, n'en sont pas moins libres, c'est-à-dire qu'elles présentent les mêmes rapports génétiques avec les mâchoires j seulement plus serrées entre elles et disposées en sé- ries plus rapprochées, comme dans les genres Cestracion, Mustelus et dans beau- coup de Raies, leurs mouvemens sont plus limités^ ou même elles se soudent par leurs bords de manière à former de larges plaques dentaires, comme dans les genres Myliobates, Aëtobates, etc. Ces dents de Squales et de Pxaiçs sont, en outre, dispo- . sées généralement sur plusieurs rangées, dont les antérieures s'usent les premières, tombent et sont remplacées par celles des rangées internes. Ceci a lieu même dans les genres dont les espèces ont les dents soudées par leurs bords , de manière à être im- mobiles. En revanche, il se forme continuellement de nouvelles dents en arrière de celles qui existent , et qui avancent successivement vers les rangées antérieures à me- sure que celles-ci tombent, pour finir souvent par occuper à leur tour le premier rang. , La base de toutes ces dents est large et aplatie, ou arrondie, ou sillonnée, ou échancrée-, mais jamais elle n'est conique, ni terminée en pointes aiguës 5 c'est une sorte de racine osseuse plus ou moins compacte ou spongieuse, sans cavité inté- rieure, gisant dans des espèces de cellules cutanées et simplement embrassée par la partie de la peau à laquelle elle adhère. La couronne qui s'élève au-dessus des cellules dans lesquelles la racine est enclavée, présente un aspect très-variable dans les différens genres et même dans les différentes parties des mâchoires du même animal. Ainsi dans les groupes dont les dents sont subulées , ou triangulaires et plus ou moins comprimées, celles de la partie antérieure et des côtés des mâchoires sont généralement plus allongées et acérées que celles de la partie postérieure qui sont plus ou moins obtuses. Quand il existe des différences notables entre les dents de la mâchoire supérieure et celles de la mâchoire inférieure, ce sont tantôt les pre- mières, tantôt les dernières qui sont plus étroites et plus effilées que les autres. Lorsque les dents antérieures ne sont pas semblables à celles des côtés, elles sont ordinairement plus petites et plus pointues ; il y a même souvent vers la symphyse des deux branches des mâchoires de chaque côté une rangée de petites dents de forme particulière, ou une seule rangée sur la symphyse même. Enfin, les dents des jeunes individus diffèrent souvent considérablement de celles des adultes par l'absence de — • / / — serralures ou de petites dents sur les côtés. Dans les véritables Raies on remarque inème des dift'érenccs dans la dentition des individus de sexe différent. Ce sont ces variations si nombreuses et si compliquées, qui jusqu'ici ont rendu si diflîcilc la détermination des dents fossiles que l'on trouve habituellement isolées. Cependant un examen prolongé des limites de ces variations dans les différens genres m'a dé- montré que, dans la plupart des cas du moins , on peut arriver à préciser rigoureuse- ment le genre et l'espèce d'un Placoïde dont on ne connaîtrait qu'une seule dent. Aussi, avant d'entrer dans des détails descriptifs sur les espèces fossiles, je ci'ois utile de passer en revue les principaux types de dentition que présentent les poissons de cet ordre afin de faire voir que les tentatives de grouper toutes ces dents fossiles en genres et en espèces peuvent n'être pas dénuées de fondement et qu'elles sont même pour la plupart justifiées par l'analogie qui existe entre certaines espèces vi- vantes et les fossiles, dans les limites naturelles de leurs variations. La première question qui se présente est celle de savoir si l'on peut en général distinguer les dents des principales familles de l'ordre des Placoïdes, sans entrer dans le détail des genres et des espèces, ou, en d'autres termes, si les dents offrent des caractères assez tranchés pour pouvoir reconnaître de prime abord celles des Raies, des Squales, des Chimères et des Cyclostomes ? et en descendant par degrés, celles des Myliobates, des Raies, proprement dites, des Torpilles, des Rhihobates, des Cestraciontes, des Scyllium , des vrais Squales, des Lamies, etc ? — Posée d'une manière aussi absolue, cette question ne saurait être résolue affirmativement, pas plus qu'on n'a pu affirmer jusqu'ici qu'il existe des caractères tranchés pour distinguer dans tous les cas les dents des poissons et des reptiles et même celle des mammifères. Cependant il s'ouvre à cet égard une ère nouvelle pour la paléontologie , et les re- cherches microscopiques que M. Owen a entreprises dans le but d'étudier la structure intime des dents feront bientôt connaître des différences importantes et entièrement inaperçues jusqu'à présent, qui distinguent nettement les dents des animaux apparte- nant aux principales grandes divisions des vertébrés, en même temps que des mo- difications moins tranchées de ces particularités permettront de poursuivre les dis- tinctions jusque dans les genres. Les démonstrations que M. Owen a faites de ses recherches lors de la réunion des naturalistes allemands à Fribourg, m'ont paru le- ver toutes les difficultés à cet égard; mais comme elles sont encore inédites, je ne dois point anticiper sur ses communications, mais plutôt me borner à quelques observations que l'apparence extérieure et un examen moins approfondi m'avaient déjà fait reconnaître. Je n'entrerai pas pour le moment dans de nombreux détails sur la dentition des Cyclostomes, puisque je n'en connais pas d'espèces fossiles, et que quelques naturalistes révoquent maintenant en doute la réalité de leurs affinités avec — 78 — les Plagiostomes ; ni sur celle des Chimères , dont je parlerai en de'tail au chapitre des Chimères fossiles, dont les dents diffèrent d'ailleurs tellement de celles des Squales et des Piaies qu'il suffit de renvoyer à la planche Cj fig. lo et 1 1, vol, 3, pour en donner une juste idée ; ni sur celle des Acipensérides que j'ai du éhminer de l'ordre des Pla- coïdes pour les ranger parmi les Ganoïdes à côté des Loricaires et des Plectognates. Je ferai remarquer seulement que les Raies ont généralement les dents moins mobiles que les Squales et plus serrées les unes contre les autres : elles sont même quel- quefois soudées par leurs bords et disposées sur un plus grand nombre de rangées que dans les Squales 5 celles de la partie antérieure et moyenne des mâchoires sont comparativement plus grandes. On remarque en outre, que dans les genres oii les dents acquièrent des dimensions considérables, celles qui sont insérées sur la ligne médiane sont les plus grandes , par exemple dans les Myliobates j enfin les deux branches des mâchoires plus intimement soudées et placées transversalement et bout à bout, laissent à peine distinguer les rangées de dents du côté droit et du côté gauche, qui se croisent ordinairement de manière à effacer toute espèce de sépara- tion entre elles. Il n'en est pas de même des Squales, dont les mâchoires plus arquées se séparent toujours en deux branches distinctes, portant des rangées de dents ordinairement moins nombreuses, et qui ne se croisent jamais à la symphyse, pas même lorsqu'il y a une rangée médiane de dents, comme dans le genre Cestra- cion , dont la dentition a, du reste, tant de rapports avec celle du genre Rhina. Dans le genre Mustelus seulement cette démarcation entre les dents des deux branches des mâchoires n'est pas sensible. Une autre différence notable qui existe entre les dents des Squales et celles des Raies, c'est que dans les premiers les rangées extérieures ( ou du moins la rangée externe) sont érectes, tandis que les rangées internes sont inclinées la pointe en arrière, et ne s'élèvent qu'au fur et à mesuie que leur développement étant achevé , elles viennent remplacer celles des rangées externes qui sont tombées, ou lorsque le poisson irrité saisit sa proie en hérissant son formidable râtelier. Alors toutes les dents consolidées se dressent plus ou moins sui- vant leur avancement. Les dents de Raies, comme on l'a déjà remarqué, ne jouis- sent pas de cette grande mobilité; cependant elles tombent et se remplacent de la même manière. Sans entrer dans le détail de tous les genres , il me reste encore à indiquer d'une manière plus précise les principaux types que présentent les dents des Squales et des Raies. En le faisant, je m'attacherai plus particulièrement à signaler les caractères des groupes qui ont des représentans dans les époques géologiques antérieures à la nôtre , ou qui peuvent contribuer à faire mieux apprécier les rapports relatifs des genres entièrement éteints. — 79 -^ Dans la famille des Raies, le groupe des Myliobatcs est celui qui a le plus d'in- léiêt pour le géologue, puisqu'on en trouve de nombreuses espèces dans toute la sé- rie des terrains tertiaires. Elles sont caractérisées par de larges dents à couronne plate, juxtaposées ou réunies par leurs bords et soudées par de fines sutures, de manière à former de larges plaques semblables à des carreaux d'un pavé tantôt égal, tantôt inégal, suivant la forme et la disposition des différentes plaques qui le com- posent. On divise maintenant les Mourines en trois genres d'après la disposition des plaques dentaires : les vraies Mourines, Myliobates Dumér. ont les dents mé- dianes très-larges, transverses, et n'excédant pas en longueur les dents marginales qui sont à-peu-près hexagonales et disposées sur trois rangées. Le type de ce genre est le Raja Aquila L. dont le Prince de Musignano a donné une bonne figure dans sa Fauna Italica. J'en ai figuré les mâchoires vol. 3. Tab. D. fig. 9 et 10. Dans la lig. 10, on les voit en profil , ensorte que l'on ne distingue que les petites dents laté- rales 0.0.0. 5 tandis que la fig. 9 les représente par derrière j l'on y distingue très-bien les larges dents médianes c.c.c. qui s'étendent uniformément sur les deux branches de chaque mâchoire. Il serait dès-lors très-curieux de pouvoir examiner sur de très- jeunes individus comment ces dents se forment et quels sont leurs rapports pri- mitifs avec les mâchoires : c'est sans doute à l'absence d'alvéoles maxillaires qu'est due la possibilité de la formation de pareilles dents , et à leur insertion dans de simples cellules cutanées. Sur les deux côtés de ces grandes dents s'observent les trois rangs de petites dents a. a. ^ dont la rangée externe est plutôt pentagonale, tandis que les deux rangées internes sont plus régulièrement hexagonales. — Dans le genre Rhinoptera Ruhl, toutes les dents sont hexagonales, cependant les dents médianes sont plus grandes que les dents latérales qui vont en diminuant. Le type de ce genre esiXe Myliobates marginalaj Geoff. Poiss. d'Egypte, pi. aS, fig. 2. — Le R. Jussieui Cuv. Règn. Anini. p. 4oi note, a des dents de forme intermédiaire entre celles du genre Myliobates proprement dit et celles du genre Rhinoptera Kuhl. 11 faudra probablement en faire un genre à part. J'ai représenté une partie de ces dents Tab. D, fig. 8. On y remarque trois rangées principales de dents très-larges c. b.b., dont la moyenne c. est la plus large, et deux rangées marginales a. o. de dents plus étroites. On pourrait appeler ce genre Zygobatis. — Le R. Narinari L. est aussi devenu le type d'un genre particulier, que MM. Millier et Henle ont appelé Aétoba- tisj et qui est caractérisé par une seule rangée de larges dents à chaque mâchoire. Je les ai fait figurer tab. D , fig. i et 2. Celles de la mâchoire inférieure fig. 1, sont transverses, tandis que celles de la mâchoire supérieure fig. i, sont plus ou moins arquées. Les figures 3, 4, 5, 6 et 7* représentent différens aspects d'une dent déta- chée de la mâchoire supérieure; dans la fig. 3, la dent se voit d'en haut, de ma- — 80 — nière à laisser cependant voir en partie le boixl postérieur en raccourci j dans cette figure la lettre a. représente la surface triturante de la dent que l'on voit en ce. de la fig. I. Si dans cette figure cette surface paraît plus étroite que dans la figure principale, c'est parce que la dent est inclinée en avant pour faire voir sur le bord postérieur les tubes a. o. dont se compose toute la couronne, et une partie de la racine c. qui est sillonnée verticalement, comme si elle était composée de plaquettes dont les dossiers formeraient la base. La figure 4 représente la même dent , vue en dessous et montrant les sillons de la base de la racine c._, et en raccourci les tubes de la couronne «.y dans la figure 5, cette dent se voit en profil par derrière, en- sorte que la surface de la couronne forme simplement le contour supérieur; mais on y voit ses tubes a. dans toute leur longueur, ainsi que les sillons verticaux c. de la racine. Il en est de même de la figure 6, qui représente encore la même dent, dans la même position que la fig. 5, mais vue par son bord antérieur qui est légère- ment convexe; les lettres a. et c, désignent les mêmes parties de la dent. Les pe- tits pores que l'on aperçoit en c.c.j servent très-probablement de passage aux vais- seaux nutritifs des dents. Enfin la fig. 7 la représente dans la même position que la fig. 3, c'est-k-dire vue d'en haut; seulement ici c'est le bord antérieur qui est mis en évidence par une légère inclinaison de la couronne en arrière. La lettre a. repré- sente là surface de la couronne; la lettre o.^ les tubes dont elle se compose, et la lettre c.,, la racine. Parmi les fossiles du groupe des Myliobates on observe encore d'autres modifications dans la disposition des plaques dentaires, dont il s'agira au chapitre destiné à la description de ces espèces. Quelque extraordinaire que paraisse la dentition des Myliobates , on peut cepen- dant reconnaître dans leurs dents le type général de la dentition des Raies , surtout si l'on compare les espèces à plusieurs rangées de plaques avec les dents en mas- sues arrondies des Raies ordinaires. En effet, ce qui dans les Raies proprement dites , nous apparaît comme de petites dents en massues , est transformé ici en larges plaques à surface extérieure plane, unie , et lisse, disposées les unes à côté des autres, comme les larges carreaux d'un pavé plat. Quant à l'organisation même de ces pla- ques, elle est fort singulière, comme on peut en juger en comparant les figures d'une dent isolée de l'Aëtobatis Narinari, décrite ci-dessus. Chacune d'elles est com- posée de deux parties qui semblent formées de substances différentes. La partie ex- terne ou supérieure, qui est très-dure, paraît composée de fibres perpendiculaires ou plutôt de tubes microscopiques, formant une couche plus dense vers la surface, semblable à une couche d'émail. Cette partie de la dent est séparée de la partie inférieure par un fort sillon ou étranglement horizontal que l'on retrouve dans le s dents de Cestracion , d'Acrodus, de Ptychodus, etc., en un mot dans tous les Squales — «1 — à dents plates et arrondies. Il est dès-lors évident que celte partie inférieure des pla- ques des Mourines doit être envisagée comme leur racine, et qu'elle est analogue à la racine des dents de Squales. Elle est d'ailleurs très-poreuse et osseuse, comme dans les autres Placoides. A l'état fossile, ces deux parties des plaques se séparent ai- sément et se brisent en petites lames plus ou moins régulières. Il ne s'est encore présenté aucune trace de Céphaloptère ou d' Anacantlie fossiles ; en revanche les Trygons, les véritables Raies, et même les TorpHles et les Rbino- bates , ont eu des représentans pendant l'époque tertiaire \ il n'y a pas jusqu'aux Pris- tis dont on n'ait découvert des traces dans les mêmes terrains. Mais comme ces dé- bris consistent plutôt en fragmens de squelettes qu'en dents isolées , j'en parlerai plus en détail dans la S""" partie de ce volume , en même temps que je ferai connaître divers types de Raies propres aux terrains secondaires , qui n'ont pas d'analogues parmi les espèces vivantes. Je me bornerai pour le moment à ajouter encore que les dents du Ceropteia M. et H. ( Raja Gionia Les. ) sont très-petites, squamiformes et assez semblables à celles des Notidanus ^ par la multiplicité de leurs pointes sur un même bord , tandis que celles du vrai Cephaloptera sont pointues ou tuber- culiformes. Dans le premier genre elles ne sont distinctes qu'à la mâchoire infé- rieure , mais dans le second on les voit bien aux deux mâchoires. Dans le groupe des Trygons, comme dans celui des Raies proprement dites, les dents varient infiniment, et déjà l'on a dû augmenter considérablement le nombre des coupes génériques qui avaient été établies il y a quelques années. Dans les Try- gons les dents sont très-petites et disposées en quinconce , mais un peu différemment dans différentes espèces : dans une espèce inédite du Musée de Paris , les séries ver- ticales sont tellement rapprochées que ce sont les rangées obliques qui sautent le plus aux yeux ; dans d'autres espèces les dents des séries verticales sont plus rapprochées les unes des autres , tandis que les séries elles-mêmes sont plus éloignées , ce qui fait paraître davantage ces dernières. Quant à la forme des dents, on remarque qu'elles sont portées sur un fort pivot creux, renflé à son extrémité en une plaque subtrigonale, dont la pointe interne ( qui est en même temps la verticale), plus ou moins oblique dans certaines espèces, par exemple dans le Trygon Pastinaca, est la plus longue, et forme cette forte saillie qui, malgré la grande différence d'insertion, donne aux dents de ces Pastenagues quelque ressemblance avec celles de certains Squales. Les dif- férences les plus saillantes que l'on observe d'ailleurs sur ces dents , ont surtout trait à la forme de leur renflement , qui est tantôt sémilunaire avec une pointe légè- rement courbée de côté et faiblement sillonnée sur son milieu, comme dans le T. Pastinaca, tantôt fortement échancré au bord supérieur de la plaque, avec une pointe verticale toute droite et effilée comme une dent de Lamna, tantôt encore réduit à un lé- ToM. III. 12 — 82 — ger renflement surmonté d'une forte épine arrondie, subulée et légèrement fléchie sur le côté. Ces dernières modifications ont été observées dans des espèces inédites du Musée de Paris. Parmi les Plaies on distingue deux modifications de dents fort différentes, celles en massues arrondies, et celles en plaques relevées d'une épine plus ou moins allon- gée. Dans ces deux types les dents sont placées en quinconce, mais dans celles en massues arrondies, comme dans la Raja chwataj les séries verticales sont si rappro- chées qu'il en résulte des rangées obliques très-saillantes, tandis que dans la R. Bâ- tis et consortes, les séries de dents sont assez éloignées les unes des autres, pour faire perdre de vue la disposition en quinconce ; il n'y a que les séries verticales qui soient distinctes. Quant à leur forme, les dents de ces deux types se lient par leurs extrêmes 5 car dans quelques espèces les dents internes du premier type sont termi- nées par une petite pointe au bord postérieur, tandis que dans le second type les dents externes sont réduites à de petites plaques arrondies, sur le milieu desquelles on aperçoit à peine une proéminence. Mais ces transitions n'infirment pas les diffé- rences signalées, puisque dans les Raies du premier type c'est du bord que s'élève l'épine, tandis que dans le second, c'est toujours du milieu de la plaque. Les dents des Torpilles sont assez semblables aux dents antérieures du Cestracion ; elles ressemblent aussi beaucoup à celles des Hybodes, si caractéristiques pour les terrains secondaires de la formation du Muschelkalk et du Jura. En général il est très- remarquable que les Raies, dont le développement est postérieur à celui des Squales du groupe des Gestraciontes et des Hybodontes, se rattachent par tant de caractères à ces groupes aberrans de la famille des Squales, et que les véritables Squales ne de- viennent plus nombreux qu'après l'apparition du type des Raies. Si j'ai figuré les mâchoires du Rliina Ancylodon (^ray. Tab. H. fig. 3 et 4? c'est bien plutôt pour signaler les différences qui existent entre les dents de ce genre et celles des genres Cestracion et Ptychodus, que pour servir de terme de comparai- son avec quelque espèce fossile rapprochée. Je reviendrai sur ces figures lorsque je décrirai les espèces de Ptychodus, si caractéristiques pour les terrains crétacés, et que l'on a tantôt prises pour des dents de Diodon, tantôt pour des dents de Raies voisines des Rhina, bien qu'elles constituent un genre tout-à-fait distinct, qui n'a d'analogie qu'avec les Gestraciontes. Dans la famille des Squales, il y a un bien plus grand nombre de groupes naturels qui ont eu des représentans à différentes époques du développement de la vie orga- nique sur notre globe; et l'étude de la dentition de ces groupes est d'autant plus impor- tante pour la géologie, que l'on trouve un très-grand nombre de ces dents isolées dans tous les terrains fossilifères. En raison de son intérêt paléontologique, je placerai le — ar> — genre Ceslracion en première ligne, parce qn'il est maintenant l'unique représen- tant d'une famille nombreuse dont les premiers types remontent aux époques les plus reculées, et qui ont même été du nombre des premiers représentans de l'em- brancbement des vertébrés. Les formes qu'affectent les dents de Placoïdes sont si diverses , qu'il paraîtra peut- être prématuré de cliercber à les rapprocher et à les grouper ainsi d'après leur den- tition, surtout quand on réfléchit à la variabilité des dents de Raies. Cependant chez les Squales ces caractères sont plus constans ; ce sont même les meilleurs que l'on puisse assigner aux genres, surtout lorsqu'il s'agit d'y ranger les espèces fossiles, dont les dents sont souvent les seules parties qui aient été conservées. Devant maintenir la plupart des grandes divisions que l'on a établies dans l'ordre des poissons cartilagineux, je me bornerai à subdiviser en familles plus restreintes celles que je fais rentrer dans mon ordre des Placoïdes, savoir : les Pétromyzontes, les Chimères, les Squales et les Raies; transférant les Acipenser à l'ordre des Ga- noïdes. Les Squales, qui sont les plus nombreux, se subdivisent facilement, d'après le type de leur dentition , en trois groupes qui sont : les Cestraciontes, avec des dents en pavé ; les Hybodontes, avec des dents saillantes, plus ou moins arrondies, et les Squalides que l'on peut subdiviser encore, avec des dents tranchantes. Le genre Cestracion, type de la famille des Cestraciontes, est un de ceux dont il importe le plus de connaître la dentition pour déterminer les espèces fossiles des ter- rains anciens qui, pour la plupart, s'en rapprochent d'une manière frappante. On ne connaît encore qu'une seule espèce de Cestracion , vivant dans les parages de la Nou- velle-Hollande, et désignée vulgairement sous le nom de Squale du port Jackson. Elle a été figurée en premier lieu dans le Voyage de Philipp, planche et page 283. M. Les- son en a donné une nouvelle figure dans le Yoyage de la Coquille, Zool. vol. 2, pi. 2. Enfin j'en ai représenté en détail les mâchoires et les dents vol. 3, tab. D. fig. 1 1-19. La forme des mâchoires est assez particulière en ce que leurs branches s'allongent considéi'ablement en avant, ce qui constitue une différence très-marquée entre le genre Cestracion et certaines Raies qui ont aussi des dents en pavés, comme par exemple le Rliina Ancylodon Gray, dont les fig. 3 et 4? tab. H. représentent les mâ- choires. Dans le genre Cestracion, les deux branches des mâchoires ne se confondent pas non plus complètement comme dans le genre Rhinaj bien qu'il y ait une rangée impaire de dents sur leur symphyse, fig. i3j C; on distingue toujours les séries ver- ticales que forment les dents du même degré, placées les unes derrière les autres, tandis que chez les Rhina ce sont les séries obliques qui prévalent. Les dents de la partie antérieure des mâchoires sont aussi beaucoup plus petites, dans le genre Ces- tracion , que celles des côtés ; mais chez les Rhina , celles de la mâchoire supérieure — 84 — sont seules plus petites, et celles de la mâchoire inférieure sont de beaucoup les plus grandes 5 puis il y a encore à la mâchoire supérieure et à la mâchoire in- féiueure deux grands bourrelets de grandes dents, correspondant à des échancrures de la mâchoire opposée oii les dents sont plus petites ; les dents antérieures de Ces- tracion sont en outre plus pointues, c'est-à-dire, que la partie moyenne de la couronne s'élève en forme de pointe mousse plus ou moins saillante, tandis que celles des côtés des mâchoires sont simplement bombées et portent une simple côte plate sur le milieu de leur longueur; les dernières dents sont même toutes plates; celles de Rhina sont également obtuses. Les rangées que forment ces dents ne sont pas exac- tement verticales; convergeant vers l'intérieur de la gueule, comme dans les Squales ordinaires, elles sont au contraire obliques et même arquées en arrière, d'où il ré- sulte des séries hélicoïdes, formant quatre grands bourrelets fusiformes, fig. 11. 0.0. et 0^0 ', qui agissent les uns sur les autres comme des rouleaux à pression. On voit sur- tout bien cette disposition générale des dents dans la fig. i3 , qui représente la mâchoire inférieure vue d'en haut, et mieux encore dans la fig. 11, où les deux mâ- choires sont représentées dans leurs l'apports naturels, vues par derrière. Dans la fig. 12, les rangées de dents se voient en profil, et l'on remarque comment les dents se succèdent de dehors en dedans. Quant à la structure des dents, elle est semblable à celle des dents de Myliobates, c'est-à-dire, que la racine est osseuse et poreuse, comme le fait voir la coupe longitudinale, fig. i4, et la coupe transversale, fig. i5, d'une grande dent du côté de la mâchoire ; cette racine est séparée de la couronne par un étranglement plus ou moins marqué, que l'on remarque également dans ces deux figures. La couronne elle-même paraît composée de fibres verticales ou de pe- tits tubes , plus fins et plus denses vers la surface, où ils forment comme une couche d'émail, représentée par la zone blanche du bord des fig. i4 et i5. Les fig. 17 et 18 représentent deux dents antérieures grossies, l'une, fig. 17, prise en c. de la fig. i3, l'autre, fig. 18, en o". La première se rapproche davantage par sa forme des dents de Squales, cependant sa base rugueuse la ferait toujours reconnaître pour une dent de Cestracionte , même lorsqu'on la trouverait isolée ; la seconde passe déjà plus complètement à la forme ordinaire des dents de Cestracionte : placée sur le côté an- térieur de la mâchoire, la partie saillante qui formait une pointe dans les dents plus avancées , n'est plus qu'une arête proéminente entourée de rugosi,tés et de plis divergeant vers le pourtour de la couronne. Les grandes dents o. sont plus plates encore; au lieu d'arête saillante, il n'y a plus à leur surface qu'une faible côte longitudinale plate et un peu plus lisse que le reste de la surface de la couronne, qui est complètement rugueux et présente une sorte de réseau de rides et d'aspérités inégales. Enfin les dents postérieures o' sont entièrement plates, c'est à peine si l'on _ «5 — y retrouve quelques traces d'une côte médiane; en revanche les rugosités de leur sur- face sont plus grossières. La disposition de ces dents est telle, que malgré l'inégalité de leur forme elles recouvrent complètement la surface supérieure et intérieure des mâchoires, en s'engageant les unes dans les autres, par leurs bords. Dans le genre MusteluSj toutes les dents sont de forme à-peu-prcs égale, arron- dies, faiblement plissées transversalement et disposées en quinconce. On ne re- marque aucune différence entre les dents de la mâchoire supérieure et celles de la mâchoire inférieure. Les Mustelus sont des Cestraciontes sans épines aux nageoires dorsales et à dents uniformes. Parmi les Squales qui ont des dents semblables aux deux mâchoires, le groupe des Scjlliwn se distingue d'une manière toute particulière , en ce que la dorsale an- térieure n'est jamais placée en avant des ventrales. Ils n'ont pas de membrane nictitante, mais bien des évents et cinq ouvertures branchiales, dont les dernières se trouvent au-dessus de l'insertion des pectorales. Leurs dents ont ce caractère commun, d'avoir leur base plus ou moins plissée ; ce qui les rapproche de beaucoup de celles des Hybodes. Outre la pointe médiane, qui est plus ou moins arrondie, il se développe ordinairement aussi sur leurs côtés une ou deux et même plusieurs petites dents la- térales, très-acérées dans les Scyllium, mais plutôt arrondies dans les Hybodus, où elles affectent davantage le caractère de la dent principale ; dans ce dernier genre la dent principale et les petites dents latérales sont même souvent réduites à la forme de simples bosses. Dans le genre Scyllium proprement dit, tel que MM. Millier et Henle l'ont restreint, et dans le genre Pristidurus Bon., les dents ont une pointe principale et une ou deux petites pointes latérales. Dans le genre Hemiscyllium M. et H. elles sont tricuspidées ; dans le genre Chilo scyllium M. et H. (^Orectolo- bus B. ), elles ont une ou deux dentelures outre la dent principale qui est poin- tue. Dans le genre Crossorïiiiius M. et H., les dents sont plates et pointues, et leur racine est trilobée. Dans le genre Ginglimostoîua M. et H. ( iVe5/7M5 Riipp . ) , elles sont très-nombreuses, jusqu'à dix dans une rangée, à base rhomboïdale, avec une pointe conique médiane et deux à quatre dents latérales obtuses qui vont en di- minuant de grandeur sur les côtés. Celles du genre Stegostoma M. et H., sont tripartites. Lorsque mes figures ii et 12, tab. E, données comme exemples de dents de Scyllium , ont été dessinées , les espèces dont elles proviennent n'étaient pas dé- terminées, et je ne sais maintenant auxquelles des nombreuses espèces décrites par MM. Millier et Henle il faudra les rapporter. Celles de la fig. 11, me paraissent cependant provenir d'un Chiloscyllium , et celles de la fig. 12 d'un vrai Scyllium. Les Triaenodontes, qui diffèrent surtout des Scyllium par la présence d'une mem- brane nictitante et par la position de la première dorsale , ont comme eux des dents à petites pointes latérales. — 86 — Les Lamies forment un autre groupe qui se rattache aux Scyllium par le nombre des nageoires, mais dont la première dorsale est toujours en avant des ventrales. Leur dentition les lie également aux Scyllium. Gomme eux ils ont une pointe mé- diane et le plus souvent une ou plusieurs petites dents latérales ; mais ils en diffèrent cependant sensiblement par la forme générale de ces dents, dont les bords sont plus ou moins tranchans, la surface extérieure étant plus ou moins plate, ce qui donne à la dent principale une forme presque triangulaire, mais dont les côtés posté- rieurs s'arrondissent en se joignant. Les bords tranchans s'étendent plus ou moins sur les côtés et s'y relèvent souvent sous la forme d'iine arête saillante ou d'une et même de plusieurs petites dents plus ou moins détachées de la dent principale et ordinairement tranchantes comme elle. Dans aucun genre de ce groupe, tel que je le limite, les dents ne sont dentelées sur leurs bords; mais pour que ce dernier caractère fût exact, j'ai dû reporter au groupe des Carcharias le genre Carcharo- don de Smith que l'on en avait éloigné, parce qu'il est dépourvu de membrane nic- titante , que ses ouvertures branchiales sont toutes en avant des pectorales , et qu'il y à une fossette à la base de la caudale ; mais dans le genre Odontaspis qui a d'ailleurs tous les caractères des vraies Lamies, cette fossette manque aussi, et dans le genre Alopecias la dernière ouverture branchiale est au-dessus des pectorales, bien que l'on ne puisse pas non plus l'éloigner des Lamies. Quant à la membrane nictitante, elle ne me paraît pas être un caractère de plus grande importance que les dents , puis- qu'on y ayant égard on serait forcé de séparer entièrement les genres Mustelus et Cestracion. Le genre hainna^ tel qu'il est limité maintenant, comprend les espèces à très-petits évents dont la tête est allongée et conique, et dont les dents triangu- laires , à base assez large, portent une petite dent latérale également élargie , tendant même à se diviser en deux ; la dent médiane est plate en dehors, arrondie en dedans, et se termine rapidement en une pointe acérée. Une particularité de la dentition de ce genre, c'est que la 3" et quelquefois la 4*^ ^^ la 5" dent de la mâchoire infé- rieure est sensiblement plus petite que les autres, tandis qu'à la mâchoire supé- rieure les dents, à l'exception de la première qui est plus petite que les suivantes, vont en diminuant uniformément de grandeur jusqu'à la partie postérieure de la gueule, où elles sont très-petites et à peine surmontées d'une pointe saillante. Le type de ce genre est le Lamna cornuhica^ dont j'ai fait représenter quelques dents isolées tab. A. fig. 3 «j 3 i_,'3 c, 3 d. Le genre Oxyrliina Ag., comprend des Lamies de forme semblable , mais dont les dents , plus simples et proportionnellement plus grandes, sont dépourvues de petites dents latérales. La pointe principale s'élève vxniformément des bords de la racine, en se rétrécissant insensiblement et plus ou moins rapidement suivant la position des dents sur la mâchoire. Celles du bord — 87 — antérieur sont plus eflîlées et plus longues que celles des côtés qui sont proportion- nellement plus larges à la base ; en arrière elles deviennent insensiblement plus pe- tites et plus courtes, si bien que les dernières sont à-peu-près triangulaires. La 3* dent de la mâcboire supérieure est sensiblement plus petite que celles entre lesquelles elle est placée. Les fig. 2. la^ibj i c eiidj représentent la rangée extérieure des dents des deux mâchoires et quelques dents isolées d'une espèce inédite de ce genre, dont je n'ai vu que les mâchoires détachées, au Muséum de Paris. C'est le Loftnna oxyrhina Cuv. et Val. (Msc.) Le genre Alopiasl^.a(. (Sq. f^ulpesh.) a aussi des dents simples, triangulaires, très-semblables à celles du genre Oxyrhina; seulement elles sont plus comprimées. Ce qui distingue surtout ce genre, c'est le prolongement ex- cessif du lobe supérieur de la caudale. Le genre Odontapsis Ag. ( Triglochis Miill. et Henl. , Carchariasferox Risso ) a une dentition très-remarquable; toutes les dents, surtout celles de la partie antérieure des mâchoires , sont très-effilées et munies de deux petites dents latérales également acérées. La première dent , aux deux mâ- choires, est plus petite que les suivantes qui sont les plus grandes, et qui vont en di- minuant insensiblement à la mâchoire inférieure, tandis qu'à la mâchoire supérieure les 4*"? S*", 6*= et 7'' sont aussi petites et même plus petites que la première ; puis re- viennent de grandes dents qui vont ensuite en diminuant insensiblement comme à la mâchoire inférieure. Quoique la différence ne soit pas très-sensible, il est cependant évident que les dents de la mâchoire inférieure sont plus effilées que celles de la mâchoire supérieure. Les fig. i. i Uj ihji c ei 1 dj représentent la rangée extérieure des dents des deux mâchoires et quelques dents isolées de l'espèce type du genre. Le Squalus maximuSj type unique du genre Selaclie de Cuvier, a des dents remar- quablement petites, proportionnellement à sa grande taille. Elles sont simples, courtes, coniques , sans petites dents à la base , contournées et courbées en dedans ; leur base osseuse n'est pas aussi large que celle des dents de la plupart des autres genres, c'est simplement un bourrelet renflé et échancré dans sa partie inférieure , et qui ressemble à celui des dents de la Baudroie ( Lophius piscaiorius.) Malgré ces anoma- lies dans la forme de ses dents , c'est bien évidemment des Lamies que le Selache se rapproche le plus. De tous les Squales , ce sont les genres Selache et Carcliaiias dont il importe le plus de connaître la dentition, quand on veut évaluer la taille des espèces fossiles dont on ne connaît que les dents , car dans aucun autre genre les proportions ne diffèrent autant entre les dimensions des dents et celles du corps ; en effet, ce sont les Car- charias qui ont proportionnellement les plus grandes dents, et le Selache qui a les plus petites. Aussi doit-on bien se garder d'apprécier la taille des Squales dont proviennent les grandes dents fossiles, triangulaires et dentelées, que l'on trouve — 88 — surtout dans les terrains tertiaires supérieurs, d'après les rapports qu'ont ces dents avec celles du Selache ou de tel autre genre qui les a aussi petites, pour leur as- signer faussement une taille gigantesque et élever leur grandeur jusqu'à celle des Cé- tacés les plus corpulens. Il importe au contraire de s'assurer à l'avance si tel ou tel type de dent fossile appartient à un groupe où les espèces ont des dents proportion- nellement grandes ou petites ; et de la différence que l'on remarquera entre les dents fossiles et celles des espèces vivantes dun même typCj l'on pourra conclure avec plus ou moins de vraisemblance à la taille des espèces fossiles. En procédant ainsi , on peut se convaincre que les Carcliarias fossiles , bien que plus grands en général que les espèces vivantes, sont loin d'avoir atteint les dimensions gigantesques qu'on s'é- tait plu à leur attribuer. Le groupe des Carcliarias , pour lesquels le Prince de Musignano a conservé le nom de Squales que d'autres iclithyologues préfèrent ne plus employer que pour dé- signer la famille toute entière, ce groupe, dis-je, est caractérisé par des dents trian- gulaires, plus ou moins larges à leur base, comprimées, à bords tranchans et tantôt lisses, tantôt dentelés, ayant leur pointe droite ou plus ou moins inclinée en arrière, et dans ce dernier cas, souvent l'un des bords des dents dentelé différemment de l'autre. D'ailleurs les Carcliarias, à l'exception du genre Carcharodon Smith, ont une membrane nicti tante, et la dernière et même quelquefois les deux dernières ou- vertures branchiales au-dessus des pectorales , caractères qui ne me paraissent pas de la première importance , ce qui justifierait le rapprochement que je fais des Carcharodon et des Carcliarias. Ils ressemblent encore beaucoup aux Lamies par leur dentition , les dents étant en général seulement plus larges et plus triangulaires, abs- traction faite de la dentelure lorsqu'elle existe. Le nombre et la position des nageoires les rapproche également des Lamies , la première dorsale étant placée en avant des ventrales, et la seconde opposée à Tanale 5 les évents manquent ou sont très-petits. Dans le genre Carcliarias proprement dit, les dents sont toujours comprimées, trian- gulaires , acérées et dentelées sur leurs bords , du moins celles de la mâchoire supé- rieure dont la base est habituellement plus large que celle des dents de la mâ- choire inférieure, qui dans la plupart des espèces sont plus effilées, moins fortement dentelées et même lisses. Sur la symphyse des deux branches des mâchoires, il y a en haut et en bas une dent impaire, qui est ordinairement beaucoup plus petite que les suivantes, qui vont en diminuant insensiblement de grandeur en arrière, en même temps qu'elles deviennent proportionnellement plus courtes ; ce qui fait que les dents postérieures sont toujours moins allongées que les dents antérieures. On re- marque généralement aussi que les dents de Carcharias ont une tendance à incliner leur pointe en arrière, d'où il résulte que le bord postérieur est plus échancré que — so- ie bord aalérieur, ce qui fournit ordinairement un moyen de déterminer si les dents fossiles que l'on trouve isolées, proviennent de la mâchoire supérieure ou de la mâ- choire inférieure. Afin de donner une idée des différences spécifiques que présentent les dents des vrais Carcliarias, j'en ai fait représenter de plusieurs espèces tab. F. vol. 3. Les fig. I, X Uj et I bj représentent celles du Carcharias glaucus Cuv. ('^7- gJau- cus L.), qui sont en forme de triangles curvilignes, et courbées en arrière à la mâ- choire supérieure, tandis que celles de la mâchoire inférieure sont plus droites j la dent antéiieure impaire est plus grande à la mâchoire supérieure qu'à la mâchoire inférieure, et arquée en sens inverse. Toutes ces dents sont également dentelées et vont en diminuant insensiblement d'avant en arrière j il y » cependant cette différence notable entre les dents des deux mâchoires , c'est que celles de la mâchoire supérieure ont la pointe de plus en plus inclinée en arrière vers l'angle de la gueule, tandis que celles de la mâchoire inférieure deviennent de plus en plus droites. Dans une seule espèce inédite, fig. 2, 1 aeiib envoyée au Muséum de Paris par Duvaucel, les dents des deux mâchoires sont également droites, et c'est à peine si le bord postérieur est plus évasé que le bord antérieur; mais celles de la mâchoire supérieure sont plus larges que celles de la mâchoire inférieure , et vont en diminuant insensiblement de gran- deur, tandis que les inférieures vont en croissant jusqu'à la S*" ou 6", qui a sa pointe légèrement inclinée en arrière, pour diminuer ensuite ; les deux dents antérieures im- paires sont également petites ; les dents postérieures de la mâchoire inférieure sont plus courtes que celles de la mâchoire supérieure , proportionnellement à la largeur de leur base. Les dents du Carcharias melaiiopteruSj Q et Gj, fig. 4 ^--[fj> présentent des différences analogues ; les dents impaires 4 « et 4 ^^ sont également petites ; celles de la mâchoire supérieure 4 ^ et 4 c sont plus larges que celles de la mâchoire infé- rieure 4 e et 4/, et ont leur pointe faiblement inclinée en arrière, tandis que les in- férieures sont parfaitement érectes. Dans une autre espèce inédite, fig. 6 a-6 f^ que je dédierai à M. Yalenciennes , à qui j'ai dû toutes les faciUtés possibles pour étudier la dentition des Plagiostomes du Musée de Paris, les dents de la mâchoire supérieure sont également plus larges que celles de la mâchoire inférieure ; mais cette espèce se distingue en ce que, dans les deux mâchoires^ les dents antérieures 6 « et 6 d^ qui sont parfaitement érectes, sont plus petites que les dents des côtés 6 b et 6 ej dont la pointe est légèrement inclinée en arrière, et que les dents postérieures de la mâchoire supérieure 6 c^ sont non-seulement beaucoup plus larges que les in- férieures 6fj mais encore fortement arquées en arrière, tandis que les inférieures sont érectes. Dans une autre espèce inédite, fig. 5 «-5/, capturée pendant une tra- versée du Brésil à Brest, et apportée au Muséum de Paris par M. Brack, les dents de la mâchoire supérieure, 5 a, 5 bj 5 Cj sont aussi proportionnellement plus larges ToM. m. , 13 — 90 — que celles de la mâchoire inférieure, 5 dj 5 e^ 5/y mais ce qui distingue surtout celte espèce, c'est que la différence de largeur entre les dents des deux mâchoires est encore plus sensible, que celles de la mâchoire inférieure se rétrécissent plus subite- ment et qu'elles sont toutes érectes. Au moyen de ces termes de comparaison, pour peu que l'on possède un certain nombre de dents de chaque localité, il sera toujours facile de déterminer si des dents fossiles trouvées dans différentes localités appar- tiennent à la même espèce, ou si elles constituent des espèces différentes. Pour s'en assurer, il suffira d'examiner si les dents trouvées ensemble présentent dans les deux localités les mêmes séries de variations, ou si, dans l'ime des localités, des dents, d'ailleuïs semblables à celles de l'autre localité, sont accompagnées de modifications analogues à celles que l'on trouve dans quelqu'une des espèces vivantes , mais qui ne se retrouveront pas dans l'autre localité. Il n'y aurait que le cas où l'on trouve- rait des dents de plusieurs espèces pêle-mêle, dans un même gisement, qui i-endrait une pareille comparaison très-difficile et la séparation complète des dents des dif- férentes espèces tout-à-fait impossible ; mais comme il est probable que l'on finira toujours par trouver quelque localité où telle ou telle espèce se rencontrera seule, l'on peut espérer que si l'on commet de prime abord quelque erreur de ce genre, elle pourra être rectifiée avec le temps: je ne crains même pas, avec les matériaux incom- plets que je possède , d'assigner dès-à-présent des noms spécifiques à tous les types de dents fossiles que j'ai observés jusqu'ici. Si l'on parvient plus tard à démontrer que plusieurs de mes espèces doivent être réunies , surtout lorsqu'on aura trouvé des pièces plus complètes que celles que j'ai examinées, et notamment des fragmens où deux de mes types se trouveraient réunis sur la même pièce , je serai le premier à reconnaître ce dont j'ai déjà une profonde conviction, c'est qu'il reste encore beau- coup à faire pour compléter l'histoire desPlacoïdes fossiles. Cependant, la possibilité de ces erreurs momentanées ne saurait me faire penser que les conclusions tirées de l'analogie que présentent entre elles les parties détachées de tel ou tel fossile doi- vent être rejetées d'une manière absolue, comme quelques paléontologistes commen- cent à l'affirmer depuis quelque temps, parce qu'ils ont eu la bonne fortune de rec- tifier quelques fautes commises par Cuvier, dans ses Ossemens fossiles j dans l'appli- cation de ce principe. Si l'on s'expose à commettre des erreurs en reconstruisant tel ou tel animal fossile , d'après l'analogie que présente quelqu'une de ses parties avec d'autres espèces bien connues, c'est lorsqu'on le fait même pour des cas oii l'analogie est très-éloignée et pour des types dont l'organisation en général est encore très-peu connue. Aussi importe-t-il beaucoup, pour éviter à l'avenir de pareilles erreurs, d'étudier avec le plus grand soin les i-apports des parties des types bien connus entre elles, puis de comparer ces types entre eux, pour apprendre dans quelles limites les — 91 — analogies peuvent conduire à des résultats surs. Ici encore la question de l'unité et de la diversité de forme et de composition se présente de nouveau , mais sous une autre forme, dans ses rapports avec les études paléontologiqucs. Le genre Carcharodon dilYère peu des vrais Carcharias par ses dents, qui sont également triangulaires , comprimées et dentelées sur les bords , et ne présentent d'autre différence notable que celle d'être plus uniformes, plus généralement érectes, de ne point présenter de série impaire de dents plus petites sur la sympbyse des deux branches des mâchoires, de décroître plus régulièrement de la partie antérieure au bord postérieur de la gueule, avec cette exception cependant que la 3" dent des deux mâchoires est un peu plus petite que ses voisines. Le type de ce genre est le Carcharodon Smilhii Millier et Henle dont j'ai représenté les séries extérieures des dents des deux mâchoires tab. F. fîg. 3, 3 «^ 3 ^^ 3 Cj sous le nom de Carcharias verus. La fig. 3 a représente une de ces dents vue par sa face extérieure 5 on y dis- tingue très-nettement l'amincissement des bords antérieur et postérieur, qui sont dentelés, et la racine osseuse que la couche émaillée ne recouvre pas. Cette couche émaillée se termine au-dessus de la base de la racine par une ligne transversale plus ou moins échancrée, et dont l'échancrure varie peu dans les dents d'une même mâ- choire, ensorte qu'elle peut jusqu'à un certain point servir de caractère distinctif. La racine elle-même remplit tout l'intérieur du côté de la dent dune manière uniforme, comme on le voit dans une section verticale et longitudinale, fig. 3 6, et dans une section verticale d'avant en arrière, fig. 3 c. Ces figures montrent encore que la couche émaillée est fort mince. Dans le genre Sphyrna Rafi. (Zygœna Cuv.) les dents sont très-semblables à celles des vrais Carcharias; seulement leur pointe est généralement plus inclinée vers l'angle de la gueule ; les dentelures des bords sont moins sen- sibles, on trouve même des dents entièrement lisses entre des rangées de dents den- telées; enfin le bord postérieur de la base forme une saillie arrondie en arrière. La fig. 7 représente les rangées extérieures des dents des deux mâchoires du Zygcena Mal- iens Cuv. Les fig. 7 « et 7 è en sont des dents détachées. Les figures 8 et 8 « repré- sentent celles du Zjgœna TiuleSj qui n'est probablement qu'un jeune, et la fig. 9 celles du Zygœna TiburOj, qui sont plus petites et plus fortement inclinées. Dans le genre Scoliodon Miill. et Henl., les dents ressemblent beaucoup à celles des Zj^gœna, mais elles sont toujours lisses et égales dans les deux mâchoires ; elles ont aussi une saillie arrondie au bord postérieur de la base , qui est tantôt dentelée, tantôt lisse , comme la dent. Les dents du genre Galeocerdo Miill. et Henl. ont leur bord postérieur fortement dentelé , tandis que le bord antérieur l'est finement. Il en est de même des dents du genre Galeus Cuv. dont les fig. 5 et 6, tab. E, donnent une juste idée-, l'espèce figu- rée est le Galeus cepedianus Cuv. Regn. Anim.j qui vient des Indes orientales. Ces — 92 — dents sont semblables dans les deux mâchoires 5 la première est un peu plus petite que les suivantes, qui vont en diminuant insensiblement en arrière. Le trait carac- téristique de ces dents est d'avoir au bord postérieur une écliancrure plus ou moins considéiable, qui fait que ce bord se prolonge en arrière comme un talon à grosses dentelures, tandis cpie le bord antérieur est finement dentelé j la pointe principale est arquée en arrière. Je ne connais pas exactement la dentition des genres Thalasso- rhhms Yal., Physodon Val. et Loxodon Miill. et Ilenl. Le genre Notidanus de Cuvier forme aussi un groupe très-naturel, caractérisé par une seule dorsale et par un nombre d'ouvertures branchiales plus considérable que dans les autres groupes ( il y en a plus de 5 ) , et qui se rapproche des Carcha- rias par la dentition, surtout par la forme des dents de la mâchoire inférieure. En effet, ces dents sont comprimées et dentelées à leur bord; semblables à celles des Galeus, elles ont leur bord antérieur finement dentelé, tandis que le bord postérieur est muni de grosses dents cpii vont en diminuant en arrière, ce qui leur donne l'ap- parence d'un peigne à dents obliques. Celles de la mâchoire supérieure sont plus simples , les antérieures sont même simplement coniques et arquées en arrière sans dentelures; mais les suivantes sont d'abord finement dentelées au bord antérieur, puis plus en arrière elles ont une forte écliancrure en forme de dent, puis plusieurs fortes dents dont les dernières deviennent plus petites. Sur le milieu des côtés de cette mâchoire elles ont la même forme que celles de la mâchoire inférieure, seulement elles sont en somme plus courtes et par conséquent plus nombreuses, et la dent an- térieure se détache plus fortement que les suivantes, à l'instar des dents du genre Galeus. Les dents postérieures, vers la jonction des deux mâchoires, sont de plus en plus petites ; elles finissent par n'avoir plus de pointes et par ne présenter que de petits mamelons ridés et obtus ; sur la symphyse des branches de la mâchoire infé- rieure il y a une dent impaire , également dentelée des deux côtés , mais dont le som- met est un tranchant transversal. J'ai fait représenter tab. E , fig. i . 2. 3 et 4? les ran- gées extérieures des deux mâchoires et quelques dents détachées de deux espèces de ce genre. Celles de la fig. i proviennent du Notidanus indiens j, rapporté des Indes orientales par MM. Quoy et Gaymard; celles des fig. 2, 3 et 4, du Notidanus griseus de la Méditerranée ; la fig. 3 représente une dent détachée, et la fig. 4 une série com- plète de dents placées les unes derrière les autres ; celle qui est érecte est dressée sur le bord extérieur de la mâchoire ; celles qui ont leurs dentelures tournées en bas sont des dents de remplacement, couchées derrière celle qui est debout sur le bord de la mâchoire. La première d'entre elles est déjà complètement formée; la troisième beau- coup plus étroite l'est beaucoup moins, et la quatrième, qui commence à se déve- lopper, ne représente qu'une calotte, dont la crête est dentelée, mais dont la racine — 95 — ^ n'est point encore formée. Pour ramener les dents des Notidanus et des Galeus au type ordinaire des Carcharias et des Squales en général, il suffit de les envisager comme des cônes fortement comprimés, dont la pointe est trcs-inclinée en arrière et dont les bords sont par conséquent très-inégaux et aussi inégalement dentelés. La pointe antérieure correspond ainsi à la pointe principale des dents ordinaires de cette famille. La grande différence qui existe dans ce groupe entre les dents de la mâchoire supérieure et celles de la mâchoire inférieure, doit rendre très-circonspect dans rétablissement des espèces fossiles, lorsqu'on ne possède que des dents éparses. En se fondant sur le nombre des ouvertures branchiales, Rafmesque a établi deux genres dans ce groupe, le genre Hexanchus Raf., avec 6 ouvertures, auquel on devra conserver le nom de Notidanus , en y comprenant l'espèce la plus ancienne, le Squa- Iiis sriseus L., et le genre Heptranchîas Raf., avec 7 ouvertures branchiales, qui com- prend le Squalus cinereus Gm. En adoptant ces deux genres, le prince de Musignano leur a en outre assigné un autre bon caractère tiré de la forme des dents : dans le Sq. sriseusy c'est la première pointe qui est la plus grande aux dents de la mâchoire infé- rieure*, dans le Sq. cinereus, c'est la seconde. Le groupe suivant comprend les Spinax et les Scyninus, qui ont cela de commun d'être dépourvus d'anale, mais d'avoir deux dorsales, et qui diffèrent les uns des autres par la présence ou l'absence de rayons épineux aux dorsales. Sous ce dernier rap- port les Spinax et les Scymnus sont l'un à l'autre comme les Mustelus et les Gestra- cions.La dentition des différons genres varie singulièrement, ensorte qu'il est dif- ficile de leur assigner un caractère commun ,^si ce n'est celui de cette grande diver- sité qui les fait sortir des types ordinaires. En général, les dents de la mâchoire su- périeure sont plus plus petites et plus simples , excepté dans les genres Acanthias et Echinorhinus, où elles sont semblables ; celles de la mâchoire inférieure sont ordinai- rement comprimées et proportionnellement très-larges. Dans le genre Acanthias Bon. (Squalus Acanthias L. ) tab. E, fig. 10, les dents des deux mâchoires sont très- comprimées et la pointe fortement inclinée en arrière, ensorte que le côté tranchant est entièrement formé par le bord antérieur j un caractère particulier de ce genre, c'est que la couche émaillée descend sur le milieu de la racine en forme de bour- relet ou d'arc-boutant. J'ai fait représenter en outre tab. B, lig. 6, les mâchoires du Spinax [Acanthias) Blaiin'illei Risso , dont les dents ont la pointe un peu plus sail- lante que celles de l'espèce commune. Ces dents se rapprochent de celles des Marteaux (Zygœna) parla forme très-inclinée de leur cône dentaire et de celles des Anges (Squa- tina ) par le bourrelet de leur racine. Le genre Spinax Bon. diffère essentiellement du genre Acanthias, par la forme des dents de la mâchoire supérieure qui sont tri- cnspidées comme celles des Scyllium. J'ai fait représenter celles du Spinax niger. — 94 — tab. B. fig. 5. Dans le genre Centrina, les dents de la mâchoire inférieure sont feuil- letées, triangulaires, coniques et comprimées ; leur bord est finement dentelé, le bord inférieur de la partie émaillée est fortement échancré , la base de la racine presque droite ; sur la symphyse des deux branches de la mâchoire, il y a une dent impaire parfaitement équilatérale , tandis que dans les autres dents le bord antérieur est un peu plus incliné que le bord postérieur ; les dents de la mâchoire supérieure sont coniques, étroites, et presque arrondies j elles ont leur pointe légèrement contorte et inclinée en arrière. Cette dentition est fort semblable à celle des Scymnus. Dans le genre Centroplioius Miill. et Henl. (Squalus g rajiulosus Schn.), les dents de la mâ- choire inférieure sont très-inclinées en arrière, et leur bord supérieur est faiblement dentelé; celles de la mâchoire supérieure sont équilatérales , aiguës et entières. Les Scymnus ont à la mâchoire supérieure des dents étroites, subulées, inclinées en arrière et fortement échancrées à leur base. Elles sont lisses à leurs bords et ont en général beaucoup de rapport avec celles qui se trouvent en avant de la mâchoire supérieure dans les Notidanus. Les dents de la mâchoire inférieure, tab. F, fig. 7, diffèrent considérablement des supérieures et sont surtout remarquables par leur mode d'insertion. La partie émaillée forme vm triangle assez régidièrement équilatéral , dont les bords sont finement dentelés; mais leur base, et surtout la racine osseuse qui les attache k la mâchoire, offre quelque chose de très-singulier. Cette racine est formée par deux grandes branches parallèles, aussi longues que le reste de la dent, séparées l'une de l'autre par une fente dilatée en rond vers la partie émaillée. Mais ce qu'il y a de plus particulier encore, c'est que ces dents se recouvrent suc- cessivement l'une l'autre par leur côté postérieur, qui déborde le plan principal de la dent à l'angle inférieur postérieur du cône principal, et s'applique sur le bord échancré inférieur de la dent suivante , à son angle antérieur correspondant. A partir d'une dent centrale qui, à la symphyse des mâchoires, recouvre les bords antérieurs de ses voisines, toutes les dents forment d'avant en arrière une série de cônes dentelés, imbriqués par leurs bases, de manière que le bord postérieur d'une dent antérieure recouvre toujours le bord antérieur de la dent suivante ; il y a ainsi dans la mâchoire inférieure cinq rangées de dents semblables, placées les unes derrière les autres. Dans le genre Lepidorhimis Bon. les dents sont tou- jours aiguës ; mais dans le genre Lœmargus Miill. et Henl. , les dents de la mâchoire supérieure sont seules étroites, coniques, droites en avant et arquées en arrière, sur les côtés et vers l'angle de la gueule ; celles de la mâchoire inférieure sont fortement comprimées et arquées en arrière de manière à former un bord tranchant horizontal. Mais de tous les Squales de ce groupe, c'est le S(j. spinosus Schn, le même qui a servi de type au genre Echinorliinus Blainv. (mon genre Goniodus), qui a la — 95 — dcnlition la plus curieuse. Les dents des deux mâelioires, tab. E, fig. i3, sont e'ga- lement conforme'es ^ fortement comprimées, elles ont leur pointe tellement inclinée en arrière, que le bord antérieur devient un trancbant liorizontal, à-peu-près comme dans le genre Spinax ou Acantbias, avec cette différence très-marquante cependant, que les dents de ïEchiiiorhinus ont en outre deux fortes pointes presque liorizon- tales à leur bord antérieur, et une ou deux à leur bord postérieur, tout le long des côtés des mâelioires : ce n'est que vers l'angle de la gueule que les dents ont de chaque côté une pointe de moins ^ dans les dernières dents ces pointes disparaissent même complètement. Malgré la forme bizarre de ces dents, il est facile de voir que pour rétablir une analogie complète entre elles et celles des Squales ordinaires, il suffit d'envisager la grande pointe dirigée en arrière comme la pointe principale des dents, et les pointes latérales comme les petites dents latérales des vraies Lamna, malgré leur direction. Enfin, on doit former un dernier groupe des Anges [Squaiina)j qui ont des dents très-semblables pour leur forme à celles de la mâchoire inférieure des Carcliarias à dents étroites, dont la base est très-large 5 mais elles en diffèrent essentiellement en ce qu'elles sont entièrement lisses sur leurs bords et pourvues d'un bourrelet assez développé qui se trouve sur le milieu de leur base, à la face externe, et auquel correspond, à la face interne, une crête longitudinale arrondie. Par-là ils tiennent encore aux Spinax ; d'ailleurs les Anges sont dépourvus d'anale comme le dernier groupe dont il s'est agi ici. En passant en revue tous les Plagiostomes , comme je viens de le faire, je me suis surtout attaché à faire connaître les caractères de leur dentition ; mais pour que ce tableau fut complet^ j'aurais dvi signaler toutes les particularités de leur organisa- tion qui peuvent fournir de bons caractères pour fixer les limites des familles et des genres. Ces détails ne pouvant entrer dans le cadre de mon plan, je dois renvoyer ceux de mes lecteurs qui voudront approfondir ce côté du sujet, aux sources aux- quelles j'aurais puisé moi-même, si je devais m'étendre au-delà des recherches spé- ciales que j'ai faites pour déterminer les espèces fossiles de cette classe. Ces sources sont principalement : le Règne Animal de Cuvier, la Fauna Italica du prince de Musignano, le Prospectusàe 3IM. Mull. etHenl. dans les Archives deWiegmann 1837, p. 394, et i838 p. 83, puis leur grand ouvrage sur les Plagiostomes , fol. i838, et enfin une Tabula analjtica des genres et des familles par le prince de Musignano, dans le second volume des Mém. de la Soc. des Sciences Naturelles de Neuchâtel. 96 CHAPITRE II. DU GENRE ORODUS. Pour se faire une juste idée de la structure des deuts sur lesquelles repose l'éta- blissement des nombreux genres que je vais décrire, il ne faut pas perdre de vue leurs rapports intimes avec le genre Cestracion. Ce sont, en effet , des Placoïdes à dents plus ou moins plates, plus ou moins obtuses, formées d'une couronne en- tièrement composée de petits tubes , qui donnent à sa surface une apparence sableuse ou plutôt poreuse, comme l'est la surface inférieure d'un Boletus^ la racine de ces dents est généralement large , et déterminait sans doute chez ces poissons une mobi- lité moins gi-ande de leur appareil dentaire que chez les Squales ordinaires. Les ca- ractères génériques auxquels j'ai attaché le plus d'importance, sont tirés de la forme des dents en général, et surtout des différences que l'on remarque à la couronne. Le genre Oroclus offre des dents allongées, ayant leur région moyenne plus élevée que les extrémités et foi'mant dans la partie centrale de la dent un cône obtus et trans- verse ; le diamètre longitudinal, qui est de beaucoup le plus considérable, est également relevé par une arête tantôt médiane, tantôt submédiane, de laquelle naissent des rides obliques qui se ramifient encore sur les bords, dans les plus grosses dents, et qui ont même des rides collatérales. Les Orodes représentent, dans les terrains les plus anciens, les Acrodes des terrains oolitiques et crétacés. I. OrODUS CINCTUS Ag. Vol. 3. Tab. II. Fig. i, 2, 3 et 4- Le caractère distinctif de la modification des dents d'Orodus à laquelle je donne le nom d^Orcxlus cinctiis ^ consiste dans la forme générale des dents qui sont pro- portionnellement plus étroites , et dans les rapports du cône central avec les arêtes latérales. Le cône principal est plus détaché et plus lisse que dans l'Orodus ramosus ; les arêtes latérales sont plus simples, séparées par des sillons plus profonds, eu même temps que l'aiête longitudinale est moins continue et moins saillante. Les exemplaires — 97 — que j'ai fait figurer, proviennent du calcaire carbonifère de Black-Rock à Bristol. On en conserve au Musée de cette ville; j'en ai vu d'autres dans la collection de M. Johnson. La fig. i représente une petite dent de cette espèce vue de profil ; on y distingue bien la couronne et la racine; la fig. 2 en représente une plus grande vue d'en haut, pour montrer le cône central qui est lisse ; la fig. 3 représente la même dent en profil, et fait voir comment les rides transversales sont plus simples que dans TOrodus ramosus. Enfin la fig. 4 représente encore la couronne d'une autre dent de ce même type. II. Orodus ramosus Agass. Vol. 3. Tab. II, fig. 5, 6, 7 et 8. En distinguant ces dents sous un nom particuUer, je ne prétends pas affirmer positivement qu'elles constituent une espèce différente de celles que j'ai désignées sous le nom à' Orodus cmctus; car malgré la grande différence de forme et de taille que l'on observe entre elles , elles pourraient bien appartenir toutes a la même es- pèce ; seulement n'ayant jjoint encore remarqué de passage entre ces deux modifica- tions, j'ai dû les désigner sous des noms différons, bien qu'elles proviennent de la même formation et de la même localité. J'en ai vu dans les collections citées ci- dessus et dans celle de M. Stockes, qui est maintenant en la possession de Sir Phi- lippe Egerton (les poissons fossiles du moins.) Dans ces dents, la partie proéminente centrale est aussi ridée transversalement sur ses côtés, et ces rides, en se divisant au bord saillant de la dent, y deviennent de plus en plus nombreuses. Les rides qui partent de l'arête longitudinale sont plus irrégulières ; les unes se bifurquent immé- diatement, d'autres seulement vers les bords, oîi elles prennent une forme pectinée par le développement de rides collatérales. La hauteur de la racine excède celle de la partie émaillée des dents, du moins sur les côtés ; il n'y a que le cône obtus du centre qui s'élève un peu plus. La fig. 5 représente la plus grosse de ces dents vue d'en haut; dans la fig. 6, on la voit en profil. La fig. 7 en représente une autre un peu plus petite vue d'en haut; cette dent est moins droite et plus étroite à ses extrémités que la précédente. La fig. 8 en donne une petite, également vue d'en haut, et la fig. 9 une quatrième de profil. Dans toutes ces dents il y a une arête longitudinale assez prononcée, que les dents de l'Orodus cinctus n'ont pas ; en outre les rides trans- versales se ramifient irrégulièrement vers les bords de chaque dent, ce qui n'a pas lieu non plus dans l'autre espèce. Et cependant je concevrais que ces dents pro- vinssent du même animal, puisque celles que je désigne sous le nom d'Orodus cinc- ToM. III. 14 — 98 — tus pourraient être des dents antérieures, et celles qui portent le nom d'Orodus ramosus, des dents des côtés et du fond de la gueule, présentant des différences analogues à celles que l'on remarque dans le genre Cestracion. Je ne sais pas encore positivement quelle espèce d'Iclithyodorulithe il faut associer à ce type de dentition ; cependant je pense que ce sont les rayons décrits sous le nom de Ctenacanthus ou ceux que j'ai appelés Oracanthus qui leur appartiennent. Ils proviennent du moins les uns et les autres des mêmes localités. w».a-3-« — 99 — CHAPITRE III. DU GENRE CTENOPTYCHIUS. Qu'on se représente de petites dents d'Orodus, fortement coniprime'es, et dont les rides transversales soient disposées de manière à former un peigne de saillies plus ou moins arrondies et plus ou moins détachées, et l'on aura une juste idée du caractère des dents que je range dans ce genre. Elles sont surtout remarquables par leur apparence pectinée, et par leur forme comprimée; leur aspect me fait penser qu'elles jouissaient d'une plus grande mobilité que celles des Orodus, qui étaient très- probablement disposées en paA'é fixe comme celles des genres Cestracion et Mustelus, tandis que le bord acéré du peigne longitudinal que forment les nombreuses pointes des dents de Ctenoptychius rappellent ces mâchoires de Squales ordinaires ayant des dents tranchantes, érectiles, propres à couper leur proie ou du moins à la saisir fortement. Malgré cela, la structure microscopique de ces dents ne me permet pas de douter que le genre Ctenoptychius appartienne au gioupe des Cestraciontes , tant elles ont de rapports avec les dents d'Orodus, notamment par la structure tubu- leuse de leur couronne , dont la couche émaillée paraît déjà poreuse à un faible gros- sissement, et par la forme de leur racine qui est large, à base droite et étranglée au- dessous de la couronne. Les rayons épineux que l'on trouve associés à ces dents, ont été décrits sous les noms de Gyracanthus, de Ptycacanthus, et de Sphenacanthus ; mais je ne sais pas encore précisément lequel de ces types il faut leur assigner. I. Ctenoptychius apic.alis Agass. Vol. 3. Tab. 19, fig. I. et I «. Je ne connais encore qu'une seule dent de cette espèce, découverte par Sir Phil. Egerton dans les schistes houillers de la partie septentrionale du Staffordshire. Elle se distingue par la forme conoïdale des mamelons de son bord, qui vont en di- minuant de grandeur sur les côtés du mamelon principal , lequel est finement plissé — 100 — à son extrémité j il en est de même des deux plus grands mamelons qui avoisinent celui qui s'élève le plus, avec cette différence seulement, que les plis de ceux-ci ne sont visibles qu'au sommet du cône, tandis qu'ils descendent sur les côtés du mame- lon principal jusqu'à la moitié de sa hauteur. Vers les bords antérieur et postérieur de cette dent, on distingue encore de chaque côté trois autres petits mamelons de plus en plus petits, et dont le dernier se confond même avec les bords verticaux de la partie massive de la dent, tant ils se détachent peu. Toutes ces pointes sont verticales. La partie massive de la couronne présente des lignes horizontales concen- triques, parallèles à la ligne de jonction avec la racine, qui ne sont autre chose que les stries d'accroissement de la couche émaillée de la couronne. La racine ne dé- borde pas sensiblement le pourtour de la couronne -, elle forme seulement un léger renflement au-dessous de l'émail sur les côtés antérieur et postérieur et le long du côté postérieur. L'émail ainsi relevé est plissé en forme de fraise à double bord, dont chaque bord est festonné. La base de la racine est entière et à-peu-près droite. La fig. I représente cette dent de grandeur naturelle 5 dans la fig. i «^ elle est considérablement grossie. On la voit par sa face interne, le côté externe étant engagé dans la roche. Au moment de mettre sous presse, j'apprends par une lettre de M. Willi^msonde Manchester, qu'il a aussi découvert des dents de cette espèce dans la houille des environs de cette ville. Les dessins qu'il m'adresse représentent deux dents un peu plus grandes que celle qui a été découverte par Sir Philipp Egerton. II. CtENOPTYCHIUS PECTINATUS Agass. Vol. 3. Tab. 19. fig. 2, 3 et 4- La connaissance de cette espèce est due aux recherches persévérantes de Sir John Piobison, secrétaire de la Société Royale d'Edimbourg. M. le D' Hibbert en avait bien déjà trouvé une dent précédemment, avec les nombreux fossiles qu'il a décou- verts dans le calcaire d'eau douce de Burdie House ; mais je l'avais confondue avec l'espèce suivante, jusqu'à ce que j'en eusse connu plusieurs exemplaires. Elle se rap- proche de l'espèce précédente par sa forme générale, c'est-à-dire, par la disposition de ses dentelures, dont les moyennes sont plus saillantes que les latérales 5 mais ce caractère est moins prononcé que dans le Ctenoptychius apicalis : ce qui distingue encore mieux ces dents, c'est que les mamelons de leurs bords sont moins détachés les uns des autres que dans Tapicalis , et qu'en outre, au lieu d'être verticaux , ils di- vergent insensiblement sur les côtés en forme d'éventail. La fig. 2 représente une petite dent de cette espèce par sa face extérieure j la fig. 3 en fait voir une autre par — 101 - sa face interne j en les comparant on remarque que les mamelons sont plus ren- flés et plus arrondis en dehors qu'en dedans; ils sont du reste pointus et parfai- tement lisses. Les originaux de ces deux figures appartiennent à la collection de la Soc. Roy. d'Edimbourg. Dans l'exemplaire de la fig. 4? qui appartient à M. le Dr Ilibbert, on voit très-distinctement la disposition en éventail des mamelons du bord de la dent, qui est du reste très-mal conservée. Toutes ces dents proviennent du calcaire de Burdie House. Parmi les dessins qui viennent de m'être transmis par M. Williamson, j'ai égale- ment reconnu une dent de cette espèce, provenant aussi de la houille des environs de Manchester, d'un banc qui paraît à M. Williamson correspondre au calcaire de Burdie House. Une de ses figures semble indiquer, en outre, une espèce nouvelle du genre Ctenoptychius, voisine du Cten. pectinatus ; peut-être aussi ne diffère- t-elle que par la position qu'elle occupait dans la gueule. III. Ctenoptychius denticula.tus Agass. Yol. 3. Tab. 19. fig. 5, 6 et 7. Cette espèce de dent a été découverte par M. le D"" Hibbert dans le calcaire d'eau douce de Burdie House , depuis la publication de son intéressant mémoire sur cette formation, dans lequel elle n'est point encore mentionnée. Sir John Robison en a aussi trouvé dès-lors qui ont été déposées dans la collection de la Société Royale d'Edimbourg. Le caractère saillant de ces dents est de présenter un long bord à-peu- près droit, en forme de peigne à dents peu détachées; ce qui résulte du peu de pro- fondeur des échancrures qui les séparent, et de l'uniformité des mamelons du bord qui ne s'élèvent pas au-dessus les uns des autres. Quelque uniformes que soient ce- pendant ces dentelures quant à leur longueur, elles ne sont pourtant pas parfaitement égales quant à leur largeur, les imes étant plus rapprochées que les autres, ce qui rend par-ci par-là une des pointes plus large ; et comme les échancrures qui les sé- parent se prolongent sur la face antérieure et sur la face postérieure des dents, jusque vers la base de la partie émaillée en forme de sillons verticaux, il en résulte en outre que chaque dent paraît composée de piliers arrondis inégaux, soudés entre eux par la base, et se détachant seulement à leur extrémité supérieure qui est pointue. Tous ces piliers ne sont même pas uniformément parallèles, les uns étant plus ou moins inclinés, tantôt en avant, tantôt en arrière. La couronne est en général ren- flée vers le milieu de sa hauteur à sa face extérieure, et resserrée au-dessous du bord de l'émail ; à sa face interne elle est plutôt concave. La racine est très-haute, proportionnellement à la hauteur de la couronne ; sa base est droite et aussi large que — 102 — le bord supérieur de la dent. La fîg. 5 représente la plus belle de ces dents vue par sa face externe ; la fig. 6 en montre une autre par sa face interne ; on y remarque une tendance des mamelons à se grouper en faisceaux divergens. Ces deux dents font partie de la collection de M. Hibbert. La fig. 7 en représente une où l'on voit la moitié du côté externe et l'empreinte de l'autre moitié ; ce qui permet d'apprécier les rapports des deux côtés avec la racine que l'on voit en entier. M. Williamson a également trouvé cette espèce parmi celles du terrain houiller des environs de Manchester. L'exemplaire dont il m'envoie la figure provient du même étage que ceux qu'il a trouvés de l'espèce précédente. — 105 CHAPITRE ÏV. DU GEiNRE PSAMMODUS ET DE QUELQUES COUPES NOUVELLES A ÉTABLIR DANS CE GROUPE. Jusqu'ici j'ai rangé dans le genre Psammodus toutes les dents de Cestraciontes dont la surface n'est ni plissée, ni ridée, ni réticulée, ni surmontée de crêtes ou d'a- rêtes longitudinales ou transversales, quelle que fut d'ailleurs leur forme. Circonscrit dans des limites aussi étendues, ce genre comprenait toutes les espèces dont les dents joignent à la structure des Cestraciontes en général, c'est-à-dire, à une couronne formée de petits tubes verticaux , cette particularité d'avoir leur surface plus ou moins lisse , laissant apercevoir cette espèce de sablé qui résulte de la structure de la cou- ronne. Mais ces limites comportent encore de nombreuses modifications; aussi m'é- tais-je vu forcé de ranger dans un même genre les espèces que j'avais désignées sous les noms de Psammodus gibberulus et subteres (tab. 12 ), avec celles que j'avais ap- pelées Ps. linearis ou Ps. rugosus (même planche), ou Ps. porosus (tab. i3 ), ou Ps. contortus (tab. i/j.), ou Ps. longiclens (tab. 16), quelque peu de conformité qu'il y eût du reste entre elles. Cependant dès-lors la découverte de plusieurs fragmens instructifs m'a fait entrevoir, parmi toutes ces modifications de dents, plusieurs types auxquels je crois devoir reconnaître maintenant une valeur générique, d'au- tant plus qu ils se répètent à plusieurs reprises dans les mêmes limites de variations, dans des gisemens différens d'une même formation géologique. C'est ainsi que les va- riétés que présentent les dents du Ps. longidens du calcaire de Caen, se répètent dans le Ps. magnus et dans le Ps. tenuis de Stonesfield, comme dans le Ps. reti- culatus de l'argile de Shotover, tandis qu'aucune espèce du genre Psammodus, tel que je l'avais limité autrefois, ne présente une série analogue de modifications dans la formation houillère, ni dans la formation triasique. D'oii j'ai inféré qu'à des époques aussi éloignées il y avait eu plusieurs types de Cestraciontes plus voisins les uns des autres par leur dentition que les genres de ce groupe ne le sont générale- ment entre eux. J ai été du reste confirmé dans cette supposition par la découverte de pièces plus complètes, qui, comme le fragment de mâchoire du Ps. contortus re- présenté tab. 19, fig. i4, excluent toute idée d'association avec des pièces comme en - 104 — représente la tab. 16 sous le nom de Ps. longidens. Cherchant ensuite à grouper de la manière la plus naturelle toutes les autres modifications du type Psammodus que je connais, je me suis arrêté à la division suivante, sans être cependant, pour le mo- ment, parfaitement sûr de pouvoir ranger dans tous les cas chaque dent isolée dans le genre auquel elle appartient réellement. DU GENRE HELODUS. Sous cette dénomination je comprends toutes les dents de Psammodus, dont la sur- face est parfaitement lisse et le centre plus ou moins renflé en forme de cône*obtus. Ces dents sont tantôt allongées et arrondies avec un seul renflement au milieu, tantôt elles présentent une série de cônes obtus, dont celui du milieu est plus élevé, tan- dis que ceux des côtés vont en diminuant de grandeur, tantôt enfin un simple cône plus ou moins saillant. Toutes les espèces connues ont été trouvées dans les terrains houillers. I. Helodus siMPLEX Agass. Vol. 3. Tab. 19. fig. 8, 9, 10. Cette espèce est la plus petite de toutes celles que je connais maintenant. Elle a été découverte par Sir Philippe Egerton , dans les schistes houillers du comté de Stafford. M, W. Anstice, de Madeley Wood, en a également trouvé une dent dans une géode de fer hydraté carbonate de la formation houillère de Coalbrookdale , comté de Salop. Les fig. 8 et 9 représentent des dents de la collection de Sir Philippe, la fig. 10 celle de M. Anstice. Ces dents ont cela de particulier, que leur base est peu étendue pro- portionnellement à leur hauteur ; la couronne s'élève en forme de cône simple et très- obtus ; toute la surface est finement pointillée. L'exemplaire de la fig. 10 a seul un léger étranglement sur le côté de la pointe. II. Helodus l.evissimus Agass. Vol. 3. Tab. 14. fig. I— 15. Psammodus lœvissimus. Planche citée. — Sir Phil. Egerlon Catal. Les dents de cette espèce se rapprochent de celles de la précédente par leur forme générale -, seulement leur base est plus allongée, et le cône qui s'élève du milieu de la couronne est moins élevé. D'ailleurs, j'ai réuni sous cette dénomination des dents — 105 — assez différentes, dont les formes répètent même, en quelque sorte, celles que j'ai dési*»nées sous le nom de Psammodus porosus. Leur caractère commun est d'avoir une surface extrêmement lisse et polie, couverte de très-petits pomts, égaux et tres- serrés. Celles dont le milieu s'élève le moins, fig. i3 — 15, sont les plus larges ; elles sont simplement renflées vers le centre ; d'autres, également larges, fig. 12, sont ren- flées vers un des angles ; d'autres plus allongées, fig. 5 — 11, ont leur centre un peu plus rehaussé 5 la fig. 7 en représente trois de cette forme, placées les unes derrière les autres dans leur position naturelle. Celles dont le milieu s'élève le plus, fig. i — 4? se rapprochent beaucoup des dents décrites sous le nom Helodus siinplex; elles en diffèrent cependant] par les prolongemens latéraux de leur base, qui se relèvent même quelquefois de manière à former une ou deux petites bosses latérales, fig. 3. Les dimensions absolues de ces dents varient autant que leur forme. Je pense que les plus petites et les plus bombées, comme celle de la fig. i, étaient placées dans la par- tie antérieure des mâchoires, et qu'elles se suivaient d'avant en arrière dans l'ordre des numéros de la planche i4, ensorte que les plus longues et les plus étroites au- raient occupé le milieu des mâchoires, fig. 6, 7, 10, 11, tandis que les plus plates et les plus larges auraient été fixées plus près de l'angle de la gueule. Du calcaire carbonifère de Bristol. Les originaux de mes figures se trouvent au Musée de Biistol ; j'en ai également vu quelques-unes au Musée de Paris et dans les collections de Sir Philippe Egerton et de Lord Cole. III. Helodus subteres Agass. Vol. 3. Tab. 12. fig. 3 et 4. Psammodus subteres Agass. Planche citée. Je n'ai vu qu'une seule dent de ce type, parmi les nombreuses pièces du Musée de Bristol qui m'ont été confiées \ mais elle diffère tellement , par sa forme , des autres espèces de Psammodus , que je suis obligé de la désigner sous un nom par- ticulier. Elle est étroite, très-allongée et renflée seulement au milieu, d'où s'élève un cône obtus et arrondi \ sa surface est également arrondie dans la partie allon- gée et parsemée partout uniformément de petits pores égaux. Ces pores ressemblent beaucoup à ceux du Psammodus porosus \ mais je ne puis me faire une idée de la po- sition d'une pareille dent, dans la même mâchoire qui renfermerait celles que j'ai figurées sous le nom de Ps. porosus ; c'est ce qui me la fait envisager comme une espèce à part, qui me paraît rentrer assez naturellement dans le genre Helodus. On pourrait plutôt penser que c'est une dent gigantesque de l'Helodus laevissimus, mais ToM. m. 15 — 106 — elle n'a pas le poli qui caractérise cette espèce. Sur le prolongement latéral du côté le plus allongé de cette dent, il y a, à son bord seulement, des plis très-peu saillans, irréguliers et dont la surface est également pointillée. La fig. 3 la représente vue d'en haut, et la fig. 4 en profil. Cette espèce provient du calcaire carbonifère des Black Rocks, près de Bristol. IV. Helodus gibberulus Agass. Yol. 3. Tab. 12. fig. r et 2. Psammodus gibberulus Agass. Planche citée. L'aspect de la surface de cette dent est semblable à celui de la dent de V Helodus subteres que je viens de décrire. Elle est également allongée ; mais sa surface pré- sente plusieurs cônes ou renflemens de diverse grandeur j celui du milieu qui est le plus grand et le plus saillant est en même temps très-obtus ; il y en a de plus petits sur les côtés. L'une des extrémités qui paraît entière en a deux ; de l'autre côté, il y en a un plus gros, dont le bord extérieur est brisé. La fig. i représente cette dent de profil, et la fig. 2 vue d'en haut. C'est certainement une espèce particulière , dont je ne connais également qu'une seule dent, provenant comme les précédentes du calcaire carbonifère de Bristol. Elle est déposée au Musée de cette ville. V. Helodus turgidus Agass. Yol. 3. Tab. i5. fig. I— 12. Psammodus turgidus Agass. Planche citée et Feuilleton h diverses reprises. Sir Phil. Egerton Catal_ Ces dents sont généralement allongées, plus ou- moins courbes, rehaussées dans ^ leur partie moyenne, de manière à former un cône excentrique, comprimé et obtus, dont les côtés se prolongent vers les extrémités de la dent en quille arrondie, plus ou moins arquée, ordinairement plus rapprochée d'un des côtés de la dent et inclinée vers ce côté. Les plus plates de ces dents, fig. i, se rapprochent des dents oblongues du Psammodus porosus ; leur éminence centrale est très-déprimée. Dans les moins étroites, de dimensions moyennes, fig. 23, 5 et 6, l'éminence forme une quille qui s'é- lève uniformément des bouts au centre. D'autres ont la quille en forme d'S très-ouvert fig. I, mais du reste la même forme que les précédentes. Les plus étroites, fig. 10, 1 1 et 12, sont en même temps les plus longues et rétrécies à leurs extrémités j le som- — 107 — met de l'éminence qui est plus rapproché de l'un des bords que de l'autre, est incliné vers le côté étroit. Les plus petites, lig, 7, ont une émincnce très-saillante, et sont beau- coup plus comprimées latéralement. Parmi les étroites il y en a, fig. 8 et g, dont l'é- minence est formée par deux pointes très-obtuses , ce q«i les rapproche de l'Helodus gibberulus. Les fig. 10 « et 1 1 « représentent le profil transversal des dents des fig. 10 et 1 1 ; la fig. 1 2 fl! , au contraire , est le profil longitudinal de la dent de la fig. 12, et la fig. 12b son profil transversal. Toutes ces dents proviennent du calcaire carbonifère des environs de Bristol j elles sont toutes représentées d'en haut. Les originaux de mes figures se trouvent au Musée de Bristol. Lord Cole et Sir Philippe Egerton en possèdent aussi dans leurs collections. DU GENRE CHOMATODUS. Sous ce chef je réunis toutes les dents de Psammodus, dont la couronne est entou- rée à sa base d'une série de plis concentriques plus ou moins saillans et plus ou moins nombreux . Elles sont généralement très-allongées , et le centre de la couronne est tantôt plat, tantôt plus ou moins saillant; il s'élève même quelquefois en forme de tran- chant plus ou moins acéré, comme dans les dents de Carcharias. I. Chomatodus cinctus Agass. Vol. 3. Tab. i5. fig. i3— 21. Psammodus cinctus Agass. Planche citée. Sir Pliil. Egerlon Catal. Les dents de cette espèce se rapprochent de celles du Psammodus rugosus par leur aspect et, en particulier, parce que les pores de leur surface se léunissent et for- ment une sorte de réseau irrégulier ; la ceinture de plis qui borde leur contour est néanmoins un caractère qui leur est tout-à-fait particulier. Les dents les plus plates et les plus larges ont une éminence moins saillante que les autres 5 les plus grandes de celles que je connais, fig. i3 et i3 b, l'ont obtuse; celles des fig. 17 et 18 l'ont plus .circonscrite et plus détachée; celle de la fig. 20 n'a qu'un angle saillant, et les côtés opposés ridés concentriquement. Les dents allongées, fig. i5, 19 et 21, ont leur émincnce saillante, en cône arrondi, incliné vers le côté étroit de la dent, et l'arête prolongée jusqu'aux extrémités im peu obliques. Une dent très-étroite, fig. 16, a son arête, submarginale; l'éminence peu élevée, arrondie, et sa granulation plutôt réti- culée et en partie décurrente, ce qui la rapproche singulièrement des dents du Psam- — 108 — modiis rugosus. La fig. i4 représente la même dent que la fîg. i5, mais en profil lon- gitudinal, et la fig. i5a en profiRransversal ; les fig. 17 « et iS a représentent égale- ment les dents des fig. 17 et 18 en profil transversal. Les oi'iginaux de mes figures se trouvent tous au Musée de Bristol. Lord Cole et Sir Philippe Egerton en possèdent aussi. Les dents de cette espèce n'ont encore été trouvées que dans le calcaire carbonifère des environs de Bristol. II. Chomatodus linearis Agass. Vol. 3. Tab. 12. Fig. 5— 13. Psammodus linearis Agass. Planche citée et Sir Phih'ppe Egerton Catal. La surface molaire des dents de cette espèce est très-étroite et très-finement poin- tillée de points égaux et très-serrés , bordée à son pourtour de deux ou trois plis con- centriques, très-rapprocliés , dans les dents les plus longues, et plus distans et même plus nombreux, dans les dents courtes. Chacune de ces dents ressemble à un chevron de Raie Jussieu y la hauteur de la racine égale à-peu-près la largeur de la surface mo- laire. Les plus longues de ces dents sont six fois plus longues que larges; les plus petites à peine le double; celles-ci sont un peu bombées sur leur milieu, tandis que les longues sont tout-à-fait plates. Ce dernier caractère des plus petites dents prouve bien évidemment que ce type de dentition se rapproche de celui des Cestraciontes, bien plus que de celui des Raies. Ce rapprochement est d'ailleurs confirmé par le fait que l'on trouve toutes ces dents isolées, et qu'aucun de leurs côtés ne présente des crénelures propres à les souder les unes aux autres, comme c'est le cas des My- liobates. Les dents fig. 6, 7, 9, 10 et 12 se voient de profil; celles des fig. 5, 8, 11 et i3, d'en haut ; ces exemplaires se trouvent au Musée de Bristol. Lord Cole et Sir Phi- lippe Egerton en possèdent également. Elles proviennent toutes du calcaire carboni- fère des environs de Bristol. III. Chomatodus acuminatus Agass. Vol. 3. Tab. 19. fig. II, 12 et i3. C'est cette dent qui m'a fait recannaître les caractères génériques qui distinguent les Chomatodus des Psammodus proprement dits. Je la dois à l'obligeance de M. Mur- chison, qui l'a découverte dans le calcaire carbonifère de Wborlton, comté de Durham. — 109 — La couronne s'élève en forme de cône trcs-coniprimé , à base large , dont le som- met ainsi que les côtés sont assez tranclians, La surface est très-finement striée ver- ticalement au bord tranchant; en dessous elle est finement pointillée. La partie infé- rieure de la couronne est fortement échancrée et entourée de rides concentriques dont les plus grosses sont du côté de la couronne, et les plus étroites vers la racine. La direction de cette échancrure du bord inférieur de la couche émaillée est ti'ès- difféi'ente de ce qu'elle est dans les Squales proprement dits ; en effet chez ces derniers le bord de l'émail remonte sur le milieu de la racine, et présente un arc dont la con- vexité est dirigée du même côté que le sommet de la dent, tandis que dans mon Chomatode c'est l'inverse; l'émail s'étale plus bas sur le milieu de la racine que sur les côtés, et forme un arc très-ouvert dont la convexité est dirigée du côté de la ra- cine ; vers les bords extérieurs de la dent, cette ligne se courbe eii forme d'S très-ou- vert. Les plis concentriques qui la limitent contribuent à la rendre plus saillante. Il y a une différence très-sensible entre la hauteur à laquelle ces plis se trouvent à la face extérieure et à la face intérieure de la dent. Du côté plat, ou plutôt du côté concave, qui est le côté extérieur, le milieu de l'arc des plis de l'émail descend au moins d'un tiers plus bas que du côté postérieur. La coupe, fig. 12, fait bien voir ces rapports : le bourrelet que forment les plis de la face antérieure se trouve bien plus bas que celui de la face postérieure qui est très-convexe, dans celte partie, et tout-à- fait plate au dessus, tandis que la face antérieure est assez uniformément concave. La racine est peu large , proportionnellement à la grandeur de la couronne ; elle est encore plus comprimée que la partie émaillée ; vers les bords antérieur et posté- rieur elle est très-échancrée. On voit distinctement qu'elle se compose de fibres ver- ticales, qui suivent toutes les inflexions des surfaces de la dent, fig. 12 ; la couche émaillée est très-mince, fig. i3. La fig. 11 représente la face antérieure de cette dent qui est mieux conservée que le côté opposé. Bien qu'au côté extérieur les plis du bord de l'émail descendent plus bas qu'au côté antérieur, il est à remarquer que le nombre de ces plis y est plus considérable qu'à la face intérieure, et qu'ils s'élè- vent en conséquence à-peu-près à la même hauteur de la couronne, des deux cô- tés, comme on peut le voir en A de la fig. 11, où l'on remarque l'empreinte du côté extérieur, à la même hauteur que les plis du côté extérieur. Je ne connais encore que cette seule dent de cette espèce. — 110 — • DU GENRE PSAMMODUS PROPREMENT DIT. Réduit aux limites que je lui assigne ici, le genre Psammodus ne comprend plus que des dents très-larges et plates, dont la surface offre l'aspect d'un sablé uni- forme. Leur base est aussi large que la couronne; celle-ci est entièrement couverte de petits pores qui lui donnent cet aspect sablé si particulier qui caractérise le groupe des Psammodes. Ces dents, sans être parfaitement polies ou uniformément plates, n'ont ni plis, ni rides concentriques au pourtour de leur couronne, ni gibbosités, ni mamelons marquans à leur surface. On remarque, au contraire, que l'un des bords, dans la direction longitudinale du milieu des dents , est ordinairement plus saillant que le reste de la surface , et que souvent les pores se groupent de manière à former des rugosités plus ou moins sensibles. Je ferai remarquer encore au sujet des démembremens que j'ai fait éprouver au genre Psammodus, qu'une des raisons qui m'a engagé à le diviser est ce fait très-signi- ficatif, que malgré la fréquence, tant dans les terrains houillers que dans les terrains oolitiques, des dents que je rangeais dans le genre Psammodus, tel que je l'avais d'a- bord limité, on ne trouve pas de rayons correspondans dans les deux formations. Il est du reste très-difficile d'arrêter définitivement une opinion sur les caractères spé- cifiques des Psammodus du calcaire carbonifère, avant que l'on ait trouvé une plaque un peu considérable sur laquelle il soit possible d'étudier les limites des variations que les dents présentent sur une même mâchoire. Je n'ai encore de terme de com- paraison pour ce groupe, que le fragment représenté tab. 19, fig. il[, que je crois de- voir séparer des Psammodus proprement dits , à cause de l'aspect particulier de ses dents pour en faire sous le nom de Cochliodus, un genre à part, qui semble également restreint aux terrains houillers, puis les Psammodus longidens et reticulatus, qui forment encore un autre genre caractéristique pour la série oolitique ; ensorte que pour le genre Psammodus tel qu'il est caractérisé maintenant, je suis réduit à des dents isolées. Je me vois donc forcé de distinguer sous des noms différens toutes les variétés de dents que l'on trouve dans cette formation, afin de pouvoir les désigner plus facilement, sauf à les réunir de nouveau lorsqu'il sera possible de le faire avec connaissance de cause. — 111 — I. Ps.VMMODUS RUGOSUS Agass. 'O" Vol. 3. tab. 12, fig. i/i — 18. et tab. 19. fîg. i5. Dens tritor rugosus Miller Catal. Msc. du Musée de Bristol. Je connais peu de dents de cette espèce j celles que j'ai vues sont remarquables par leur grandeur, autant que par leur forme aplatie. Elles ressemblent si peu à des dents de poissons, que certainement personne, au premier coup-d'oeil, ne les prendrait pour ce qu'elles sont ; il m'a fallu toutes les formes intermédiaires qui les lient aux Acrodes, aux Ptychodes et Cestracions, pour me convaincre que ce sont des dents de poissons de l'ordre des Placoïdes, voisins des Squales. La plus grande de celles que j'ai représentées fig. 17 (vue d'en haut), et fig. 18 (en profil), se trouve au Musée de Bristol et provient du calcaire carbonifère des environs de cette ville. Elle est très-large proportionnellement à sa longueur j sur le milieu du bord postérieur s'élève un mamelon arrondi et allongé, qui s'aperçoit mieux dans la figure de pro- fil, fig. 18, que vu d'en haut, fig. 17; cependant, d'après cette dernière figure, on se fait une plus juste idée de ses rapports avec la surface molaire. La partie émail- lée de la dent est une plaque assez mince, tandis que l'os qui la supporte est au moins trois fois plus épais et d'un tissu réticulé très-grossier. ( Comparez à cet égard les fig. i5, i5 a et 16 qui représentent une de ces dents, brisée aux bords, vue d'en haut fig. 16, et de profil fig. i5 avec grossissement de son tissu osseux fig i5 «. ) La sur- face supérieure est ornée de fines mailles irrégulières à bords épais, qui deviennent fréquemment sinueuses, et prennent alors l'aspect de rides frangées, affectant le plus souvent une direction transversale. Dans la fig. 17, les rides frangées prévalent au milieu, et le tissu en mailles sur les bords. La coupe de la dent fig, 16 pré- sente également une partie émaillée proportionnellement mince, composée de pe- tits tubes ou de fibres perpendiculaires formant une couche plus mince, dans la partie antérieure de la dent, et plus épaisse dans sa partie postérieure. Le tissu de cet émail est très-bien conservé, mieux même que dans celles qui montrent plus com- plètement la forme générale de la couronne. Il n'en est pas de même de l'os gra- nulé qui la porte, et qui est au moins quatre fois plus épais que l'émail dans sa par- tie la plus large ^ cet os est en partie remplacé par de petits cristaux de spath calcaire. La fig. i5 montre aussi quelle saillie forme la bosse qui se trouve sur le milieu de la ^partie postérieure de la dent. Cette dent est maintenant déposée au Musée de Paris ; elle - m'a été communiquée par Cuvier, dans le laboratoire duquel elle se trouvait en i83i. La plus petite de ces dents, fig. i4, qui provient aussi, comme les précédentes, du cal- — 112 — caire carbonifère de Bristol , a des cornes saillantes à son bord antérieur et des rides frangées, parallèles entre elles, depuis le tiers postérieur jusqu'au bord antérieur. Le tiers postérieur est complètement lisse , comme dans le Psammodus porosus ; ce qui me paraît indiquer une affinité intime entre ces deux espèces. Depuis que la planche 1 1 est publiée, Lord Cole m'a communiqué un dessin très-détaillé d'une autre dent de cette espèce qui surpasse de beaucoup en grandeur celle de la fig. 17, Elle provient du calcaire carbonifère d'Esky, comté de Sligo, en Irlande : cette dent est si remar- quable par sa taille, que je l'ai reproduite tab. 19, fig, i5, vue d'en haut, fig. xS a de profil, suivant son diamètre longitudinal et fig. i5 Z» de profil transversalement; les fig. i5 c et i5 f/ représentent des portions de la surface grossie : en c ce sont les mailles de la partie réticulée de la couronne que l'on voit, et en d les rides frangées qui la traversent. La coupe longitudinale la représente toute plate, sans bosse ar- rondie à son bord postérieur. J'ai encore vu au Musée de Bonn deux petites dents de Psammodus, provenant du calcaire de l'Eifel, de Geroldstein, que je crois devoir rapporter à cette espèce. II. Psammodus porosus Agass. Vol. 3. tab. i3. fig. I— 18. Sous cette dénomination je ne comprends que les dents à surface plane , dont la couronne est finement pointillée. M. le professeur Buckland possède une fort belle dent de cette espèce, qui montre très-bien les rapports de l'émail et de la racine; je l'ai fait représenter fig. 16 d'en haut, et fig. 17 en profil. Les originaux des autres figures de ma planche se trouvent au Musée de Bristol. Au Musée de Paris, il y a aussi un grand nombre de dents de cette espèce, provenant du laboratoire de Cuvier, qui me les avait communiquées et qui les devait lui-même à Miller. Il y en a également dans les collections de Lord Cole et de Sir Philippe Egerton. Toutes proviennent du calcaire carbonifère des environs de Bristol, des 11'' et 14" assises de Black Rocks, suivant le mémoire du D' Bright. Les plus grandes de ces dents, fig. i5', 16, 18, ont une forme oblongue, légèrement tronqliée, le côté convexe étant un peu plus court que le côté concave; les plus petits côtés sont droits et convergent légèrement dans le même sens. Le plus grand côté est concave et me paraît être le bord postérieur. Il y en a d'autres, fig. 8, de forme à-peu-près semblable, mais plus petites, qui, sans être arquées, ont l'un de leurs grands bords plus long que l'autre, et alors ce bord est légèrement arqué. Le plus grand nombre de ces dents est cependant de forme carrée plus ou moins régulière , — 115 — s'approchant de la forme rhomboïdale par l'inégalité, d'ailleurs peu apparente, des côtés. Il y en a de très-grandes de cette forme telles que fig. i4; d'autres sont plus petites, fig. lo, ii, 12 et iS^ ellesont un côté légèrement évasé, qui paraît être le côté postérieur; d'autres sont plus allongées, fig. -y et 9. Les plus grandes de ces dents, surtout celles de forme oblongue, me paraissent avoir dû occuper le milieu des côtés des mâchoires 5 celles qui sont plus carrées étaient probablement placées plus en arrière et les petites , fig. i, 2 , 3 et 4? de forme moins régulière, en losanges iné- gales, avec un bord plus ou moins évasé, fig. 3 et 4, occupaient vraisemblablement la partie postérieure de la gueule, vers 1 angle que forment entre elles les deux mâchoires en s'articulant ensemble. Les dents représentées fig. 5 et 6 ont une forme plus hété- rogène encore, leur plus long côté, qui est probablement le bord postérieur, étant sen- siblement rectiligne, tandis que lé côté opposé est arqué et s'unit à l'un des côtés courts, de manière à former un bec tronqué ; l'autre côté court est à-peu-près droit. Ces dernières dents me paraissent avoir du occuper la partie antérieure des mâchoires. La différence que l'on observe dans le coloris de toutes les figures de la planche i3, comme de celles des autres dents du calcaire carbonifère de Bristol, provient des difterens oxides de fer, dont elles sont pénétrées. Malgré la diversité de leur forme et de leur grandeur, on observe un caractère commun dans toutes ces dents, c'est la fine porosité de la surface plane de la cou- ronne qui est recouverte d'une multitude de pores très-distincts, fort petits, et ne formant nulle part d'anastomoses ; (ce sont les simples ouvertures des tubes dont se compose la partie émaillée des dents, qui paraît généralement un peu plus épaisse que dans le Psammodus rugosus et égale environ le tiers de l'épaisseur de la racine, comme on le voit dans la fig. 17. Entre la couronne et la racine, on remarque aussi généralement une légère dépression ou un étranglement plus ou moins marqué, suivant lequel l'émail se détache quelquefois de l'os qui le porte. Trois des côtés de ces dents sont coupés carrément et perpendiculaires 5 il n'y a que le bord du côté arqué qui soit taillé en biseau. DU GEiNRE COCHLIODUS. Lorsque j'ai rangé dans le genre Psammodus les dents figurées tab. ify , fig. i6-33, sous le nom de Psammodus contortus j je ne connaissais encore que des dents iso- lées de ce type, et j'étais incertain sur la question de savoir si la forme particulière qui les caractérise provenait d'une position avancée dans la partie antérieure des mâchoires qui les portaient, ( comme on remarque, chez le Cestracion de la Nouvelle Hollande, des dents de forme particulière en avant des mâchoires, différant beaucoup des dents plates qui sont insérées plus en arrière ) , ou si ces dents se rapprochant Ton. m. 16 — 114 — des Ceratodus j constituaient un genre à part, caractérisé par la forme contournée des dents qui s'y rapportent. Ce doute vient d'être complètement levé par la communi- cation que m'a faite Lord Cole d'un moule de fragment de mâchoire , découvert dans le calcaire carbonifère de Tynare, comté d'Armagh en Irlande, et qui se trouve dans la collection de M. Jones, capitaine de la marine anglaise. Ce fragment, représenté tab. 19, fig. i4, est de la plus haute importance pour l'histoire entière des Cestra- ciontes des formations anciennes, car non-seulement il m'a servi à résoudre bien des doutes au sujet des Psammodus, mais encore j'ai acquis, en le voyant, la con- firmation des suppositions que j'avais faites au sujet du genre Ceratodus ^ que j'ai toujours cru devoir envisager comme un Squale, n'ayant qu'une seule large plaque dentaire, au lieu de plusieurs rangées de dents, sur chaque branche des mâchoires. Le fragment en question vient non-seulement à l'appui de cette opinion, mais encore il constitue un type intermédiaire entre les Ceratodus et les Cestraciontes ordinaires vivans et fossiles. En effet, mon Psammodus contortus devenu, à l'aide de la pièce mentionnée, le type d'un nouveau genre que j'appelle CochlioduSj a. cause de la forme enroulée de ses dents , au lieu d'avoir un grand nombre de rangées de dents placées les unes derrière les autres , de manière à former de larges plaques plus ou moins bombées, comme dans les genres Acrodus et Ptychodus, ou des bourrelets en forme de fuseaux tordus, comme dans le génie Cestracion, présente seulement un petit nombre de dents disposées de manière à recouvrir une large portion de la surface renflée du bord dentaire de la mâchoire. Dans le fragment dont j'ai le moule sous les yeux, pi. 19, fig. i4, on ne voit qu'une rangée de trois dents de chaque côté ; cepen- dant il paraît qu'il y en avait une quatrième en avant qui a disparu , et dont on ne voit plus qu'une paitie de la racine. Je crois en outre, qu'en dehors de ces deux rangées principales il y avait encore, de chaque côté , une rangée de dents plus petites ; ce qui me le fait supposer, c'est la manière dont l'os de la mâchoire déborde extérieure- ment les deux rangées des grandes dents qui sont conservées. Quoi qu'il en soit, il est évident que ce petit nombre de dents que l'on voit si bien conservées dans la fig. i4, est en lieu et place des nombreuses rangées de dents qui forment les bourrelets fusi- formes du genre Cestracion, et que ce qui caractérise mon nouveau genre Cochlio- dus c'est justement d'avoir ces larges dents contortes, embrassant un très-grand espace sur la mâchoire, et conformées d'ailleurs comme les dents de Psammodus, c'est-à-dire, ayant une couronne émaillée, poreuse. Qu'il n'y ait donc dans ce genre que la grande rangée de dents que l'on voit à la mâchoire dont il s'est agi , ou qu'il y en ait en outre une extérieure de dents plus petites, toujours est-il que le genre Cochliodus est inter- médiaire entre les Cestraciontes à dents nombreuses et le genre Ceratodus ou il n'y en a plus que quatie , c'est-à-dire , une à droite et une à gauche en haut et en bas. Ce — 115 — . fragment prouve en outre, incontestablement que ni les Psammodus proprement dils à larges dents plates, ni les Chomatodus à couronne entourée de plis plus ou moins saillans , ni les Helodus à dents mamelonnées ne sauraient se trouver dans la même mâchoire avec des dents du type que l'on trouve dans mon Cochliodus, ou en d'autres termes que ces différentes modifications de dents s'excluent génériquement , aussi bien que les Slropliodus, dont il sera question plus tard. Cochliodus contortus Agass. Vol. 3. Tab. 19. fig. i4 etTab 14. fig. i6-33. Psammodus contortus. Agass. Planche citée, et Sir Pliil. Egerton , Catal. La première des dents qui sont entièrement conservées dans mon Cochliodus, a une forme subtrigonale ; le côté postérieur qui est le plus grand est droit ; le côté inté- rieur est arqué en S très-ouvert, le côté antérieur qui est droit également, passe au côté extérieur par luie ligne brisée assez courte. Sa surface est déprimée dans la par- tie antérieure , oii l'on remarque un sillon à-peu-près parallèle au bord antérieur ; la partie postérieure est au conti'aire fortement renflée en forme de bourrelet allongé, de plus en plus large de dehors en dedans. Parmi les dents isolées que j'ai fait re- présenter, tab. i4, il en est plusieurs qui correspondent évidemment à cette première dent de ma mâchoire j telles sont deux dents du côté droit, fig. 29 et 31 , et une dent du côté gauche ou peut-être une dent de la mâchoire opposée^ fig. 30 (car elle n'a pas exactement la même forme, quoique son apparence générale soit la même.) La seconde dent a à-peu-près la même forme , seulement elle est plus grande 5 à quelque distance de son bord antérieur elle présente de même un sillon presque parallèle au bord ; la partie postérieure est renflée , mais dans l'exemplaire figuré , il est évident que le point le plus saillant est aplati par l'usure due au frottement des dents des deux mâchoires. La planche 1 4 représente quelques dents qui me paraissent correspondre à celles-ci; c'est du moins le cas des dents fig. 32 et 33. Celles des fig. 22, 23, 24 et 25 pourraient bien être aussi leurs correspondantes à la mâchoire opposée , ou appartenir à une seconde espèce du genre ; elles sont plus petites et moins tordues. La troisième dent est beaucoup plus étroite que les deux premières, proportionnellement à sa longueur, qui égale celle du bor-d postérieur de la seconde dent; elle a la forme d'une arête renflée, un peu plus large du côté interne que du côté externe de la mâchoire. La fig. 28 de la planche 14 me paraît re- préseiiter une dent analogue de la mâchoire opposée ou d'une autre espèce ; elle est moins étroite que celles du fragment de la mâchoire. Les petites dents des fig. 16, — 116 — 1 7, 1 8 , 1 9 , 20 , 21 , 26 et 27, qui appartiennent évidemment au même type générique que celles que je viens de décrire , me paraissent prouver ou que ce genre compte plu- sieurs espèces dans le calcaire carbonifère, ou que les mâclioires du C. contortus ont plus d'une rangée de dents, comme je l'ai déjà fait remarquer plus haut. Ces dents qui sont plus petites seraient insérées en dehors de la i^angée de grandes dents que la fig. 14, pi. 19, représente ; il y en a, fig. 16, 19, 20, 26 et 27, qui ne sont pas plus longues que larges, et dont la partie moyenne est relevée d'une arête plus ou moins saillante, ou d'une bosse transversale arrondie. Je pense que celles-ci occupaient la partie antérieure de la mâchoire, et que les dents plus allongées fig. 17, 18 et 21 étaient placées plus en arrière. En recherchant avec attention ces dents dans leur as- sociation naturelle, dans le gisement qui les renferme, on découvrira bientôt les moyens de résoudre tous ces doutes. Les dents isolées qui sont représentées tab. 14, proviennent toutes du calcaire carbonifère de Bristol , et sont déposées au Musée de cette ville. Lord Cole et Sir Philippe Egerton en possèdent également dans leurs col- lection, qui proviennent de la même localité. Je rapporte encore à cette espèce une dent du Millstone Grit de Honeypen Quany , Clifton. Le Cochliodus contortus est la seule espèce du genre que je connaisse maintenant. DU GENRE STROPHODUS. Voisin par ses caractères des Helodus et des Psammodus du terrain houiller, le genre Strophodus les remplace à des époques géologiques plus récentes , et les diverses variétés de ces dents trouvées dans la même localité, prouvent, aussi bien que les pièces plus complètes que l'on possède de certaines espèces, que le genre Strophodus doit reposer sur des modifications d'organisation encore imparfaitement connues , il est vrai , mais qui pour cela ne militent pas moins en faveur de l'établissement d'un genre. La grande diversité de forme que présentent les dents d'une même espèce, rend l'indication d'un caractère qui leur soit commun, d'autant plus difficile que les diverses modifications que je sais devoir être réunies, passent insensiblement les unes aux autres. Il en résulte un rapprochement des extrêmes à certaines modifications d'autres types que l'on pourrait prendre pour un passage si ces extrêmes n'avaient pas des points de départ très-différens , que l'on voit se répéter sous des formes sem- blables dans chaque espèce du même type ; circonstance qui confirme bien évidem- demment la validité d'une séparation, quelque précaires que puissent paraître les signes extérieurs qui doivent servir à en tracer les limites. Les caractères les plus marquans et les plus constans que présentent les dents de Strophodus j c'est d'être allongées, plus ou moins rétrécies et tronquées aux deux — 117 — bouts, de présenter une torsion plus ou moins sensible suivant le diamètre longitu- dinal, d'être plus ou moins renflées dans la partie moyenne, ou vers l'une des extré- mités de la couronne et d'offrir une surface réticulée, dont le réseau, plus ou moins en relief, rend les pores de l'émail quelquefois très-peu sensibles. Ces dents sont tantôt très-allongées et faiblement renflées? tantôt plus fortement arquées et tordues, tantôt plus plates et plus larges, mais toujours d'un aspect uniforme, et sur toute la couronne, sans arête ou crête saillante dans une direction déterminée. La racine est large et plate ; dans les dents les plus hautes seulement elle est échancrée au milieu. Les espèces de ce genre dominent dans la série oolitique, cependant elle exis- taient déjà à l'époque triasique et l'on en trouve également dans les terrains crétacés. Les différences les plus saillantes que je puis signaler entre les diverses espèces que je connais, consistent dans les dimensions et les proportions des différentes modifica- tions de dents qui appartiennent à la même espèce. I. Strophodus LONGiDENS Agass. Yol. 3. Tab. i6. Psammodus longîdens Agass. Planche citée. Je commence l'énumération des espèces du genre Strophodus, par celle sur la- quelle je possède le plus de renseignemens. C'est celle dont j'ai déjà publié divers fragmens sous le nom de Psammodus longidens, tab. i6. Ces fragmens, découverts dans le calcaire de Caen, aux environs de cette ville, sont d'un grand intérêt pour la connaissance des caractères de toutes les espèces du genre, parce que l'on y voit réu- nies plusieurs rangées de dents qui montrent quelles sont les modifications que la den- tition peut présenter dans la même espèce. Ce sont deux plaques inégales sur la plus grande desquelles, fig. 2, on voit des dents de trois rangées au moins, bien que les plus longues seulement ne soient pas déplacées; sur la petite plaque, fig. i, il n'y a que deux rangées de dents , différentes des précédentes par leur forme et par leurs dimensions ; enfin les fig. 3,4,5,6, 7 et 8 représentent des dents isolées. Avec ces élémens, qu'il est possible de combiner de manière à rétablir à-peu-près tout le râtelier de cette espèce, on peut acquérir la certitude que les dents si variées de la tab. 17, qui ont toutes été trouvées ensemble dans la même localité, proviennent de la même espèce, et cette certitude donne une nouvelle précision aux caractères du genre Stro- phodus j puisqu'elle nous permet d'ajouter à sa dentition quelques formes extrêmes, que nous n'avons pas dans les plaques de Strophodus longidens j mais qui, puisqu'elles appartiennent évidemment au même animal dont les dents correspondantes sont figu- — 118 — rées sous le nom de Psammodus ( Strophodus) reticidatus j se retrouveraient sans doute aussi dans'les mâchoires de Strophodus longidens , si on les possédait en entier. Il importerait beaucoup de savoir si ces dents proviennent du côté droit ou du côté gauche de la mâchoire supérieure ou de la mâchoire inférieure , afin de pouvoir plus tard assigner une position naturelle aux dents isolées d'autres espèces qu'on aura à fi- gurer ou à comparer à celle-ci. En mettant en regard ces pièces avec les mâchoires du Cestracion Philippi tab . D. , on serait porté à croire que la grande plaque, tab. i6, fig. 2 , renferme trois rangées de dents de la branche gauche de la mâchoire inférieure ou de la branche droite de la mâchoire supérieure 5 il paraît du moins que la rangée principale de longues dents de la fig. 2 correspond à la série de dents du côté gauche de la figure i3, tab. D., qui est paire de celle marquée o. sur le côté droit. Je le présume du moins à cause de cette circonstance, que du côté postérieur de la gueule, c'est-à-dire, du côté de la branche articulaire de la mâchoire, l'extrémité de chaque dent est plus renflée que du côté de la symphyse des deux mâchoires. Les dents de cette rangée sont les plus longues que l'on connaisse de cette espèce et même de tout le genre; elles sont arrondies latéralement, tronquées à l'extrémité antérieure ( qui est supérieure dans la position de la plaque sur la planche ) ^ taillées en biseau arrondi à l'extrémité postérieure ( qui est le côté inférieur d'après la planche ) , sen- siblement renflées en forme de bosse irrégulière , et oblique au second tiers posté- rieur, et uniformément ridées transversalement sur toute leur surface. Ce dernier caractère est commun à toutes les dents du Strophodus longidens, aux plus allongées, comme aux plus larges, aux plus plates, comme aux plus bossues. Je regrette seule- ment que lors de mon séjour à Caen, le dessinateur qui les a figurées, pressé de ter- miner les dessins des nombreux et curieux poissons fossiles que MM. de Magne- ville et Eudes Deslongchamps voulurent bien me communiquer, n'ait pas eu le temps de rendre exactement les détails des réseaux de rides qui donnent à ces dents leur as- pect plissé; il serait fort à désirer que M. Deslongchamps publiât quelque jour une figure bien détaillée de la surface d'une de ces dents au moins. Alors il m'importait essentiellement de connaître leur disposition et leurs formes diverses ; aujourd'hui que j'en connais plusieurs espèces , il me paraîtiait également important d'analyser les détails de leur structure. La dent isolée qui se trouve dans la plaque fig. 1 , tab. 16 , au-dessus des cinq dents de la série principale, me paraît à-peu-près en place et correspondrait à une dent de la série antérieure, à celle qui est marquée o. dans la fig. i3, tab. D. ; sa forme semble d'ailleurs confirmer cette supposition : elle est plus courte que celles de la série principale, cependant elle est encore régulière, mais plus rétrécie à ses deux extrémités et plus uniformément bombée sur le milieu. Les cinq dents inférieures de la même plaque, en partie disloquées, correspondraient alors aux -^ 119 — dents de la série postérieure à la série o. ligure i3, et ici encore leur forme irré- gulière et contournée indique que ce sont des dents qui occupaient une position plus reculée dans la gueule que celles qui viennent d'être décrites ; elles sont rétrécies aux deux extrémités, qui sont elles-mêmes plus ou moins fléchies sur le côté, mais en sens inverse aux deux bouts; le milieu est sensiblement plus élevé et toute la sur- face arrondie ; la partie médiane a cependant une tendance assez prononcée à se re- hausser en forme de quille, surtout vers les deux bouts, comme on le voit en parti- culier sur une dent isolée, fig. 5, qui est la plus irrégulière de toutes celles que j'ai vues. Cette dent se voit de profd des deux côtés, lig. 3 et 4 et d'en haut fig. 5. La petite dent, au bord droit de la plaque lig. 2, est la seule de cette forme qui se soit trouvée associée aux formes déjà décrites. Sa présence sur la même plaque sur laquelle sont fixées les trois modifications dont il a déjà été question, est d'un intérêt im- mense pour la détermination des autres espèces du genre, parce qu'elle associe d'une manière indubitable cette forme aux précédentes, et comme on en retrouve de semblables dans plusieurs autres localités où l'on en rencontre des allongées, on ne pourra pas êti-e tenté de les envisager comme des espèces distinctes, puisqu'ici elles se trouvent sur la même plaque avec des formes transitoires. Ce qui distingue sur- tout cette dent, c'est que sa couronne est arquée et saillante, en forme de chaperon arrondi, et que ses extrémités plus étroites ont, comme les cinq dents inférieures de la même plaque, une tendance à se tordre latéralement. Si j'ai décrit ces dents comme appartenant au côté gauche de la mâchoire inférieure, c'est afin qu'il soit plus facile de les comparer avec celles du Cestracion figurées tab. D 5 mais comme je l'ai déjà fait remarquer, elles pourraient tout aussi bien provenir du côté droit de la mâchoire supérieure. En examinant la plaque fig. i, je me suis d'abord demandé si les dents qu'elle porte avaient appartenu à la même mâchoire que celles de la fig. 2 , ou si elles provenaient de la mâchoire opposée, c'est-à-dire, de la mâchoire supérieure, dans le cas où les précé- dentes seraient de la mâchoire inférieure et vice-versa. La solution de cette question ne m'a pas paru diflicrle ; elle est écrite en toutes lettres sur la plaque fig. 2, par la seule présence de quelques dents aux deux bouts de celles de la rangée principale. En effet, la dent supérieure, aussi bien que les dents inférieures de la plaque 2, montrent, par leur forme, que les cinq dents principales qui sont en place , occupaient le milieu de la mâchoire et que les dents antérieures ( ici la dent supérieure est seule maintenue en place) et les dents postérieures (les cinq du bord inférieur de la figure ) tendaient déjà à prendre les formes particulières aux dents de la partie antérieure et de la partie posté- rieure de la mâchoire , c'est-à-dire , à s'infléchir de côté, à leurs bouts, et à se rehausser, dans le milieu , en forme de quille ou d'arête arrondie longitudinale. Or, comme les cinq — 120 — dents consécutives sont placées les unes derrière les autres et recouvrent la mâchoire obliquement de dehors en dedans et d'avant en arrière, et comme la dent supérieure et les dents inférieures de notre figure sont placées immédiatement à l'extrémité an- térieure et à l'extrémité postérieure de celles de la rangée principale, il en résulte que dans la même mâchoire il n'y avait pas de dents de forme intermédiaire entre ces trois rangées j ce qui prouve deux choses également importantes : i° que les dents de la plaque fig. i proviennent de la mâchoire opposée, puisqu'elles n'ont pu occuper une place intermédiaire entre les rangées de la plaque fig. 2 , bien que par leur forme elles soient intermédiaires entre celles des rangées extérievires et celles de la rangée principale ; 2° que le geni'c Strophodus avait, à ses mâchoires, un nombre de rangées moins considérable que le genre Cestracion, puisque les dents antérieures et les dents postérieures passent plus directement aux formes extrêmes qui se trouvent à la partie antérieure et à la partie postérieure des mâfchoires. Ce qui prouve d'ail- leurs également que les dents de la plaque fig. i proviennent de la mâchoire opposée à celles de la plaque fig. 2, c'est qu'elles sont tronquées carrément en sens inverse à leur extrémité antérieure ( qui est inférieure dans la position que la plaque a reçue sur la planche. ) Cela posé, il est évident que le caractère général des dents de l'une des mâchoires consistera dans leur forme plus allongée et plus étroite, en même temps que la couronne aura une tendance plus prononcée à s'élever en quille, et que ce- lui des dents de l'autre mâchoire sera d'être plus courtes, mais plus larges et surtout plus plates, comme 1 indiquent surtout les dents détachées, fig. 7 et 8, qui, par leur plus grande ressemblance avec les dents de la rangée supérieure de la plaque fig. i, semblent revendiquer une place à la même mâchoire. Aussi suis-je porté à croire que les deux séries de dents de la plaque fig. i, se rencontraient avec celles de la plaque fig. 2, de manière à permettre à une troisième séx'ie de dents plus larges encore, comme celles des fig. 7 et 8, de s'aj)pliquer également contre elles pendant la mandu- cation. Il me paraît cependant difficile de préciser comment ces trois rangées se superposaient : je n'entrevois qu'une seule combinaison qui corresponde à leurs dimen- sions relatives, c'est que la rangée inférieure delà fig. i répondait à la rangée supé- rieure de la fig. 2 , et la rangée supérieure de la fig. i à la rangée moyenne de la fig. 2, de telle sorte que l'extrémité postérieure de la rangée inférieure de la fig. i, qui dans la figure est sa partie supérieure, renflée et taillée en biseau, occupât l'intervalle entre la rangée supérieure et la rangée pi'incipale de la fig. 2 , ce qui ferait tomber la rangée supérieure de la fig. i , sur la partie allongée de la rangée principale de la fig. 2, de telle manière que la partie la moins saillante de ces dents s'avancerait sur la partie la plus saillante des longues de la fig. 2 , et que l'intervalle entre ces dernières et la rangée inférieure serait occupé par les larges dents plates fig. 7 et 8. On se rendra — 121 — facilement compte des diverses positions que je suppose à ces plaques pour les faire coïncider, en en calquant une à gros traits sur un papier transparent et en l'appliquant en divers sens sur l'autre. 3Iais pour pouvoir placer ainsi ces deux plaques l'une sur lantrc, il faut admettre que l'une est la mâchoire inférieure et Tautre la mâchoire supérieure du même côté de l'animal, c'est-à-dire que si, comme je l'ai d'ahord ad- mis, la plaque fig. 2 est la mâchoire inférieure du côté gauche, la plaque fig. i est la mâchoire supérieure du côté droit et vice versa, ainsi que je vais chercher à le dé- montrer encore. Je n'ai pu obtenir aucun renseignement précis sur la position re- lative dans laquelle ces plaques ont été trouvées : cependant je crois pouvoir déduire avec assez de vraisemblance de la nature du grain de la roche, dans chaque plaque, qu'elles étaient superposées l'une à l'autre. Il est évident pour moi , que les deux plaques n'étaient pas juxta-poséesj leurs contours qui ne se rapportent pas et surtout la différence sensible dans le grain de leur pâte le prouvent suffisamment 5 puis j'ai déjà fait voir que la forme des dents indiquait qu'elles provenaient l'une de la mâclwire supérieure et l'autre de la mâchoire inférieure Mais cela étant, Tune pourrait être du côté gauche de la mâchoire inférieure et l'autre du côté droit de la mâchoire supé- rieure. Dans ce cas il faudrait qu'en les détachant de la roche on eût enlevé d'un côté la plaque droite de la mâchoire supérieure , sans avoir rencontré dessous la plaque op- posée de la mâchoire inférieure, et à côté, la plaque gauche de la mâchoire inférieure, de dessus laquelle la plaque opposée de la mâchoire supérieure aurait déjà été enlevée également sans qu'on l'eût aperçue 5 coïncidence fâcheuse dont on se rendrait dif- ficilement compte chez des carrieurs habitués, comme dans les environs de Caën , à recueillir ce qu'ils trouvent; tandis que l'on concevrait bien plus aisément que le bloc renfermant l'autre moitié des deux mâchoires ne se fût pas partagé dans l'endroit qui recelait les dents, et que cela eût eu lieu pour cette moitié. Ce qui tendrait à prouver que ma supposition est juste, c'est d'un côté la facilité avec laquelle on peut adapter les deux plaques dans une position qui paraît normale , comme je l'ai indiqué plus haut ( sans qu'elles s'engrènent cependant comme deux contre-parties de la même pièce, comme on le voit souvent pour des poissons d'autres localités), et de l'autre, l'uniformité que présentent les deux plaques dans la disposition des dents qu'elles portent. Dans la plaque fig. 2, il y a deux séries de cinq dents, contiguës, dans l'une, et disloquées dans l'autre ; et dans la plaque fig. i, également une série de cinq dents disloquées et une série de quatre dents à-peu-près contiguës. Que cette circonstance indique réellement une dislocation produite par une cause quelconque sur les rangées de dents du même côté de la tête ou non, toujours est-il qu'elle est au moins significative pour le nombre de dents placées les unes derrière les autres, dans une même série. Il ne saurait être purement accidentel que l'on rencontrât ce ToM. III. 17 _ 122 — même nombre de dents dans trois rangées différentes, et comme déjà nous avons vu qu'il est probable que le genre Strophodus avait un plus petit nombre de ran- gées de dents que le genre Cestracion, il me paraît également probable que chaque rangée contenait aussi moins de dents placées les unes derrière les autres , de de- hors en dedans ; ensorte que le genre Strophodus serait à cet égard intermédiaire entre le genre Cestracion et le genre Cochliodus, comme ce dernier est intermé- diaire entre le genre Cestracion et le genre Ceratodus. Après avoir décrit les principaux fragmens de cette espèce, sans chercher à préciser l'alternative de leur position, du côté droit ou du côté gauche de la mâchoire supé- rieure ou de la mâchoire inférieure, et en admettant simplement l'un des cas possibles sans autre preuve ^ je dois encore exposer les raisons qui m'ont fait envisager la com- binaison que j'ai supposée comme la plus raisonnable et engagé à décrire ces mâchoires comme étant réellement l'une, fig. 2, un fragment de la mâchoire inférieure du côté gauche et l'autre, fig. i, un fragment de la mâchoire supérieure du même côté. C'est à l'aspect des dents et à la différence qu'elles présentent dans les deux fragmens, que j'ai emprunté mes motifs. Il est facile de s'apercevoir, dans la série des Placoïdes, que les dents de la mâchoire supérieure sont, ou plus larges, d'une manière absolue, que celles de la mâchoire inférieure, ou du moins plus larges et plus épaisses compa- rativement à l'étendue de leur base : or les différences que présentent les dents des plaques fig. i et fig. 2 sont précisément de cette nature, c'est-à-dire que les dents de la première sont plus larges d'une manière absolue et relativement à la lai^geur de leur base, tandis que celles de la plaque fig. 2 sont plus allongées et ont une tendance plus prononcée à se rehausser sur le milieu. Quant à la petite dent fig. 7, dont il n'a pas encore été question, elle provient évi- demment de la partie postérieure des mâchoires et correspondait à celles qui, dans ma figure de la mâchoire de Cestracion, sont marquées o fig. i3 Tab. D, et dont une est grossie fig. 19. Comme il a déjà été dit , toutes les dents de Strophodus longidens connues pro- viennent du calcaire de Caën, où elles sont associées aux débris de grands reptiles décrits par MM. Eudes Deslongchamps et Geoffroy de St Hilaire. Les fragmens que j'ai figurés se trouvent au Musée de Caën et dans la collection de M. Deslongchamps. — 125 — II. Stkophodus RETicuLATCS Agass. Vol. 3. Tah. 17. Psammodus reticidatus Agass. Planche citée et Sir Philipp Egertoii, Cat. Les nombreuses dents représentées sur la planche citée appartiennent toutes à la même espèce^ elles ont été trouvées ensemble, à côté les unes des autres, dans une position telle que l'on est en droit de supposer qu'elles proviennent toutes du même individu et que, malgré les différences très-sensibles qu'elles présentent, elles ont armé la même gueule. La découverte en est due à Sir Philipp Egerton, qui les a trouvées dans l'argile de Shotover près d'Oxford. Elles se trouvent maintenant dans sa collection et dans celle de Lord Cole. En comparant ces différentes dents à celles du Strophodus longidens, tab. iG, il parait bien évident qu'elles appartiennent au même genre ; cependant il m'est impos- sible d'entrer, pour cette espèce, dans des détails aussi circonstanciés sur la position et les rapports des dents entre elles, que je l'ai fait pour le Strophodus longidens. Les dents figurées du Strophodus reticulatus ayant été trouvées séparément, bien qu'en- semble, il m'est impossible de distinguer les formes qui proviennent de la mâchoire supérieure et celles qui proviennent de la mâchoire inférieure , ni de reconnaître quelles de ces dents étaient insérées du côté droit et quelles du côté gauche. Mes indications se borneront donc à comparer les dents de différentes formes à celles du Cestracion et du Strophodus longidens, auxquelles elles ressemblent le plus, pour en déduire quelques inductions sur leurposition, àlapartieantérieureouàlapartiepostérieuredesmâchoires. Les formes représentées par les fig. i-5 tab. 1 7, proviennent évidemment de l'extrémité antérieure des mâchoires, tant de la mâchoire supérieure que de la mâchoire inférieure ; elles correspondent aux dents de Cestracion marquées or dans la fig. 1 3 de la Tab. D et se distinguent des autres modifications figurées sur cette même pi. 17, par leur forme ramassée, par leur couronne rehaussée en forme de bosse longitudinale irrégu- lière et par les bourrelets plissés du pourtour de la couronne, qui débordent de beaucoup l'épaisseur de la racine. Sur la plaque fig. 2 de la Tab. 16, nous n'avons vu qu'une seule dent de cette forme^ elle diffère principalement de celles du Strophodus reticulatus par l'absence de bourrelets plissés aux bords de l'érnail. Ce caractère me paraît suffi- sant pour prouver que le Strophodus longidens diffère spécifiquement du reticulatus. Ce n'est pas à dire que dans ce dernier, toutes les dents aient des plis renflés au pourtour de la couronne \ ils ne sont très-prononcés que dans les dents antérieures et dans celles qui font passage aux formes plus plates des côtés de la mâchoire 5 mais comme — i24 — la dentduStrophoduslongidens, à laquelle il est fait illusion, est certainement une dent antérieure , la présence ou l'absence de ces plis devient à mes yeux un caractère spé- cifique, lorsqu'il s'agit seulement des dents antérieures. Les fig. i à l '^ représentent deux de ces dents, que je crois avoir occupé la place la plus avancée sur les côtés des mâchoires, l'une du côté droit et l'autre du côté gauche, ou l'une de la mâchoire supé- rieure et l'autre de la mâchoire inférieure ; elles sont représentées en profil , dans le sens de leur diamètre longitudinal^ la fig. i '" en représente une , de profil transver- sal, de manière à donner une juste idée de la coupe et à faire voir que la couronne est plus renflée, surtout à son bord, que la racine; enfin, les fig. i^ et i^, les repré- sentent d'en haut. La forme tordue et le rétrécissement de leurs deux bouts est très-ca- ractéristique pour toutes les dents antérieures des Strophodus ; c'est même cette parti- cularité qui leur a valu leur nom générique. La dent fig. 5 est si régulière et si symé- trique, que je suis porté à croire qu'elle était placée sur la symphyse des deux branches de la mâchoire et y formait, avec d'autres semblables, une rangée impaire, comme dans le genre Cestracion; elle se distingue aussi par l'échancrure régulière du bord inférieur de la racine j les fig. 5' et 5" la représentent des deux côtés, la fig. 5" en profil transversal et la fig. 5* d'en haut. L'échancrure que porte la racine de la dent fig. 2 me porterait à croire que cette dent était la plus voisine de celle de la fig. 5, si sa forme plus étroite ne la rapprochait davantage de la fig. 3; elle est également ligurée en profil dans deux sens et vue d'en haut. Il en est de même de celle de la fig. 4? qui suivait probablement sur le côté de celle de la fig. 1 5 puis venait celle de la fig. 3 ou telle autre semblable, tendant à s'allonger de plus en plus en se rétrécissant également. Quoi qu'il en soit de l'ordre de succession de ces dents sur les côtés de la mâchoire , toujours est-il que celles des cinq premières figures passent insensiblement à des dents de forme un peu différentes, comme celles des figures 9, 10, 11, laetiS, chez lesquelles la couronne est moins détachée et moins saillante sur le milieu , où les deux bouts sont moins rétrécis, moins détachés du centre et plus droits, et où les bourrelets du bord de l'émail, moins saillans et moins plissés , débordent moins la largeur de la ra- cine. Cesdents, représentées toutes de trois côtés, comme lespremières, s'en distinguent en outre , en ce que le réseau de plis dont la couronne est ornée , au lieu de former une sorte de quille longitudinale, tend plus sensiblement à converger vers le centre. Ce- pendant ni les unes ni les autres n'ont encore cette apparence sablée que l'on remarque à la surface des dents placées plus en arrière, sur les côtés des mâchoires, comme celles des figures 19, 20 et 21 ; les pores des tubes dont l'émail est formé, se cachent dans les rides de la surface et s'y remarquent d'autant moins que c'est entre eux que le ré- seau des plis s'étend et se relève. Il me reste quelques doutes sur la position relative des dents fig. 6, 7, 8 et i\, qui semblent aussi l^'ien intermédiaires entre celles des — 125 — fig. 19, 20 et 21 , et celles des fig. 9, 10, 11, 12, 13, qu'entre ces mêmes grandes dents et celles des fig. 1 5, 1 G, 1 7 et 1 8. Il ne me paraît pas y avoir de doute sur les grandes dents de la rangée inférieure de ma planche ; elles formaient la série princi- pale du milieu des mâchoires et correspondaient à celles du genre Cestracion, qui sont marquées o, dans la fig. 13 de la tab. D : comme elles, ce sont les plus grandes de Tespèce, leur surface est plus large, plus plate, la couronne est plus égale , leurs bords sont plus réguliers, sans bourrelets plissés, et la racine est proportionnelle- ment plus large ; le réseau de plis de leur émail se limite au pourtour de la couronne, et le centre n'offre plus que de fins pores parsemés uniformément sur une surface qui ne se rehausse que faiblement vers l'extrémité postérieure de la dent. Les fig. 19, 20 et 21 représentent ces dents vues d'en haut, et les fig. 19', 20' et 21' en profil lon- gitudinal. Quant aux petites dents plates, à surface pointillée et réticulée et à racine oblique des fig. i5 — 18, il ne me paraît pas douteux non plus qu'elles occupaient le fond de la gueule, c'est-à-dire qu'elles correspondaient aux dents marquées o' dans la fig. i3 du Cestracion tab. D. Elles se voient en profil fig. i5, 16, 17 et 18, et d'en haut fig. i5', 16', 17' et i8^ Si je devais maintenant me prononcer sur la position des dents fig. 6, 7, 8 et 14, je pencherais pour admettre que celle de la fig. i/j. et ses ana- logues suivaient immédiatement les grandes des fig. 19, 20 et 21 ^ la plus grande lar- geur de leur racine tronquée carrément fig. i4^ la rapproche du moins davantage des grandes dents fig. 19 etc., et des petites fig. 16 et suivantes, que de celles des fig. 1 1, 12 et i3. Il en serait de même de celles des fig. 6 et 7^ mais les dents fig. Set 10 pour- raient bien alors provenir de la rangée qui précédait immédiatement les plus grandes, puisque leur racine se rétrécit davantage, surtout celle de la fig. 8, comme c'est le cas de toutes les dents antérieures. III. Strophodus subreticulatus Agass. Yol. 3. Tab. 18, fig. 5 à 10. M. Hugi a trouvé, dans le calcaire à tortues de Soleure, un assez grand nombre de dents très-semblables à celles que j'ai décrites sous le nom de Strophodus reticulatus, et qui au premier coup d'oeil en diffèrent à peine spécifiquement. Cependant elles ne sont pas absolument indentiques : aussi dans la crainte d'établir pour elles une espèce qu'il faudrait peut-être supprimer un jour,, je lui donne provisoirement le nom de Strophodus subreticulatus qui d'un côté désigne son afiinité avec le Strophodus reti- culatus et de l'autre rappelle la seule différence un peu marquanteque j'ai observée entr'elles. C'est au Musée de Soleure, si riche en fossiles jurassiques, que j'ai vu le plus grand nombre de ces dents : elles proviennent toutes des couches portlandiennes des — 126 — environs de la ville, dans lesquelles on a trouvé un si grand nombre de tortues et d'autres reptiles. J'en ai vu d-'autres au Musée de Bristol et dans les collections da D'^ Buckland et de M. Deslongcliamps. La série des modifications que ces dents présentent est analogue à celle des Stro- phodus longidens et reticulatus ; les unes sont plus larges et plus plates , les autres , rehaussées dans la partie moyenne , sont plus ramassées, d'autres enfin sont de forme ii'régulière j les premières sont évidemment du milieu des mâchoires , les secondes de la partie antérieure, et les dernières de la paitie postérieure. A cet égard la ressem- blance avec le Str. reticulatus est complète, mais les dents du Musée de Soleure sont comparativement plus grandes et plus larges, leur surface est plus uniformément réti- culée j mais le réseau que forment les plis de la surface de la couronne est moins saillant vers le milieu de la dent et s'évanouit vers les bords. Prises en nombre, ces dents semblent dès lors provenir d'une espèce différente de celles que j'ai décrites sous le nom de Str. reticulatus, mais comparées une à une, il est presque impossible de les distinguer. Je laisse donc à des découvertes ultérieures de décider s'il y a identité ouv différence spécifique entre les dents de l'argile de Shotover et celles du calcaire à tortue de Soleure, seules localités qui en ont fourni un nombre considérable. IV. Strophodus macnus Agass. Yol. 3. Tab. i8. fig. ii à ij, Psammodus magnus Agass. Msc. — Sir Philippe Egerlon, Cat. — Luid Tab. t6. i448- i445 et i442- — C. Prévost, Ann. des Se. nat. T. 4- N". lo, 1 1 , 12, i3 et 14. Cette espèce est maintenant assez généralement connue sous le nom de Psammodus magnus j j'en ai vu dans un très-grand nombre de collections, où je les ai étiquetées de ce nom. Depuis lors on en a découvert plusieurs espèces, dont les dents sont beaucoup plus grandes, ensorte que le nom spécifique de magnus ne lui convient plus, d'une manière absolue 5 ce n'est que comparativement aux autres espèces de la même forma- tion qu'on peut lui conserver une dénomination qui est maintenant assez répandue pour qu'on puisse l'envisager comme généralement reçue. C'est ce qui m'a engagé à la maintenir, malgré ma répugnance à sanctionner définitivement un mauvais nom. Cette espèce est très-commune dans l'oolithe de Stonesfield et à Dundry; c'est même la plus commune de toutes les espèces de dents qu'on y trouve. M. Deslongcliamps l'a aussi trouvée dans le calcaire de Ranville. Ces différentes dents présententjes mêmes va- riations que celles des autres Strophodus; elles se distinguent seulement par des formes généralement trapues et surtout par la finesse des pores de la surface de la couronne — 127 — qui est a peine réticulée vers les bords et dont les plis sont plus fins et plus serrés que ceux des antres espèces. Je me suis abstenu de représenter toutes les modifications de dents de cette espèce que j'ai observées, parce que jusqu'ici je n'ai rien découvert de ca- ractéristique dans les formes extrêmes. Il faut attendre de plus amples rcnseignemens des géologues anglais qui auront occasion d'en collecter de nombreuses séries. V. Strophodus TENUis Agass. Vol. 3. Tab. i8. fig. i6 à aS. Après avoir comparé un très-grand nombre de dents de Strophodus de Stonesfield, j'ai acquis la conviction que l'on en trouve deux espèces dans cette localité, bien qu'il soit à-peu-près impossible de tracer exactement les limites de leurs variations et de rapporter à l'une ou à l'autre certaines modifications extrêmes, particulières aux extrémités antérieure et postérieure des mâchoires, qui se ressemblent toutes dans les différentes espèces. Ces dents suivent la même série de modifications que celles du Strophodus magnus et de toutes les espèces mieux connues du genre; mais elles s'en distinguent cependant par des formes grêles et allongées et par une tendance plus marquée à se rehausser dans la partie moyenne du côté de leur extrémité pos- térieure. Quoique généralement plus petites que les dents du Strophodus magnus, leur surface offre une réticulation moins déliée et des pores plus marqués j c'est sur- tout ce caractère qui me les a fait envisager comme une espèce particulière. Je n'en connais que des localité de Stonesfield et de Dundry. Les dents ramassées, à couronne renflée, de la partie antérieure des mâchoires ont les deux bouts très-rétrécis ; on y remarque une forte quille qui se perd sur les côtés de la partie centrale la plus éle- vée des dents. Il est rare d'en trouver avec la racine; à cet égard, il en est comme du Sir. magnus, dont on ne trouve également que des couionnes. J'ai rencontré de ces dents dans la plupart des collections d'Angleterre ; les plus belles séries que j'en connaisse, existent dans les collections du D' Buckland, de Lord Colcj de Sir Philipp Egerton et du musée de Bristol. VI. Strophodus irregularis v. Miinst. Yol. 3. Tab. i8. fig. 26. M. le comte de 3Iûnster m'a communiqué tout récemment la figure d'une espèce de dent de ce genre , qu'il distingue sous le nom d'irregularis , et que je ne puis en effet rapporter à aucune de celles que j'ai déjà décrites. Elle provient de l'oolithe in- férieure de Neuenburg. Un fragment d'une autre dent de l'oolithe inférieure de Ra- — 128 — . benstein me paraît appartenir à la même espèce. Elle se rapproche le plus des dents du Strophodus tennis, mais elle en diffère pas sa forme plus irrégulière, l'un des bouts étant plus fortement rétréci que l'autre et tordu sur lui-même. Le contour de la couronne est plissé verticalement; sa surface est pointillée et réticulée comme dans le Stropli. tennis. VII. Strophodus radiato-punctatus Agass. Vol. 3. Tab. i8. fig. 27. '/ J'ai vu au Musée de Scarborough une dent de Strophodus des rocs de Kelloway, qui diffère de celles du Strophodus tennis par la disposition longitudinale des plis du réseau de sa couronne, et que je désigne sous un nom particulier, en attendant que l'espèce soit mieux connue et qu'on puisse caractériser d'une manière plus précise la série des modifications que ses dents pourront présenter. VIII. Strophodus augustissimus Agass. Vol. 3. Tab. 18. fig. 28 à 3o. Psammodus angustissimus Agass. Msc. — d' Albert! Mon. Trias pag. go. On trouve assez fréquemment dans le Muschelkalk de très-petites dents sem- blables à celles des Psammodes par leur structure, mais qui s'éloignent des Psam- modus proprement dits par leur forme allongée et par l'amincissement de leurs deux bouts. Je les rapporte provisoirement au genre Strophodus, dont elles se rapprochent le plus, quoiqu'il me reste encore des doutes sur leur position générique, n'ayant pu m'assurer si elles présentent toute la série des modifications de formes qui carac- térisent le genre Strophodus. Leur extrême petitesse qui sort des limites que l'on observe habituellement dans les dimensions des espèces d'un même genre , me porte- rait même à croire qu'elles proviennent d'un poisson qui constituera un jour un genre à part, quand il sera mieux connu. Ces dents sont plates, légèrement déprimées dans la partie moyenne, arrondies par leurs bords, amincies à leurs deux bouts, mais nullement rétrécies, ni infléchies sur le côté à leurs extrémités. Leur surface est uni- formément réticulée, et pointillée dans le milieu, avec de très-petits plis à leur pourtour. C'est M. d'Alberti de Wilhelmshall, qui le premier m'a fait connaître cette es- pèce 5 plus tard M. Mougeot m'en a envoyé des environs de Lunéville. — 128i — IX. Strophodus elytr\ Agass. Vol. 3. ïab. 18. fig. 3i. M. 3Iax Braun a découvert dans le grès-bigarré de Deux- Ponts, une très-petite dent semblable par sou aspect et par sa forme générale à celles de l'espèce précédente , mais qui en diffère en ce qu'elle est uniformément bombée et arrondie sur ses bords. Sa longueur est à-peu-près triple de sa largeur ; tandis que les dents de l'espèce pré- cédente sont plus allongées. M. Mougeot en a aussi trouvé de semblables dans le Mus- cbelkalk des environs de Lunéville. X. Strophodus asper Acass. Vol. 3. Tab. 10 h, fig. I à 3. Psammodus asper Agass. A défaut de plus amples renseignemens, je place provisoirement dans le genre Strophodus, l'espèce de dent que j'ai figurée sous le nom de Psammodus asper, planche citée. Elle provient.de la craie blanche de Lewes et se trouve dans la collection de 31. Mantell. Safoime est irrégulière ^ l'un des côtés est plus arqué que l'autre, et ses deux bouts sont rétrécis j sa surface, faiblement renflée, est uniformément couverte de pores à bords saillans, ce qui lui donne l'aspect d'une râpe. La fig. 1 représente une de ces dents de grandeur naturelle; elle est grossie fig. 2; celle de la fig. 3 est égale- ment grossie. XI. Stophodus punctatus V. Mijnst. Vol. 3. Tab. 22, fig. 1 et 2. M. le comte de Miinster vient encore de me transmettre une espèce nouvelle de ce geni'e, provenant du grès-vert de Rehlheim, en Bavière, dont il ne possède que deux dents de la partie antérieure des mâchoires , caractérisées par leur forme co- nique et par les larges rides dendriformes du cône saillant de la couronne, dont le pourtour est finement plissé. Leur sommet est usé par le frottement et l'on y voit les fins pores de l'émail; ce qui lui a valu son nom de punctatus. La détermination de quelques-unes des espèces de ce genre dont je ne connais qu'un petit nombre de dents détachées, laisse sans doute encore beaucoup à désirer. Lidée que l'on peut se faire de ces poissons est très-incomplète, d'autant plus que l'établis- sement d'une espèce, d'après une seule dent, est souvent précaire; les termes de — 128 c — comparaison étant moins nombreux dans la famille des Cestraciontes que dans toute autre. Il pourrait peut-être paraître préférable de laisser de pareils débris indéter- minés, jusqu'à-ce qu'on ait des matériaux plus complets pour les décrire de toutes pièces. Cependant les exemplaires parfaits sont si rares, et l'intérêt que présente l'étude des fragmens les plus brisés, si pressant, qu'on ne saurait résister à la ten- tation de rétablir leurs caractères, dès qu'on en entrevoit la possibilité. Quant au genre Stropliodus en particulier, il présente un genre de difficulté au- quel je n'ai pas encore fait allusion, c'est la grande affinité de certaines de ses dents avec celles du genre Acrodus , dont les extrêmes se rapprochent plus que dans d'autres genres. Le seul caractère qui m'ait paru tranchant, c'est que les bouts des dents de Strophodus se fléchissent sur les cotés, tandis que celles d' Acrodus restent droites. u B » &•& JiJ" y — 129 — CHAPITRE y. DU GENRE CERATODUS. Les dents qui constituent ce genre, se rapprochent par leur structure de celles des PsaininoduSj auxquelles je les avais d'abord réunies; cependant leur forme présente des particularités trop notables, pour qu'il ne devienne pas nécessaire de les réunir dans un groupe particulier. Cette séparation me paraît d'autant plus convenable, que ces dents n'étaient certainement pas groupées sur plusieurs rangées comme celles des Psammodus-, du moins les inégalités de leur surface paraissent rendre la chose impos- sible. Je crois plutôt que chacune de ces dents occupait un côté des mâchoires et qu'elles étaient rapprochées l'une de l'autre sur la ligne médiane, par l'un de leurs bords, probablement par le bord droit. Toutes ces dents, quelque irrégulières qu'elles soient, ont cela de commun, que l'un de leurs côtés est plus ou moins droit, tandis que le côté opposé a des cornes sail- lantes. Il est assez curieux que sur dix-sept dents que j'ai examinées , il y en ait onze qui ont leurs cornes du même côté, et six seulement qui les ont du côté opposé 5 ce qui prouve évidemment que nous devons nous attendre à découvrir encore beaucoup de pièces additionelles qui contribueront à faire mieux connaître ce singulier genre. Cette parité des plaques dentaires rapproche le genre Ceratodus plutôt des Cestraciontes que des Raies du groupe des Myliobates. Pour le moment il est impossible de leur assigner avec certitude quelque genre des rayons déjà décrits. Cependant la coïncidence de gisement me ferait penser que mes ]S emacanthus appartiennent aux animaux dont je décris ici les dents sous le nom de Ceratodus. Il est très-difficile de se faire une juste idée de la structure de ces dents, et encore plus de déterminer quelles modifications on doit envisager chez elles comme spécifiques, et quelles sont celles qui résultent de leur position, dans la mâchoire supérieure ou dans la mâchoire inférieure, et quelles sont les différences qui résultent de l'âge des individus. Jusqu'à ce que tout cela puisse être fixé, il m'a paru nécessaire de distinguer les formes que j'ai observées, comme autant d'espèces différentes. Je m'y suis cru ToM. III. 18 — 150 — autorisé par le fait, que l'espèce du Reuper et celle de l'oolitlie de Stonesfield diffèrent de la même manière entre elles , que plusieurs de celles qui ont été trouvées réunies dans le Lias de Bristol. Ces dents sont composées de deux couches très-différentes: l'une, superficielle, est une espèce d'émail composé de tubes très-serrés, exactement comme dans les Psamnio- cluSj CodilioduSj StrophoduSj etc., formant la couronne des dents et donnant à leur sur- face cet aspect pointillé qui caractér-ise les genres indiqués. L'autre couche est osseuse, plus ou moins développée à la surface inférieure de l'émail, et composée d'un tissu réticuleux semblable à celui des poissons cartilagineux en général, serré là oîi l'os est mince, lâche oîi il est plus épais. La surface extérieure de l'os est lisse. Il est évident , d'après la forme de ces dents, que leur bord droit est le bord interne, et que le bord cornu est l'externe. Il paraît également certain, que le côté le plus étroit de chaque dent est son extrémité antérieure. Cela reconnu, il est assez curieux de voir que toujours les cornes tournées en dehors ont leur pointe dirigée en avant. Il est également constant que les cornes postérieures sont de plus en plus grandes. Dans un exemplaire du Ceratodus altus tab. 20, fig. l\, on voit une lame osseuse placée verticalement sur le bord interne de la dent ; cependant, comme cette partie osseuse se détache en général très-facilement de l'émail , il est encore impossible de préciser les formes de l'os, qui est beaucoup plus friable que l'émail, celui-ci se trouvant en gé- néral seul conservé, comme dans les Strophoclus de Stonesfield. Du reste, les diffé- rences les plus notables que l'on remarque entre ces dents, sont des différences de forme, car leur structure est la même chez toutes. Il faut d'abord distinguer les larges, qui sont en même temps plus plates, et les allongées, dont les cornes sont plus rele- vées. Il serait possible que les dents plates eussent appartenu à la mâchoire supé- rieure, et les étroites à la mâchoire inférieure , ou vice versa. Mais quoi qu'il en soit de cette supposition, il est certain que ces dents sont celles d'un genre de poisson inconnu jusqu'à présent, d'une organisation très-singulière, offrant, dans la structure de ses dents, quelque affinité avec les Cestraciontes. Ce qui distingue encore les dents larges, c'est que leur bord interne n'est pas entièrement droit ; il se rétrécit en avant et en arrière par une forte échancrure j tandis que l'extrémité des cornes externes forme à-peu-près une ligne droite. — 151 — 1. Cekatodus latissimus. Vol. 3. Tab. 2o. Fig. Setç). Cette espèce de dent est Tune des plus épaisses de celles qui sont plates \ la partie droite de son bord interne égale à-peu-près la moitié de sa longueur totale j sa corne antérieure se rétrécit considérablement; les deux cornes moyennes sont arrondies ; la corne postérieure est saillante et taillée en biseau ; le bord postérieur est arrondi , mais en même temps légèrement échancré. Cette dent paraît appartenir au côté gauche de la mâchoire inférieure, ou au côté droit de la supérieure. Sa surface est presque unie et présente peu de ces fossettes irrégulières qui sont si marquées dans d'autres espèces. Elle provient du Lias d'Aust-Cliff près de Bristol et se trouve au Musée de Bristol. II. Ceratodus curvus Agass. Vol. 3. Tab. 20. fig. 10. Cette dent n'est pas complète \ cependant on voit que son bord interne, un peu arqué, est plus droit que dans le C. latissimus. Son bord postérieur, que j'avais d'abord pris pour le bord interne, est presque droit et marqué d'une dépression, comme le bord interne du C. emarginatus y mais sa corne postérieure est beaucoup plus mince et plus saillante. L'une des cornes moyennes et la corne antérieure sont brisées; ce- pendant comme il y en a une d'entière , j'ai cherché à rendre la forme de toute la dent telle qu'elle a dû être , en liant les bords cassés par des points. C'est une dent droite de la mâchoire inférieure, ou une dent gauche de la mâchoire supérieure. Sa surface est unie, mais elle a plus de fossettes que celles du C. latissimus, à-peu-près comme celle du C. emarginatus. Elle provient, comme la précédente, du Lias d'Aust-Cliff et se trouve au Musée de Bristol. III. Ceratodus kauph Agass. Vol. 3. Tab. i8. fig. 3 et 4. M. le D^ Kaup m'a communiqué une dent de ce genre qui se rapproche du C. latis- simus ^ par sa largeur considérable ; elle est même encore plus large, mais son bord interne est droit, comme dans les dents plus étroites. La largeur de sa couronne émaillée égale même sa longueur, tandis que l'os qui la porte se prolonge considérable- ment en arrière. Les cornes latérales sont profondément découpées et forment des saillies qui s'avancent sur le milieu de sa surface en convergeant vers l'angle interne — 152 — postérieur. C'est la corne antérieure qui est la plus haute; elle fait une forte saillie le long du bord interne ; les seconde , troisième et quatrième sont successivement moins élevées. Vers l'angle postérieur externe, on en remarque encore une cinquième qui se détache à peine de la surface , à linverse de ce que l'on remarque chez la plupart des espèces où cette corne est ordinairement la plus grande et la plus saillante de toutes. Le bord postéiùeur est droit et la partie de la couronne qui y aboutit tout-à- fait plane. La fig. 4 représente cette dent de profil, du côté extérieur oii l'on voit les stries d'accroissement du bord inférieur de l'émail. J'ignore où cette espèce a été trouvée. IV. Ceratodus planus Agass. Vol. 3. Tab. 20. fig. 6 et 7. Cette dent, bien que large, se rapproche davantage des étroites par ses caractères. Son bord interne est entièrement droit ; sa surface est plane , par suite de l'usure ; ses cornes sont arrondies et peu saillantes ; la dernière seulement se détache par une dépression plus considérable. La section du bord postérieur, fig. 7, fait voir un os épais , arrondi par la base. C'est une dent du côté gauche de la mâchoire inférieure , ou du côté droit de la mâchoire supérieure. Elle provient également d'Aust-Cliff. L'original de mes figures se trouve au Musée de Bristol ; M. Johnson en possède de semblables, de la même localité ; il est très-curieux que parmi toutes ces dents de Ceratodus on en ait si rarement ti'ouvé plusieurs qui se ressemblent. Cela pourrait faire supposer qu'il y en avait de différentes formes sur dif- férens os de la gueule, plutôt que d'admettre un si grand nombre d'espèces d'après des dents isolées. Dans tous les cas, nous sommes loin de connaître suffisamment les caractères de ce genre bizarre. V. Ceratodus parvus Agass. Vol. 3. Tab. 20. fig. I. Petite dent plate, à bord interne droit, dont les cornes latérales, convergeant faible" ment vers le bord interne postérieur, sont très-marquées et séparées par des rainures profondes. La corne postérieure est brisée. L'émail seul est conservé ; il est propor- tionnellement épais. — C'est une dent du côté gauche de la mâchoire inférieure ou du côté droit de la mâchoire supérieure. Elle provient du Lias d'Aust-Clilï et se trouve au Musée de Bristol. — 135 — VI. CeRATODUS EMARGINATUS AgaSS. Vol. 3. Tab. 20. fig. II à i3. Le bord interne droit présente une forte échancrure vers la partie postérieure ; sa surface lisse a plusieurs fossettes dinstinctes ^ fig 1 1 . Les cornes se relèvent de manière à rendre la surface légèrement concave, fig 12. On distingue nettement les stries d'accroissement le long du bord de l'émail. La corne antérieure est la plus large; elle est arrondie. Les cornes moyennes se relèvent en pointes arrondies; la dernière forme une saillie transversale avec une crête arrondie. La fig. i3 montre les tubes verticaux dont se compose l'émail. C'est une dent du côté gauche de la mâchoire inférieure , ou du côté droit de la mâchoire supérieure. Elle provient du Lias d'Aust-Cliff et se trouve également au Musée de Bristol. VII. Ceratodus GiBBus Agass. Vol. 3. Tab. 20. fig. i4et i5. Cette espèce ressemble beaucoup à la précédente; mais son bord interne est complètement droit. Sa corne antérieure est aussi la plus large et arrondie ; les deux moyennes sont plus allongées , au moins la première ; la seconde s'étend sur la surface plane et y forme une saillie obtuse qui se perd dans l'angle postérieur et rétrécit la dépression concave de la dent entre ses cornes antérieures. La corne postérieure s'élève en pointe verticale, plus arrondie que celle du C. emarginatus ) l'échan- crure qui la sépare de la seconde corne moyenne est aussi plus prolonde. C'est une dent du côté gauche de la mâchoire inférieure, ou du côté droit de la mâchoire supé- rieure. Sa surface est lisse, avec quelques fossettes distinctes. La fig. i5 la représente de profil. Elle provient du Lias d'Aust-Cliff et se trouve au Musée de Bristol. VIII. Ceratodus dbdaleus Agass. Vol. 3. Tab. 20. fig. 16. Dent du côté droit de la mâchoire inférieure ou du côté gauche de la mâchoire supérieure. Sa surface est plane, mais relevée au bord postérieur ; le bord interne est droit. L'os seulement forme, en avant, une saillie oblique, vers le côté opposé. Les trois cornes antérieures sont plates ; le bord antérieur des moyennes est presque droit, de sorte qu'elles ont une forme triangulaire ; la première cependant est arrondie ; la — 154 — dernière est brisée , mais elle paraît s'être relevée considérablement avec le bord postérieur. — Toute la surface de la dent est empreinte de fossettes confluentes et irrégulières. Au bord postérieur, la réticulation de l'émail devient striée en éventail. Elle provient du Lias d'Aust-Cliff et se trouve dans la collection de M. Cumberland. IX. Ceratodus altus Agass. Yol. 3. Tab. i8. fig. i et 2. Tab 20. fig. 2 à 5. Dent du côté droit de la mâchoire inférieure ou du côté gauche de la mâchoire supé- rieure. Celle de la Tab. 18, qui est la plus parfaite, appartient à M Johnson, de Bristol , celle de la Tab. 20 se trouve au Musée de Bristol. Leur structure et l'apparence de leur surface est comme dans l'espèce précédente. Le bord postérieur seulement est plus étroit et ne se relève qu'en dehors et en arrière , pour former un mamelon très- saillant , conique , taillé verticalement et ayant sa surface postérieure striée longitu- dinalement. Les cornes moyennes sont également relevées ; leur bord externe et l'intervalle entre les échancrures est strié par les lignes d'accroissement, dont on voit surtout des traces à la face inférieure et au bord externe de l'émail. C'est ce qui rend, je pense, cette partie des dents si caduque. X. Ceratodus obtusus Agass. Yol. 3. Tab. 19. fig. 20 et 21. Il est facile de distinguer cette espèce de dents des précédentes. Sa surface est plane et parfaitement lisse; ses dents obtuses ne sont point saillantes au-dessus de la surface de la couronne ; elles sont simplement séparées par des dépressions qui se confondent avec les échancrures du bord extérieur. La corne antérieure est plus petite que les trois suivantes , qui sont légèrement inclinées en avant ; la dernière qui n'est pas plus grande que les cornes latérales est elle-même transversale. Le bord interne est irrégu- lier. Bien que la surface de cette dent soit généralement plane, son bord postérieur est cependant beaucoup plus haut que le bord antérieur, qui s'abaisse insensiblement comme le montre la fig. 20. Elle provient du Lias d'Aust-Cliff et se trouve dans la collection de M. Johnson à Bristol. oo ■ XI. Ceratodus DiSAURis Agass. ■ Vol. 3. Tab. 19. fig. 19, C'est la plus singulière espèce du genre ; elle devra même former un groupe à part, tant elle diffère de ses congénères, du moins par sa forme. Cette dent provient aussi du Lias d'Aust-Cliff et se trouve dans la collection de M. Johnson à Bristol. Ce qui la distingue surtout, c'est que son bord interne est uniformé- ment arrondi aux deux extrémités et que les cornes du bord externe au lieu de converger uniformément vers un des angles, font saillie à angle droit sur le côté, qui lui-même est rectiligne. La surface de la couronne est très-lisse et légèrement bosselée. XII. Ceratodus Philippsii Agass, Yol. 3. Tab. 19. fig. 17. C'est la plus petite espèce de dent que je connaisse de ce genre; elle m'a été com- muniquée par M. le Professeur Philipps, et provient de Foolitlie de Stonesfield. Son bord interne est droit; elle est surtout caractérisée par des cornes très-saillantes, fortement découpées, très-comprimées et séparées par de profondes rainures qui s'avancent considérablement sur la surface de la couronne, dont la partie plane est dès-lors très-peu étendue. La corne postérieure est transversale, tronquée à son extrémité et plus courte que les cornes latérales ; la corne antérieure est un simple renflement allongé du bord intérieur; les trois cornes latérales sont successivement plus longues et plus saillantes jusqu'à la troisième qui est la plus grande de toutes. XIII. Ceratodus serratus Agass. Vol. 3. Tab. 19. fig. 18. Cette espèce provient d'un grès Reupérien d'Argovie et m'a été communiquée par M. Strohmeyer, d'Obergosschen. Le bord interne de cette dent est à-peu-près droit; vers son extrémité antérieure seulement il est faiblement arqué. Le bord externe est profondément découpé ; les écliancrures séparent des cornes saillantes, séparées par de profondes rainures qui s'étendent très-avant sur la surface de la couronne ; celle-ci n'est plane que le long du bord interne et vers l'angle postérieur. La corne postérieure est la plus longue et la plus saillante de toutes , les autres convergent de plus en plus vers l'angle interne postérieur, depuis la première jusqu'à la dernière Ce qui distingue surtout cette dent — i56 — de la précédente, c'est que ses cornes sont successivement plus grandes j depuis la première jusqu'à la dernière inclusivement, tandis que dans le Cer. Pliilippsii la dernière corne est de beaucoup plus courte que l'avant-dernière. Cette disposition des cornes latérales donne à la dent du Cer. serratus la forme d'un triangle dont l'un des bords serait dentelé ou festonné. XIV. Ceratodus heteromorphus Agass. Vol. 3. Tab. i8. fîg 32, 33 et 3^. Psammodus heteromorphus Agass. Msc. — d'Albcrti Monogr. Trias, pag. 90. Je rapporte avec doute au genre Ceratodus une espèce de dent que j'ai désignée autrefois sous le nom de Psammodus beteromorpbus, lorsque je réunissais dans le genre Psammodus toutes les dents à surface pointillée, quelle que fût d'ailleurs leur lorme. Cette espèce ne se rapproche que de loin des Ceratodus, mais plus cependant que des vrais Psammodus; elle formera peut-être un jour un genre à part, comme aussi le Cei^atodus disauris devra problablement être séparé de ce genre , quand il sera plus complètement connu. Ces dents ont une forme irrégulière , leur contour est profondément échancré et sinueux , ce qui leur donne l'apparence d'une croix tronquée , dont les bras sont arrondis j leur surface est également irrégulière et finement pointillée. Elles provien- nent du Muschelkalk du Wurtemberg et des environs de Lunéville et m'ont été com- muniquées par M. d'Alberti du Wilhelmshall et par M. le D' Mougeot de Bruyères. — 137 — CHAPITRE VI. DU GENRE CTENODUS. Je ne connais encore qu'une seule pièce de ce singulier genre. Elle ressemble à un éventail dont les côtes seraient dentelées. Quelque extraordinaire que soit son aspect, il ne peut rester aucun doute sur la nature de ce fossile : c'est une dent, qui, par sa forme extérieure, se rapproche un peu de celles des Ceratodus ; mais il est encore im- possible de se faire une juste idée de sa position dans les mâchoires. Les rapports de ce genre avec les autres Placoïdes restent donc encore énigmatiques, comme ceux des Geratodus. La seule supposition que l'on puisse faille à leur égard, c'est qu'il n'y avait qu'une seule dent pareille sur chaque branche de la mâchoire supérieure et de la mâchoire inférieure. I. Ctenodus cristatus Agass. Vol. 3. Tab. 19. fig. 16. Cette dent se compose d'une couche émaillée et d'une couche osseuse. Elle est lisse vers l'un des bords, d'où naissent plusieurs quilles, dont les plus grandes « sont légèrement arquées et s'avancent davantage sur le bord de la partie lisse de la dent. Ces quilles s'étendent jusqu'au bord opposé, en s'élevant de plus en plus; ou plu- tôt les sillons qui les séparent deviemient de plus en plus profonds, ef les quilles plus larges et plus distinctes. Le tranchant de chacune de ces quilles est régulièrement échancré, de manière à former une série de cônes obtus, au bord saillant des quilles, qui deviennent de plus en plus grands vers le bord extérieur de la dent, fig. 16. Il me paraît probable, que la partie lisse de la couronne, fig. 16 de c à ^^ était disposée longi- tudinalement dans la région médiane, en avant de la gueule, qu'elle servait de suiface masticatrice et que les quilles étaient successivement usées en passant à l'avant. Au bord des sillons qui les séparent , il y a des fosses correspondantes , du bord desquelles il s'élève des plis qui s'étendent obliquement jusqu'à la dentelure suivante des quilles. Quant à la structure de cet émail, toute sa surface est finement pointillée, comme ToM. m. 19 — 158 — dans les dents de Psammodus ; en profil il paraît tubiileux comme chez les autres Placoïdes à dents aplaties. Cependant la surface n'est pas uniformément lisse ; elle ne Test complètement que dans sa partie plane. Les quilles et les mamelons qui les surmontent influent peu sur la direction des tubes ; ils paraissent généralement perpendiculaires, fig. 16' eti6". Entre les quilles , et surtout vers le bord le plus large de la dentj a h, les pans des quilles sont striés obliquement du fond du sillon à leur bord supérieur et extérieur. L'os paraît être très-mince ; du côté lisse de cette dernière dent, de c à è, il la déborde un peu. Le bord postérieur présente une coupe où le pourtour de l'émail est lisse et arrondi, fig. 16', fig. 16" ah. Cette espèce provient de la houille compacte de Tong ; elle se trouve au 3Iusée d'histoire naturelle de Leeds. — 1Ô9 — CHAPITRE VII. DU GENRE ACRODUS. Les poissons auxquels je donne le nom d'Acrodus, présentent, dans leurs mâchoires, (les seuls débris que l'on en possède) la plus grande affinité avec le genre Cestracion; ils n'en diffèrent même génériquement que par une modification en apparence peu im- portante, mais constante de leurs dents, dont la disposition et les combinaisons rap- pellent d'ailleurs celles du Cestraction de la Nouvelle Hollande, Comme dans les Cestraciontes , la partie émaillée de ces dents est portée sur un os de structure granuleuse, en forme de parallélogramme incliné sur son côté interne. Je n'ai pas pu vérifier ce dernier caractère sur les dents de toutes les espèces, mais il est si frappant dans celles oh je l'ai observé, que je ne doute pas qu'il ne soit géné- rique. La couronne elle-même est renflée au milieu, arrondie sur ses côtés et rétré- cie à ses deux bouts. Toute la surface émaillée est ornée de rides transversales, qui donnent à chaque dent son aspect particulier. Ces rides se ramifient uniformément sur toute la surface et divergeant toujours d'une saillie longitudinale, qui résulte elle- même de la réunion des rides médianes, elles se dirigent vers les bords, à partir tantôt d'un seul point central , comme c'est le cas des dents antérieures , tantôt de tous les points de la crête longitudinale, en formant avec elle un angle plus ou moins aigu, comme on le voit sur les dents des côtés de la mâchoire. Dans le genre Cestracion, des anastomoses réticulées l'emportent sur les lignes droites , d'où il résulte un réseau plus ou moins régulier à la surface des dents ; dans les Strophodu§ , les saillies médianes sont larges et tellement aplaties, que l'on ne pourxait les comparer à celles des Acrodus_, oh elles sont simplement linéaires. Les auteurs anciens ont quelquefois pris les dents d'Acrodus pour des insectes ou des vers fossiles^ le plus souvent on les a envisagées comme des sangsues contractées et pétrifiées; plus tard, en les rapportant à la classe des poissons, on les a considé- rées comme des osselets de l'oreille interne de ces animaux. Mais il suffît d'avoir examiné une de ces couronnes ridées, attachée à sa racine, pour apprécier à leur juste valeur des suppositions aussi dénuées de fondement. — 140 --- J'ignore quelle espèce de rayons épineux les Acrodus portaient à leurs dorsales. I. Acrodus nobilis Agass. Yol. 3. Tab. 21. Cette planche représente plusieurs dents détachées du Musée de Paris et de Bristol et des collections de Lord Cole et Sir Philippe Egerton j on y remarque surtout une plaque presque entière des deux branches de la mâchoire , qui se trouve au Musée de Bristol. Tout ces débris proviennent du Lias de Lyrae Régis. La plaque fig. i est d'un grand intérêt pour la connaissance des caractères généri- riques des Acrodus -, comme les mâchoires d'Hybodus de la collection du D' Buckland et du Musée de Bristol , comme les plaques du Strophodus de Caën , et comme la mâchoire de Cochliodus d Irlande , cette plaque prouve évidemment que les genres que j'avais établis sur des dents isolées sont fondés sur des différences essentielles, et qu'il n'y a pas de passage de l'un à l'autre, quelques difficultés que l'on puisse encore rencontrer quelquefois à déterminer des dents détachées. On peut se faire vine juste idée de la dentition des Acrodus en comparant la plaque unique de VA. nobilis, qui se trouve au Musée de Bristol, avec les mâchoires du genre Cestracion représentées vol 3. Tab. D fig. i3. Il devient évident par cette com- paraison, que le mode d'insertion de ces dents, leur position, leurs variations même et jusqu'à leur nombre, présentent le même type général. On distingue parfai- tement sur cette plaque les dents qui ont appartenu aux deux côtés de la mâchoire et qui forment des séries juxta-posées sous un angle obtus : il reste seulement douteux si toute la pièce en question est la mâchoire inférieure ou la mâchoire supérieure. Mais en supposant que la plaque , telle qu'elle se présente à nous sur la planche est la mâchoire inférieure , il est certain , que le côté supérieur qui est le mieux conservé, doit être envisagé comme le côté gauche, et celui dont on ne voit que trois rangées de dents , comme le côté droit ( ce serait l'inverse si cette plaque contenait les dents de la mâchoire supérieure.) Partant de là, on. voit que, comme dans les Ces- tracions , les dents de chaque côté des mâchoires sont toutes immobiles et disposées en séries obliques d'avant en arrière , sur l'os maxillaire. Dans chacune de ces séries •obliques on distingue au moins sept dents, et ces séries sont bombées sur le milieu de la largeur des mâchoires. La manière dont les dents latérales se présentent en profil, au bord externe et au bord interne de la plaque , et la position déprimée de la dent moyenne , prouveraient suffisamment que ces séries formaient des bourrelets sail- lans, comme dans le genre Cestracion, alors même que la courbure de chacune des séries serait moins bien conservée. Le nombre des séries conservées paraît d'abord — lil — être de neuf; mais il n'est réellement que de huit. Par la forme des dents on acquiert en outre la certitude que, comme dans le genre Cestracion^ les dents courtes j dont le milieu se relève en cône obtus , sont les dents antérieures et que les plus allon- gées et les plus aplaties sont les postérieures. Il me paraît probable que toutes les séries postérieures sont conservées, ou qu'il manqueauplusuneou deux séries de ces petites dents difformes, qui se confondent bien- tôt avec le chagrin qui recouvre les mâchoires; tandis que vers l'extrémité anté- rieure, un plus grand nombre de dents semble avoir disparu de l'espace triangu- laire qui se voit en avant de cet exemplaire. Ce qui est au moins certain, c'est que la première rangée, qui est conservée du côté droit, correspond à la quatrième de celles du côté gauche, ce côté de la mâchoire ayant glissé en avant de l'autre. 31ais même en supposant qu'il fut à sa place , et que les trois rangées antérieures, con- servées du côté gauche, fussent dans leur position naturelle vis-à-vis, du côté droit, le bord qu'elles formeraient serait encore bien large, proportionnellement à la gran- deur des mâchoires, pour qu'il fut permis d'admettre que toutes les dents antérieures sont conservées. Dans le Cestracion., du moins, les dents antérieures ne finissent pas ainsi; il y a encore de petites dents qui forment, au bout des mâchoires, quelques ran- gées, dont la couronne est tournée en dehors de l'os maxillaire, et dont le milieu est proportionnellement encore plus pointu que les dents gibbeuses que nous voyons en avant de cette pièce. Je ne crois cependant pas que les dents les plus avancées vers la partie antérieure des mâchoires soient aussi inclinées dans le genre Acrodus que dans le genre Cestracion ; je n'ai du moins pas rencontré de dents correspondant à celles du bout de la mâchoire du Cestracion, parmi les dents détachées, trouvées avec les dents ordinaires d' Acrodus. Je pense seulement qu'en avant des dents, conservées dans cette plaque, il y en avait encore quelques langées de plus bombées, que l'on ne connaît pas encore. Quant à leur mode d'insertion , on voit par la coupe des dents brisées du côté droit, que leur racine est inclinée obliquement vers le bord intérieur de la mâchoire , et que la partie émaillée déborde du côté extérieur. Il en résulte que les dents sont insérées le long des mâchoires en séries obliques , de manière cependant que leur diamètre longitudinal corresponde à celui de l'os maxillaire; et leur position relative d'une série à l'autre est telle que la pointe d'une dent postérieure se trouve entre deux dents antérieures ; par conséquent , le bord extérieur de chaque série postérieure rentre d'une demi espace. Comme point de comparaison avec les autres espèces et les autres genres, et surtout avec les Strophodus ( chez lesquels on remarque des différences analogues même dans les dents isolées , ) il importe de décrire en détail les différences que présentent ToM. III. 20 — 142 — les dents de ce genre Acrodus suivant leur position à la partie antérieure , moyenne ou postérieure de la mâchoire. Les dents de la dernière rangée visible sont les plus petites et les plus étroites ; leur point d'irradiation est en arrière de leur milieu. II y en a quatre et un fragment d'une cinquième. Elles sont plates. Celles de la seconde rangée sont très-allongées et étroites ; leur extrémité anté- rieure est plus large que la pointe postérieure; leur point d'irradiation est au tiers antérieur et un peu plus saillant ; les dents sont légèrement courbées d'avant en arrière. Leur longueur égale environ la longueur de celles de la cinquième rangée , qui sont du double plus larges. Il y en a cinq et un fragment d'une sixième. Celles de la troisième et de la quatrième rangée sont les plus longues ; mais celles de la troisième sont plus étroites que celles de la quatrième, qui est par conséquent la rangée la plus apparente. Dans la troisième rangée, le point d'irradiation est au mi- lieu , et les dents sont légèrement arquées d'avant en arrière , et bombées transversale- ment. Il y en a six, plus un fragment d'une septième. Dans la quatrième rangée, le point d'irradiation semble se diviser et s'étendre davantage sur le milieu de chaque dent. Elles sont plus fortement arquées d'avant en arrière vers leur extrémité, mais le milieu reste encore plat. Il y en a sept, plus un fragment d'une huitième et quatre de la rangée correspondante du côté droit. Les dents de la cinquième rangée sont beaucoup plus courtes, mais aussi larges que les précédentes; elles sont très-voûtées et plus fortement arquées d'avant en arrière; leur extrémité antérieure se rétrécit considérablement, en s'avancant entre les dents anté- rieures, semblable à une sangsue qui cherche à percer. Cette pointe est inclinée en de- hors. Leur point d'irradiation est au tiers antérieur de la partie la plus dilatée de ces dents. On en voit distintement six , plus une cachée dans le fond, et quatre du côté droit, plus quatre fragmens. Ces cinq rangées ont leur crête longitudinale excentrique, c'est-à-dire , plus rappro- chée du bord externe que du bord interne de la couronne. Avec ce guide, aidé de la direction de la racine et de la forme des extrémités antérieure et postérieure des dents, il deviendra possible, à l'avenir, de déterminer la position précise de chaque dent détachée, dès que l'on connaîtra les différences qui existent entre celles de la mâchoire supérieure et celles de la mâchoire inférieure. Quant aux dents d'une même série, elles se ressemblent beaucoup. Les dents de la sixième rangée sont encore plus courtes, leur diamètre transversal étant proportionnellement plus considérable ; mais leur point d'irradiation, qui est central, est plus saillant. Le fdet longitudinal est médian. Elles sont très-voûtées — 145 — dans tous les sens; leur forme devient un peu sinueuse, c'est-à-dire, en S très-ou- vert. On en voit six des deux cotes de la mâchoire. Dans les dents de la septième rangée, le diamètre transversal devient plus con- sidérable encore; les deux extrémités, antérieure et postérieure, s'atténuent rapide- ment aussi; le fdet longitudinal penche du côté intérieur; le point d'irradiation est central et proéminent en bosse arrondie. Il y a six de ces dents du côté gauche, dont la dernière est couchée sur le flanc, et une en travers hors de la série. Les trois dents qui paraissent former une neuvième série, sont des dents du côté droit, correspon- dant à celles de la septième série; elles ont glissé du côlé gauche , comme on voit en général que les séries de droite ont été poussées obliquement en avant et sous les séries de gauche. On ne voit que quatre dents de la huitième série; l'extérieure est déplacée et poussée en avant. Leur diamètre transversal égale à-peu-près leur diamètre longitudinal. Le point d'irradiation est central et saillant en bosse arrondie. Les extrémités antérieure et postérieure forment des bourrelets arrondis. Le caractère spécifique commun qui distingue les dents de cette espèce, quelle que soit d'ailleurs leur forme, consiste dans la disposition des rides transversales et de la quille longitudinale. Celle-ci n'est qu'un simple filet peu saillant, sur les côtés duquel les rides divergentes forment des plis arqués , dont la courbure se rapporte au centre d'irradiation, mais qui, vers les extrémités des dents, en s'éloignant de ce point central, se détachent des côtés du filet longitudinal. Dans les dents antérieures, l'irradiation de ces rides est parfaite; mais à mesure que le diamètre longitudinal devient prédominant, il se détache des rides de ia partie la plus saillante du milieu de la dent, formant même des points particuliers d'irra- diation sur les dents des huitième et septième rangées, où les extrémités se renflent un peu ; tandis que sur toutes les dents longitudinales, les rides forment sur le milieu de chaque dent à droite et à gauche un angle aigu , et en se courbant , en sens opposé au point d'irradiation, se perdent dans le bord des dents. Par-ci, par-là, ils anasto- mosent entr'eux, ou bien ils forment des faisceaux flagelliformes, en se multipliant par dichotomie, surtout sur les plus grandes dents qui paraissent avoir deux centres. Cependant, dans toutes les dents allongées, leur direction prédominante est trans- versale, excepté autour du point d'irradiadion. La hauteur de la racine égale partout, autant qu'on peut s'en assurer, l'épaisseur de la couronne; excepté dans les dents antérieures, où la couronne paraît être un peu plus haute. Les orisiinaux des fig. 2 et 3 se trouvent au Muséum d'histoire naturelle de Paris, celui de la fig. 4 appartient à Lord Cole ; les fig. 5, 6 et 7 représentent, de différens — 144 — côtés, une dent de la collection de Sir Philippe Egerton et les fig. lo, ii, 12, i3et i4 une dent du Muséum de Paris vue par toutes ses faces. II. AcRODUS LATUS Agass. Y0I.3, Tab. 22, fig. I. J'ai vu dans la collection de miss Philpot deux dents d'Acrodus provenant du Lias de Lyme Régis , comme celles de l'Acrodus nobilis qui viennent d'être décrites , mais que je ne saurais rapporter à cette espèce à cause de l'éloignement beaucoup plus con- sidérable des plis transverses de leur couronne. Parmi les dents de l'Acr. nobilis, que j'ai vues jusqu'à présent, je n'en ai du moins point remarqué qui pussent présenter un passage à celles que je désigne provisoirement sous le nom d'Acr. latus. Leur structure est tout-à-fait la même que celle des dents de l'Acr. nobilis. III. AcRODUS GIBBERULUS AgîISS. Yol. 3, Tab. 22, fig. i et 3. Je ne retrouve pas cette forme de dents sur la grande plaque du Musée de Bristol figurée Tab. 21. — Je suppose dès lors que ces dents proviennent d'une espèce encore très-peu connue ; elles diffèrent de celle de l'Acrodus nobilis par quelques étrangle- mens de la couronne qui divisent chaque dent en autant de bourrelets allongés et ir- réguliers, qui ont des centres d'irradiation particuliers quoique peu marqués. Leurs rides ou stries tranversales sont uniformes , un peu arquées le long du pli central lon- gitudinal et disposées transversalement du centre aux bords. La racine est très-large et a de très-gros pores, c'est-à-dire, qu'elle est d'un tissu osseux très-lâche 5 sa base est oblique. Ces dents pz'oviennent du Lias de Lyme Régis 5 j'en ai vu dans la collection de miss Philpot et au 3Iusée de Bristol. IV. AcRODUS UNDULA.TUS AgaSS. Yol. 3, Tab. 22, fig. 4. Cette forme de dents pourrait encore avoir appartenu à VAci^odus nohilis , comme les précédentes j cependant ne retrouvant pas son analogue sur la plaque de la plan- che 21, je crois devoir la désigner sous un nom particulier jusqu'à ce que des pièces plus complètes aient fait connaître les deux mâchoires de YAcr. nobilis et nous aient appris si ces dents ne lui appartiennent point , elles diffèrent des formes que l'on con- — 14o — naît par leur largeur considérable comparativement à leur longueur et par leurs plis qui sont ondulés au lieu de diverger en droite ligne comme dans les autres dents de ce genre. Du Lias de LymeRcgisj de la collection de miss Philpot. y. ACRODUS LEIOPLEUr.US Agass. Yol. 3,Tab. 22,fig. 5. Je ne connais qu'une seule dent de cette espèce. Elle provient probablement de la grande oolitbe et se trouve au Musée de Bristol. Elle a cela de particulier que sa partie moyenne s'élève en forme de bosse arrondie saillante, sur les côtés de laquelle il y a deux autres bourrelets moins élevées. Par là elle se rapprocbe un peu des lly- bodus , mais ces bosses sont très-larges et plus arrondies que dans ce genre. Il y a d'ailleurs sur toute sa longueur une crête , qui pour n'être pas très-saillante n'en existe pas moins. Ce qui distingue surtout cette dent, c'est que l'éminence centrale seule est ridée et que ces rides sont anguleuses et peu marquées. VI. AcRODUS MiNiMus Agass. Vol. 3, Tab. 22, fig. G, 7, 8, 9, 10, 11, 12. Cette espèce de dent pourrait facilement être confondue avec celle d'un Hybodus ; l'on pourrait même supposer que ce sont de petites dents antérieures de quelque espèce de ce genre, si elles n'étaient pas si nombreuses et si l'on ne trouvait pas parmi elles la plupart des variétés de forme que l'on observe dans des séries complètes d'Acrodus, sans qu'elles présentent de transition directe aux dents de l'iiybodus minor qui se trouye dans la même localité. Les exemplaires figurés proviennent du Lias d'Aust-Cliff et sont conservés au Musée de Bristol. Lord Coleet Sir Philippe Egerton en possèdent un assez grand nombre provenant du Lias de Lyme Régis. Ces dents sont eu général étroites et très-petites, renflées au milieu et amincies aux deux bouts, avec une quille longitudinale très-marquée et un centre saillant en forme de cône aplati : il y a quelques mamelons aux extrémités de la quille centrale, très- peu apparens quand on les examine d'en haut, mais qui se dessinent plus nettement en profil, surtout dans les dents les plus bombées, comme celles des figures 10 et 11. Les rides transversales sont très-grosses et très-éloignées proportionnellement à la grandeur des dents ; elles vont en divergeant du sommet du cône pi'incipal et de chaque mamelon vers les bords de l'émail. Les fig. 6 — 12 représentent ces dents de grandeur naturelle; les fig. 6a 12 «les montrent en profil, considérablement grossies, et les fig. G h 11b d'en haut; également grossies. — 146 — VII. AcRODus AcuTus Agass. Vol. 3. Tab. 22, fig. i3, i4 et i5. Les dents de cette espèce ressemblent beaucoup à celles de l'espèce précédente par leur petitesse et par leur forme générale. Elles sont également i-enflées au milieu et amincies aux deux bouts : cependant elles en diffèrent par l'absence de mamelons à leurs extrémités qui sont en outre plus amincies que dans les dents de l'Acrodus minimus; en revanche le cône du milieu est plus saillant. La surface de l'émail est presque complètement lisse; c'est à peine si l'on y distingue quelques faibles plis divergeant du sommet vers les bords. Ces dents m'ont été communiquées par Mr d'Alberti de Wilhelmshallj elles proviennent du Grès de Tâbingen, en Wurtemberg. VIII. AcRODus Gaillardoti Agass. Vol. 3, Tab. 22, fig. iG, 17, 18, 19 et 20. Cette espèce est très-caractéristique pour le Muschelkalk ; on la trouve également en France et en Allemagne, partout où le Muschelkalk est développé. C'est à M. le D' Gaillardot, de Lunéville, que j'en ai du les premiers exemplaires, et c'est avec un sentiment de vive reconnaissance que je la dédie à sa mémoire. MM. Voltz et Mougeot m'en ont depuis communiqué de plusieurs points de la France orientale. Un fait assez curieux c'est que les carriers de Rehainviller donnent à ces dents le nom de sangsues j à cause de leur forme et des stries transversales de leur surface. Les carriers anglais appellent du même nom les dents de V ^crodus nobilis j qui sont aussi communes dans le Lias de Lyme Régis que celles de V Acr. Gaillardoti dans le Muschelkalk. M. le Comte de Munster a aussi fréquemment trouvé de ces dents dans le Muschelkalk des environs de Bayreuth, et M. d'Alberti dans celui du Wurtemberg. Les dents à' Acr. Gaillardoti ressemblent beaucoup à celles de l'Acr. nobilis par leur aspect général et par la disposition principale des rides -, mais elles en diffèrent spécifiquement en ce qu'elles sont essentiellement plus petites, que leurs deux ex- trémités sont moins différentes l'une de l'autre, c'est-à-dire plus uniformément ré- trécies, et que leur milieu est plus généralement renflé. La saillie longitudinale du sommet de la dent s'étend exactement sur son milieu ; elle est très-marquée aux extrémités de chaque dent, mais à peine sensible sur son centre. Les rides qui s'y rattachent sont moins rapprochées et plus généralement transversales 5 enfin sur les — 147 — bords de rémail, qui forment des bourrelets assez saillans au-dessus de la racine, il y a un bien plus grand espace lisse que dans les dents de l'Acr. nobilis. IX. ACRODUS LATERALIS AgaSS. Vol. 3, Tab. 22, fig. 21 et 22. Je serais disposé à envisager comme appartenant à une espèce particulière, de pe- tites dents dAcrodus qui m'ont été communiquées par M. Mougeot et dont M. Hogard m'a adressé de fort jolis dessins. Ce qui me fait croire que ces dents ne sont pas de simples petites dents antérieures de l'Acr. Gaillardoti, c'est que l'une de leurs extré- mités est plus obtuse et plus renflée que l'autre , que le centre d'irradiation est plus rapproché de ce côté, et que les plis vont en divergeant du sommet vers les bords au lieu d'être transverses aune crête longitudinale. Toutes les dents de cette espèce que j'ai vues proviennent du Muscbelkalk des Vosges. X. AcRODus Larva Agass. Vol. 3, Tab, 22, fig. 23, 24 et 26. Ce fossile a été découvert par M. de Rlippstein dans les schistes cuivreux de Tha- litter. Je n'en ai vu que des dessins qui m'ont été communiqués par M. de Léonhard j aussi ne puis-je affirmer avec une parfaite sécurité qu'il faille le rapporter à ce genre ni même que ce soit une dent de poisson. Cependant ses plis transverses, et la quille médiane qui paraît surgir de la partie la plus saillante de sa face supérieure, le rappro- chent trop des Acrodus pour qu'on ne songe pas immédiatement à le classer avec les dents de ce genre , pour aussi longtemps du moins que des détails de structure ne viendront pas infirmer ce que l'apparence des formes extérieures fait présumer. Je lui ai donné le nom de Laiva, à cause de la ressemblance qu'il a avec une chrysalide. XI. Acrodus Braunii Agass. Vol. 3, Tab. 22 j fig. 26. Je ne connais encore qu'une seule dent de cette espèce, trouvée par M. Alex. Braun dans le grès-bigarré des environs de Deux-Ponts. Quoique je ne connaisse qu'un frag- ment de cette dent, il est si caractéristique , que les traits quil présente ne sauraient laisser de doute sur la nécessité de l'envisager comme le type d'une espèce particu- lière, différant de toutes les précédentes. En effet la dent de mon Acrodus Braunii — 14» — a les bords plus droits et plus anguleux que ses congénères; son extrémité , qui n'est conservée que d'un côté seulement, est taillée en biseau. La saillie longitudinale qui surgit de la partie proéminente de l'émail , occupe exactement le milieu de la dent , comme dans l'Acr. Gaillardoti, mais avec cette différence que la surface émaillée , au lieu d'être bombée, est en forme de toit dont les deux côtés sont plans. Enfin la prin- cipale différence spécifique consiste dans les rides transversales qui sont beaucoup plus distantes les unes des autres que celles de l'Acr. Gaillardoti , ne s'anastomosent pas cntr'elles; elles se ramifient à peine vers les bords lisses de l'émail et forment tout le long delà dent des angles droits avec la saillie médiane et, aux deux bouts, s'inclinent à peine vers les extrémités de la dent. A en juger d'après cet exemplaire, les autres modifications de dents de cette espèce doivent être à coup surplus plates et plus larges que celles d'aucune autre espèce. XII. Acr.oDUS HiRUDO Agass. Vol. 3, Tab. 22, fig, 27. Cette espèce est encore très-imparfaitement connue. Je n'en ai vu qu'une seule dent, assez bien conservée, dans la collection de M. Mantell à Brigbton, provenant de la formation veldienne, de la forest de Tilgate. Je lui ai donné un nom spécifique qui rappelle la ressemblance générale de ces dents avec des sangsues contractées sur elles-mêmes. C'est aux dents moyennes de l'Acr. Gaillardoti que la dent d'Acr. Uirudo, que j'ai vue, ressemble le plus. Elle est un peu plus large et plus arrondie à l'un de ses bouts qu'à l'autre, et légèrement arquée. Sa surface émaillée est renflée et uniformément arrondie; elle est surmontée dans son milieu d'un pli longitudinal saillant qui est plus rapproclié du bord convexe que du bord concave de la dent; les plis transverses qui se dirigent de cette crête vers les bords sont Irès-rapprocliés les uns des autres et di- vergent à angle droit de la ligne médiane. XIII. AcRODus RUGosus Agass. Toi. 3 , Tab. 22 , fig. 38 et 29. M. le comte de Munster et M. Max. Braun m'ont communiqué plusieurs dents de cette espèce j provenant de la craie de Maestricbt. A certains égards elles se rappro- chent des dents de Stropbodus; c'est ainsi que leurs bouts sont tronqués et infléchis sur les côtés et que leur surface est plus ou moins granuleuse. Cependant il surgit du milieu de la couronne une faible quille ou plutôt un pli longitudinal , comme dans les — 149 — Acrodus, sur les côtes duquel naissent des plis transverses dirigés direclcnicnt vers les bords de la dent; ces plis, d'abord simples, deviennent rugueux à quelque distance de la crête médiane et passent à une sorte de pointillé uniforme vers les bords de l'é- mail. Ces caractères distinguent nettement les dents de cette espèce de toutes celles que j'ai déjà indiquées tant dans le genre Acrodus que dans le genre Strophodus. A cette occasion je ferai remarquer encore que le genre Acrodus tel que je l'ai cir- conscrit ou plutôt tel que je l'ai amplifié, en y introduisant toutes les espèces qu'il ren- ferme maintenant, ne me paraît pas présenter des limites naturelles, car il comprend des dents de types qui probablement dillerent génériquement et que je n'ai réunis que sur des ressemblances trop éloignées, forcé que j'étais d'en agir ainsi^ faute de matériaux suflisans pour établir d'une manière irrévocable tous les caractères du genre. 11 me paraît cependant dès à présent hors de doute que les espèces que j'ai décrites sous les noms à\4crodus Gaillardoti , nobilisj gibberuhis , latuSj undulatus et ///rw^/o J appai- tiennent à un même genre, dont les Acrodus leiunis, Braunii et lateralis ne diffè- rent pas essentiellement; tandis que les Acrodus minîinus et acutus semblent indi- quer luie autre coupe générique plus voisine des Hybodus que les autres espèces d'Acrodus et que V Acrodus rugosus rappelle à certains égards les Strophodus. ToMï III. 21 — 150 — CHAPITRE VIII. DU GENRE PTYCHODUS. Les dents sur lesquelles j'ai basé l'établissement du genre Ptycbodus, sont très- abondantes dans tous les terrains delà craie, et surtout dans la craie blancbe et dans ses équivalens géologiques; mais comme on les trouve ordinairement isolées, il est impossible , pour le moment, de se faire une juste idée de leur disposition sur les mâ- choires. Ce qu'il y a de certain cependant, c'est que dans une même mâchoire les dents diffèrent peu les unes des autres, suivant la position qu'elles y occupent, à sa partie antérieure, sur les côtés ou en arrière ; c'est du moins ce que semblent indi- quer plusieurs pièces sur lesquelles sont accumulées un grand nombre de ces dents qui proviennent évidemment du même animal, mais qui diffèrent très-peu entre elles, si ce n'est par la taille. Quoique j'aie vu plusieurs pièces semblables portant un grand nombre de dents du même poisson, il ne m'a pas été possible jusqu'à présent de re- connaître de quelle manière elles sont arrangées sur les mâchoires, c'est-à-dire, de savoir si, comme dans les Cestracions, les dents antérieures sont plus petites, plus saillantes et plus aiguës que celles des côtés et de la partie postérieure des mâchoires, ou si, comme dans les Raies, et notamment dans le genre Rhina, il y a des bour- relets de grosses dents alternant avec des étranglemens tapissés de dents plus petites. Malgré le défaut de renseignemens précis à cet égard, et malgré le manque de maté- riaux^ pour établir une comparaison rigoureuse entre les Ptycbodus et les Cestra- ciontes et les Raies , je crois cependant que ce nouveau genre se rapproche davantage des Cestraciontes et en particulier des genres Orodus et Acrodus que des Rhina. Ce qui me le fait croire c'est que, malgré leur isolement, les dents de Ptycbodus que j'ai vues, groupées en nombre sur une même plaque, m'ont toujours paru disposées de manière à faire naître l'idée qu'elles vont en s'agi'andissant et en s'élargissant unifor- mément d'avant en arrière j et que celles de la partie antérieure des mâchoires sont plus hautes et plus bombées que celles des rangées moyennes et postérieures. Une autre raison qui me fait rapprocher le genre Ptycbodus des Cestraciontes plutôt que des Raies, c'est que j'ai acquis la certitude que les larges rayons osseux que l'on a trouvés dans la craie de Kent, avec les dents dont il s'agit ici, appartenaient aux ani- maux dont ces dents proviennent. Or ces rayons sont plutôt conformés comme ceux — 151 — des Ccstraciontcs que comme ceux des Raies qui en sont pourvues. Quoi qu'il en soit de ces rapprochemens, toujours est-il que les dents que je désigne sous le nom de Pty- chodus ne sauraient être rangées dans aucun des genres établis jusqu'ici, ce qui jus- tifie en plein rétablissement de cette nouvelle coupe. Ces dents ont une forme angu- leuse, plus ou moins carrée 5 la couronne est toujours plus large et proportionnelle- ment plus liante que la racine, qui est obtuse, tronquée et plus ou moins écliancrée dans le milieu, tandis que la partie émaillée est étalée par ses bords et se relève dans le milieu, de manière à former un mamelon obtus de grandeur variable, et plus ou moins aplati à son sommet, qui est sillonné transversalement de très-gros plis sail- lans plus ou moins tranchans, séparés par des sillons parallèles ou quelquefois si- nueux plus ou moins profonds, tandis que les bords sont ornés d'une granulation plus ou moins fine ou d'un réseau de plis moins réguliers, moins saillans et plus serrés. Toutes les espèces de dents de ce genre que je connais appartiennent à la formation crétacée. I. Ptychodus mammillaris Agass, Yol. 3, Tab. aS b , fig. 11, 12, i3, i4, i5, 16, 17, 18, 19 et 20. Pour montrer comment l'on se faisait une idée peu juste de la nature de ces fossiles, il y a quelques années seulement, il suffit de rappeler que Mantell, dans sa Géologie de Sussex, les a figurées Tab. 82, fig. 29, 20, 18 et aS comme des dents d un poisson voi- sin des Diodon et qu'il les désigne encore comme tels dans sa Géologie du Sud-Est de l'Angleterre, publiée en t833. Dans Parkinson elles sont figurées au vol. III, pi. 18, fig. 12. Cette espèce de dents est très-répandue dans tous les terrains de craie, dont elle caractérise l'étage supérieur j elle se trouve dans la plupart des collections. C'est cliez 31. Mantell à Brighton et dans les collections de Lord Cole et de Sir Pbilippe Egerton que j'en ai vu les plus belles séries, provenant de la craie blanclie de Kent et de Sus- sex. M. le professeur Bronn en possède de Castello près de Belluno et de Quedlim- bourg. J'en ai également vu de cette dernière localilé, cliez M. le comte de Munster. liC musée de Prague en possède en outre de Bennatek en Bohème, (du Plaenerkalk). Au musée de Paris il y en a quelques-unes originaires d'Amérique , trouvées pendant que l'on travaillait au canal de Delaware. M. Alexandre Brongniart en a de Belgique et M. Des Hayes de la craie des environs de Paris. Je n'ai pas remarqué la moindre différence entre les exemplaires provenant de ces différentes localités. Toutes ces dents ont cela de commun , que leur base large et plate est fixée par toute sa face inférieure sur une racine qui va en se rétrécissant de haut en bas. Cette — lo2 — racine est très-bien conservée dans la dent fig. 12, que l'on voit en profil fig. 12^ et par sa face postérieure fig. 12 ^ Son plus grand diamètre est donc, comme on le voit ici, celui de dehors en dedans: de ce côté on distingue l'échancrure de la base de la racine qui sépare ses deux bourrelets latéraux. Vue en profil, on observe son rétrécissement d'avant en arrière ; sa face antérieure surtout est très-inclinée , tandis que la face postérieure est presque perpendiculaire. Elle est poreuse à raison du réseau grossier de son tissu osseux, d'oîi il résulte encore qu'elle se sépare facilement de la couronne; il est même assez rare de trouver de ces dents parfaitement entières. La couronne est très-large dans sa partie inférieure , qui se replie sur elle-même pour en- velopper le sommet de la racine, et couverte d'un émail très-épais sillonné, en différens sens, de plis plus ou moins gros et plus ou moins apparens. Pour se faire une juste idée de ces singulières dents , il faut d'abord distinguer le bord évasé de la couronne et son milieu qui est plus ou moins relevé en forme de bosse aiTondie, légèrement in- clinée d'avant en arrière et fortement plissée transversalement. Les figures de profil , fig. Il', 12', i3', ify', i5', 16', 17', t8', comparées aux figures qui représentent les mêmes dents d'en haut, fig. 11, 12, i3, i4, i5, 16, 17 et 18, font voir combien ce bord est évasé et quelle est la forme de la bosse médiane. Dans les dents rapprochées de la symphyse des mâchoires la couronne est assez irrégulière et son milieu moins saillant que dans les dents principales des côtés de la partie antérieure des mâchoires. Les dents les plus coniques, comme celle de la fig. 11, paraissent avoir occupé le bout antérieur des mâchoires ou même avoir formé une série impaire sur la symphyse de leurs deux branches. Une particularité digne de remarque, dans la forme de toutes ces dents, c'est que leur bosse médiane s'élève insensiblement du boi^d antérieur et des flancs en s'arrondissant vers le sommet , tandis qu'au bord postérieur elle est coupée perpendiculairement et présente un enfoncement à sa face postérieure et sur son bord postérieur qui est aussi plus bas que les autres. En comparant les figures où la même dent est représentée par sa face postérieure fig. 12 ", ï^", 18" et en profil fig. 12', i4- et 18', on pourra apprécier justement ces importantes différences. Les plis de l'émail et ses rugosités diffèrent essentiellement suivant la place qu'ils occupent 5 ceux du sommet de la bosse sont les plus gros, les plus larges, les plus profonds et les plus droits 5 ils présentent une disposition régulière en travers de la dent tandis que ceux des bords, ondulés en divers sens, et très-rapprochés les uns des autres^ sont interrompus de manière à former plutôt une granulation continue que des plis régu- liers. Ce qui caractérise plus particulièrement cette espèce de dent, c'est que les plis granuleux sont disposés de manière à former autour de la partie la plus saillante de la couronne, des séries concentriques, qui deviennent toujours plus régulières vers les bords de la dent. Cette disposition résulte de ce que les gros plis transverses tendent à — 153 — converger d'avant eu arrière et d'arrière en avant, à leurs extre'mités^ (comme on le voit à la fiff. i3' et i6', et d'une manière moins évidente sur toutes les dents de cette espèce) , ensorte que les derniers viennent s'unir latéralement aux premiers et que les petits plis qui se trouvent sur le bord évasé, au lieu de diverger vers les bords, comme dans l'espèce suivante, sont concentriques les uns aux autres tout autour de la dent et parallèles à la jonction latérale des gros plis transverses. Je n'avais d'abord envisagé ces différences que comme accidentelles; mais plus tard, je me suis convaincu que toutes les dents réunies en nombre sur la même plaque se ressemblaient à cet égard, ce qui m'a fait envisager ce caractère comme spécifique. Je rapporte donc maintenant au Pty cliodus mammillaris toutes les dents dont la couronne est très-bombée dans le milieu , portant sur cette bosse des plis transverses peu nombreux mais très- marqués, et dont les bords portent une granulation plus ou moins sériale, disposée en lignes concentriques. Une coupe longitudinale d'une de ces dents m'a fait voir la structure tubuleuse de toute la dent, dont la racine seulement est moins dense et s'étend jusque dans Tinté- rieur de la couronne, tandis que la coucbe émaillée qui recouvre les bourrelets des bords et toute la partie moyenne de la dent est d'autant plus dense, plus compacte et plus dure qu'on l'examine plus près de sa surface extérieure. Cette couche émaillée est aussi beaucoup plus épaisse sur le milieu de la couronne que sur ses bords. Les nombreuses figures que j'ai données des dents de cette espèce font voir jusqu'à quel point elles varient par leurs dimensions , leur forme , leur disposition et le nombre de leurs plis et de la granulation de leurs bords. L'original de la figure 1 1 est dans la collection de M. le Comte de ^lûnster; ceux des figures 12, i4, i5 et 18 sont dans la collection de M. Mantell à Brighton, et ceux des fig. i3, 16, 17, 19 et 20 au Muséum de Paris. J'ai réuni au Ptycbodus mammillaris la dent de la fig. 1 1 et 11', c{ui provient de la craie marneuse (Plaener) de Strehla près de Dresde, et que M. le Comte de Miïnster, à qui je suis redevable du dessin grossi de plus du double que j'en publie ici, croit identiques avec le Ptych. Knorrii Sternbcrg^ Verhandl. der Gesellsch. desnat. Mu- séums in Bœhmen 1829. Tab. i, fig. 5. La petitesse de cette dent et sa forme conique sont des caractères bien remarquables il est vrai; mais avant d'en posséder une série présentant des modifications analogues à celles des autres espèces connues, il serait prématuré de la distinguer spécifiquement, pour moi surtout qui ne l'ai pas vue en nature. — 154 II. Ptychodus decurrens Agass. Vol. 3, Tab. 25 b, fig. i, 2, 3, 4? 5, 6, 7 et 8. Cette espèce est aussi répandue et presque aussi commune que la précédente. J'en ai vu des dents provenant de la craie d'Angleterre, de France, d'Allemagne et d'Italie, dans les collections de M. Mantell, de Lord Cole, de Sir Philippe Egerton, de MM. Desllayes et Mougeot, du Comte de 3Iûnster, de M. le Professeur Bronn et du Musée de Prague. Les localités où on les trouve sont pour l'Angletem^e : Lewes ; pour la France, la montagne de Ste Catherine près de Rouen; pour l'Allemagne, Bennatek en Bohème, Bockum sur la Lippe, Quedlimbourg et Ratisbonne ; et pour l'Italie, Castello près de Belluno. Les modifications de forme et de taille que présentent les dents de cette espèce sont semblables à celles du Ptych. mammillaris; c'est-à-dire, que le milieu de la cou- ronne, fortement bombé et sillonné de nombreux plis transverses, se détache plus ou moins d'un bord étalé couvert d'une granulation plus fine qui se termine avec l'é- mail, à l'étranglement de la racine. Le bord postérieur de ces dents est également échancré et plus ou moins déprimé , comme chez celles du Pt. mammillaris. Avec cela elles sont plus ou moins grandes et plus ou moins développées dans leur diamètre longitudinal ou transversal. Mais quelque grandes que soient ces variations, elles ont un caractère commun constant dans les rapports des grands plis de leur partie sail- lante avec la granulation du bord évasé qui, loin d'être concentrique comme dans le Ptychodus mammillaris, va en divergeant d'une manière plus ou moins sensible du centre a la périphérie, ou du moins du bord externe des grands plis au bord de l'émail. Cette disposition résulte principalement de ce que les grands plis en se ramifiant à leur extrémité se continuent dans leur direction transversale, en divergeant les uns des autres jusqu'au pourtour de la dent , au lieu de converger comme dans le Ptych. mammillaris. Puis au bord antérieur et postérieur de ces grands plis les grains sail- lans de granulations, au lieu de s'aligner en lignes concentriques, se disposent en rayons divergeant de la même manière que les prolongemens latéraux des grands plis. Ces détails se voient surtout bien dans les fig. i, 6, 7 et 8 et ressortent d'autant mieux que les figures voisines font voir les caractères distinctifs du Pt. mammillaris d'une manière très-complète. Cependant quelque tranchés que paraissent ces carac- tères, quand ils sont bien développés, ils sont parfois moins évidens que dans les exemplaires que j'ai choisis pour les représenter, et alors la distinction d'avec les dents du Pt. mammillaris est plus difficile; comme par exemple, pour les dents fig. 3, 4 et 5 , qui n'appartiennent cependant pas moins au Ptych. decurrens. Le nombre des 1>J IJ Oi> • o-rands plis de la partie bombée des dents varie également , comme aussi la dislance relative des plis cntr'eux. Sans reconnaître de passage des dents que j'ai désignées sous le nom de Ptych. decurrens à celles que j'appelle Ptycli. polygyrus, je ferai ce- pendant remarquer encore qu'il faut être sur ses gardes pour ne pas les confondre dans certains cas. Ce sont surtout les très-grandes dents du type decurrens qui se rapprochent le plus de celles du type polygyrus; mais les premières sont constam- ment très-bombées, tandis que celles-ci sont plates. Il n'en est pas moins vrai que pour apprendre à connaître complètement la dentition de toutes les espèces de Pty- chodus , il est fort à désirer que l'on découvre des localités où on les rencontre isolées. Lafig. I représente une dent de la collection de M. le professeur Bronn, vue en profil fig. i', d'en haut fig. i, et par sa face postérieure fig. i". La fig. 2 donne la coupe d'une partie de sa couronne , où l'on distingue sa structure tubuleuse et la plus grande densité de la partie extérieure de l'émail, caractère qui est commun à toutes les espèces de ce genre. Les originaux des autres figures citées se trouvent dans la col- lection de M. Mantell à Brighton. III. Ptychodus altior Agass. Vol. 3, Tab. 25 b, fig. 9 et 10. M. Mantell a figuré dans sa géologie de Sussex, Tab. 82, fig. 17, 21 et 27, des dents qui, à bien des égards, diffèrent à peine de celles du Ptych. mammillaris et qui cepen- dant ne rentrent pas dans la série des modifications de cette espèce. Elles se distin- guent surtout par leur forme en cône obtus et par les plis tranverses assez marqués de leur bord antérieur, joints à la structure ordinaire des Ptychodus. Mais n'en ayant pas vu un nombre sufiisant d'exemplaires , je ne saurais affirmer positivement qu'elles proviennent d'une espèce particulière ; ne pouvant cependant pas les réunir non plus avec certitude au Pt. mammillaris, je les signale ici à l'attention des géologues, sous le nom provisoire que je leur ai donné lorsque j'ai examiné la collection de M. Mantell. L'original de ma fig. 9 appai'tenait à M. Piégley; celui de la fig. lo provient d'Angle- terre et m'a été donné par Lord Cole. Par inadvertance le dessinateur l'a représenté couché sur le flanc, au lieu de le lithographier le sommet en haut, dans la verticale. Cette espèce mérite d'autant plus d'être étudiée avec soin, que la validité de ses caractères tendra à infirmer ou à confirmer ceux qui m'ont guidé dans l'établissement des espèces de ce genre. — 150 — IV. Ptychodus polygyrus Agass. Vol. 3, Tab. 25 h , fig. 21, 22 et aS, et Tab. 25 fig. 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10 et i i. J'ai figuré sous le nom de Ptycli. polygyrus un nombre assez considérable de dénis qui diffèrent plus entr'elles que celles que j'ai léunies sous les noms de Pt. mammil- laris et de Pt. decurrens. Il se pourrait donc que j'aie confondu plusieurs espèces sous cette dénomination : ce qu'il y a de certain c'est qu'on en trouve trois et même quatre variétés qui ne présentent pas de passages insensibles les unes aux autres et que l'on distinguera peut-être un jour comme autant d'espèces. Ces variétés sont: 1° Celle dont la fig. 22, Tab. 25 i, représente vmedent, delà collection de M. le comte de Munster, provenant de la craie de Quedlimbourg, que je désignais autrefois sous le nom de Pt. concentricus j mais que je serais plutôt disposé à envisager maintenant comme n'ayant pas atteint le terme de son développement. Elle se distingue par des plis transverses convergeant au point de former des anneaux concentriques sur la partie la plus bombée du milieu de la dent 5 son bord étalé est assez large proportionnellement à la taille du cône saillant et sa granulation est plutôt concentrique que décurrente. 2° La variété plissée, dont la fig. 21 de la Tab. 25 hj et la fig. 9 de la Tab. 25, donnent de exemples. Cette forme se distingue par xles plis très-nombreux, mais peu réguliers, s'étendant au milieu de la couronne jusque près de ses bords , qui sont ornés d'une granulation décurrente au bord arqué de la dent, etplutôt sableuse au bord écbancré et aux bords interne et externe. C'est cette variété qui se rapprocbe le plus du Pty- chodus decurrens , surtout de ces grandes dents décrites comme appartenant encore au Pt. decurrens et représentées fig. 8 et 8', avec lesquelles on pourrait facilement la confondre, si tant est qu'elles soient réellement différentes et qu'il ne faille pas les réunir à celles de cette seconde variété pour en faire une espèce à part sous le nom de Ptych. sidcatus qui rappellerait l'apparence sillonnée que donnent à toute la dent les nombreux plis de sa couronne. L'original de la fig. 9 Tab. 25 est au Musée de Paris, celui de la fig. 21 de la Tab. 25 b, appartient à M. le comte de Miinster. 3° Le Ptychodus polygyrus proprement dit, provenant de la craie blanche d'Angleterre, se distingue par la forme aplatie de ses dents, par les plis très-nombreux de leur surface qui s'étendent jusqu'au bord , à leur côté interne et à leur côté externe , ensorte qu'il ne reste qu'un bord étroit en avant et en arrière de chacune d'elles qui ne soit pas occupé par les larges plis de la surface de la couronne. Ces plis sont très-marqués, tranchans et plus nombreux que dans les autres espèces du genre. Les originaux de mes fig. 10 et 11 Tab. 25 proviennent de la collection de M. Régley 5 la fig 23 de la Tab. 25 b est empruntée de la Géologie — Idy- lle BiK-klaïul. Enlîn les originaux dos fig. 'l, 5, 6, 7 et 8 de Tah. 25, (|iii provienncnl du comté de Kciit, et se Irouvenl dans la coUeclion de M. G. Man(eli . à lîrigliton , ne peuvent se rapporter exaclenjout à aucune des variétés précédentes. Ce qui les dislingue surtout, ce sont les grosses granules du large bord de la base de la couronne. Si celte variété devait être considérée comme une espèce distincte, on pourrait l'appeler Pfycliodus muryinalis. \. Ptychouiîs LATISSIMUS Aff. Vol. 3, Tab 25 a et Tab. 25 b, fig. 2?t-26. Calullo saggio di zoologia fossile Tab. III , B, C, D. Je connais un assez grand nombre de dents de cette espèce , provenant toutes de l'étage de la craie blanche, et dont la plus belle série se trouve dans la collection de M. Mantell Tab. 25 «, fig. 1-7. Dans la collection de M. Buckland, j'en ai vu une de très-grande taille, Tab. 25 a , fig. 8 , qui paraît être une dent de la partie moyenne de la mâchoire , où se trouvent les plus grosses des mâchoires. Au musée britannique il y en a une plus large, mais moins élevée, qui est probablement de la série suivante , et plusieurs autres plus petites. Dans la collection de la Société géologique de Londres il s'en trouve également plusieurs. Enfin, M. le comte de Munster en possède plusieurs qui sont figurées Tab. 25 b, fig. 24-26 , et qui proviennent de la craie marneuse de Bockum et de Belluno , et le musée de Prague , d'autres provenant de Bennatek. Les plis de la surface de ces dents sont très-larges , distants , à bords très-tranchans et peu nombreux ; entre les principaux il y a parfois des plis transverses , ou bien des séries de plis et de mamelons irréguliers alternant les unes avec les autres. Le sommet de ces dents est souvent poli par l'usure ; ce qui prouve que ces poissons broyaient leurs alimens ; les plis de la surface ont alors disparu, et l'on voit à leur place les petits tubes de la substance intérieure des dents. Les côtés de la dent sont ornés d'une grosse granulation , ou plutôt de mamelons irréguliers qui deviennent de plus en plus petits jusqu'au bord de la dent. Le diamètre trans- versal présente une coupe arrondie au milieu , à centre surbaissé avec deux fortes dépressions latérales ; les bords sont arrondis, se resserrent en dessous et entourent une racine beaucoup plus étroite que la surface extérieure de la dent. Les bords antérieur et postérieur sont plus ou moins tronqués; ils sont même perpendiculaires dans la grosse dent, fig. 8; le bord antérieur est convexe dans les grandes dents, un peu incliné, et sa surface irrégulièrement marquée de grosses rides interrompues ; le bord postérieur est concave, arqué et creux, et sa surface ornée de mamelons allongés , plus petits que ceux des côtés et disposés en séries per- pendiculaires qui deviennent de plus en plus nombreuses et plus petites jusqu'au rebord con- vexe qui termine de ce côté la couronne. Le diamètre transversal est à-peu-près double du diamètre longitudinal. Dans les petites dents, fig. 7, les grains de la base de la couronne ToM. m. 22 — 158 — sont tous de même aspect, mais ils diminuent insensiblement.de grosseur à partir de l'ex- trémité et des bords des gros plis du centre jusqu'au bord de la dent. Les plus petites des dents de cette espèce sont à-peu-près carrées, fig. i-U. Le petit nombre de gros plis tranchans sur le centre de ces dents est un caractère distinc- tif facile à saisir et qui les éloigne de celles du Pt. Polygyrus avec lesquelles elles ont du reste le plus de rapports. VL Ptychodus Mortom Ag. Vol. 3, Tab. 25, fig. 1 , 2 et 3. J'ai \u dans la collection de M. Mantell une dent très-semblable , par sa forme , à celles des Ptychodus en général, mais qui en diffère par la disposition des plis de sa surface. Au lieu de grosses rides transversales simples , la couronne présente de gros plis ramifiés, nais- sant de la partie la plus saillante de la dent , fig. 3 , et s'atténuant insensiblement vers le bourrelet horizontal qui sépare la couronne de la racine, fig. d et 2. N'ayant xu jusqu'ici qu'une seule dent de cette espèce , je ne puis affirmer si la disposition de ses plis . la hau- teur de sa couronne et la largeur de sa base sont des caractères spécifiques . ou si ces détails varient sur différons points de la gueule. Cette dent provient du grès vert des Etats-Unis, et a été communiquée à M. Mantell par le docteur Morton. — 159 — CHAPITRE IX. DE LA STRUCTURE DES DENTS DES CESTRACIONTES. La famille des Cestracionlcs. telle que nous la limitons maintenant, comprend des Squales broyeurs, dont les dents sont réunies en pavé ou en séries contiguës et qui, parce qu'elles manquent de tranchant ou de pointe , ne paraissent point aptes à lacérer une proie. De toutes les dents que nous avons décrites dans les pages précédentes, il n'y en a qu'une seule, le Chomatodus acumimttus , pag. 108 ,qui doive être éliminée de cette famille et rapportée à celle des Hybodontes ou bien même placée à côté de celle des Squalides proprement dits, puisque c'est une dent à lame tranchante ; peut-être aussi devra-t-on la ranger dans une fa- mille à part avec le Lépidosiren, conmie nous le verrons ailleurs. Elle rentre dans le nouveau genre Petalodus , de M. Owen. La structure microscopique des dents des Cestraciontes n'est pas moins caractéristique que leur forme extérieure ; elle est si particulière qu'il suffit d'en connaître le type pour pou- voir dire du premier morceau détaché que l'on rencontre, non-seulement à quelle famille, mais même à quel genre il appartient. Nous avons décrit plus haut la forme et la structure de ces dents, telles qu'elles se montrent à l'œil nu ou à la loupe, et nous avons surtout insisté sur ce fait, que presque toutes, quelle que soit leur forme, montrent une racine distincte, d'as- pect poreux et réticulé, séparée de la couronne, qui paraît plus homogène, par un étrangle- ment ou un sillon plus ou. moins prononcé. Lorsqu'on examine à l'œil nu une tranche verticale de la couronne, on la trouve composée de fibres verticales, qui paraissent de plus en plus ser- rées vers la surface. Une disposition semblable s'observe dans la plupart des cas sous le mi- croscope, et quoique la substance de la racine et celle de la couronne des dents soient la même dans la plupart des genres , on remarque cependant des différences notables dans l'arrange- ment des canaux médullaires dont cette substance est traversée. Ces canaux médullaires , d'une largeur plus ou moins considérable, forment, dans la racine, des réseaux nombreux , tandis qu'ils sont disposés plus ou moins verticalement dans la couronne, et se bifurquent dans la plupart des cas. Il n'y a qu'un petit nombre de genres dans lesquels ils présentent des ramifications latérales qui s'anastomosent entre elles et forment un réseau semblable à celui de la racine ; mais ce réseau est à mailles longitudinales, dont l'arrangement affecte toujours un certain rayonnement vertical vers la surface. La dentine, dans laquelle ces canaux mé- dullaires sont creusés, est en général très-dure et cassante. Les tubes calcaires qui la traver- — 160 — sent sont très-différens clans les diiTérens genres ; mais en général disposés de manière à rayonner à partir des canaux médullaires ; ils sont donc , dans la plupart des cas , parallèles à la surface de la couronne , et ce n'est que vers la surface extérieure de la dent qu'ils pren- nent une direction ascendante. Nous diviserons, d'après la structure microscopique, les dents des Cestraciontes en trois groupes. Le premier, dont le genre vivant Cestracion est le type, et auquel appartiennent les genres fossiles Ptychodiis , Strophodus et Jcrodus, possède, outre la dentine que nous venons de mentionner, une couche distincte d'une substance émaillée à la surface de la cou- ronne. Cet émail forme une zone blanche le long du bord , dans l'espèce vivante, tandis que dans les espèces fossiles , dont la couleur dépend des substances minérales infiltrées dans le tissu de la dent, cet émail ne se distingue que par un aspect plus lisse et plus uni que le reste de la couronne. La structure de cet émail diffère toujours de celle de la denline par l'arran- gement des tubes calcaires qui s'y trouvent , et qui en général sont plus fins et plus serrés que dans la dentine proprement dite, quoiqu'il y ait aussi des cas où l'inverse ait lieu. Le second groupe se compose des genres Chomatodus , Cochliodus , Psammodus et Cerato- dus ; il se distingue du premier, en ce que cette couche d'émail manque complètement. Une conséquence naturelle de cette absence d'émail , c'est que les canaux médullaires de la den- tine s'ouvrent à la surface extérieure de la- dent, ce qui lui donne un aspect sablé ou fine- ment pointillé. J'avais déjà signalé ce fait , d'après l'inspection superficielle de ces dents, avant de m'être servi de microscope. M. Owen (*) , au contraire, a révoqué en doute cette disposition et a prétendu que dans les dents des Psammodontes et des genres voisins, les ca- naux médullaii'es finissaient toujours à une petite dislance de la surface extérieiu'e. J'ai par conséquent repris mes recherches, en commençant par faire de fines tranches transparentes de ces dents que j'examinai au microscope. La simple vue de mes figures prouvera, je l'es- père, que je ne m'étais pas trompé, et qu'en effet les canaux médullaires pénètrent jus- qu'à la surface pour s'y ouvrir. Je ne sais à quelle cause je dois attribuer l'erreur du célèbre observateur anglais. Un troisième groupe , enfin , est formé par les deux genres assez exceptionnels Ctenodus et Ctenoptychius. La structure de ces dents est caractérisée par une dentine presque homogène, qui n'ofïre que par-ci par-là des traces de tubes calcaires et dans laquelle les réseaux des canaux médullaires sont tellement développés , qu'ils excèdent la masse de la denline qui les enve- loppe. Aussi toute disposition parallèle des canaux médullaires a-t-elle disparu. dans ces dents. N'ayant pas de dent du genre Helodus à ma disposition , je ne puis pas encore lui assigner une place certaine. Je pense cependant qu'il devra être rangé dans le second groupe , à côté du genre Chomatodus. (*) Odontography, pag. 59. — Mil Du GKMtK CKsruvcio.N. Tal). .1 fi<>-. 1-5. c7 Les canaux médullaires de la racine sont assez gros pour être visibles même à l'œil nu. Les mailles qu'ils forment sont très-irrégulières , et l'on distingue dans chaque dent plusieurs ca- naux principaux q«ii sont réunis par des branches anastomosées moins considérables. D(; ce ré- seau partent des canaux verticaux qui diminuent de largeur en montant vers la surface de la dent. Ces canaux sont presque rectilignes, ou faiblement ondulés; ils se ramifient à la ma- nière des peupliers d'Italie en détachant des branches qui montent sous un angle très-aigu. On observe rarement des anastomoses entre ces branches. Une tranche horizontale de la dent montre les ouvertures de ces canaux , autour desquelles se ^ oient les tubes calcifères dis- posés en lignes rayonnantes. Ces tubes calcifères sont excessivement fins et très-ramifiés , de manière qu'il faut un grossissement très-considérable pour apercevoir leurs fines branches. Sous des grossissemens moindres , la dentine paraît comme feutrée. Les systèmes de tubes qui dépendent de chacun de ces canaux médullaires , ne montrent pas de lisières distinctes, comme c'est le cas de plusieurs autres genres de poissons cartilagineux à dents plates; ils se confondent au contraire sur leurs limites , et ce caractère pourra toujours servir à distinguer une dent de Myliobates ou de Chimère , d'une dent de Cestracionte. Les tubes calcaires de- viennent de plus en plus fins vers la surface de la dent et forment , à la limite de la dentine et de l'émail, une couche d'un feutre inextricable même sous les plus forts grossissemens. Les tubes calcaires sont beaucoup moins nombreux et beaucoup moins serrés , mais, en revanche, plus gros dans la dentine de la racine. La dentine elle-même ne prend nullement part à la formation des rides et des inégalités qui existent à la surface extérieure de la couronne. Celles-ci sont formées uniquement par la couche émaillée qui est superposée à la dentine. Mais cet émail est, à proprement parler, une véritable dentine. On n'y voit aucune trace de prismes ou de fibres constituantes, seulement les tubes calcifères sont arrangés d'une autre manière. D'abord ils sont plus gros et beaucoup plus distincts que ceux de la dentine proprement dite ; et tandis que ces derniers sont très-ramifiés , ceux-ci sont au contraire tout-à-fi^il pa- rallèles , rectilignes et verticaux à la surface de l'émail. Ils paraissent prendre naissance à la surface extérieure et diminuer en pénétrant dans l'intérieur de la dent. Je n'ai pu me convaincre s'ils sont en rapport direct avec la couche feutrée de la dentine proprement dite. Lorsque les tranches que l'on examine sont faites de manière à couper à angle droit les rugosités de la surface, on peut voir alors que les tubes calcifères sont rigoureusement perpendiculaires aux ondulations que le contour extérieur de la dent présente, de manière qu'ils paraissent converger vers le sommet de chaque colline et diverger du fond de chaque enfoncement qui sépare les arêtes saillantes. M. Owen a déjà doimé , dans les planches — 162 — 12 et 15 de son Odontographie, des figures grossies de cette structure. Mais ces figures nous paraissant peu caractéristiques , j'ai cru utile d'en donner de nouvelles. La fig. 1 pré- sente une coupe verticale de la dent d'après sa plus grande longueur, pour montrer les diffé- l'ens rapports de la dentine proprement dite et de ses canaux médullaires avec la couche éniaillée. La fig. 2 est une coupe horizontale de la racine, faisant voir les réseaux diver- sement contournés des canaux médullaires ; la fig. 3 montre une tranche horizontale , prise près de la surface de la couronne , et sur laquelle on voit les ouvertures isolées des ca- naux n)édullaires montans avec leurs systèmes de tubes calcifères rayonnans qui les en- tourent; et fig. k , une portion de h même coupe sous un grossissement plus considérable. Les dents fossiles qui se rapprochent le plus des Cestracions, ce sont celles Du CtEMre Ptychodus. Tab. K, fig. 1-2. Je nai rien à ajouter à la description que M. Owen en a donnée dans son Odontographie, pag. i)7 et suivantes. Les canaux médullaires de la racine qui forment ici une masse beau- coup phis considérable que dans le genre Cestracion , sont disposés delà même manière; les canaux montans montrent le même parallélisme et la même disposition des branches digitales. Mais ce qui distingue à la première vue les dents de Ptychodus, c'est que les canaux médullaires sont bien moins gros que ceux des Cestracions ; les tubes calcifères sont en revanche plus épais et moins serrés. On ne voit pas de fines branches feutrées dans l'intérieur de la dentine proprement dite, mais les ramifications des tubes calcifères y sont très-distinctes jusqu'à leurs derniers embranchemens. Il n'y a pas non plus de couche feutrée à la surface de la dentine ; la couche émaiilée est plus épaisse que dans les Cestracions ; mais comme les carènes de la surface sont très-prononcées et élevées en arêtes saillantes , les mailles ne les forment pas à elles seules , et les limites de la dentine offrent, sur une coupe verticale , les mêmes ondulations que la surface. La couche émaiilée n"olTre pas de tubes calcifères bien distincts ; mais on aperçoit dans son épaisseur de fins ré- seaux feutrés, semblables à ceux qu'on voit dans la dentine proprement dite du Cestracion; mais ils ne paraissent être en rapport direct ni avec les tubes calcifères de la dentine, ni avec la surface extérieure. Je n'ai pu apercevoir les lames concentriques de la dentine , qui, d'après M, Owen, entourent les canaux médullaires. La dentine m'a paru, au contraire, parfaitement homogène. La fig. ^ montre une coupe verticale d'une dent de Pt. mammilaris , et la fig. 2 une coupe horizontale de la même espèce. — K).l — Du GE^RE Stropiiodus. Tab. K , fig. ô-S. Ces dents que , dans l'origine, j'osais à peine séparer génériipiemenl dcsPsammodKs et des CjOchh'odus . ont une structure microscopique si seml>lable à celle des Ccslracions et des Plijciiodtts , que, par cela même, la coupe générique ([ue j'ai proposée parait entièrement justifiée. On retrouve en effet dans les dents de Stropiiodus la même disposition parallèle des canaux médullaires que l'on voit dans les Psammodonles, et une couche d'émail à la sui- face , semblable à celle des Cestracions ; elles ne se distinguent de celles du genre Jcrodus . qui s'en rapj)roclient par leur forme et par la présence d'une couche émaillée, qu'en ce que leurs canaux médullaires sont parallèles , tandis qu'ils sont réticulés dans la couronne des Acrodes. Mais si la disposition des canaux médullaires de la racine et de la couronne des Stro- phodus est la même que dans les genres décrits ci-dessus , il n'en existe pas moins des dif- férences notables entre eux ; et d'abord , les canaux médullaires verticaux sont encore plus fins et plus effdés que dans les Ptychodus , et , au lieu de finir d'une manière abrupte près de la surface de la denline, en donnant naissance à une panache de tubes calcifères . ils se terminent insensiblement en un tronc effilé qui disparaît dans des ramifications dendriliques de tubes calcifères, ce qui donne aux canaux médullaires une forme très-élégante. Ces rami- fications dendritiques forment , à la surface de la dentine , une espèce de feutre semblable à celui des Cestracions. La couche émaillée , qui n'est que très-indistinctement séparée de la dentine proprement dite , montre , comme celle-ci , des tubes calcifères très-fins et feutrés à sa surface. Pour montrer qu'il existe aussi des différences spécifiques , nous avons figuré l'une à côté de l'autre, des coupes de deux espèces distinctes, du Stroph. reticulatus et du Stroph. temds. Les tubes calcifères de ce dernier sont moins feutrés, et les canaux médullaires plus gros que ceux de l'autre espèce. Les fig. 5 et 4 montrent une coupe verticale, et une coupe horizontale du Stroph. tennis ; fig. 5 est une coupe verticale du Stroph. reticulatus. Du GEKRE ACRODUS. Tab. L, Fig. {. Ce genre se dislingue des autres Cestraciontes que nous venons de mentionner, essentielle- ment par la disposition des canaux médullaires. La forme réticulée de ces canaux se prolonge dans la couronne, et, au lieu de branches montantes ouvertes dans toute leur longueur telles qu'on en voit sur la coupe perpendiculaire des dents dont nous avons traité jus(juici . on aperçoit, chez les Acrodus, des ouvertures de canaux coupées, des canaux a demi — ^6^ — ou\ erls , des mailles plus ou moins complètes , qui pourtant trahissent une certaine direction rayonnante vers la surface. Les tubes calcifères naissent des canaux médullaires et se di- rigent en rayonnant vers l'extérieur ; mais la disposition de ces canaux étant elle-même irré- gulière, il en résulte aussi une disposition très-variable des tubes calcifères. Ce n'est que vers la surface de la dentine qu'on remarque ime couche de tubes calcifères rectilignes, parallèles, verticaux à la surface , et ramifiés par branches montantes à la manière des peupliers d'I- (alie. Cette couche paraît en tout semblable à celle que nous avons rencontrée chez les Stro- phodus. Les tubes calcifères qui se trouvent au-dessous de celte couche autour des réseaux médullaires sont moins épais, moins accusés, mais plus ramifiés que ceux de la couche externe. La couche d'émail qui recouvre la dent est moins épaisse que celle des Ptychodus. mais plus considérable que celle des Strophodus, et présente dans l'intérieur de sa masse une bande de tubes calcifères très-fins et réticulés, formant une espèce de feutre; les tubes n'ont pas l'air de s'anastomoser entre eux, ni avec ceux delà dentine proprement dite, ni de s'ouvrir à l'extérieur. La ligne de démarcation entre l'émail et la' dentine est plus accusée dans ce genre que dans les précédens. Les rides de la surface ne sont pas seulement formées par l'é- mail: la dentine y prend aussi part. Pour tout le reste, la structure des Acrodus est tout-à- fait semblable à celle des Cestracions. M. Owen en ayant donné une description et des ligures très-complètes, nous nous bornerons à représenter ici la coupe perpendiculaire de VA. nobilis. Le genre Orodm , qui appartient au môme groupe, n'était pas à notre disposition au mo- ment où nous avons entrepris nos recherches microscopiques , mais il n'est pas probable qu'il difïère considérablement du genre Acrodus par la structure de ses dents. Dr GENRE Chomatodus. Tab. L. tig. 2. Si ce n'était le manque d'émail, qui caractérise toutes les dents de notre second groupe, on pourrait prendre les dents du Chomatodus, d'après leur structure, pour des dents d'A- crodus. Les canaux médullaires y sont très-ramifiés , et ce n'est qu'au milieu de la dent qu'on en aperçoit quelques-uns qui montent verticalement à la surface. Ils sont en outre très-spacieux, beaucoup plus considérables que dans les genres dont nous avons traité jus- qu'ici ; leurs ouvertures en dehors sont assez distantes pour qu'on puisse aisément les re- connaître à l'œil nu, et se convaincre, en s'aidant de la loupe, que ce sont réellement les ca- naux médullaires qui , en s'ouvrant à la surface , y occasionnent ces petits creux ronds que nous connaissons. Les tubes calcifères qui ravonnent des canaux sont très-gros, très-ra- mifiés, et leurs branches devenant de plus en plus fines et de plus en plus serrées, finissent par obscurcir entièrement le tissu de la dent par leur contenu opaque, ensorte qu'il faut des — i 05 — tranches excessivement fines pouvoir reconnaître les détails de la structure. Quoitju'il y ait le long de la base des dents des rides horizontales , que Ton pourrait prendre pour des indices de limites entre la racine et la couronne , il ne se trouve pourtant rien dans la structure (jui justifie une telle distinction, et il parait que les dents des Chomatodus, comme celles des Acro- dus, reposaient immédiatement sur les mâchoires cartilagineuses, sans avoir une racine en- foncée dans la membrane muqueuse de la bouche. La fig. 2 représente une coupe verticale prise au milieu et en travers d'une dent de Chomatodus cinctus. Du GENRE CoCULIODUS. Tab. L, %. .5. L^arrangement des canaux médullaires de ce genre rappelle lesStrophodusetlesCestracions. D'abord réticulés dans la racine , les canaux montent verticalement vers la surface , pour s'y ouvrir par des pores assez larges. Ils sont plus gros que dans aucun autre genre de la fa- mille; leur diamètre égale à peu près celui de la substance qui les sépare. Les' tubes calci- fères qui en rayonnent sont également gros, dendritiques et très-ramifiés; ils forment sur la lisière, entre deux canaux , un feutre épais et grossièrement plissé. La fig. 3 représente une coupe verticale , prise au milieu d'une dent de Cochliodus contortus. Du GENRE PSAMMODUS. Tab. L,fîg. 4. L'arrangement des canaux médullaires est le même que dans le genre précédent; mais ces canaux sont beaucoup moins larges , et d'un parallélisme rigourexLX dans la couronne , ce qui donne aux coupes de celles-ci un aspect très-élégant. Le pointillage de la surface extérieure , qui résulte des ouvertures des canaux médullaires , est par conséquent beaucoup plus fin et plus sablé; les mailles de l'intérieur de la racine sont plus petites et les réseaux des canaux médullaires , dans cette partie de la dent , plus nombreux que dans le genre précédent. Les tubes calcifères sont moins gros et moins ramifiés ; on ne voit pas de feutre dans les dentines intercalées entre les canaux. Je le répète , dans tous ces genres de la seconde section , les ca- naux médullaires, quoi qu'en dise M. Owen, présentent des ouvertures très-distinctes à la surface, et, dans le genre Psammodus en particulier, on peut se convaincre très-facilement de cette disposition, attendu que les canaux verticaux y sont très-nombreux. La fig. k donne une coupe verticale prise le long du bord d'une dent de Psammodus porosus. ToM. m. 23 — 466 — Du GENRE CeRATODUS. Tab. M, %:i et2. Ce genre se distingue des autres Cestraciontes non-seulement par sa forme extraordinaire , mais aussi par les particularités de sa structure. La couche d'émail lui manque comme aux genres précédens, et les canaux médullaires s'ouvrent à la surface, comme dans ceux-ci. Mais ce qui le distingue , c'est l'existence de deux substances fort différentes l'une de l'autre, dont l'une forme la racine, et l'autre la couronne. La racine est construite d'une véritable substance osseuse , très-nettement caractérisée par la présence de corpuscules osseux, à ra- mifications dendritiques, partant d'un noyau opaque et fusiforme. Ces corpuscules sont dis- posés, comme dans tous les autres os , en lamelles concentriques, autour des canaux médul- laires, qui forment un réseau assez compliqué dans la racine. Je ne puis indiquer aucun caractère par lequel cette substance qui forme la racine des dents de Ceratodus, se dis- tingue de celle dont tous les os de poissons sont composés. Au-dessus de cette racine qui, par suite de la foi'me large et aplatie de la dent , a plutôt l'air d'une couche inférieure, on découvre une substance dentaire parfaitement analogue à celle des Psammodontes ; les ca- naux verticaux qui la traversent sont la continuation directe des réseaux médullaires de la racine osseuse, et égalent en grosseur à peu près ceux des Ptychodus. Les tubes calcifères rayonnans sont très-réduits; on n'en aperçoit que çà et là quelques traces, tandis que le reste de la dentine est parfaitement homogène et très-transpai'ent. La dent entière d'un Ce- ratodus ressemble, par les arêtes considérables qui se montrent à sa surface, et par les gout- tières profondes qui les séparent, à une étoffe feutrée grossière que l'on aurait plissée. Les canaux médullaires verticaux sont arrangés comme si la dent avait été d'abord parfaitement plane , et qu'elle eût été plissée après la formation de ces canaux , ensorte qu'une coupe à travers une arête montre les canaux médullaires disposés en forme de panache au- tour d'une ligne médiane. Fig. i montre une coupe semblable prise sur une dent de Ceratodus Kaupi ; fig. 2 , une prise verticale faite le long d'une arête d'une dent de la même espèce. Du GENRE CtENODUS. Tab. M, fig. 3. Les dents des Ceratodus établissent une sorte de passage entre les dents des Cestracions proprement dits , et celles de notre troisième groupe , qui ne comprend que les deux genres Ctenodus et Ctenoptychius. Que l'on se représente une dent de Ceratodus dépourvue de sa couche supérieure de dentine à canaux médullaires parallèles et verticaux, et à laquelle il ne — 167 — serait resté (|iic la substance osseuse de la racine, et l'on aura l'image parfaite d'une dent de Ctenodus. Plus de traces de tubes calcifères, ni de canaux médullaires verticaux, mais une substance homogène, transparente, entourée de nombreux réseaux de canaux médullaires ra- mifiés et entrelacés à l'inlini: vers la base de la dent, ces réseaux excèdent de beaucoup la niasse delà substance dans Ia([uelle ils sont creusés; vers la surface extérieure, les canaux deviennent plus fins, et la dent acquiert plus de solidité, parce que la masse de réseaux se trouve réduite. La substance dentaire dans laquelle ces réseaux sont creusés est parfaitement homogène , mais criblée, à la base de la dent, de nombreuses cellules calcifères qui se dis- tinguent dos corpuscules osseux de la racine , tels qu'ils se voient dans le genre précédent , par le manque complet de ramifications. Ce sont de petits corpuscules fusiformes, opaques, disséminés, à ce qu'il paraît, sans ordre dans la substance, et qui deviennent de plus en plus rares vers la surface de la dent , tandis qu'ils se trouvent réunis en très-grande quan- tité vers la base. La substance qui forme la surface extérieure de la dent est parfaitement homogène, sans trace de structure quelconque; elle n'est pas séparée d'une manière distincte de l'autre substance, qui montre les cellules. La coupe que la fig. 5 représente provient d'une espèce nouvelle de Ctenodus, trouvée dans le calcaire de Burdie House, en Ecosse, que j'ai nommée Ctenodus Robertsoni. Du GENRE CtEISOPTYCHIUS. Tab. m, %. 4 et 5. * Ce genre se rapproche beaucoup, par sa structure, de celui dont nous venons de traiter. L'arrangement des canaux médullaires est le même; seulement leur diamètre est beaucoup plus considérable, et en rapport inverse avec la grandeur des dents. La substance qui entoure les réseaux des canaux médullaires est tout aussi homogène ; mais au lieu de cellules calcifères. elle présente des tubes dendritiques assez rares aux alentours des canaux médullaires , et disposés en plus grande quantité le long du bord tranchant et denticulé de la dent. La substance qui se trouve à la base de la dent est par contre parfaitement homogène. La fig. i représente une coupe verticale et longitudinale ; fig. 2 , une fine lame horizontale prise au milieu d'une dent de Ctenoptychius denticulatus. — <68 — CHAPITRE X. REMARQUES SUR LE GENRE CESTRACION ET SES AFFINITES AVEC LES AUTRES SQUALES VIVANS ET AVEC LES FOSSILES DES TERRAINS SECONDAIRES. Pour compléter l'histoire des Cestracions , disons encore quelques mots du C. Philippi , le seul représentant de cette famille dans la création actuelle. Quelque opinion que l'on ait sur l'ordre de succession des animaux qui n'existent plus , il est un fait auquel on ne saurait avoir trop d'égard , quand on recherche les lois qui ont présidé à la répartition des êtres vivans à la surface du globe , à différentes époques géologiques ; c'est que les types de notre époque qui présentent la plus grande analogie avec ceux des premiers âges de la nature , sont aussi les plus rares. Ce fait est d'autant plus frappant , qu'il se reproduit dans presque toutes les classes du régne animal , et souvent même plusieurs fois dans les diverses familles de la même classe ; mais ce n'est pas seulement le nombre des espèces qui va en décroissant , celui des individus est aussi plus limité qu'à l'ordinaire. Comparons un instant les Crinoïdes de notre époque avec ceux des terrains secondaires et de transition. C'est à peine si deux ou trois mu- sées ont des représentans du Pentacrine vivant, tandis que les fossiles de cette espèce abon- dent partout. Quelle différence entre la fréquence des Nautiles vivans et celle des espèces fossiles de ce genre ou des autres genres de Céphalopodes cloisonnés fossiles! Les Brachiopo- des ne sont aussi représentés que d'une manière mesquine dans notre époque, quand on songe à leur al)ondance extraordinaire dans les roches plus anciennes et jusque dans les terrains de la craie. La classe des poissons nous a déjà fourni un exemple semblable dans les genres Lepidos- teus et Polypterus dont nous avons traité dans le volume précédent, et qui sont les seuls représentans d'une famille jadis nombreuse. Nous en avons un' autre exemple tout à fait ana- logue dans le genre Cestracion, dont il n'existe qu'une seule espèce vivante , qui est l'un des Squales les plus rares que l'on connaisse. Ce poisson , si différent de tous les autres Requins , a la plus grande analogie avec les genres éteints dont j'ai donné la description dans les chapitres précédens. Ses caractères justifient pleinement la manière dont j'ai groupé ces genres fossiles pour en faire une famille à pari sous le nom de Cestraciontes. Malheureusement on n'en connaît encore que les formes exté- rieures , tandis que son anatomie, qui serait d'un grand intérêt pour l'étude des fossiles . est encore à faire. Décrite d'abord par Philipp, le fondateur de la colonie australienne de la — 169 — Nouvelle-Galles du Sud , celte espèce a été rapportée pour la prcuiière fois ou iMuope par M. LessoH, qui en a donné une description et une figure sous le nom de Cestracioii. PhUippi dans le \oyage de la Coquille , vol. Il, Tab. 2. Il en existe en outre un exemplaire au nuisée de la Société zoologique de Londres, un au musée de Berlin, un autre au nuisée de Francfort et plusieurs au musée de Leyde. C'est dans la baie de Port-Jackson que cette espèce a été observée le plus souvent. MM. Millier et Henle la citent également au Japon. Le Ceslracion PhUippi est un squale de forme trapue ; sa tête est obtuse , courte , bombée et proportionnellement grosse ; son museau est conique et garni de deux replis roulés en dedans sur eux-mêmes ; la bouche est placée prés de l'extrémité du museau ; elle est ample et bordée de festons qui lui permettent une plus grande dilatation ; les mâchoires sont étroites, pointues , leurs branches sont rapprochées en avant et s'écartent en arrière eu forme de fer à cheval ; elles sont garnies en avant de petites dents pointues , tandis que celles des côtés de la bouche sont larges et aplaties. Les narines s'avancent jusqu'à la bouche. Les évents sont petits, percés en dehors et en arrière des yeux. Les yeux eux-mêmes font saillie au bord su- périeur de la tête, et sont protégés par un renflement qui se continue en avant jusqu'au bord du museau, et en arrière jusqu'à l'occiput, où il s'abaisse brusquement. Les ouvertures bran- chiales sont étroites, les antérieures sont les plus fendues; les dernières, qui sont les plus courtes, sont au-dessus des pectorales, dont elles sont assez distantes. Les pectorales sont grandes, de forme triangulaire, à angle arrondi; les ventrales, quoique plus petites, ne dif- fèrent pas d'une manière bien notable des pectorales par les dimensions , mais elles sont plu- tôt quadrilatères (*). Il existe deux dorsales de forme semblable, mais dont l'antérieure est la plus grande ; leur bord antérieur est arqué , soutenu en avant par une forte épine , dont la pointe seule se détache des nageoires. Ces épines sont triangulaires, très-robustes, droites, arrondies en avant et terminées en une pointe faiblement arquée en arrière. Leur bord pos- térieur est plat, avec une profonde rainure sur le milieu ; leur base forme la partie la plus large du rayon, qui s'amincit insensiblement. La première dorsale, qui est sensiblement plus grande que la seconde, commence vis-à-vis du bord postérieur de l'insertion des pecto- rales et occupe ainsi l'espace entre les pectorales et les ventrales, tandis que la seconde qui correspond à l'espace compris entre les ventrales et l'anale, est plus rapprochée de celle-ci. L'épine de la première dorsale qui a à peu près les mêmes dimensions que celle de la seconde , est par conséquent sensiblement plus courte que la nageoire elle-même. Le bord postérieur des deux dorsales est échancré de manière à donner à l'angle supérieur une forme arrondie, tandis que l'angle inférieur est aigu. L'anale est un peu plus petite et plus étroite que la seconde dorsale. La caudale est de toutes les nageoires celle qui , par sa forme et ses dimensions, s'éloigne le plus du type ordinaire des Squales; elle est courte, très-large (,") Celles (ies mâles portent deux longs appendices cylindracés, munis en deliois d'une épine tranclianle, ;ùgne et très-acérée. — 170 — et divisée en deux lobes par une échancrure arquée. Les rayons qui sont insérés au dessus de la colonne vertébrale forment , conjointement avec ceux de l'extrémité du bord inférieur , un large lobe terminal et triangulaire. Les rayons antérieurs forment un second lobe triangulaire, dont l'angle est beaucoup plus saillant que celui du lobe postérieur. L'arrangement des dents est d'autant plus important pour l'étude des fossiles, qu'on ne trouve que très-rarement des mâchoires entières. J'ai par conséquent cru utile d'en repré- senter les mâchoires et les dents , Tab. D, fig. 11 — 19. La figure 11 représente les deux mâchoires réunies, vues par derrière. Les grosses dents en pavé y apparaissent comme quatre hélices parquetées. La figure 12 montre la mâchoire inférieure de profil. La figure 13 nous la montre d'en haut. Toute la pointe des mâchoires .est garnie de petites dents coniques, pointues, comme celles des fig. 17 et 18, dont les antérieures ont même une échancrure ou deux de chaque côté de la base. La rangée médiane qui repose sur la symphyse, se compose d'une quinzaine de dents semblables; les deux rangées qui suivent sont composées de dents de même forme. La troisième, qui aboutit à l'angle extérieur des mâchoires, a des dents moins pointues. Viennent ensuite quati'e rangées de petites dents plates , dont les antérieures, qui sont les plus petites, tiennent le milieu entre les dents pointues de la symphyse des mâchoires et les larges dents en pavé de leurs branches latérales. A ces quatre rangées succèdent deux rangées de six ou sept grosses dents plates , légèrement ar- quées et relevées d'une faible arête au milieu. La fig. 16 représente une de ces dents déta- chées ; les fig. 1 i et 1 5 qui en sont des coupes longitudinales et transversales, montrent com- ment la couronne est séparée de la racine par un étranglement. Les trois dernières rangées de dents vont en diminuant insensiblement de grandeur ; elles sont également plates , mais plus droites. La surface de toutes les dents plates est rugueuse; il en est de même de la base des dents antérieures, mais leur pointe est lisse. La fig. 19 représente une de ces dents détachées. Les bourrelets en forme d'hélice que forment les dents par suite de leur arrangement en séries obliques, sont tellement rapprochés dans chaque mâchoire, qu'ils se touchent derrière les petites dents de l'extrémité antérieure des mâchoires. II résulte de cette disposition des dents et des mâchoires une sorte d'entonnoir en arrière de leur symphyse, couvert, en avant, d'un pavé de petites dents coniques, et en arrière, des rangées les moins développées des dents plates. J'ai déjà fait remarquer aux pages 77 et 78, et aux pages 83 et 84 les rapports éloignés qui existent entre la dentition du genre Cestracion et celle de certains genres de Raies, et j'ai en même temps fait connaître quelques particularités de la structure de ces dents. Toute la surface supérieure du corps de ce poisson est couverte d'un chagrin très-dur, très-rude et très-rugueux, résultant des nombreuses aspérités dont la peau est hérissée : .tandis que la surface inférieure est parquetée de très-petits grains quadrillés. — ^7l — Nous avons vu plus haut (|ue les douls du Ceslracion Philippi présentent la plus grande analogie avec celles des genres 5/roy;/(Of/M,s, Àcrodus, Orodus, Ptychudufi, Choinalodm, Covli- liodus, Psammodus, Hclodus , Ceratodus, Ctenodus et Clenoptychiu.'i , tous genres éteints, dont les chapitres précédons contiennent la description. Nous avons inféré de leur forme aplatie, que tous ces poissons devaient plutôt broyer leur nourriture que l'avaler glouton- nement comme les autres Squales ; et les déformations que l'on observe fréquemment à la surface de ces dents fossiles, dont la couronne est quelquefois usée jusque près de la racine, comme c'est généralement le cas chez les animaux qui broient leur nourriture , confirment pleinement cette supposition. Il serait dès lors très-intéressant de connaître la manière de vivre du genre Cestracion, et de pouvoir étudier sur cette espèce les modifications de l'or- ganisation intérieure, qui déterminent un mode de vie aussi différent de celui des autres squales. Mais l'analogie entre le Cestracion Philippi et les genres fossiles qui constituent ma famille des Cestraciontes , ne se borne pas seulement à la ressemblance que l'on observe dans leur dentition. J'ai tout lieu de croire qu'il devait exister entre eux des rapports de forme et d'allure non moins frappans. J'ai même déjà acquis la certitude que c'est en partie à ces poissons qu'il faut attribuer ces grandes épines dorsales connues sous le nom d'Ichthyo- dorulites, que j'ai décrites dans la première partie de ce volume. Il est vrai que les Ichthyo- dorulithes n'appartiennent pas tous à la famille des Cestraciontes, comme nous le verrons tout à l'heure; cependant j'ai pu mé convaincre que mes Astéracanthes en particulier sont les rayons des poissons dont j'ai décrit les dents, sous le nom de Strophodus, et j'espère que l'intérêt toujours croissant pour les poissons fossiles fera découvrir tôt ou tard à quels genres de dents il faudra rapporter les rayons décrits sous les noms de Ctenacanthus , Oracanthm , Gyracanthus , etc., etc. Le moyen le plus sûr d'y parvenir sera de faire la plus grande attention au mode d'asso- ciation des différentes dents et des rayons que l'on trouve réunis dans différentes couches. S'il m'était permis de faire quelques suppositions d'après ce que j'ai pu observer à ce sujet, je dirais que je crois pouvoir rapporter les Némacanthes au genre Ceratodus, les Cténacanthes au genre Psammodus, et les Oracanthes au genre Orodus. Les rayons décrits sous le nom d'Hybodes appartiennent à une famille tout à fait différente de celle des Cestraciontes, dont je connais complètement la dentition , et que je décrirai au chapitre suivant. La preuve la plus directe qu'il existe dans l'ordre des Placoïdes plusieurs familles dis- tinctes dont les nageoires sont soutenues par de grosses épines osseuses , nous est fournie par les genres Spinax, Acanthias , Cestrophorus , Cenfroscyllium et Centrina , tous genres de la création actuelle que le Prince de Canino et MM. Mûller et Henle ont très-judicieu- sement distingués comme un groupe à part dans la famille des squales , groupe qui se carac- térise par l'absence d'une anale et l'existence de fortes épines dans les deux dorsales. Ce groupe caractéristique de notre époque et dont je ne connais qu'un seul représentant dans la craie, parait avoir pris dans la création actuelle la place des Cestraciontes dès que cette fa- — 172 — mille a commencé à s'épuiser. Je suis d'autant plus porté à le croire, que les divers genres de la famille des Aiguillats , malgré les différences que l'on observe dans leur dentition . et malgré l'absence d'une anale, ont tous une caudale large et courte comme les Cestraciontes. Une dernière question qu"il importe d'examiner , et que l'étude des squales vivans nous permet de résoudre, est celle de savoir si l'on ne doit réunir dans une même famille que des genres munis d'épines , ou si l'on peut y ranger des genres à dorsales épineuses et des genres à dorsales molles. La grande analogie qui existe entre les genres Scijmnus et Cen- triiia , me fait pencher pour l'opinion que la dentition doit l'emporter, dans l'arrangement des genres , sur la structure et la position des nageoires , ensorte que je réunirai à l'avenir dans une même famille les Scymnus, les Centrines et les Spinax , qui ont la môme forme et la môme position des nageoires , mais dont les uns ont des épines dorsales , tandis que les autres en sont dépourvu. J'y placerai également le genrt? Echinorhinus, malgré la position reculée de ses deux dorsales ; ensorte que ma famille des Centrines correspondra exactement à la quatrième grande division des Squales de MM. Millier et Henle, à l'exclusion des genres Pristiophonis et Sqmilina. Existe-t-il des Cestraciontes dépourvus de rayons épineux? C'est ce dont il sera bien difficile de s'assurer, puisqu'on trouve si rarement des poissons fossiles de cet ordre entiers. Je crois cependant que c'est dans le voisinage des Cestraciontes qu'il faut ranger le genre Mustelus , que l'on pourrait peut-être considérer comme un Cestracionte sans épines dorsales. — 173 — Tableau synoptique des Cestraciontes. Pour faciliter les rapprocheniens entre les dents des Cestraciontes et les genres d'ichlhyo- dorulithcs qui peuvent leur appartenir, je terminerai celte partie de mon livre par un ta- bleau général de tous les Cestraciontes connus jusqu'ici, rangés d'après les terrains (*). Old Red. * Ctenoptychws crenatus. — Megra, Russie. * » priscus. — Ecosse. Houille. Orodus cinctus. — Cale, carbonif. Bristol. » ramosus. — Cale, carbonif. Bristol. Ctenoptychius apicalis. — Schistes houillers de Stafford. Manchester. » pectinatus. — Cale, de Burdie-House. Manchester. » dentkulatus. — Cale, de Burdie-House. Manchester. * » cuspidatus. — Houille de Glasgow. *' » dentatus. — Cale, carbon. Acmagh (*). * » serratns. — Cale, carbon. Armagh. * » macrodus. — Cale, carbon. Armagh. * » crenatus. — Houille de Carluke , près de Glascow . Helodus simplex. — Schistes houillers de Stafford. Coalbrookdale. * » mitratus. — Houille de Carluke. » lœi-issiinus. — Cale, carbonif. Bristol. » suhteres. — Cale, carbonif. Bristol. » fjibhendus. — Cale, carbonif. Bristol. » turgidus. — Cale, carbonif. Bristol. *' » didymus. — Cale, carbonif. Armagh. ** » mammillaris. — Cale, carbonif. Armagh. * )) ptatms. — Cale, carbonif. Armagh. (') Outre- les espèces déjà décrites dans les chapitres précédens, j'ai compris dans ce tableau toutes les espèces nou- velles que j'ai distinguées depuis et dont je donnerai la description dans les Supplémens et l'indication des nouvelles localités où on en a trouvé. J'ai pensé qu'il pourrait être utile de faire déjà figurer ici ces nouvelles acquisitions, parce qu'elles seront sans doute mentionnées dans divers mémoires géologiques , d'après mes déterminations , avant que je puisse les décrire , et qu'il ne sera pas sans intérêt de voir la place que je leur ai assignée , et de savoir à l'avance que je les ai étudiées et comparées. Toutes ces espèces portent un astérisque *". C) Toutes les espèces nouvelles d'Ârniagli ont été découvertes par M. le capitaine Jones ; celles de (^ai'luke m'ont été communiciuées par M. Rankine. TOM. III. 24 — I7k — Chomatodus cinclvs (*). — Cale, carbonif. Bristol. » imearis. — Cale, earbonif. Bristol. * » truncatus. — Cale, earbonif. Armagh. Psammodusrugosus. — Cale, carbonif. Bristol. Esky, dans le eomté de Sligo. Geroldstein dans l'Eifel. ' * » porosiis. Cale, carbonif. BrisJ»!. * » cormitus. — Cale, carbonif. Armagh. Cochliodus contortiis. — Cale, carbonif. Bristol. Armagh. Clifton. * » magnus. — Cale, carbonif. Armagh. * >> ohlomjus. — Cale, earbonif. Armagh. * » acutus. — Cale, carbonif. Armagh. * » striatus. — Cale, carbonif. Armagh. * Pœcilodus Jonesii. — Cale, earbonif. Armagh. * » parallehis. — Cale, earbonif. Armagh. * » transversus. — Cale, earbonif. Armagh. * » obliquus. — Cale, carbonif. x\rmagh. — Houille Carluke. * » subhei'is. — Cale, earbonif. Armagh. * » angiistus. — Houille Carluke. * Pleurodus affuiis. — Schiste houiller. Rhuabon; Carluke près de Glasgow. * » Rankinei. — Houille. Carluke. Ctenodus cristatiis. — Houille de Tong. * « Robertsoni. — Cale, de Burdie-House. * « atatiis. Cale, de Ardwick. Zechstein. Àcrodus Lmva. — Schistes cuivreux. Thalitter. Trias (Grès-higarré , Muschelkalk et Keuper). Strophodus angiistissimiis. — Wilbelmshall. Lunéville. » Elytra. — Deux-Ponts. Lunéville. (•) Mon Chomatodus aciiminatus foit partie du nouveau genre Prtalod mbulatus. — Houille. Rhuabon. * Orthacanthus cylindriciis. — Houille. Leeds. Pleuracanthus planns. — Houille. Leeds. Zechstein ou Calcaire Magnésien. * Gjropristis obliquas. Cale, magnésif. Belfsat. Craie. * Ptychodtis acutiis. Trias f Grès-bigarré , Mmchetkalk et KeuperJ. * Nemacanthus granvlosKs v. Miinstcr, Muscheikalk. Leineck. * » sentionis v. Miinster, Musehelkalk. Leineck Jura. * Asteracanthus Stutchburyi. Lias. Charmouth. * Nemacanthus brevispinus. Ool. de Stonesfîeld. — 178 CHAPITRE XI. DU GENRE HYBODUS Agass. On a pu voir par l'étude que nous avons faite ci-dessus des rayons d'Hybodus, que ce type est très-répandu dans les terrains des formations secondaires. J'ai décrit vingt-deux espèces de rayons, et le nombre des espèces de dents que nous allons examiner est à-peu-près égal ; car je ne connais pas moins de vingt espèces de dents d'Hybodes proprement dits et sept espèces de Cladodes, qui sont un genre trop voisin des Hybodeï pour que l'on ne doive pas admettre que leurs rayons sont aussi très-semblables. Cependant il n'y a encore que deux espèces dont nous puissions rapporter avec certitude les dents à des piquans connus : ce sont le H. retkiilatus , dont on a retrouvé à plusieurs reprises les dents, les rayons et le chagrin réunis, ensorte qu'il ne peut exister aucun doute sur ce rapprochement, et le H. minor, qui se trouve dans le même cas. Quant aux autres , on peut émettre des suppositions plus ou moins probables sur les rapprochemens à tenter ; mais nous ne possédons pas des indices suffisans pour nous dispenser de décrire les dents sous des noms particuliers , comme nous l'avons fait pour les rayons. Les dents d'Hybodes ont une physionomie assez particulière, qu'il est difficile de méconnaître lorsqu'on s'est familiarisé avec ce type. En général plutôt grêles que massives, ces dents se caractérisent par la présence d'un cône médian ordinairement sensiblement allongé, subulé et pointu. Ce cône, qui, dans beaucoup d'espèces, est aussi long et môme plus long que la base de la dent sur laquelle il repose, est flanqué, des deux côtés, d'un certain nombre de petits cônes que nous appelons cônes secondaires , et qui vont en décroissant du milieu vers les bords , de telle manière que le plus grand est aussi le plus rapproché du cône principal et que le plus petit en est le plus éloigné. Le nombre de ces cônes secondaires n'est pas tou- jours égal des deux côtés de la dent; tantôt ce sont les antérieurs, tantôt les postérieurs, qui sont les plus nombreux et les plus développés. Jusqu'ici je n'en ai pas remarqué plus de ([uatre d'un côté ; mais souvent il n'y en a qu'un ou deux. Les dents, qui en sont complètement dépourvues, ne me paraissent pas normales, et j'envisage l'absence des cônes secondaires com- me accidentelle. Le cône principal est plus ou moins comprimé de dehors en dedans, de telle manière que la face externe est plus plate que la face interne , et que les bords anté- rieur et postérieur sont en saillie ; cependant cet aplatissement ne va jamais jusqu'à rendre la face externe de la dent tout-à-fait plate ou môme concave comme chez certains Squales — 179 — «les lorrains lertiaires el de répoque actuelle. Le contraste entre la face externe et la face in- terne n'est jamais aussi giand chez les llybodes (jue chez nos Squales. Les dents d'nyl)odes nous ofïrent des différences semblables à celles qu'on retrouve dans les genres vivans , entre les dents antérieures et les dents postérieures. Seulement ces diffé- rences sont ici moins prononcées. Les dents postérieures sont arrêtées dans leur développement et le cône principal . au lieu de prendre la forme élancée et subulée (jui lui est propre dans les dents antérieures, reste à l'état de varice ou de bouton plus ou moins saillant. Cependant la physionomie fondamentale est la mèmc-i, et il n'est guère plus difficile de reconnaître l'es- pèce dans ces dents postérieures que dans les antérieures. Un autre ^caractère des dents d'Hybodes consiste dans la structure de l'émail. Toute la surface de la dent est couverte de plis verticaux (longitudinaux à l'égard des cônes) , plus ou moins gros, suivant les espèces, mais en général très-distincts. 11 est plusieurs espèces dans lesquelles ces plis se laissent poursuivre jusqu'à la pointe du cône médian, surtout lorsque ce- lui-ci n'est pas très-haut. Le plus souvent cependant ils s'oblitèrent à la moitié ou aux deux tiers de la hauteur , et la pointe du cône' est unie. Mais c'est toujours à la base de l'émail que les plis sont le plus accusés , et lorsque cette base est très-étroite , ils y affectent la forme de petits bourrelets; par exemple dans VH. reticulatus. La racine de la dent est grosse et osseuse comme celle de tous les Plagiostomes ; par sa forme élevée elle ressemble davantage à celle des Ceslraciontes qu'à celle des Squales ordinaires ; extérieurement elle ne dilTère pas sensiblement